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La Garenne de philosophie

JUAN ASENSIO / Le cadavre d'une littérature sans Dieu

Juan Asensio est le pseudonyme d'un essayiste et critique littéraire français né le 18 mars 1971 à Lyon. Il est notamment connu pour son blog Stalker, sous-titré « dissection du cadavre de la littérature » (0), qu’il anime depuis 2004. Ce site est devenu une référence dans le paysage littéraire français pour sa tonalité érudite, polémique et résolument réactionnaire ! N'est pas réactionnaire qui veut, même Pierre Cormery a lâché l'affaire. Diplômé en philosophie et lettres modernes, il a entamé une thèse sur la figuration du diable chez Georges Bernanos, Julien Green et Mauriac, qu’il n’a pas menée à terme. Il a collaboré à de nombreuses revues comme L’Atelier du roman, La Revue des Deux Mondes, Nunc, Valeurs actuelles, Krisis et bien d’autres. bref que des revues de gôche. Parmi ses ouvrages : La Littérature à contre-nuit, La Critique meurt jeune, Maudit soit Andreas Werckmeister !, et La Chanson d’amour de Judas Iscariote. Qu'il n'hésite à user de son droit de réponse pour nous enrichir de ses préférences.

Juan Asensio, dans ses écrits amusant, hilarant et sautillant (on use de l'ad-verbe comme lui surtout s'il sied au propos) dénonce la dégradation du style et le nivellement esthétique, qu’il qualifie de « cadavre de la littérature » à disséquer (0), il fustige l’autofiction, la littérature de divertissement et les auteurs médiatiques, qu’il accuse de trahir l’esprit même de la littérature, il se revendique de la littérature « à contre-nuit », en référence à une nuit spirituelle ou intellectuelle qu’il voudrait traverser à rebours, il critique violemment les figures de la pensée postmoderne comme Derrida ou Michel Onfray qui pourtant écrit dans les même revues que lui, le nihilisme culturel, et les idéologies égalitaristes, ah ce foutu lit de Procuste ! du conformisme, bien qu'irreligieux, il valorise les auteurs religieux ou mystiques tels que Bernanos, Péguy, Green, Dantec ou encore Ernst Jünger, il voit l’acte d’écriture comme un combat contre le néant, une forme de résistance métaphysique, il défend des auteurs jugés sulfureux comme Lucien Rebatet ou Michel Houellebecq, qui n'est pas un grand écriviandard pour lui, uo encore Gabriel Matzneff, non pour leurs idées, davantage pour leur style et leur radicalité, il considère la marginalité littéraire comme un gage de profondeur et de vérité. Prenez une bouffée, ses textes allient souvent la critique littéraire à la théologie politique et à la philosophie du langage, puisqu'il s’intéresse à la façon dont les civilisations se structurent autour de mythes, de dogmes et de pulsions, comme en témoigne son intérêt pour le roman de l’anthropologie dogmatique.

Est-on légitime à dire que les réactions critiques aux travaux de Juan Asensio sont aussi tranchées que ses écrits eux-mêmes ? Les uns saluent son érudition et sa radicalité comme un acte de résistance littéraire face à la médiocrité contemporaine ; il est vu comme un orpailleur du langage, défendant les grandes œuvres contre l’envahissement du discours technique et utilitaire. . Que nenni. Les autres le jugent excessif, provocateur voire élitiste, notamment pour ses attaques virulentes contre la critique journalistique qu’il qualifie de « communauté de nains » et de « léchage de fion germanopratin ». Son blog Stalker est considéré comme une zone critique incontournable pour les amateurs de littérature exigeante et de pensée réactionnaire. Il est régulièrement invité à collaborer avec des revues comme Krisis, La Revue des Deux MondesPhilitt ou Pschitt où ses textes sont appréciés pour leur profondeur et leur style intransigeant. Juan Asensio est reconnu pour avoir réhabilité des écrivains méconnus comme Édouard Estaunié ou Loys Masson, et pour ses analyses fouillées de figures sulfureuses comme Rebatet ou Matzneff. Plusieurs entretiens, comme celui publié dans Action Française ou sur le blog de Marc Alpozzo, le présentent comme un passeur de feu sacré - en rapport avec la figure du Stalker.

Son style, aussi tranchant que ses jugements littéraires, est fait d'incises qui le rendent si singulier. Juger pour ne pas être jugé, car le seul qui pourait de l'intérieur, Dieu, est mort, la littérature est orpheline et c'est pour cela qu'elle agonise avec Jean S'enterre. euh Santerre, pseudo Asensio. Il affectionne les phrases longues, sinueuses, parfois labyrinthiques, nourries de références philosophiques, théologiques et littéraires, loin de la clarté journalistique. Son écriture exige du lecteur une attention soutenue, presque une ascèse. Polémique et provocateur critique littéraire « à cran d’arrêt », Juan Asensio manie l’invective avec virtuosité : il n’hésite pas à qualifier certains critiques de « nains » ou à parler de « léchage de fion germanopratin ». Il cultive une posture de franc-tireur, refusant les compromis stylistiques ou idéologiques. Son style évoque souvent une lutte contre le néant, une quête de transcendance à travers la langue, qui le constitue, le néant pas la langue. Il s’inspire de figures comme Léon Bloy ou Bernanos, mêlant colère sacrée et lyrisme noir. Chaque texte se veut une autopsie stylistique, une tentative de sauver ce qui peut l’être du naufrage contemporain. La barque coule sous les coupons de la réduction au conformisme ; écopons tels des colibris d'un séjour aux latomies de Si j'accuse. Dans sa préface au Grand Dieu Pan de Machen, il écrit « Comme une lampe qui s’éteint : les démons aussi se cachent pour mourir ». Il vit, tu perds ! Ne le laissons pas indemne de sa paresse.

 

Cette citation ourrait être directement tirée de sa revue sur le démoniaque, car Juan Asensio avant de débuter son blog s'est occupé avec un comparse de plusieurs revues la très maurassienne Dialectique et la plus littéraire Les Brandes, une revue sur le démoniaque en tout genre. Comme il dit, pour la première, très austère, très stricte, quasiment protestante dans son contenu et dans sa maquette. Il participa à de nombreuses revue dont notamment, feu Immédiatement de Sébastien Lapaque et Jérôme Besnard.

« A moins que l'art moderne, nous dit Steiner, soit capable de créer un monstrueux chef-d'œuvre débarrassé de toute référence au divin. Mais alors, à quoi donc ressemblerait une œuvre d'art qui, définitivement, aurait désamarré son impatiente ardeur de la rade divine, où elle pourrit piteusement selon les petits thuriféraires, les prétentieux doctrinaires de la tabula rasa perpétuelle, les apôtres du Néant ? Nul ne le sait… Mais à coup sûr serait-elle aussi radicalement éloignée des timides percées d'un Beckett ou d'un Sartre en direction du Rien que des redoutables fables d'un Kafka. Steiner pense que, à l'évidence, une telle création, à moins de sombrer dans l'ineptie et l'insignifiance du happening contemporain, dans la pornographie bavarde dans laquelle se complaît la majorité de nos pseudo-artistes, serait rigoureusement impossible, étant comme une espèce de trou noir dévorant, un de ces astres occlus que l'astrophysique, fascinée par la déhiscence du Néant, traque sans relâche. L'insignifiance n'est pas, ne sera jamais une œuvre artistique, sauf pour Wharol qui avait toutes les peines du monde à définir ses reproductions du terme d'art, sauf encore pour l'école des pitres dadaïstes, potaches du nihilisme [...] Oui, selon Steiner auquel on a beau jeu de reprocher son excessif pessimisme, l'art est doublement énigmatique puisque, création qui reproduit en quelque sorte la Création première, sa pérennité n'en est pas moins réelle bien que paradoxalement fondée sur le risque d'une disparition mortelle, définitive. La même chose pourrait être dite de la parole, bien que, selon l'auteur, la mort d'une langue – ce fait se produit tous les jours – soit un événement définitif, duquel il ne reste plus aucun témoignage si ce n'est, dernière preuve pitoyable de la grandeur d'un monde éteint, une petite cassette d'enregistrement. L'art, en tant que témoignage d'une présence et d'un horizon d'attente qui nous dépassent, est lui aussi, comme un être vivant, exposé à la disparition, à la mort, cette mort pourtant que le portrait ovale de Poe conjurait fantastiquement. Il est donc lui aussi et de la même façon, comme un être vivant, exposé à la raillerie, au rire jaune de l'insignifiance et de la banalité : Steiner a raison d'écrire ces phrases qui, il faut l'espérer, parviendront quelque peu à lézarder le mur criard de l'art contemporain : On continuera à produire, exposer et conserver pieusement ce qu'on appelle "l'art". Il y a assez de draps sales et de veaux coupés en deux pour tout le monde. Mais on cessera de l'invoquer ou de vouloir le "penser de fond en comble". Il cessera de réévaluer les fictions ontologiques qui lui demeurent ouvertes après le reflux du théologique et la déliquescence et la transcendalité. » (p. 397 de son premier livre, Sur Steiner)

Quelques citations mises en exergue pour donner le ton : 

« La colère des imbéciles remplit le monde. Il n'y a plus grande moisson à attendre d'un monde où les incultes ne produisent naturellement que des chardons, et où ceux qui se disent « cultivés » sont si soigneusement ratissés, roulés, nivelés, qu'il ne pousse absolument rien dedans. » (Lettre de Georges Bernanos à J. de Salle, 1939)

Ce qui suit - et vous n'avez qu'à cliquer sur les liens bleutés - sont quelques éléments saillants à propos des saillies recensées pour certaines de La Littérature à contre-nuit et des préfaces de Juan Asensio dans la collection La Table de dissection, deux lieux clés pour saisir sa pensée. La Littérature à contre-nuit Cet ouvrage publié en 2007 regroupe plusieurs textes critiques d’Asensio issus de son blog Stalker ou de revues comme L’Atelier du roman. Rien ne se perd, tout se recycle. C’est à la fois un manifeste et une charge contre la littérature « conne-tant-foraine que foireuse ». Dans son combat contre le vide, il ne jure que par le style. Dom qui rotte d'arrêter à temps ! Est tronc de littérature sans manche ni bras, ce qui gît là, tel le cadavre écartelé sur la grève de ce qu'il nomme la littérature. C'est qu'il n'y a pas de cadavre, tout just un tronc peu commun, exquisé au fil des articles dythirambique. Autants de dénonciations de la perte du souffle métaphysique dans l’écriture moderne, Jean Santerre s'y essouffle. Colombin à sa colombine, Ca y est, j'ai fini.

Quant à ses liminaires préfaces chez des éditeurs confidentiels comme Lumpen ou A contrario, collection La Table de dissection, on notera parmi les plus marquantes celle de Le Grand Dieu Pan d'Arthur Machen (2021) où Juan Asensio propose une lecture symbolique et métaphysique de la figure du dieu Pan comme rémanence du sacré dans un monde désenchanté, ou encore celle de L’Imposture, qui porte sur un roman oublié, dont forcément on ne peut donner le titre, où Juan Asensio oppose style authentique et mièvrerie contemporaine, ou enfin, et ce n'est pas la moindre, Vivre et penser comme des chrétiens (2005, dir. de Guillebon) : il y participe aux côtés de Maurice G. Dantec et de Philippe Muray, avec une tonalité spirituelle et polémique, critiquant la vacuité du christianisme progressiste. Ses préfaces adoptent un ton souvent incantatoire, voire prophétique, mêlant érudition et provocation. Elles visent à réveiller la sensibilité littéraire du lecteur, presque sidéré en son viol de gang, à travers une mise en tension entre texte, tradition et vertige spirituel. On y retrouve sa passion pour les auteurs infréquentables, les styles tranchants et les visions du monde marquées par le tragique et le sacré.

Juan Asensio s'est occupé de revues littéraires Sébastien Lapaque et Jérôme Besnard, par le biais par exemple de feu la revue Immédiatement

 

Double index des textes que nous recensons. CLIQUEZ SUR LES LIENS EN BLEU

Les textes que nous allons écorcher à peine puisque ces sont ses préférés entre 1870 et 1972, sont autant de livres écrits sous substance, sous la substance réaction à la République et même parfois de la contre-révolution face aux Lumières, en un siècle. Remarquons que les bornes qui en délimitent l'ouvert mathématique sont le 4 septembre 1974 et  /dans le combat éprouvant nous avons réussi à épargner Botho Strauss qui ne le méritait pas/ :

Liste tirée des Mâles lecturesCLIQUEZ SUR LES LIENS EN BLEU

1. Les Diaboliques de Barbey d'Aurevilly (1874).
2. Les Premiers Rois de Norvège de Thomas Carlyle (1875).
3. Le Désespéré de Léon Bloy (1887).
4. Les Pharisiens de Georges Darien (1891).
5. Le Voleur de Georges Darien (1897).
6. Les Déracinés de Maurice Barrès (1897).
7. La Belle France de Georges Darien (1901).
8. Le Voyage du centurion d'Ernest Psichari (1916).
9. Orages d'acier d'Ernst Jünger (1920).
10. Mesure de la France de Pierre Drieu la Rochelle (1922).
11. Moravagine de Blaise Cendrars (1926).
12. Personne ne gagne de Jack Black (1926).
13. Écrivains et artistes de Léon Daudet (1927-1929).
14. Écrits d'exil de Léon Daudet (1927-1928)
15. Océan et Brésil d’Abel Bonnard (1929).
16. La Grande Peur des bien-pensants de Georges Bernanos (1931).
17. Le Feu follet suivi d'Adieu à Gonzague de Pierre Drieu la Rochelle (1931).
18. Les Réprouvés d'Ernst von Salomon (1931).
19. Années décisives d'Oswald Spengler (1933). 
20. Les Modérés d'Abel Bonnard (1936). 
21. Les Grands cimetières sous la lune de Georges Bernanos (1938). 
22. Sur les falaises de marbre d'Ernst Jünger (1939). 
23. Gilles et L'Homme à cheval de Drieu la Rochelle (1939 et 1943).
24. Notre avant-guerre de Robert Brasillach (1941). 
25. Les Décombres de Lucien Rebatet (1941). 
26. Le Sabbat de Maurice Sachs (1946). 
27. La Politique considérée comme souci de Pierre Boutang (1948). 
28. Les Epées de Roger Nimier (1948). 
29. La peau et les os de Georges Hyvernaud (1949). 
30. Le Grand d'Espagne de Roger Nimier (1950). 
31. Le Hussard bleu de Roger Nimier (1950). 
32. Portrait de l'aventurier de Roger Stéphane (1950). 
33. Journal d'un homme occupé de Robert Brasillach (1955). 
34. L'éclipse de l'intellectuel d'Elemire Zolla (1959). 
35. La Côte sauvage de Jean-René Huguenin (1960). 
36. L'Orange mécanique d'Anthony Burgess (1962). 
37. La gloire du vaurien de René Ehni (1964). 
38. Le Meurtre d'un enfant de Jean Cau (1965). 
39. La mort de L.-F. Céline de Dominique de Roux (1966). 
40. Une adolescence au temps du Maréchal de François Augiéras (1968). 
41. La France intellectuelle de Jules Monnerot (1970). 
42. La contre-révolution de Thomas Molnar (1972). 
43. Immédiatement de Dominique de Roux (1972). 

