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La Garenne de philosophie

JUAN ASENSIO - FATIGUE MORALE / Les Derniers Jours

Les Derniers Jours de François-Régis Bastide.

 

Juan Asensio lit Les Derniers Jours de François-Régis Bastide comme l’expression d’une fatigue morale intense, celle d’un homme cultivé et élégant confronté à l’extinction progressive du sens dans un monde qui ne veut plus entendre, plus voir, plus penser, et il considère que ce roman n’est pas simplement le récit d’un déclin mais le portrait d’une époque en train de s’effondrer sans bruit, sans drame, sans panique, dans l’indifférence glacée de ses acteurs, et pour lui, Bastide, à travers une langue feutrée, une mélancolie presque mondaine, parvient à capter cette forme insidieuse de désagrégation, où la politesse des échanges cache mal l’irréversible détachement des âmes, où la culture devient décor, où l’amour se réduit à des simulations, et Asensio insiste sur le fait que la grandeur de cette œuvre tient à sa discrétion, à sa retenue, à ce refus de crier, de dénoncer, de moraliser, car tout y est dit par insinuation, par allusion, par contraste entre l’élégance du style et la brutalité du vide existentiel, et il voit dans le protagoniste de Bastide un miroir tendu à ceux qui cherchent encore dans le raffinement des formes une échappatoire au désastre intérieur, un homme qui ne se révolte pas mais s’éloigne, qui ne condamne pas mais s’absente, et cette posture, à ses yeux, exprime une noblesse désenchantée, une fidélité à une beauté menacée, une tentative de survivre dans le clair-obscur d’un monde qui a renoncé à la clarté véritable, et il affirme que Les Derniers Jours n’est pas un roman crépusculaire mais un livre de seuil, une œuvre suspendue entre le dire et le taire, entre le souvenir et la disparition, entre le style comme dernier refuge et le silence comme ultime vérité, et cette ambivalence, cette hésitation, cette langueur lucide, confèrent au livre une profondeur tragique, un éclat discret, une puissance de dissolution qui ne s’exhibe jamais mais qui ronge, lentement, élégamment, inexorablement. Juan Asensio voit dans Les Derniers Jours de François-Régis Bastide une constellation de motifs à la fois intimes et collectifs qui dessinent la mélancolie d’une époque en train de s’éteindre sans éclats, car pour lui, le roman ne raconte pas simplement la fin d’un homme mais l’effacement lent d’un monde où le verbe, l’élégance, la pensée, n’ont plus droit de cité, et cette disparition ne se fait ni dans le tumulte ni dans la tragédie mais dans une douceur amère, dans une résignation courtoise qui masque mal la gravité de l’abandon, et il insiste sur le fait que Bastide capte avec une acuité rare les signes discrets du déclin : le détachement poli des âmes, l’effacement des passions, le repli des désirs dans des formes convenables, et il lit dans le personnage principal non un homme vaincu mais un homme lucide, qui choisit de se retirer au lieu de tricher, de se taire au lieu de hurler, de mourir avec style plutôt que de vivre sans saveur, et cette posture, chez Bastide, devient une forme de noblesse désenchantée, une fidélité à une beauté qui ne prétend plus convaincre mais simplement exister, et Asensio considère que le roman traite du rapport à la culture, au souvenir, à l’amour, non comme exutoire mais comme épreuve, comme manière de nommer ce qui s’efface sans bruit, et il souligne que le style, feutré, délicat, presque murmuré, est l’équivalent verbal d’un monde qui préfère la nuance à l’éclat, la suggestion à la démonstration, et pour lui, Les Derniers Jours est un livre de seuil, un livre où l’on attend que quelque chose se produise en sachant que rien ne viendra, mais cette attente elle-même devient forme, devient regard, devient testament, et il affirme que Bastide, sans jamais se départir d’une élégance presque aristocratique, dresse le portrait d’une sensibilité qui ne supporte plus le monde contemporain, non pas parce qu’il est hostile mais parce qu’il est vide, et ce vide, loin d’être crié, est contemplé, décrit, traversé avec une douceur qui coupe, une pudeur qui brûle, une lenteur qui ronge, et le roman devient alors, dans sa lecture, une manière de dire adieu, non à la vie seulement, mais à une certaine idée de la civilisation, à une certaine manière d’être présent au monde, à un style perdu, que Bastide exhume une dernière fois avant de le laisser, comme son héros, s’éteindre dans l’ombre.

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