Histoire égoïste de Jacques Laurent (1976). 
Minutes d'un libertin. 1938-1941 de François Sentein (1977). 
La Jeunesse est lente à mourir de Grégoire Dubreuil (1984). 
Carnets d'un vaincu de Nicolás Gómez Dávila (1992). 
Le Soulèvement contre le monde secondaire de
Botho Strauss (1993). 
Une génération perdue. Les poètes guerriers dans l'Europe des années 1930 de Maurizio Serra (2015).

 

La seconde série de textes n'est pas des moins intéressantes celle de la littérature sans Dieu :
51. Soumission à la nuit / Soumission à la nuit de Jean-René Huguenin
52. Un roi sans divertissement de Jean Giono 
53. Les antimodernes d’Antoine Compagnon
54. Les Derniers Jours de François-Régis Bastide.
55. Mon royaume n’est pas de ce monde de Fresch

56. La Cendre et la foudre d’Éric Bonnargent
57. Le Désert de l’amour de François Mauriac

JUAN ASENSIO / Le cadavre d'une littérature sans Dieu

Les Diaboliques de Barbey d'Aurevilly (1874)

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Les Diaboliques est le chef-d’œuvre baroque et sulfureux d’un styliste hors norme, pour Juan Asensio, un livre qui ne se contente pas de relater des intrigues ambiguës et les tisse dans une langue si somptueuse et si musicale qu’elle semble vouloir hypnotiser le lecteur afin de l’entraîner dans les abîmes d’une moralité inversée où le vice éclaire la vertu et où l’ombre révèle la lumière, l’ouvrage lui paraît fait d’un souffle visionnaire qui dépasse les codes du récit traditionnel pour instaurer une atmosphère délétère dans laquelle chaque personnage joue à cache-cache avec Dieu et avec sa propre conscience, tant il est vrai que Barbey, ce converti impénitent, écrit avec le sang des passions dévoyées tout en récitant intérieurement le chapelet de la rédemption, et si la tentation diabolique hante chaque nouvelle, c’est parce que l’auteur y perçoit l’invisible guerre spirituelle qui se joue dans le cœur humain entre le scintillement du mal et le frémissement du salut, de sorte que ces récits, loin d’être des anecdotes d’immoralité bourgeoise, sont des paraboles sombres qui révèlent ce que la modernité voudrait oublier à savoir que le péché, même magnifiquement habillé, n’est jamais un jeu frivole c'est au contraire l’enjeu du destin.

Les Premiers Rois de Norvège de Carlyle (1875)

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Avec Les Premiers Rois de Norvège de Carlyle, on parcourt les vestiges d’un monde primitif où la parole reste imprégnée de sacré, d’épopée et même d'un souffle prophétique et n’est pas encore devenue simple vecteur d’argumentation ; et l'analyse de Juan Asensio souligne avec acuité combien Carlyle, en grand styliste de l’histoire, ne cherche pas tant à documenter le passé qu’à en restituer la puissance tellurique, la force spirituelle émanant des chefs barbares élevés au rang de figures métaphysique ; et il insiste sur le fait que dans cet opuscule à la fois dense et fulgurant, l’auteur britannique restitue une vision du monde où le pouvoir n’est pas encore séparé du mystère, où les gestes des rois fondateurs apparaissent comme des archétypes qui façonnent un peuple ainsi qu'une conception du monde fondée sur l’honneur, la transcendance et une relation quasi mythologique au destin ; et c’est en cela que Carlyle, selon Juan Asensio, atteint à une écriture visionnaire, semblable à une cosmogonie où le souffle historique n’est pas dissociable de l’inspiration mystique, comme si l’on lisait non un livre d’histoire mais un poème sacré dont la fonction serait d’éveiller la mémoire enfouie des origines nordiques, celles où la violence devient rite et le chef devient prêtre du chaos primordial. L’œuvre Les Premiers Rois de Norvège de Thomas Carlyle explore des thèmes qui dépassent l’historicité stricte pour plonger dans une méditation sur les origines du pouvoir, la sacralité de l'autorité et le souffle épique d'une Histoire en formation. Juan Asensio met en lumière différents éléments comme la fondation mystique de l’autorité politique, comme l’épopée en tant qu'exposition du savoir, comme la transcendance qui s'accompage de violence, ainsi qu'une vision prophétique de l’histoire. En effet, Carlyle décrit les premiers rois comme des figures quasi mythologiques dont la légitimité repose davantage sur une puissance spirituelle, presque chamanique que sur des lois ; ces chefs sont des archétypes, incarnations du destin et de la violence fondatrice, bien avant l’institutionnalisation étatique. Ensuite l’histoire est présentée non comme une succession de faits mais comme une narration poétique, proche du chant des scaldes ; Carlyle transforme le récit historique en cosmogonie nordique, chargée de symboles et de rites primitifs et plus encore encore, la brutalité des rois fondateurs n’est pas seulement décrite, elle est élevée à une fonction sacrée, celle de transcender le chaos de la guerre qui n'est plus moment initiatique où, par le pouvoir du sang versé, l’ordre naît du feu. Et alors, les paysages norvégiens, rudes et majestueux, façonnent l’âme des peuples pour laquelle il n’y a pas d’histoire sans territoire, dès lors la nature est à la fois théâtre et actrice de la saga car elle durcit les hommes et légitime leur souveraineté, enfin c'est ce qu'il faudrait croire : négation même de la force de la machine, de la puissance de l'atome, point aveugle de la révolution conservatrice. Enfin, Juan Asensio insiste sur le style de Carlyle comme visionnaire si tant est que sa plume fourchue réveille la mémoire collective enfouie ; elle n'est pas un savoir froid plutôt la révélation incandescente des origines et de la nécessité du sacré dans toute forme d’ordre humain.

 

Le Désespéré de Léon Bloy  (1887)

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Juan Asensio voit dans Le Désespéré de Léon Bloy, un desespéré pris dans une descente vertigineuse dans les entrailles d’un cœur mu par une rage sacrée, un cri de douleur et de gloire jailli d’un homme qui ne conçoit la littérature que comme un combat spirituel à mort ; et c’est dans cette perspective que l’œuvre lui apparaît comme une tentative radicale de transfiguration du réel par le feu purificateur d’un verbe halluciné, un verbe qui gifle le bourgeois, lacère l’âme tiède et jette des anathèmes sur la tiédeur contemporaine avec une fureur telle qu’elle semble convoquer l’Apocalypse dans chaque page ; et Juan Asensio insiste sur la dimension prophétique de Bloy, sur sa posture d’écrivain-mendiant qui hurle contre le confort intellectuel, sur son aspiration à une sainteté tragique, marquée par le péché tout en étant tournée vers la lumière ; et pour lui le personnage principal, Caïn Marchenoir, est à la fois une incarnation de la révolte catholique et le miroir noir d’un monde décomposé dans lequel la parole de vérité, même criée dans le désert, reste la seule voie possible vers le salut, car dans cette œuvre il n’y a pas de compromission, pas d’échappatoire, tout est tranché, fulminé, voué à l’extase ou au jugement ; et c’est cette radicalité, cette nudité brutale du cœur humain mis à nu sous l’œil de Dieu que Juan Asensio célèbre, reconnaissant dans Bloy un thaumaturge du langage, un martyr de la modernité, un génie incommode dont la fureur sainte reste l’une des plus hautes expressions du sacré dans la littérature française. Plusieurs thèmes essentiels de Le Désespéré traversent de manière souterraine ou flamboyante l’ensemble du corpus abordé par Juan Asensio sur son blog où les articles sont de plus en plus courts comme si la verve se tarissait ; ils dessinent en tout cas une constellation d’œuvres, oeuvres tout autant obsédées que leur interprète est halluciné quant à la crise du sens, la quête du sacré, la déréliction de l’homme moderne, et, couvre-chef sur la tête, la hantise du jugement. Les grands motifs partagés, un-cran-en-descente, sont la fureur prophétique comme geste littéraire et la sainteté dans la chute au comble du désespoir comme la déréliction qui porte jusqu'au désespoir radical selon notre stalker. Bloy écrit avec une rage sacrée qui transforme le texte en cri, en invective, en catéchisme brûlant ; et cette violence spirituelle se retrouve chez Bernanos dans La Grande Peur des bien-pensants et Les Grands cimetières sous la lune, chez Lucien Rebatet dans Les Décombres, chez Roger Nimier dans Les Épées, et chez Pierre Drieu La Rochelle dans Gilles, où la plume devient glaive, que nous allons les étudier, ce n'est pas un hasard si la Mâle littérature sans Dieu n'est pas un cadavre, davantage un cadavre exquis ; Juan Asensio voit dans cette écriture de la colère une tentative de forcer l’aboulie moderne à se réveiller, de manière brutale, incantatoire ou hallucinée. Caïn Marchenoir est une figure du pécheur tendu vers le salut : cette tension spirituelle, entre abjection et lumière, est l’un des fils conducteurs chez Psichari, chez Bernanos, chez Brasillach (Notre avant-guerre), voire chez Ernst von Salomon dans Les Réprouvés où l’errance est toujours porteuse de rédemption ou de perdition ; Juan Asensio souligne combien la littérature qu’il commente est souvent traversée par un catholicisme agoniquant mais incandescent, où l’homme cherche Dieu dans les ruines de l’histoire. Le désespoir du héros bloyen est tontologique, il ne se plaint pas, il hurle, d'un cri qui se fait écho dans La Peau et les os d’Hyvernaud, dans La Jeunesse est lente à mourir de Dubreuil, et dans Carnets d’un vaincu de Gómez Dávila, où l’homme affronte le vide avec une lucidité d’écorché vif. L’obsession du néant de l’homme qui lui sied comme une ruine, suite à un effondrement, affleure resurgeante dans Le Sabbat de Sachs et dans L’Homme à cheval de Pierre Drieu.

 

 
Les Pharisiens de Georges Darien  (1891)

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Les Pharisiens de Georges Darien fait marque d'une acidité corrosive, une dissection au scalpel de la bourgeoisie bien-pensante et des mécanismes hypocrites d’une société fondée sur les apparences, et c’est cette férocité lucide que Juan Asensio célèbre dans ce roman qui ne propose pas de salut mais une mise à nu implacable, un dévoilement du vide moral et de la lâcheté intellectuelle de ceux qui se parent des oripeaux de la vertu pour dissimuler leurs intérêts sordides, Georges Darien y fait à la fois le procès des pharisiens modernes que sont journalistes, politiciens, intellectuels domestiqués, et les crucifie avec un art du pamphlet qui confine à la jubilation, et Juan Asensio souligne à quel point le style enlevé et grinçant de l’auteur donne à ce texte la vivacité d’un geste anarchiste doublé d’une clarté politique, comme si l’écriture elle-même était une barricade contre la stupidité et la servilité, dans ce monde que Darien expose sans fard, l’argent corrompt les idéaux, le journalisme se prostitue, et le pouvoir ne s’exerce qu’au bénéfice de ceux qui savent parler tout en se taisant sur l’essentiel, et c’est dans cette dénonciation virulente mais jamais vulgaire que Juan Asensio discerne une œuvre maîtresse du contre-discours, une forme de littérature de guerre qui refuse de pactiser avec la médiocrité, préférant l’arme du sarcasme à la mollesse de la critique mesurée, et cette rage lucide, ce refus de la compromission, ce choix du style comme poignard, Juan Asensio les reconnaît comme les marques de l’écrivain authentique, celui qui, comme Georges Darien, ne cherche pas à plaire mais à purifier le langage par le feu de la révolte. Dans Les Pharisiens, tel que lu par Juan Asensio, Georges Darien condense avec une virulence rare les motifs d’une constellation d’auteurs insurgés contre leur époque, dessinant une cartographie critique qui relie Le Voleur, Les Décombres, Les Épées, Le Désespéré de Bloy, et bien d’autres pamphlets. Juan Asensio y voit une dénonciation féroce de la bourgeoisie et de son hypocrisie sociale, où les faux-semblants servent de masque à la rapacité morale, une imposture partagée par les pharisiens modernes de Georges Darien et les pamphlétaires radicaux qu’il admire. Cette critique ne s’arrête pas là : elle englobe la corruption du langage et de la presse, domestiqués par l’argent et la compromission, thème que Georges Darien pousse à l’extrême, en écho à Dominique de Roux, Jules Monnerot ou Léon Daudet, chez qui l’écriture devient résistance contre la parole falsifiée. Le simulacre social, fondé sur l’ordre des apparences, est également au cœur de cette critique asensienne du monde moderne, retrouvée chez Georges Bernanos ou Pierre Drieu. Pour Darien, la littérature n’est pas seulement un art mais une arme : il écrit avec la rage du révolté, transformant l’ironie et le sarcasme en projectiles, posture que l’on retrouve chez Nimier, Sachs, Burgess, et que Juan Asensio considère comme marque de haute littérature, opposée au conformisme policé. Enfin, Darien fustige l’enfermement idéologique des élites, où les intellectuels deviennent des gestionnaires d’idées et les politiciens des comptables du renoncement, critique que l’on retrouve dans Molnar ou Spengler, et qui illustre l’obsession asensienne pour l’effondrement du sens au profit d’un pragmatisme nihiliste.

 

 Le Voleur de Georges Darien (1897)

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Juan Asensio lit Le Voleur de Georges Darien comme un ouvrage à la fois subversif et désespérément lucide, une chronique de la dissidence radicale qui fait du vol non pas un simple acte de transgression plutôt une rébellion métaphysique contre une société bâtie sur le mensonge et l’appropriation, et ce roman, dans sa lecture asensienne, ne relève pas tant de la littérature que d’un manifeste anarchiste en forme de confession où le narrateur, voleur par vocation autant que par conviction, devient le révélateur du vice fondamental des institutions, car pour Georges Darien, à travers les yeux d’Asensio, l’ordre social est en soi une escroquerie dont le voleur est l’envers sincère, et c’est dans cette inversion provocante que se loge toute la force du roman, qui déconstruit la morale bourgeoise à coups de style ironique et de scènes satiriques, Juan Asensio insiste sur le fait que Georges Darien ne cherche pas la réhabilitation, davantage la mise en crise du monde tel qu’il est, en dévoilant la collusion entre la loi et le vol institutionnalisé, le roman devient alors un traité sauvage contre l’hypocrisie légalisée et pour Asensio, cette écriture picaresque, élégante et corrosive, dit la vérité nue sur l’homme moderne : un être qui vole parce qu’on l’a dépossédé, qui ment parce qu’on l’a plongé dans un monde de faux-semblants, et c’est ce diagnostic implacable qui fait de Le Voleur non une chronique criminelle plus un chant de guerre contre la société du paraître, un brûlot qui s’élève par la négation, une œuvre où l’insolence devient sacrement. Dans Le Voleur, Georges Darien, aux yeux de Juan Asensio, élève la révolte individuelle à un acte de guerre contre les mécanismes sociaux oppressifs, dessinant une galaxie critiquie qui relie son œuvre à d’autres figures littéraires marginales. La société y apparaît comme une machine à broyer l’individu, où l’État, la police, et la justice incarnent non pas l’ordre, au mieux une corruption rampante, à l’image du monde bureaucratique absurde que dépeint Georges Hyvernaud dans La Peau et les os. Cette dénonciation se double d’un dévoilement du mensonge fondamental sur lequel repose le pouvoir : Georges Darien révèle, derrière le masque légal, un théâtre cynique de l’exploitation, motif également présent dans Les Décombres de Rebatet ou Immédiatement de Roux. Le voleur devient alors un justicier paradoxal, à la manière de Moravagine ou des Réprouvés d'Ernst von Salomon, incarnant une vérité plus haute en détruisant pour révéler, figures de révolte absolue qui, selon Juan Asensio, refusent de plier devant la morale bourgeoise ou les dogmes idéologiques. La parole chez Georges Darien n’est pas neutre car elle porte en elle le scandale futur, résistance linguistique future face à la langue institutionnelle, comme pour Le Désespéré de Bloy ou L’Orange mécanique de Burgess ; le style y incendie le sens pour mieux le ressusciter. Enfin, l’anarchie y est à la fois une esthétique et une éthique : Le Voleur ne critique pas seulement, il célèbre le chaos limpide et le rejet des normes non librement choisies, rejoignant la posture stylistique de sabotage qu’on retrouve dans Les Épées de Nimier ou La Jeunesse est lente à mourir de Dubreuil.

 

Les Déracinés de Maurice Barrès (1897)

(6)

Fresque initiatique hantée par le drame de la perte des racines et l’illusion de l’intellectualisme désincarné, matrice du nationalisme et récit exemplaire de l’exil intérieur propre aux élites françaises égarées dans le culte de l’abstraction, Juan Asensio voit dans Les Déracinés de Maurice Barrès une tension entre la fidélité au sol natal et la tentation de l’universel qu’il traque dans le roman, où le groupe des jeunes étudiants lorrains venus à Paris incarne pour lui la figure tragique du déraciné, celui qui, en reniant les attaches organiques de la terre, de la famille et de la mémoire, s’expose à la dissolution morale, Juan Asensio insiste sur le style ample et paradoxal de Barrès, capable de magnifier la nostalgie du terroir tout en en dénonçant les dangers quand elle se transforme en idéologie figée, et dans cette lecture, Les Déracinés devient une véritable méditation sur le rôle de l’éducation, non comme ascension intellectuelle mais comme arrachement, castration spirituelle, rupture brutale avec ce qui constitue le socle ontologique de l’individu, car selon Asensio, Barrès n’écrit pas simplement un roman d’apprentissage mais une critique sévère du culte de la raison républicaine qui, en émancipant, déracine, désagrège et condamne à la solitude mentale, le roman tout entier est traversé par le souffle d’un conflit souterrain entre le besoin d’enracinement et la fascination de l’émancipation, et c’est dans cette dialectique que Juan Asensio trouve l’éclat du tragique, la grandeur du dilemme, la profondeur d’une œuvre qui, en exposant les conséquences d’un arrachement voulu, dit quelque chose de fondamental sur la modernité française, sur ses faux-semblants, son hubris rationaliste et sa perte du sacré. Juan Asensio, dans sa lecture de Les Déracinés, identifie des thèmes qui résonnent avec d’autres œuvres qu’il fétichise sur son blog d'exploration en Grande raction, dessinant ainsi une toile critique où le malaise moderne se lit à travers le prisme du déracinement, de la trahison des origines et de la perte du sacré, bref autant de motifs qu’on retrouve dans des textes aussi divers que Le Voyage du centurion de Psichari, Années décisives d'Oscar Spengler ou Sur les falaises de marbre d'Ernst Jünger. S'enonce les grands thèmes partagés comme le déracinement comme crise tontologique. Comme dans Une adolescence au temps du Maréchal d’Augiéras ou La Jeunesse est lente à mourir de Dubreuil, Barrès met en scène la rupture entre l’individu et ses attaches vitales (terre, culture, langue) comme une tragédie existentielle. L’éducation républicaine est vue comme une machine à abstraire, comparable à la formation intellectuelle sans âme décrite dans La France intellectuelle de Monnerot ou La contre-révolution de Molnar. La tension entre universalisme abstrait et enracinement charnel. Le conflit entre la pensée française émancipatrice et l’identité profonde résonne avec les dilemmes présents chez Pierre Drieu dans Gilles et dans Mesure de la France. Juan Asensio souligne combien cette dialectique traverse aussi La Politique considérée comme souci de Pierre Boutang ou Les Epées de Roger Nimier. Penser sans lieu, c’est se condamner au vide. L’éveil par l’épreuve initiatique. Le passage des jeunes lorrains à Paris est une épreuve qui les désagrège, tout comme les expériences des protagonistes dans Les Réprouvés ou Le Feu follet. Ce motif initiatique est partagé avec Le Voyage du centurion ou Moravagine, où l’errance mène à une révélation tragique. La modernité comme dépossession spirituelle. Barrès montre que l’homme moderne, détaché du sol, perd son centre ; cette critique affleure dans Le Soulèvement contre le monde secondaire de Botho Strauss ou Carnets d’un vaincu de Gómez Dávila. Juan Asensio voit dans cette dépossession une constante : la culture contemporaine dissout l’âme au lieu de l’élever. La désillusion face à l’intellectualisme abstrait. Le roman critique l’idéalisme républicain comme illusion : ce scepticisme se retrouve dans La France intellectuelle et L’éclipse de l’intellectuel de Zolla. Le savoir devient mirage lorsqu’il est délié de la réalité charnelle et spirituelle. L'exploration est de l'ordre du within, de l'à travers intérieure, car imaginaier avant tout, chez Juan Asensio et non un appréhension extérieur. C'est pourquoi l'hallucination pouvant ne retenir qu'une phrase de génie dans tout un roman, se berce d'illusion. 

 

La Belle France de Georges Darien (1901)

(7)

La Belle France de Georges Darien, autre éclat de satire féroce dans la palette provocatrice de ce bon Darien, peut être lue comme une œuvre à la fois pamphlétaire et crépusculaire, une autopsie mordante d’une patrie moribonde que l’auteur s’emploie à déchirer avec une ironie d’acier et un regard sans concession, car dans ce texte, Georges Darien, sous l'oeil mâle avisé de Juan Asensio, ne fait plus seulement la satire d’un système social ou politique mais annonce avec une lucidité glacée la déchéance irréversible d’un pays qui s’est renié, vendu, abaissé, et selon Asensio, cette œuvre constitue un véritable testament littéraire où le feu de l’insolence se mêle au froid du désenchantement, donnant naissance à un chant funèbre où l’auteur maudit devient le chroniqueur des lâchetés, des turpitudes et des compromissions qui gangrènent la France républicaine, Juan Asensio insiste sur le style dense, acéré, sur cette langue coupante qui ne laisse aucun repos au lecteur, chaque phrase étant un coup de scalpel dans la peau du mensonge national, et il voit dans cette œuvre une forme de nihilisme actif, non une abdication mais une guerre sans illusions contre les faux prestiges, les grands mots creux et les idéaux en carton, le Darien de La Belle France est un homme seul, en exil intérieur, dont la parole se fait plus amère encore parce qu’elle sait qu’elle n’aura plus d’écho, et c’est précisément cette solitude souveraine, cette incapacité à pactiser, cette fidélité à la rage qui font du texte un manifeste contre la compromission, contre la résignation, contre l’amour aveugle de la patrie, et Asensio en fait le portrait d’un écrivain qui, loin de chanter la France, préfère l’accuser, la provoquer, la juger comme un Dieu noir dont les sentences ne souffrent aucun appel. Dans La Belle France, Georges Darien orchestre un réquisitoire impitoyable contre la nation française républicaine de son temps, et Juan Asensio, dans sa lecture dense et polémique, en dégage des thèmes puissants qui résonnent avec d’autres œuvres radicales de sa bibliothèque critique, dessinant ainsi un réseau de résonances autour du désenchantement politique, du rejet de la patrie mythifiée et de la rage solitaire de l’écrivain en exil intérieur : la déconstruction de l’idéal national. Georges Darien peint une France corrompue, dominée par la lâcheté et le mensonge ; cette dénonciation fait écho à celle de Rebatet dans Les Décombres et de Nimier dans Le Grand d’EspagneLa patrie n’est plus source de fierté, elle est objet de honte, de colère, voire de malédiction. Le style comme insurrection. L’écriture est un acte de guerre : mordante, ironique, acérée. Juan Asensio valorise cette violence stylistique chez Georges Darien, tout comme chez Bloy, Nimier ou Burgess. qui enchevêtre le langage qu'elle façonne et qui n'est donc plus neutre : il tranche, il accuse, il refuse la compromission. La satire des institutions politiques et morale ; et Georges Darien fustige l’hypocrisie républicaine, la vacuité des idéaux démocratiques, la dégradation des élites. Ce rejet est présent dans Les Pharisiens, dans Les Déracinés de Barrès et chez Zolla dans L’éclipse de l’intellectuel, tous unis par un même scepticisme envers les constructions idéologiques modernes. Tout cela sied si bien à l'univers de Juanito. La solitude de l’écrivain maudit. Dans cette œuvre, Georges Darien si bon y apparaît incandescent comme un prophète tragique, conscient que sa voix ne sera ni entendue ni aimée. Cette posture est partagée avec Bernanos dans Les Grands cimetières sous la lune, avec Pierre Drieu dans Adieu à Gonzague, et avec Dominique de Roux dans Immédiatement, où l’écriture est un acte désespéré bien que nécessaire, où tous descendent d'un cran dans l'inanitaire. La lucidité comme malédiction. Le regard porté sur la France est sans illusion : il n’y a ni nostalgie, ni espoir, seulement une description implacable. Cette lucidité désespérée structure aussi La France intellectuelle de Monnerot et Le Soulèvement contre le monde secondaire de Botho Strauss.

 

Le Voyage du centurion d’Ernest Psichari (1916)

(8)

Juan Asensio considère Le Voyage du centurion d’Ernest Psichari comme un texte de conversion fulgurante, un récit d’épreuve où le soldat se transmue en pèlerin, et c’est cette tension entre la discipline martiale et la quête spirituelle qu’il explore avec une intensité singulière, car pour Asensio, l’œuvre de Psichari n’est pas un simple journal militaire, c'est une marche vers la lumière, une initiation intérieure dans les plis du désert, et le centurion n’est plus alors un homme d’ordre, il prend les atours d'un homme en prière, aux croyances traversées par le doute, à la soif de Dieu née de la brûlure de l’absolu, l’écriture devient alors un acte de contemplation intense, presque mystique, où la géographie du sable, du silence et de la lumière, participe de cette épiphanie, et Juan Asensio souligne ce voyage comme une transformation tontologique, une purification par le feu de l’obéissance, un risque pris face au silence habité plutôt qu'un simple déplacement. A travers ce chant d’épreuve et d’élévation, le style de Psichari, sobre, droit, porté par l’ascèse gnostique, rejoint selon Juan Asensio celui des moines-soldats, des mystiques du fer, et il voit dans cette œuvre l’illustration rare d’une transcendance par le service d’une éthique virile et spiritualisée qui refuse le nihilisme ambiant, car le désert y devient la métaphore du cœur dépouillé, de l’âme é-tendue vers l’invisible, et c’est dans cette radicalité silencieuse, cette fidélité fiévreuse, cette quête ardente sans relâche que Juan Asensio buissonne et reconnaît la grandeur de Psichari, l’un des derniers écrivains à avoir su unir le glaive et la prière, le combat et la foi, la solitude et l’évidence de Dieu. Juan Asensio repère dans Le Voyage du centurion plusieurs motifs forts qui irriguent aussi d’autres textes que nous explore ici avec lui en sa présence, et c’est cette constellation de thèmes à la fois spirituels, existentiels et stylistiques. Ces prouesses existentielles et stylistiques inscrivent le texte d’Ernest Psichari dans une tradition littéraire de l’épreuve rédemptrice, le désert y intercède comme un espace de dépouillement et de purification à part entière, rejoignant le rideau minéral de Sur les falaises de marbre d'Ernst Jünger ou les paysages intérieurs du Soulèvement contre le monde secondaire de Botho Strauss, où le décor géographique sert de creuset moral. Le centurion incarne la figure du soldat mystique, é-tendu vers l’absolu à travers l’expérience militaire, motif que l’on retrouve dans Le Feu follet de Drieu La Rochelle ou dans Les Réprouvés d'Ernst von Salomon, pour lequel l’uniforme devient tension vers le sacré ou l’abîme. Le centurion est une figure du soldat mystique, de l’homme en uniforme tendu vers l’absolu. C'est L’union du glaive et de la prière et Juan Asensio admire cette fusion unique chez Psichari où la discipline militaire n’est plus brutale et transfigurante, elle devient voie vers Dieu, où l’action se lie à une aspiration transcendante.. Ceci entre en résonance avec Mesure de la France de Drieu La Rochelle et Notre avant-guerre de Robert Brasillach. Le voyage intérieur n’est pas collectif car le centurion progresse vers sa propre révélation, écho aux Carnets d’un vaincu de Gómez Dávila ou à La mort de L.-F. Céline de Dominique de Roux, où la solitude affronte la vérité nue. Enfin, le style de Psichari, sobre et droit, incarne une ascèse littéraire, une esthétique du sacrifice qui privilégie la sincérité au spectaculaire, dans une rigueur morale comparable à celle de La Politique considérée comme souci de Pierre Boutang ou celle de La Côte sauvage de Huguenin. Ce que ne perçoit pas Juan Asensio c'est qu'il dresse à travers sa recollection de within une voix intermédiaire entre la mystique et la gnose. Une voie intercalée entre les deux, tout aussi sobre, et qui lui propre par la langue qui l'anime et le terrasse. Ce rapport à la langue est une esthétique dépouillée, qui reflète le sacrifice, la transparence romane et la rigueur morale, antidote à la fatigue morale que subit Juan Asensio, dans sa résonnance à percevoir la décadence partout qui nous est étrangère.

 

Orages d’acier d’Ernst Jünger (1920)

(9)

Juan Asensio lit Orages d’acier d’Ernst Jünger comme un chant sidérant de la guerre transfigurée, un texte incandescent où le vacarme des obus devient rythme cosmique et où le sang versé sur les champs de bataille forge une expérience esthétique et métaphysique irréductible aux grilles de lecture moralistes, car Jünger, selon Asensio, ne raconte pas la guerre comme une suite de souffrances davantage comme un itinéraire initiatique, une traversée de l’enfer dont l’homme ressort non brisé mais trempé, affiné, élevé, et c’est cette alchimie du feu, ce passage par la déflagration, qui confère au livre sa grandeur stellaire, Juan Asensio souligne que la prose de Jünger est métallique, tranchante, stratifiée comme un bunker, mais qu’elle conserve malgré tout une amplitude classique, presque épique, et c’est dans cette tension entre le style sec et le souffle épique que s’inscrit l’intuition profonde du texte : que la guerre, loin d’être une aberration, est une nécessité tontologique, un révélateur de la part tragique de l’existence, le soldat y est plus qu’un combattant, il devient témoin du dépassement de soi, du surgissement d’une forme nouvelle d’humanité, non civilisée et essentielle, et c’est ce regard sans illusion etsans haine que Juan Asensio célèbre chez Ernst Jünger, voyant dans Orages d’acier bien plus qu'un ouvrage de témoignage, une œuvre de visionnaire propre à un homme qui a su faire de l’apocalypse un poème d’ordre et de verticalité, bref de cette poussiéreuse transcendance. Juan Asensio identifie dans Orages d’acier d’Ernst Jünger plusieurs motifs puissants qui traversent d’autres œuvres qu’il explore sur son blog, dessinant une constellation où la guerre, loin d’être simple événement historique, devient expérience métaphysique, épreuve d’essence et fondation d’une esthétique nouvelle du réel, et c’est à travers cette lecture qu’Asensio perçoit dans le récit de Jünger les éléments d’une poétique du fer, d’une mystique de la sidération, qui font du soldat une figure existentielle, tout autant visionnaire que combattante. Premier thème qui apparaît la guerre comme initiation et révélation, on n'est pas dans la mystique mais dans la gnostique. Dans Orages d’acier, la guerre n’est ni dénoncée ni glorifiée, elle est vécue comme un passage tontologique qui transforme l’homme ; on retrouve cette approche dans Le Voyage du centurion de Psichari, dans Les Réprouvés d'Ernst von Salomon ou Le Feu follet de Drieu, où le chaos extérieur révèle une vérité intérieure. Juan Asensio considère ces œuvres comme des rites de passage, où la violence devient médium de transfiguration. L’homme face à la matière brute du monde. Le style de Jünger, sec, métallique, résonne avec La Peau et les os de Hyvernaud ou Moravagine de Cendrars, où le réel brut est affronté sans ornement ni consolation. Juan Asensio célèbre cette esthétique de la rudesse, de la densité physique comme miroir du monde spirituel. La lucidité sans pathos. Jünger ne cède ni à l’émotion facile ni au jugement moral ce n'est pas comme Asensio, il observe avec une précision hallucinée comme un stalker avec son scalpel. Cette posture se retrouve chez Strauss dans Le Soulèvement contre le monde secondaire et chez Gómez Dávila dans Carnets d’un vaincu, où la lucidité devient acte spirituel. C’est la capacité à voir sans trembler que Juan Asensio érige en vertu littéraire majeure. Le dépassement de soi par le danger. L’exposition au feu forge une nouvelle forme d’homme : vertical, concentré, arraché à la mollesse. Ce motif affleure aussi dans Les Épées de Nimier et dans Mesure de la France de Drieu, où l’épreuve permet d’exister pleinement. Juan Asensio admire cette littérature qui oppose au confort une éthique de l’affrontement. L’écriture comme mise en ordre du chaos. Le style de Jünger ne se contente pas de décrire, il organise le vacarme, il impose une forme au tumulte ; cette maîtrise se retrouve chez Bernanos, chez Bloy ou chez Monnerot. Le verbe n’est pas reflet, c'est un acte de souveraineté sur le désordre du monde.

 

Mesure de la France de Pierre Drieu la Rochelle (1922) 

(10)

Ce sera une méditation sur la grandeur de la décomposition, ainsi en a voulu Juan Asensio pour Mesure de la France de Pierre Drieu la Rochelle, tentative tout aussi désespérée de danser sur le cadavre de la littérature, ardente s'il en est à redéfinir la grandeur (103) française à l'aune d’une introspection fiévreuse, un texte où l’écrivain, en proie à ses contradictions politiques, affectives et esthétiques, cherche à étreindre l’essence d’un pays qu’il ne cesse d’aimer tout en le voyant sombrer, et c’est dans cette tension entre le désespoir lucide et l’élan mystique que se dessine selon Asensio la force du livre, car Pierre Drieu n’y parle pas en sociologue ou en historien, il parle en poète politique, en prophète blessé, en esthète inquiet qui tente de sauver la France non par les faits mais par une idée brûlante, presque liturgique, de ce que le pays aurait pu être, devait être, pourrait encore redevenir, et Asensio insiste sur le style nervuré, fluide, mais toujours chargé d’une électricité morale, qui donne au texte une dimension oraculaire, comme si chaque phrase était une émanation d’un jugement divin, une mesure non seulement géopolitique mais métaphysique, Pierre Drieu y oppose la vitalité aux formes mortes, la jeunesse au déclin, l’action à l’analyse, et c’est ce goût du tranchant, du vertical, du tragique lumineux qu’Asensio célèbre, voyant dans Mesure de la France une œuvre profondément ambiguë mais nécessaire, un écho de la grandeur napoléonienne croisé avec le désenchantement du XXe siècle, un livre qui ne propose pas de système mais un souffle, une éthique, un regard halluciné sur un pays dont le cœur bat encore mais dont les artères sont obstruées par l’oubli, la lâcheté et la fatigue de croire.

Juan Asensio repère dans Mesure de la France de Pierre Drieu la Rochelle une série de thèmes puissants et entremêlés qui résonnent dans l’ensemble de sa lecture critique, des motifs qui définissent non seulement l’esthétique de Drieu mais aussi l’intuition tragique qu’il développe sur la nation, le politique et la grandeur en déclin — autant de lignes de force qui traversent aussi ses œuvres comme Gilles, Le Feu follet, ou d'autres auteurs à travers Les Décombres de Pierre Rebatet ou encore La Politique considérée comme souci de Pierre Boutang. La grandeur nationale est à la fois une énergie spirituelle et la tentation de la pure vitalité malgré le désenchantement intellectuel. C'est là que s'origine la fatigue morale. Pierre Drieu cherche à identifier une « mesure » de la France non en chiffres mais en élévation morale : la patrie devient un principe actif, une tension verticale. Ce motif d’une nation conçue comme force intérieure, presque mystique, est partagé avec Barrès dans Les Déracinés et avec Brasillach dans Notre avant-guerre, où la France est plus une vocation qu’un territoire. Cette pure vitalité fera que Pierre Drieu rejette les constructions abstraites, les systèmes, les philosophies trop cérébrales : il cherche la vie, la jeunesse, la force. Ce rejet de la pensée désincarnée fait écho à Elmire Zolla dans L’éclipse de l’intellectuel, à Monnerot dans La France intellectuelle, où le logos est vu comme puissance affaiblie par trop d’analyse. Il faut maintenir la verve quitte à atteindre la vitupération. La dialectique entre déclin et renaissance traverse Mesure de la France. Or la dialectique est toujours marque de décadence. Mesure de la France est parcouru par une obsession du déclin français, mais toujours tendu vers un possible sursaut. Ce motif tragique d’un pays en crise mais encore fécond est partagé avec Les Grands cimetières sous la lune de Bernanos et Les Décombres de Rebatet : lucidité et espérance convulsée. Pierre Drieu valorise le geste, la jeunesse, le risque. La volonté d’en découdre comme éthique esthétique est poussée jusqu'à l'action, car l'action, même désespérée, est préférable au confort. Cette posture de demi-mondain, de quasi dandy viril, traverse aussi Les Épées et Le Hussard bleu de Nimier, où l’énergie devient style, où la vitesse remplace le concept. La littérature devient alors chant funèbre et défi et l’écriture chez Drieu se fait élégie et stratégie, elle pleure une France perdue tout en appelant à sa réinvention. Ce double geste se retrouve chez Dominique de Roux dans Immédiatement et chez Georges Darien dans La Belle France, où le verbe devient cri de guerre contre le mensonge national. C'est toujours la même scène réactionnaire qui est redite.

 

Moravagine de Blaise Cendrars (1926)

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Juan Asensio lit Moravagine de Blaise Cendrars comme une odyssée dans la folie sublime, une plongée vertigineuse dans les ténèbres de l’humain où le personnage éponyme devient un principe de dissolution active, un catalyseur anarchique de la catastrophe vitale, et c’est dans cette perspective que l’œuvre lui apparaît comme un récit initiatique inversé, une négation flamboyante de la raison, une célébration du chaos comme vérité supérieure, car pour Asensio, Cendrars ne cherche pas à comprendre Moravagine mais à le suivre dans sa logique propre, irréductible, où le meurtre, le voyage, le délire et le sexe ne sont pas des symptômes mais des gestes essentiels, des rites primordiaux visant à purifier l’homme des scories de la civilisation, le style nerveux, syncopé, syncopal même, devient alors une langue de l’urgence, un souffle de feu qui dit la vitesse du monde et la brutalité sacrée de la vie débridée, et Asensio insiste sur le fait que Moravagine est une mise à nu du mensonge humaniste, une gifle adressée à la morale et une ode aux instincts fondamentaux, c’est cette œuvre qui réconcilie le verbe et la transe, qui fait exploser la syntaxe pour atteindre une forme de parole chamanique, et selon lui, Cendrars ne propose ni rédemption ni explication, mais un aller simple pour le cœur obscur du monde, pour la part maudite de la conscience, et c’est dans cette radicalité sans retour qu’Asensio reconnaît une grandeur nihiliste, une forme de pureté dans l’abjection, une lucidité par l’outrage, un point de fusion où l’écriture n’est plus transmission mais incantation. Dans Moravagine, Blaise Cendrars déploie avec une acuité implacable une célébration du chaos existentiel mais aussi une subversion radicale des catégories morales et orchestre une cartographie poétique extrême où la folie devient lucidité, le voyage une désagrégation du sens et la destruction, bref un geste libérateur. Le personnage de Moravagine n’est pas un malade mental, c’est figure limite et instinct vital délié de toute entrave ; cette exaltation du dérèglement se fait révélatrice du monde refoulé et se retrouve dans Moravagine comme dans Personne ne gagne de Jack Black ou Les Réprouvés d'Ernst von Salomon, où l’anormal devient révélateur du normal ; la folie est le lieu d’une vérité nue et insoutenable, celle que la civilisation s’emploie à refouler, elle est principe de lucidité. Le périple qu’entreprennent les protagonistes traverse le monde comme on traverse une hallucination, il n’est pas quête mais fuite, une errance convulsive fait écho à Moravagine, Le Sabbat de Maurice Sachs ou La Côte sauvage de Jean-René Huguenin, où chaque déplacement est perte de repères ; le voyage est déliaison et dissout l’identité. La destruction est geste libérateur La violence de Moravagine, brute pulsionnelle, détruit, tue, provoque, il est, pour Cendrars, l’incarnation d’une pulsion primordiale qui ne cherche pas à bâtir mais à dévoiler par le choc ; ce motif apparaît aussi dans L’Orange mécanique de Burgess ou Une génération perdue de Serra, où la violence devient parole, où le nihilisme se transmue en esthétique brute, où il n'y plus de valeur supérieure du beau et l'éthique y est insoutenable; cette impureté féconde que Asensio célèbre par la parole déliée, une liberté incandescente. Hors de tout code, Moravagine est un dieu noir : la négation des valeurs y devient poésie de l’abîme, en consonance avec Carnets d’un vaincu ou Immédiatement, œuvres où l’éthique s’effondre dans une impureté féconde. Le style syncopé de Cendrars est un rythme de crise, une syntaxe brisée qui dit l’urgence de la vie et la déflagration du sens  et Juan Asensio compare cette écriture à une transe chamanique, la langue ne console pas, elle expose, elle écorche, elle ne panse pas, elle déchire. Moravagine ne cherche pas à convaincre, mais à exister dans l’éclair de l’indicible.

 

Personne ne gagne de Jack Black (1926)

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Juan Asensio lit Personne ne gagne de Jack Black comme l’acte de confession le plus radical qui puisse surgir de la marge, une œuvre qui, sous ses dehors de récit criminel, se révèle être une traversée spirituelle de la déchéance, car pour lui, Jack Black n’écrit pas depuis le bas de l’échelle sociale mais depuis son envers, depuis ce point nodal où l’homme n’est plus qu’un instinct, un désespoir, une lucidité désenchantée, et c’est dans cette radicalité autobiographique que se loge l’intérêt du livre, qui fait de la misère, de l’errance et du vol une école de sincérité, une pédagogie de la désillusion, Juan Asensio insiste sur le fait que ce texte américain, à la prose sobre et sans apprêt, dit plus sur l’homme que bien des traités de psychologie, car il ne cherche ni à excuser ni à expliquer, mais simplement à montrer, à exposer cette part sombre que chacun refoule, et c’est dans cette frontalité morale, cette absence de fard, cette vérité nue que réside selon lui la grandeur du récit, Jack Black devient alors le frère occidental de Moravagine ou du Caïn Marchenoir de Bloy, une incarnation de la révolte impuissante, du cri solitaire, de la parole qui s’enfonce dans le réel sans chercher à le plier, le texte est lu comme une leçon d’honnêteté dans un monde de faux-semblants, un geste d’absolue franchise qui fait de la confession une forme de sainteté noire, et Asensio voit dans Personne ne gagne un miroir tendu à la littérature mondaine, un manifeste pour une écriture qui n’aurait pas peur de souiller ses mains, de dire l’atroce, de plonger dans la boue du réel pour en extraire l’éclat paradoxal d’une vérité qu’on ne veut plus entendre. 

Dans Personne ne gagne, Jack Black installe, selon Juan Asensio, une voix nue et sans artifice, qui érige la marginalité en lieu d’authenticité radicale : l’auteur parle depuis les bas-fonds non pour les glorifier mais pour les exposer, rejoignant ainsi Hyvernaud (La Peau et les os), Ernst von Salomon (Les Réprouvés) ou Blaise Cendrars (Moravagine que nous venons de voir), où l’exclu devient témoin de la faille humaine. Loin de toute posture idéologique, Jack Black ne propose ni rédemption ni victoire. Le titre lui-même est un constat sans appel, proche de la lucidité blessée de Gómez Dávila (Carnets d’un vaincu) ou de Bloy dans Le Désespéré, où la grandeur provient de l’aveu de l’impasse. Son style, dépouillé et direct, est une éthique littéraire en soi qui consiste à: + refuser toute stylisation pour laisser place à l’honnêteté, c'est elle qui prime et c’est là que réside sa puissance, par ce choix éthique sur la langue labile et qu'on retrouve dans Journal d’un homme occupé de Drieu La Rochelle, Nimier ou dans Immédiatement de Dominique de Roux, chez qui l’écriture est résistance au mensonge ; c'est la parole nue comme éthique littéraire. Le récit carcéral de Jack Black dépasse le simple contexte pénal  pour figurer l’image d’une société enfermante, d’un homme piégé dans un société de contrôle et de punition, un système qui broie, thème qu’Asensio retrouve cette fois dans L’Orange mécanique de Burgess, dans Les Décombres de Rebatet ou dans Les Épées de Nimier, sitôt les structures sociales devenues geôles mentales et esthétiques ; c'est la prison comme métaphore de la condition moderne. Enfin, Jack Black n’invente rien, il relate et cette sincérité de l’échec s’impose sans filtre, sans salut, avec force. L’échec devient alors événement mystique, défaite éclairante, point de départ d’une parole qui ne cherche pas à convaincre mais à exister.

 

Écrivains et artistes de Léon Daudet (1927-1929)

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Juan Asensio voir dans Écrivains et artistes de Léon Daudet une galerie de portraits flamboyants, une cartographie subjective de la vie intellectuelle et artistique française dans laquelle le critique monarchiste ne se contente pas de décrire les figures qu’il convoque mais les exalte ou les condamne avec une verve qui tient du pamphlet autant que de l’oraison funèbre, et c’est cette liberté de ton, cette absence de neutralité, cette passion critique que célèbre Asensio, voyant dans Daudet un écrivain dont le style, farouche, acide et élégiaque, refuse toute mollesse analytique pour lui préférer le trait, la formule, la déchirure, chaque portrait devient alors un acte de foi ou de guerre, un jugement sans appel ou une accolade sacrée, et ce que relève Asensio, c’est cette capacité à dire à la fois l’intelligence et la vanité, la grandeur et la bassesse, car Daudet ne sanctifie pas ses contemporains, il les transfigure ou les cloue, et à travers cette pratique du portrait comme forme de littérature morale, le livre devient une chronique du génie ou de la médiocrité, une manière de mesurer les âmes à l’aune d’une sensibilité politique et esthétique affirmée, Juan Asensio souligne la puissance du verbe daudetien, son énergie stendhalienne croisée avec un sens rimbaldien de la fulgurance, et il voit dans Écrivains et artistes une tentative de dresser une mythologie critique de la France lettrée, une carte du goût et de la décadence où chaque figure devient symptôme, éclat ou cauchemar, le tout sous le regard impérieux d’un styliste dont le jugement fulmine autant qu’il éclaire.

Ce recueil incandescent de jugements littéraires et politiques, une œuvre où le style pamphlétaire et la verve monarchiste avec un pointe d'ironie se conjuguent pour dresser une carte passionnée de la vie intellectuelle française, et c’est cette combinaison rare de portraits critiques de l’intellectualisme abstrait et des intellectuels modernes où le logos désincarné est vu comme pathologie contemporaine. Léon Daudet écrit contre les idéologies dominantes et les conformismes et fustige l’intellectuel républicain, froid, calculateur, séparé de l’instinct et de la foi. Juan Asensio célèbre cette critique comme lucidité contre le mensonge universitaire, il y préfère la figure du génie comme exception tragique. Daudet ne cherche pas à équilibrer ses portraits, il magnifie certains auteurs (Balzac, Barbey, Baudelaire) comme des météores, des âmes en feu ; le génie est toujours un corps étranger, une blessure dans le tissu social. Chaque portrait est aussi un acte politique en tant que prise de position, par exemple, Léon Daudet impose une hiérarchie du talent et du style avec d'une part des écrivains de sang et d'autre part des lettrés de salon. Cette exaltation du panache avec de l’ironie comme outil de démolition et de discernement : deux des traits de la krisis mais le trait daudetien est mordant non par haine mais par clairvoyance.

 

Écrits d'exil de Léon Daudet (1927-1928)

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Juan Asensio évoque Écrits d’exil de Léon Daudet comme unn chant de combat vigoureux contre la déchéance républicaine et l’effondrement d’une certaine idée de la France, monarchique et spirituelle, et c’est dans cette parole d’exilé, tendue, véhémente, extraordinairement lucide, qu’il voit la grandeur du style daudetien, car l’auteur, contraint à fuir son pays, transforme cette blessure en source de puissance littéraire, en catalyseur de jugements incendiaires, de réflexions politiques acérées et de dénonciations impitoyables, pour Asensio, le texte est moins une plainte qu’un brasier, une parole de veilleur qui refuse le sommeil intellectuel, et Daudet y mêle souvenirs personnels, charges idéologiques et méditations sur le rôle de l’écrivain comme porteur d’un feu antique, celui de l’honneur, de la tradition, de la verticalité française, et c’est cette verticalité, toujours menaçante et intacte, que célèbre Juan Asensio, il voit dans l’exil non une fin, sus une intensification, une radicalisation de la plume, et à travers ce texte, Daudet devient le témoin intempestif d’une France trahie et encore vivante dans la conscience des justes, et c’est cette capacité à faire du rejet social une élévation spirituelle que Juan Asensio considère comme le cœur incandescent des Écrits d’exil, un livre sans compromis, sans amnistie, un livre qui tient debout comme son auteur, loin de la déchéance, car dans la tempête, une œuvre ardente où l’exil se transforme en intensification spirituelle, où l'ascèse intellectuelle se nourrit de lucidité. Daudet, fidèle à ses principes malgré l’effondrement des institutions, incarne une posture de justicier solitaire, au style fulminant, tranchant et polémique faite, au sommet, arme de résistance, dans la veine de La Belle France de Georges Darien, du Désespéré de Léon Bloy ou Des Décombres de Lucien Rebatet, et chaque phrase, une brûlure qui rejette litotes et euphémismes. Il ne pleure pas la France diantre il l’accuse, évoquant une nation monarchique et spirituelle trahie par la République, dans une nostalgie verticale qui fait écho aux Déracinés de Maurice Barrès et à Notre avant-guerre de Robert Brasillach. Ce style incendiaire est chez Léon Daudet une éthique souveraine du verbe qui assume la pleine indignation comme quart nobiliaire de fidélité, trait d'aspiration d'une sainteté noire. Enfin, la colère daudetienne, loin de l’abdication, incarne une autre fidélité, cette fois au réel abandonné, la même lucidité douloureuse qu’on retrouve dans les Carnets d’un vaincu de Gómez Dávila ou dans La Jeunesse est lente à mourir de Dubreuil, où la fureur se transmue en veille tragique. L’exil est comme une force d’intensification. ; l’écriture saillante est comme un acte de guerre ; la trahison républicaine comme un drame fondateur. Le style aristocratique récrée le cri de l’âme qui n'abdique pas.

 

Océan et Brésil d’Abel Bonnard (1929)

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Plongeons dans l’univers d’Océan et Brésil d’Abel Bonnard, ce recueil poétique, à mi-chemin entre journal intime et voyage initiatique. D'emblée, Juan Asensio lit la formule « De nouveau l’âme vacille » comme un aveu discret mais fondamental d’épuisement métaphysique, une manière élégante et tragique de nommer l’effondrement intérieur que produit la modernité sur les consciences les plus éveillées, et c’est ce vacillement, sans chute franche ni élan, qu’il explore comme l’indice d’un malaise spirituel qui traverse les œuvres du XXe siècle, le signe que l’homme ne s’effondre pas brutalement mais se défait dans l’indécision, dans le flou, dans une fatigue de croire, de juger, de s’orienter, et Asensio y voit une forme de poétique du vertige, un motif silencieux qui habite les romans de Drieu, les essais de Bernanos, les fragments de Gómez Dávila, comme une sorte de syntaxe de la lucidité blessée, où l’âme, pressée par le tumulte historique, les désastres politiques et l’absence de transcendance, vacille sans chute, vacille sans rédemption, vacille sans appel, ce qui signifie pour lui que ce motif n’est pas un effet de style mais le cœur même d’une nouvelle vision du monde, celle qui ne cherche plus le salut mais la clarté douloureuse, celle qui ne rêve plus d’un ordre mais contemple les ruines avec une fidélité étrange, celle qui ne dit plus « je crois » mais « je vois », et dans ce voir, dans ce regard tendu vers le néant, Juan Asensio repère l’ultime éthique, l’ultime geste de grandeur, celui de l’écrivain qui accepte de dire, de nommer, d’écrire malgré la vacillation, qui fait de cette incertitude non un défaut mais une ligne de force, une manière d’être à la hauteur du monde moderne. Dans Océan et Brésil, Juan Asensio identifie une série de motifs fondamentaux qui irriguent toute une constellation critique de la littérature du XXe siècle et qui révèlent avec une intensité troublante la fragilité métaphysique de l’homme moderne, car cette phrase, reprise comme pierre angulaire d’une méditation sur les troubles de la conscience contemporaine, exprime selon lui ce moment où le sujet cesse de croire, non par révolte ou effondrement spectaculaire, mais par vacillement discret, par usure silencieuse, par un léger tremblement de l’être qui ne s’effondre pas mais s’efface, et cette instabilité — ni chute tragique ni résistance héroïque — devient le symptôme d’un monde où les repères s’effondrent sans bruit, où la foi en l’idée, en la nation, en l’art, en la transcendance, cède devant une lassitude lucide, une fatigue noble qui ne cherche plus à convaincre mais à nommer avec exactitude les formes de la perte, et c’est cette lucidité impuissante qui traverse les œuvres de Drieu, Bernanos, Dávila, Nimier, Hyvernaud ou Roux, chacun à leur manière élevant ce vacillement au rang de posture éthique, non parce qu’ils en font l’apologie mais parce qu’ils en dégagent la grandeur mélancolique, la vérité nue, la beauté triste d’un regard qui ne s’illusionne plus, et Asensio insiste sur le fait que cette vacillation de l’âme est aussi vacillation du verbe, car le style devient alors le lieu de cette tension entre la clarté et le désespoir, entre l’élégance et la lucidité, entre la précision et l’effroi, comme si écrire revenait à dire cette incertitude avec une netteté telle qu’elle devient forme, et dans cette forme, Juan Asensio voit une éthique, une fidélité à la complexité irréductible du réel, une manière de refuser les simplifications, les slogans, les consolations, pour rester au plus près de l’oscillation tragique qui constitue désormais le cœur de l’expérience moderne.

Allons plus loin. Juan Asensio lit Océan et Brésil d’Abel Bonnard comme un texte résolument antimoderne, où la beauté des formes et la luxuriance du style s’opposent à l’extinction des sensibilités dans le monde contemporain. Il en fait une lecture critique et élégiaque qui allie exaltation de la forme, refus du monde moderne, rôle invervant de la sensualité et a contrario délassement dans une langueur qui devient posture éthique, pour masquer la premiçère. Pour Juan Asensio, Abel Bonnard incarne une fidélité à la langue qui refuse la simplification. Son style précieux devient acte de résistance à l’avilissement du goût. Le Brésil vu par Bonnard n’est pas une évasion touristique, mais un contre-monde, presque hors du temps, où l’on peut encore éprouver le mystère, la beauté, le tremblement. C’est l’antidote à une Europe fatiguée, rationalisée, désenchantée. Là où le monde moderne exige vitesse et efficacité, Abel Bonnard propose la lenteur, l’attention, le regard qui s’attarde. Juan Asensio y voit une forme de noblesse perdue. Juan Asensio souligne qu'Abel Bonnard fait du contact des sens avec le monde une expérience spirituelle. Loin d’une volupté facile, la sensualité devient initiatique, une plongée dans la complexité de l’âme. Tout cela fait naître une esthétique antimoderne qui n'est que le masque d'un déni de deuil car si l'on pousse plus loin on s'aperçoit que Juan Asensio ne cherche pas à réhabiliter Abel Bonnard politiquement, mais littérairement. Il repère dans le texte un pan de la tradition française réfractaire à la modernité, où la langue devient lieu de la perte et de la consolation. Le réactionnaire ne parvient à faire le deuil car il n'assume pas la perte, il perçoit ce qui le tressaille, le dclin, la décadence. Il cherche la consolation et la confortation. Chaque lieu, chaque rencontre devient l’occasion d’une réflexion sur le moi, le destin, la beauté, la fuite. La fuite n'est plus un relais ou le passage d'une seuil mais l'ancrage dans une citadelle intérieure inexpugnable tellement la blessure a été forte et la capacité à faire le deuil moindre. Le style, proche de Claudel ou Valéry, mêlant densité d’images et lenteur savante, nous amène loin de l’urgence moderne, le livre s’imprègne d’un rythme alangui, presque musical, évoquant une langueur tropicale qui devient posture existentielle. Les corps, les senteurs, les danses incarnent un Brésil charnel, ambigu, parfois cruel, jamais simplement décoratif.

 

La Grande Peur des bien-pensants de Georges Bernanos (1931)

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Juan Asensio, dans son approche toujours tendue entre la philologie scrupuleuse et la lucidité critique, considère La Grande Peur des bien-pensants de Georges Bernanos comme l’un des textes les plus impitoyables, les plus brûlants, contre la vacuité morale et la corruption intellectuelle d’une époque qui s’est progressivement recroquevillée dans l’illusion confortable de la vertu sans combat, et il lit ce brûlot non comme un pamphlet circonstanciel mais comme une méditation tragique sur le déclin du courage, sur le naufrage de l’âme dans le cloaque des automatismes sociaux, car selon lui, Bernanos ne s’adresse pas aux institutions mais aux consciences, il ne dénonce pas seulement l’hypocrisie mais cette forme plus pernicieuse de bienveillance résignée qui préfère l’ordre à la vérité, la bienséance à la justice, et dans cette perspective, Juan Asensio voit dans le style bernanosien — nerveux, incandescent, presque prophétique — l’expression même d’une colère éthique, d’un refus de la compromission, d’une passion pour le réel qui refuse toute flatterie du public, toute adaptation à l’air du temps, et il insiste sur le fait que la virulence de Bernanos est indissociable de sa foi, non pas une foi consolatrice mais une foi tragique, une foi qui exige l’absolu, qui ne supporte ni le mensonge ni l’aménagement de la parole, et dans cette lecture, La Grande Peur des bien-pensants devient alors l’acte de résistance d’un homme seul, contre la médiocrité organisée, contre la lâcheté décorée de bons sentiments, contre la trahison des élites, contre ce qu’Asensio appelle la pornographie morale des modernes, c’est-à-dire cette exhibition de bons principes qui masque mal l’absence de pensée véritable, et le texte, pour lui, est à lire comme un cri, non pas hystérique mais visionnaire, comme le dernier sursaut d’une parole libre dans un monde en train de se refermer sur ses certitudes molles et sa peur panique du dissensus.

Juan Asensio perçoit La Grande Peur des bien-pensants comme une radiographie incandescente de la médiocrité morale du XXe siècle, non pas à travers un prisme purement politique, mais via une dissection implacable de la lâcheté des esprits, de la décadence du verbe, de cette résignation parfumée d’idéalisme mou qui caractérise selon lui le discours dominant, et dans cette optique, il voit chez Bernanos une capacité rare à traverser l’apparence des choses, à débusquer derrière les visages souriants des institutions cette mécanique du renoncement, où le bien devient posture, le consensus camouflage, la vertu une entreprise publicitaire, et il insiste sur le fait que le style bernanosien est un acte de guerre, une syntaxe de la révélation, une rhétorique du dévoilement, car pour lui, chaque phrase est une gifle donnée au confort intellectuel, une tentative de restaurer dans la parole le tranchant du vrai, la douleur du juste, et ce livre, dans sa lecture, n’est donc pas une œuvre de circonstances mais un cri anthropologique, un testament de lucidité, une convocation éthique adressée aux âmes non anesthésiées, où la foi devient non pas refuge mais exigence, non pas compensation mais flamme qui consume les facilités de l’époque, et Asensio souligne que Bernanos n’appartient pas à la politique mais à une espèce rare d’écrivains prophètes, ceux qui ne flattent jamais leur camp, qui n’épargnent ni l’adversaire ni l’allié, qui préfèrent perdre en pureté que gagner en compromis, et c’est dans cette radicalité que le texte trouve, à ses yeux, sa noblesse, sa grandeur, son intolérable actualité, car il parle moins d’un temps précis que d’une structure d’abandon, d’un effondrement progressif des exigences de l’esprit, et La Grande Peur des bien-pensants devient ainsi, pour Asensio, l’autopsie brillante d’une époque qui confond la paix avec la platitude, la tolérance avec le renoncement, la gentillesse avec l’oubli du vrai.

 

Le Feu follet de Pierre Drieu La Rochelle (1931)

Juan Asensio lit Le Feu follet de Pierre Drieu La Rochelle comme la tentative désespérée et lucide d’un écrivain de dire l’effondrement intérieur d’un homme qui ne croit plus ni au monde ni à lui-même, et il considère que ce roman, loin d’être un simple récit de suicide, est la transposition littéraire d’une mélancolie radicale, d’une inappartenance essentielle qui ronge les êtres trop sensibles pour supporter le mensonge généralisé, car pour lui, Alain Leroy, le protagoniste, n’est pas un malade au sens clinique mais un voyant épuisé, un homme dont la conscience trop aiguë du vide existentiel rend impossible toute intégration sociale, toute adhésion affective, toute consolation esthétique, et Asensio souligne que Drieu, dans cette œuvre, abandonne la tentation de la grandeur politique pour se plonger dans une introspection impitoyable, où chaque geste, chaque pensée, chaque rencontre devient le symptôme d’un exil intérieur, et il insiste sur le fait que le style — sec, fragmentaire, presque désincarné — est le reflet de cette désagrégation intime, comme si la langue elle-même ne pouvait plus porter le poids du monde, comme si le verbe se fragmentait à mesure que le sens se retire, et cette esthétique du peu, du manque, de la soustraction, devient pour lui l’éthique d’un désespoir lucide, d’un refus de s’illusionner, et Asensio voit dans Le Feu follet un roman éthique, non parce qu’il prêche ou condamne, mais parce qu’il nomme avec exactitude la douleur de ne plus croire, de ne plus espérer, de ne plus aimer sans ironie, et il lit le suicide final non comme une fuite mais comme un geste rigoureux, presque ascétique, une décision froide née d’une lucidité absolue, et il affirme que Drieu, à travers Leroy, met en scène le destin d’une âme trop droite dans un monde tordu, trop exigeante dans un temps d’abdication, et que ce feu qui vacille, ce feu follet, est en réalité l’image de l’ultime tension entre la lumière intérieure et l’obscurité ambiante, entre le désir de sens et la certitude du néant, et ainsi, Le Feu follet devient, dans sa lecture, l’un des grands romans du désenchantement européen, un récit sans emphase qui dit l’invivable avec une sobriété poignante, une sécheresse douloureuse, une vérité nue que seuls les écrivains vraiment tragiques savent porter jusque dans le silence.

Juan Asensio voit dans Le Feu follet une traversée vertigineuse des motifs du désenchantement, où la perte de sens, le refus des consolations modernes, et l’exigence de lucidité s’entrelacent pour composer une œuvre d’une densité existentielle rare, car selon lui, le personnage d’Alain Leroy n’est pas seulement un suicidaire mais un homme que l’époque n’a plus su accueillir, un être que la comédie sociale rebute, que les amitiés superficielles épuisent, que les voluptés standardisées exaspèrent, et il insiste sur le fait que ce roman exprime une souffrance qui n’est pas psychologique mais spirituelle, une fatigue de l’âme qui ne trouve plus d’adresse dans le monde, et c’est ce dégoût du factice, cette soif de vérité, cette recherche d’un rapport juste au réel — même si ce rapport doit passer par le silence, le retrait, la disparition — qui constitue pour Asensio le cœur tragique du livre, et il souligne que la sobriété du style, l’effacement des effets, la froideur apparente de la langue, traduisent non une sécheresse mais une pudeur, une volonté d’être exact, de ne pas enjoliver la chute, de la laisser apparaître dans sa nudité la plus rigoureuse, et ainsi Le Feu follet devient, dans sa lecture, une métaphore du refus de survivre dans un monde où tout dialogue semble faux, où le style est la dernière forme de vérité, où le suicide n’est pas un caprice mais une décision métaphysique, une fidélité au tremblement intérieur que rien ne parvient à apaiser, et cette lucidité, qui ne cherche ni à scandaliser ni à convaincre, confère au roman une grandeur éthique, une beauté désolée, une forme de noblesse silencieuse, car Drieu y donne voix à ce qu’on ne dit pas, à ce qu’on traverse sans en parler, à cette lassitude profonde que seule la littérature, quand elle est pure, peut rendre avec cette exactitude bouleversante.

Les Réprouvés d'Ernst von Salomon (1931)

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Juan Asensio lit Les Réprouvés d’Ernst von Salomon comme un témoignage incandescent d’une génération fracassée par la défaite, la révolution et le vide moral de l’Allemagne de Weimar. Ce roman autobiographique, publié en 1930 en allemand (Die Geächteten) et traduit en français en 1931, retrace les années 1918 à 1927 à travers l’engagement du jeune von Salomon dans les Corps francs, son activisme politique, et son emprisonnement pour complicité dans l’assassinat de Walther Rathenau. Le roman s’ouvre sur le rejet de l’armistice de 1918, vécu comme une trahison. C'est un refus de la défaite. Les jeunes soldats, humiliés, cherchent à poursuivre le combat dans les marges de l’Europe. Ernst Von Salomon rejoint les Freikorps, milices paramilitaires qui combattent les bolcheviques dans les pays baltes et en Haute-Silésie. L’action devient une forme de foi, une manière de survivre à l’effondrement. Le texte ne glorifie pas la guerre mais montre comment elle devient une addiction, une fuite hors du vide intérieur. La violence est à la fois subie et choisie et cela est renforcé par le titre du livre, puisqu'il ceux qui ont été rejetés par l’histoire officielle, ceux qui ont choisi l’ombre, la dissidence, la marginalité tragique.  Le roman décrit une révolte contre la République de Weimar et une jeunesse en rupture avec les institutions démocratiques, animée par une quête de grandeur et de pureté. Ceci se ressent à travers cette écriture hantée par les fantômes du passé, par les camarades perdus, par les actes irréparables. Nihilisme. La structure du récit est simple. Première partie : Engagement dans les Corps francs, combats en Lettonie, Estonie, Silésie. Deuxième partie : Retour en Allemagne, implication dans l’Organisation Consul, activisme clandestin. Troisième partie : Arrestation, procès, emprisonnement. Le récit devient introspectif, presque mystique. Juan Asensio voit dans Les Réprouvés une œuvre de fracture, un cri contre l’effacement, une tentative de dire ce que l’histoire officielle ne veut pas entendre. Ce n’est pas un roman de guerre, mais un roman de l’après-guerre et les personnages sont de ceux qui n’ont pas su rentrer, qui ont continué à marcher dans les ruines, à chercher une vérité dans le chaos.

 

Années décisives d'Oswald Spengler (1933)

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Juan Asensio considère Années décisives d’Oswald Spengler comme un texte d’une puissance prophétique rare, non pas tant pour ses thèses géopolitiques ou ses analyses historiques que pour le ton martial, prussien, presque ascétique avec lequel l’auteur tente de réveiller une Europe assoupie dans la mollesse démocratique et la tranquillité sénile, et il insiste sur le fait que Spengler, loin de toute posture plaintive ou réactionnaire, propose une vision du monde fondée sur la nécessité d’un sursaut, d’un retour à la grandeur tragique, à la discipline intérieure, à la verticalité du destin, car selon lui, ce livre ne parle pas seulement du déclin de l’Occident mais de la possibilité d’une renaissance par le biais d’un césarisme lucide, d’un décisionnisme rigoureux, d’une éducation morale qui ne cherche pas à instruire mais à forger, à réveiller les forces dormantes, à faire surgir des figures capables de porter le poids du monde, et Juan Asensio souligne que Spengler, dans cette œuvre, ne se contente pas de décrire les symptômes de la décadence mais cherche à nommer les conditions d’un renversement, d’un retour à l’incarnation, à la volonté, à la puissance, et il voit dans ce texte une tentative de penser l’histoire non comme un flux mais comme une arène, un lieu de combat où seuls les peuples capables de se discipliner, de se durcir, de se sacrifier peuvent espérer survivre, et il affirme que Années décisives est un livre de seuil, un livre de feu, un livre qui ne propose ni programme ni utopie mais une exigence, une tension, une forme de noblesse tragique, et que Spengler, loin des caricatures qui le réduisent à un penseur du déclin, est ici un styliste de la grandeur, un cartographe du péril, un écrivain qui cherche à dire ce que l’Europe ne veut plus entendre : que la survie ne dépend pas du confort mais du courage, que la civilisation ne se maintient pas par les droits mais par la force, et que l’histoire, dans ses moments décisifs, ne pardonne ni la faiblesse ni l’oubli.

 

Les Modérés d’Abel Bonnard

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Juan Asensio considère Les Modérés d’Abel Bonnard comme une œuvre d’une intensité stylistique et d’une lucidité politique rares, un texte qui ne se contente pas de dénoncer la médiocrité des élites mais qui cherche à penser, dans une langue ciselée et presque aristocratique, les conditions de possibilité d’un redressement moral et intellectuel de la France, et il insiste sur le fait qu'Abel Bonnard, loin d’être un pamphlétaire ordinaire, déploie dans ce livre une vision tragique de l’histoire, où la modération n’est pas vertu mais compromission, où le centre politique devient le lieu de toutes les lâchetés, de toutes les abdications, de toutes les trahisons, et Juan Asensio souligne que ce texte, écrit dans une prose d’une beauté rigoureuse, d’une densité presque classique, est traversé par une colère froide, une volonté de nommer sans détour les figures du renoncement, les visages du consentement à la décadence, et il voit dans Les Modérés non un manifeste partisan mais une méditation sur la perte de la grandeur, sur l’effacement des âmes fortes, sur la montée des esprits tièdes qui préfèrent l’équilibre à la vérité, la nuance à la justice, la prudence à la fidélité, et il affirme qud’Abel Bonnard, dans ce livre, ne cherche pas à convaincre mais à réveiller, à secouer, à faire entendre une parole qui tranche, qui juge, qui condamne, et que cette parole, loin d’être haineuse, est portée par une exigence de style, par une noblesse de ton, par une fidélité à une certaine idée de la France, non comme entité géographique mais comme forme spirituelle, comme tension vers le haut, comme refus de la médiocrité organisée, et Juan Asensio considère que Les Modérés est un livre de feu, un livre de seuil, un livre qui ne propose ni programme ni solution mais une épreuve de vérité, une traversée du désert intellectuel où chaque phrase devient pierre, chaque mot devient arme, chaque page devient cri, et il conclut que Bonnard, dans cette œuvre, ne cherche pas à plaire mais à purifier, à brûler les illusions, à nommer les fautes, et que ce geste, dans sa radicalité, dans sa beauté, dans sa solitude, fait de Les Modérés un texte essentiel pour ceux qui veulent penser la politique comme lieu de l’âme, comme théâtre du courage, comme espace de la fidélité à ce qui ne se négocie pas.

 

Les Grands Cimetières sous la lune de Georges Bernanos (1938)

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Les Grands Cimetières sous la lune de Georges Bernanos (1938) serait selon Juan Asensio l’un des plus puissants cris de conscience du XXe siècle, un texte incandescent qui ne se contente pas de dénoncer les exactions franquistes durant la guerre civile espagnole mais qui interroge, dans une langue d’une intensité rare, la complicité des institutions religieuses, la lâcheté des élites, et la résignation des peuples face à la barbarie organisée, et il insiste sur le fait que Bernanos, loin d’être un pamphlétaire ordinaire, écrit ici avec le feu d’un homme blessé, d’un catholique révolté, d’un écrivain qui ne supporte plus le silence des bien-pensants, et Juan Asensio souligne que ce livre, rédigé dans une prose tendue, vibrante, presque prophétique, est traversé par une colère sacrée, une indignation qui ne cherche ni à convaincre ni à séduire mais à brûler, à purifier, à réveiller, et il voit dans cette œuvre non seulement une rupture définitive avec l’Action française mais une tentative de réconcilier la foi et la justice, la vérité et le courage, car Bernanos, selon lui, ne parle pas en politique mais en homme libre, en témoin de l’horreur, en écrivain qui refuse de se taire quand l’Église bénit les bourreaux, quand les intellectuels relativisent les massacres, quand les démocraties regardent ailleurs, et il affirme que Les Grands Cimetières sous la lune est un livre de feu, un livre de seuil, un livre qui ne propose ni solution ni consolation mais une épreuve, une traversée du scandale, une plongée dans l’abjection humaine, et que Bernanos, dans ce geste, redonne à la littérature sa fonction première : dire l’indicible, nommer l’innommable, affronter sans détour la part maudite de l’histoire, et Juan Asensio conclut que ce texte, dans sa solitude, dans sa radicalité, dans sa beauté douloureuse, est un monument de la conscience européenne, un tombeau pour les illusions, une parole qui ne cesse de résonner dans les temps de compromission et de renoncement.

Sur les falaises de marbre d’Ernst Jünger (1939)

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Sur les falaises de marbre d’Ernst Jünger ne se contente pas de décrire la montée de la barbarie mais qui en propose une figuration métaphysique, une mise en scène du Mal dans sa forme la plus insidieuse, la plus rampante, la plus contagieuse, et Juan Asensio considère que ce roman, écrit à la veille de la Seconde Guerre mondiale, ne doit pas être lu comme une simple dénonciation du nazisme mais comme une méditation sur la déhiscence de l’ordre, sur la fragilité des civilisations, sur la manière dont le chaos s’infiltre dans les interstices du quotidien, car selon lui, Jünger ne cherche pas à représenter le démoniaque mais à le suggérer, à le faire sentir dans le tremblement des formes, dans le silence des lieux, dans la lente progression des lémures qui envahissent la Campagna, et il souligne que le style du roman, presque entomologique, est en tension constante avec la violence qu’il décrit, comme si la beauté de la langue était le dernier rempart contre la dissolution, contre l’effondrement, contre la contagion, et il voit dans le personnage du Grand Forestier une figure du Mal sans visage, sans discours, sans justification, une présence qui ne s’impose pas par la force mais par la rumeur, par la peur, par la soumission des âmes faibles, et il affirme que Sur les falaises de marbre est un roman de seuil, un roman de veille, un roman où l’Ermitage devient le lieu de la résistance intérieure, de la fidélité à la forme, à la mémoire, à la beauté, et que cette fidélité, même si elle est vaincue, même si elle est détruite, constitue une victoire secrète, une manière de ne pas pactiser, de ne pas céder, de ne pas trahir, et Juan Asensio conclut que ce livre, dans sa sobriété, dans sa rigueur, dans sa puissance évocatrice, est une œuvre de feu froid, une parabole de la lucidité, une méditation sur la grandeur menacée, sur la nécessité de nommer, de classer, de contempler, même quand tout s’effondre, même quand le monde devient irrespirable, car c’est dans cette fidélité au geste, à la langue, à la pensée, que réside la dernière forme de résistance, la dernière forme de noblesse, la dernière forme de lumière. Dans Sur les falaises de marbre d’Ernst Jünger la montée de la barbarie est figurée non par des discours idéologiques mais par une lente contamination du paysage, une progression silencieuse du Mal à travers les formes, les gestes, les silences, et il considère que le roman développe une série de thèmes fondamentaux qui dépassent la circonstance historique pour atteindre une portée métaphysique, car selon lui, le texte ne parle pas seulement du nazisme mais de la manière dont toute civilisation peut basculer dans l’horreur lorsque les forces de dissolution ne rencontrent plus de résistance intérieure, et il insiste sur le fait que le thème central est celui de la fragilité du monde ordonné, de la beauté menacée, de la mémoire comme rempart contre l’oubli, et il lit dans l’Ermitage des falaises de marbre une figure de la fidélité à la forme, à la contemplation, à la rigueur intellectuelle, face à la brutalité du Grand Forestier, qui incarne une violence sans visage, une haine de la culture, une volonté de détruire tout ce qui élève, tout ce qui distingue, tout ce qui résiste, et Juan Asensio souligne que le roman développe également le thème du retrait, de la solitude lucide, de la résistance silencieuse, car les personnages ne combattent pas par les armes mais par la tenue, par le style, par la persévérance dans l’ordre du sens, et il affirme qu'Ernst Jünger, dans ce texte, propose une méditation sur le courage discret, sur la grandeur sans éclat, sur la possibilité de rester fidèle à soi-même quand tout s’effondre, et il voit dans son style limpide, précis, presque minéral, une manière de dire que la langue elle-même peut être un rempart, une forme de résistance, une manière de ne pas céder à la confusion, à la vulgarité, à la terreur, et il conclut que Sur les falaises de marbre développe les thèmes de la barbarie rampante, de la beauté comme refuge, de la mémoire comme arme, de la solitude comme posture éthique, et que ce roman, dans sa sobriété, dans sa retenue, dans sa puissance allusive, est une œuvre de veille, une œuvre de seuil, une œuvre qui enseigne non comment vaincre mais comment ne pas trahir.

Gilles de Drieu la Rochelle (1938) 

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Juan Asensio considère Gilles de Drieu la Rochelle (1938) comme une œuvre centrale dans la trajectoire intellectuelle et littéraire de l’auteur, un roman de formation qui dépasse les conventions du genre pour devenir une méditation sur la compromission, sur la solitude, sur la quête d’une grandeur perdue dans un monde démocratique qu’il juge saturé, médiocre, incapable de porter les âmes fortes, et il insiste sur le fait que Gilles, personnage à la fois grotesque et sublime, est le double de Drieu, son masque et son miroir, une figure de l’homme en désordre, du séducteur lassé, du militant sans cause, du penseur sans système, et il lit dans ce roman une tentative de dire l’impossibilité de vivre sans se compromettre, sans se trahir, sans se dissoudre dans les formes molles de la modernité, car pour lui, Gilles est un homme qui cherche l’intensité dans l’amour, dans la politique, dans la guerre, mais qui ne trouve que des simulacres, des postures, des demi-mensonges, et Juan Asensio souligne que le style de Drieu, nerveux, elliptique, parfois cruel, est en tension constante avec la lassitude du personnage, comme si l’écriture elle-même tentait de sauver ce qui ne peut plus l’être, et il affirme que Gilles est un roman de seuil, un roman de feu, un roman où chaque phrase est une tentative de rédemption par le verbe, par la beauté, par la lucidité, et que Drieu, dans ce texte, ne cherche pas à convaincre mais à brûler, à purifier, à nommer ce qui en lui résiste encore à la dissolution, et Juan Asensio conclut que Gilles est une œuvre de solitude ardente, une confession sans apaisement, une traversée du vide où le style devient le dernier lieu habitable, le dernier refuge contre la vulgarité du siècle.

Les thèmes principaux de Gilles de Drieu la Rochelle s’articulent autour d’une vaste méditation sur la décadence, la solitude, la quête de grandeur et la compromission, et le roman se présente comme une chronique désenchantée de l’entre-deux-guerres, où Gilles Gambier, double fictionnel de Drieu, incarne l’homme en rupture, en errance, en quête d’une intensité qui lui échappe sans cesse, et l’on y retrouve le thème de la guerre comme expérience fondatrice, révélatrice d’une vérité intérieure, mais aussi celui de l’amour impossible, de la femme comme figure de salut ou de perdition, et Gilles traverse des cercles intellectuels, politiques, artistiques, qu’il méprise autant qu’il fréquente, révélant ainsi le thème de la trahison, de l’hypocrisie, de la lâcheté des élites, et le roman est également hanté par une réflexion sur l’antisémitisme, sur la pureté raciale, sur le nationalisme, dans une perspective qui mêle provocation, conviction et désespoir, et le style de Drieu, elliptique, nerveux, parfois cruel, épouse les soubresauts de cette conscience tourmentée, et Gilles, en se retirant en Algérie, en vivant une dernière histoire d’amour avec Pauline, semble chercher une forme de rédemption, une sortie du monde, une purification par le retrait, ce qui confère au roman une dimension mystique et tragique, et enfin, Gilles est un roman de seuil, de feu, de chute, où chaque geste, chaque phrase, chaque renoncement est une tentative de sauver une forme de noblesse perdue dans le fracas des idéologies et des illusions modernes.

Outre les grands axes que sont la solitude, la décadence, la quête de grandeur et la compromission, Gilles de Drieu la Rochelle développe une série de thèmes secondaires mais essentiels qui enrichissent la complexité du roman et en font une œuvre profondément ambivalente, à la fois confessionnelle et politique, et l’on peut y discerner une réflexion sur l’identité masculine, sur la virilité blessée, sur le rapport entre l’homme et la guerre comme rite de passage, comme épreuve initiatique, et Gilles, en tant que personnage, incarne une masculinité en crise, tiraillée entre le dandysme, le nihilisme et le désir d’engagement, et le roman explore aussi le thème de l’échec amoureux, non seulement comme drame personnel mais comme symptôme d’une époque incapable de porter l’amour à sa hauteur tragique, et les femmes dans le roman, qu’il s’agisse de Myriam, Dora ou Pauline, sont autant de figures de l’altérité, de la tentation du salut ou de la chute, et Drieu interroge à travers elles la possibilité d’un lien vrai dans un monde corrompu, et l’on retrouve également le thème du double, puisque Gilles est à la fois le narrateur et le personnage, mais aussi le masque de Drieu, ce qui confère au roman une dimension autofictionnelle troublante, et cette mise en abyme permet à l’auteur de se livrer à une critique de soi, à une forme d’autodénigrement qui devient une stratégie littéraire, et enfin, le roman est traversé par une méditation sur la littérature elle-même, sur le pouvoir du style, sur la capacité du verbe à sauver ce que la vie détruit, et Gilles, en écrivant, en parlant, en se racontant, tente de conjurer le vide, de nommer l’indicible, de faire de sa chute une œuvre, ce qui confère au texte une densité réflexive rare, une tension entre le dire et le vivre, entre la lucidité et le désespoir, et c’est cette tension qui fait de Gilles non seulement un roman de son temps mais un roman de tous les temps, une traversée du siècle et de l’âme.

L’Homme à cheval de Pierre Drieu la Rochelle (1943)

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L’Homme à cheval (1943) est une œuvre de transfiguration politique et métaphysique, un roman où Drieu la Rochelle projette son fantasme d’un homme d’action absolu, Jaime Torrijos, dans une Bolivie mythique, théâtre d’un affrontement entre les forces spirituelles et les puissances déclinantes de la modernité, et il insiste sur le fait que ce roman est moins une fiction réaliste qu’une parabole tragique, une geste où l’action devient sacrement, où le pouvoir est une épreuve initiatique, et il voit dans Jaime une figure christique inversée, un homme qui veut sauver par la force, purifier par le sang, restaurer une grandeur perdue en traversant les illusions du pouvoir, et Juan Asensio souligne que le style de Drieu, plus ample et plus lyrique que dans Gilles, épouse les mouvements de l’âme exaltée de Jaime, ses élans mystiques, ses désillusions politiques, ses amours comme autant de révélateurs de sa solitude, et il affirme que L’Homme à cheval est une tentative de dire la beauté de l’action pure, détachée des calculs, des compromis, des médiocrités bourgeoises, et que Drieu, à travers Felipe, le narrateur poète et théologien, interroge la possibilité d’une transcendance dans le politique, d’une rédemption par la geste héroïque, et Juan Asensio insiste sur le fait que ce roman est hanté par la question du sacrifice, de la chute, de la trahison, et que Jaime, en renonçant au pouvoir, en refusant de tuer ceux qui l’ont trahi, accomplit une forme de purification, une sortie du monde, une abdication qui est aussi une victoire intérieure, et il conclut que L’Homme à cheval est un roman de feu et de cendre, une méditation sur la grandeur impossible, sur la noblesse perdue, sur le rêve d’un ordre sacré dans un monde profane, et que Drieu y atteint une forme de beauté tragique, une lucidité ardente, une écriture qui cherche à sauver ce qui peut encore l’être dans le fracas des illusions politiques. L’Homme à cheval de Drieu la Rochelle explore une constellation de thèmes entremêlés, au premier rang desquels se trouve la figure du chef charismatique, incarnée par Jaime Torrijos, dont la trajectoire politique et existentielle illustre la tension entre grandeur et chute, entre pureté de l’action et compromission du pouvoir, et le roman met en scène une Bolivie mythique comme théâtre d’un affrontement entre les forces spirituelles (l’Église, la Franc-maçonnerie) et les élans populaires, dans une quête de régénération politique et morale, et l’on y voit aussi le thème du sacrifice, puisque Jaime, après avoir conquis le pouvoir, renonce à l’exercer dans la violence, préférant l’abdication à la trahison de ses idéaux, ce qui confère au roman une dimension tragique et mystique, et à travers les figures féminines de Conchita et Dona Camilia, Drieu interroge également la solitude du chef, son rapport à l’amour, à la beauté, à la transcendance, et le personnage de Felipe, poète et témoin, introduit une méditation sur la parole, sur la mémoire, sur la possibilité de dire la grandeur dans un monde profane, et enfin, le roman est traversé par une réflexion sur la décadence des élites, sur la corruption des institutions, sur le rêve d’un ordre sacré dans un monde livré aux intrigues et aux calculs, ce qui fait de L’Homme à cheval une œuvre à la fois politique, métaphysique et poétique, où chaque geste, chaque renoncement, chaque phrase semble chercher à sauver une forme de noblesse perdue.

 

Notre avant-guerre de Robert Brasillach (1941)

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Notre avant-guerre de Robert Brasillach émerge comme une œuvre de mémoire incarnée, une méditation élégiaque sur une France encore debout mais déjà vacillante, un chant d’avant la rupture où l’auteur capte les vibrations d’un monde en sursis, et c’est cette manière de mêler enchantement, inquiétude et lucidité poétique que Juan Asensio considère  lorsqu'il met en lumière dans sa lecture de cette prose limpide, teintée d’ardeur juvénile et de mélancolie théologico-politique, qui reconstruit et truche le tissu d’une époque révolue, celle de la jeunesse, du théâtre, des amitiés mondaines et des élans intellectuels, tout en laissant affleurer la menace sourde du siècle à venir. Dans Notre avant-guerre, cette œuvre habitée  où Robert Brasillach évoque ses années de formation avec tendre lucidité, transformant le passé en matière littéraire, à l’instar de Nimier (Le Hussard bleu) ou de Barrès (Les Déracinés). La France y apparaît comme terre d’esprit et de style, cartographiée par les cafés, cercles littéraires et débats, dans une célébration intellectuelle comparable à Drieu (Mesure de la France) ou Boutang (La Politique considérée comme souci). La formation intellectuelle n’est pas un récit biographique mais une épreuve initiatique, une traversée des idées évoquant Psichari (Le Voyage du centurion) ou Augiéras (Une adolescence au temps du Maréchal), où penser devient vivre dangereusement. La jeunesse y brille comme intensité lumineuse, période de ferveur et de découvertes, exaltée aussi par Nimier, Cendrars ou Huguenin, dans une vision où la jeunesse est feu et précipice. Enfin, le texte, tout en célébrant le monde d’avant, laisse entendre les grondements du siècle, ce double regard enchanté et inquiet constituant selon Asensio le cœur du tragique moderne. Dans Notre avant-guerre, Robert Brasillach dessine, selon la lecture de Juan Asensio, un tableau intimiste et culturel d’une époque en suspension, entre ferveur juvénile et pressentiment tragique, où la mémoire devient refuge enchanté : l’évocation musicale de l’adolescence, des amitiés et des rituels parisiens se transforme en architecture intérieure, à l’instar du Hussard bleu de Nimier ou des Déracinés de Barrès. La culture y apparaît comme socle identitaire, mêlant théâtre, littérature, cinéma et débats dans une cartographie intellectuelle du pays, en écho à Drieu (Mesure de la France), où style et pensée s’unissent pour définir la nation. La jeunesse y est vécue comme état de grâce traversé d’ombres, un feu fragile que l’on retrouve chez Dubreuil (La Jeunesse est lente à mourir) ou Augiéras (Une adolescence au temps du Maréchal). Mais derrière cette douceur affleure une conscience inquièt, c'est la préfiguration de la catastrophe historique, les fractures politiques et idéologiques, anticipées par de Roux (Immédiatement) ou Rebatet (Les Décombres). Brasillach célèbre une France de l’élégance et du panache, refusant le slogan au profit d’un patriotisme spirituel, en résonance avec Daudet (Écrits d’exil) et Boutang (La Politique considérée comme souci). Son écriture limpide et dépouillée, selon Asensio, devient acte de fidélité car il s'agit de transformer le passé en présence, élever le style comme geste de loyauté esthétique et morale.

Juan Asensio considère Notre avant-guerre de Robert Brasillach (1941) comme une œuvre à la fois autobiographique et idéologique, un texte où la mémoire personnelle se mêle à la construction d’un mythe politique, et il insiste sur le fait que ce livre, écrit dans l’urgence de la guerre imminente, est traversé par une volonté de fixer une époque, de donner forme à une jeunesse exaltée, à une camaraderie virile, à une esthétique du fascisme qui ne dit pas toujours son nom mais qui imprègne chaque page, chaque évocation, chaque souvenir, et Juan Asensio souligne que Brasillach, dans ce récit, ne cherche pas tant à convaincre qu’à transmettre une atmosphère, une ferveur, une vision du monde où la littérature, le théâtre, le cinéma, les voyages, les amitiés deviennent les vecteurs d’une sensibilité politique, d’un regard sur la France, sur l’Europe, sur la décadence des élites et la montée des forces nouvelles, et il affirme que Notre avant-guerre est un texte de seuil, un texte de passage, un texte où l’enfance et l’adolescence se transfigurent en engagement, en fidélité, en rêve d’ordre et de beauté, et que Brasillach, en évoquant Céline, Bernanos, Maurras, Rebatet, Giraudoux, Claudel, construit une cartographie intellectuelle qui est aussi une tentative de dire ce que fut l’esprit d’une génération, son goût du panache, son rejet du compromis, son aspiration à une grandeur perdue, et Juan Asensio insiste sur le fait que ce livre, malgré ses silences, ses omissions, ses aveux déguisés, possède une puissance littéraire rare, une densité émotionnelle qui fait de chaque page une incantation, une prière, une offrande à la mémoire, et il affirme que Brasillach, en stylisant sa propre trajectoire, en magnifiant ses amitiés, en exaltant ses fidélités, atteint une forme de beauté tragique, une intensité qui dépasse les clivages idéologiques pour toucher à l’universel, à la douleur du temps qui passe, à la nostalgie de ce qui ne reviendra plus, et il conclut que Notre avant-guerre est une œuvre de feu et de cendre, une tentative de sauver par le style ce que l’histoire condamne, une confession sans repentir, une célébration de l’innocence perdue, une traversée du siècle à hauteur d’homme, où chaque phrase cherche à conjurer l’oubli, à fixer l’éclat d’un monde disparu, à faire de la littérature le dernier refuge contre la vulgarité du présent.

 

Les Décombres de Lucien Rebatet

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Juan Asensio considère Les Décombres de Lucien Rebatet n'est pas un simple pamphlet pour devenir une entreprise critique de démolition intellectuelle et morale pour Juan Asensio, et il insiste sur le fait que ce livre, écrit dans l’urgence, dans la fièvre, dans une volonté de tout dire, de tout brûler, de tout exposer, est à la fois un témoignage historique sur la France de l’entre-deux-guerres et une confession politique d’une rare violence, et Juan Asensio souligne que Rebatet, dans ce texte, ne cherche pas à convaincre mais à submerger, à écraser, à pulvériser les illusions démocratiques, les compromissions bourgeoises, les hypocrisies intellectuelles, et il voit dans Les Décombres une œuvre de colère pure, de haine stylisée, de lucidité brutale, où l’écriture devient une arme, une mitrailleuse verbale, une machine de guerre contre les tiédeurs, les lâchetés, les médiocrités, et il affirme que Rebatet, en se livrant à une critique féroce de Maurras, de l’Action Française, du régime de Vichy, des Juifs, des francs-maçons, des politiciens de la IIIe République, ne fait pas œuvre de polémiste mais de prophète noir, de voyant halluciné, de styliste incandescent, et Juan Asensio insiste sur le fait que ce livre, malgré son idéologie nauséabonde, possède une puissance littéraire rare, une densité verbale qui le rapproche des grands textes de la langue française, et il affirme que Rebatet, en se plaçant dans la lignée des grands pamphlétaires, des grands maudits, des grands solitaires, atteint une forme de beauté tragique, une grandeur paradoxale, une intensité qui fait de Les Décombres un monument de la littérature de l’abjection, et il souligne que ce texte, écrit avant l’incarcération de Rebatet, est traversé par une tension entre le désir d’action et l’impuissance politique, entre la volonté de purification et la fascination pour la chute, et il conclut que Les Décombres est une œuvre de feu et de cendre, une traversée du désastre, une tentative de dire l’indicible, de nommer la honte, de faire de la haine une forme de style, et que Rebatet, dans ce livre, ne cherche pas à se justifier mais à se consumer, à se livrer tout entier à la logique de sa propre damnation, ce qui confère au texte une force tragique, une densité morale, une ampleur qui dépasse les clivages idéologiques pour atteindre une forme de vérité nue, brutale, insoutenable.

Le Sabbat de Maurice Sachs (1946)

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Juan Asensio considère Le Sabbat de Maurice Sachs comme une œuvre de confession impure, une tentative désespérée de se dire tout entier dans la nudité d’un style qui ne cherche ni la rédemption ni l’excuse, mais qui expose, dans une langue parfois précieuse, parfois triviale, les méandres d’une vie faite de trahisons, de mensonges, de renoncements, et il insiste sur le fait que ce texte, écrit dans une urgence intérieure, dans une fièvre de lucidité, est moins un récit de vie qu’un relevé de compte, une comptabilité morale où Sachs, en se livrant sans fard, sans pudeur, sans grandeur, atteint paradoxalement une forme de vérité, une intensité qui dépasse les limites de la littérature autobiographique, et Asensio souligne que Le Sabbat est traversé par une tension entre le désir de se refaire une âme et l’impossibilité de se défaire de soi, entre la volonté de bâtir une œuvre et la conscience aiguë de n’être qu’un homme en ruine, et il affirme que Sachs, en se racontant, en se mettant en scène, en se donnant à lire dans ses turpitudes, dans ses lâchetés, dans ses éclairs de lucidité, cherche moins à plaire qu'à brûler, à consumer ce qu’il fut dans le feu du verbe, et Asensio insiste sur le fait que ce texte, écrit avant la chute finale, avant la balle dans la tête qui clôt le destin de l’auteur, est hanté par la question du salut, par la possibilité d’un avenir sans âge, par le rêve d’une clairière silencieuse après le sabbat des démons, et il conclut que Le Sabbat est une œuvre de feu et de cendre, une tentative de dire l’indicible, de nommer la honte, de faire de la confession une forme de style, et que Sachs, dans ce livre, ne cherche pas à se justifier mais à se livrer tout entier à la logique de sa propre damnation, ce qui confère au texte une force tragique, une densité morale, une ampleur qui dépasse les clivages idéologiques pour atteindre une forme de vérité nue, brutale, insoutenable.

 

La Politique considérée comme souci de Pierre Boutang (1948)

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La Politique considérée comme souci de Pierre Boutang, œuvre fondatrice, méditation philosophique d’une rare densité aux yeux Juan Asensio, mèle la politique non pas à une mécanique institutionnelle ou à une gestion des rapports de force, mais à une inquiétude tontologique, à une interrogation sur le sens même de l’existence humaine sise dans la cité, et il insiste sur le fait que Boutang, en s’appuyant sur une tradition métaphysique qui va d'Aristoclès d'Athènes à Gabriel Marcel de Paris, en passant par Pierre-Joseph Proudhon du Jura et les lois non écrites de la sagesse antique, cherche à réhabiliter la notion de légitimité, non pas comme simple héritage ou tradition, mais comme puissance contemplée, comme autorité fondée sur la reconnaissance du bien commun, et Asensio souligne que ce texte, écrit dans le contexte brûlant de l’après-guerre, est traversé par une volonté de restaurer une pensée politique qui ne soit ni technocratique ni idéologique, mais enracinée dans une anthropologie spirituelle, dans une vision de l’homme comme être de parole, de mémoire, de filiation, et il affirme que Boutang, en évoquant la figure du père, en méditant sur l’autorité originelle, sur la puissance légitime qui précède le droit écrit, propose une politique du souci, une politique de la piété, une politique qui ne cherche pas à dominer mais à édifier, à construire une cité humaine, bonne, juste, où l’homme ne soit pas broyé par les abstractions de l’histoire ou les utopies meurtrières, et Asensio insiste sur le fait que ce livre, dans sa langue ample, dans sa pensée exigeante, dans sa fidélité à une tradition oubliée, est une tentative de sauver la politique de sa propre ruine, de la réinscrire dans le champ du sens, du sacré, du mystère, et il conclut que La Politique considérée comme souci est une œuvre de feu et de lumière, une traversée du siècle à contre-courant, une méditation sur la possibilité d’une cité légitime dans un monde cassé, une offrande à la mémoire des pères, une prière pour que la parole politique retrouve sa dignité, sa noblesse, sa vocation à dire le vrai et à faire le bien.

Les Epées de Roger Nimier (1948)

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Juan Asensio considère Les Épées de Roger Nimier comme une œuvre fulgurante, un roman de vitesse et d’ellipse, où la trajectoire de François Sanders, personnage à la fois désinvolte et tragique, incarne une forme de désenchantement viril, une manière de traverser l’histoire sans y croire, sans s’y attacher, sans s’y perdre, et il insiste sur le fait que ce texte, écrit dans une langue nerveuse, ironique, elliptique, est une tentative de dire l’impossibilité de choisir dans un monde où toutes les causes se valent, où la Résistance et la Milice deviennent les deux faces d’une même impuissance, et Asensio souligne que Sanders, en se déclarant « juste et loyal Français, désespéré, viril, noir et tragique », incarne une figure de l’homme post-héroïque, celui qui trahit sans remords, qui agit sans foi, qui pense sans illusion, et il affirme que Les Épées est un roman de la confusion morale, de la fatigue intellectuelle, de la lucidité désabusée, où le style devient une manière de bander l’esprit, de provoquer une érection intellectuelle dans un monde mou, et il voit dans ce texte une méditation sur la guerre comme événement qui casse le temps, qui saigne, qui dénude les gestes, mais qui ne transforme rien, car Sanders, malgré ses engagements successifs, reste le même, un homme qui ne croit qu’à l’instant, à la sensation, à la beauté fugace, et Asensio insiste sur le fait que Nimier, en construisant ce personnage, ne cherche pas à édifier une morale mais à exposer une posture, une attitude, une manière d’être au monde qui refuse les grands récits, les justifications, les repentirs, et il conclut que Les Épées est une œuvre de feu et de glace, une traversée du siècle à hauteur d’homme, une tentative de dire la noblesse perdue dans le fracas des idéologies, une célébration de l’ironie comme dernier refuge contre la vulgarité du sérieux, contre la lourdeur des convictions, contre la bêtise des engagements. Les thèmes principaux des Épées de Roger Nimier s’articulent autour d’une constellation de motifs à la fois historiques, psychologiques et esthétiques, et l’on peut d’abord y discerner une méditation sur la guerre, non pas comme épopée héroïque mais comme théâtre de confusion morale, où les camps s’effacent, où la Résistance et la Milice deviennent les deux faces d’une même impuissance, et François Sanders, personnage central, incarne cette ambivalence, cette désinvolture tragique, ce refus de choisir, ce goût du geste pur détaché de toute idéologie, et le roman explore aussi le thème de la virilité blessée, de la masculinité en crise, à travers une posture de dandysme noir, de cynisme élégant, de désenchantement lucide, et l’on retrouve également une réflexion sur l’adolescence, sur la formation de l’identité, sur le passage à l’âge adulte dans un monde en ruine, et la relation entre Sanders et sa sœur Claude, aux frontières de l’inceste, introduit le thème de l’obsession, du désir interdit, de la confusion des sentiments, et Nimier, en stylisant cette relation, en la rendant opaque, troublante, ambiguë, interroge les limites du dicible, les zones grises de l’intime, et le roman est aussi traversé par une critique de la démocratie, de la médiocrité bourgeoise, de la lourdeur des engagements, et Nimier, en chef de file des Hussards, propose une esthétique de la légèreté grave, de l’ironie comme arme contre la vulgarité du sérieux, et enfin, Les Épées est une œuvre sur le style lui-même, sur la possibilité de dire la noblesse dans un monde déchu, sur la beauté du verbe comme dernier refuge, et chaque phrase, chaque ellipse, chaque provocation semble chercher à conjurer le vide, à fixer l’éclat d’un monde disparu, à faire de la littérature une manière d’être au monde, une manière de survivre à l’histoire sans s’y perdre.

 

La peau et les os de Georges Hyvernaud (1949)

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Juan Asensio considère La Peau et les Os de Georges Hyvernaud comme une œuvre d’une radicalité stylistique et morale exceptionnelle, un texte qui ne cherche ni à plaire ni à consoler, mais à exposer dans sa nudité la condition humaine dégradée, humiliée, traversée par la honte et la lucidité, et il insiste sur le fait que ce livre, écrit dans une langue sèche, nerveuse, dépouillée de tout ornement, est une tentative de dire ce que les mots ne peuvent dire, une entreprise de démolition du langage convenu, du verbe décoratif, de la phrase creuse, et Asensio souligne que Hyvernaud, en racontant son expérience de prisonnier dans un oflag allemand, ne cherche pas à construire un récit héroïque ou pathétique, mais à restituer la vérité nue, la vérité sans grandeur, la vérité sans beauté, et il affirme que La Peau et les Os est une œuvre de refus, de colère, de désenchantement, où l’écriture devient une forme de résistance contre la falsification, contre la rhétorique, contre la mémoire édulcorée, et il voit dans ce texte une haine de l’ornement, une volonté de creuser dans la langue jusqu’à l’os, jusqu’au nerf, jusqu’au cri, et il insiste sur le fait que Hyvernaud, en refusant les codes du témoignage, en rejetant les conventions du récit de guerre, atteint une forme de vérité qui ne cherche pas à convaincre mais à brûler, à consumer, à exposer, et il lit dans ce livre une méditation sur la perte de confiance dans l’homme, sur la ruine de la dignité, sur l’impossibilité de revenir dans le monde après l’épreuve de l’humiliation, et il affirme que La Peau et les Os est un texte de seuil, un texte de feu, un texte où chaque phrase est une tentative de dire l’indicible, de nommer l’informulable, de faire entendre le silence des humiliés, et il conclut que Hyvernaud, dans ce livre, ne cherche pas à se raconter mais à se défaire, à se dissoudre dans une langue qui ne protège pas mais qui expose, qui ne console pas mais qui tranche, et que cette langue, dans sa sécheresse, dans sa tension, dans sa beauté âpre, fait de La Peau et les Os une œuvre essentielle, une œuvre de vérité, une œuvre qui ne cherche pas à survivre mais à témoigner, à brûler, à rester.

Qui est Georges Hyvernaud ? Un inconnu, pas pour Juan Asensio, qui court à la rescousse du détroussé au cadavre exquis, donc développons à la Hegel. Georges Hyvernaud, né en 1902 à Saint-Yrieix-sur-Charente et mort en 1983 à Paris, est un écrivain français dont l’œuvre, longtemps méconnue, s’est imposée comme l’une des plus âpres et lucides méditations sur la condition humaine au XXe siècle. Issu d’un milieu modeste où sa mère était couturière et son père ajusteur, il gravit les échelons de l’éducation républicaine en intégrant l’École normale supérieure de Saint-Cloud, dont il sort major en 1924. Enseignant de formation, il consacra sa vie à la pédagogie tout en développant une œuvre littéraire marquée par l’expérience traumatique de la guerre et de la captivité. Fait prisonnier en 1940, il passe cinq années dans les camps de Poméranie, notamment à Grossborn et Arneswalde, où il tient des carnets d’une acuité mordante, observant sans complaisance la bassesse, la veulerie et la médiocrité de ses compagnons d’infortune. Ces notes nourriront La Peau et les Os (1949), son œuvre la plus célèbre, qui ne cherche ni à consoler ni à magnifier, mais à exposer la vérité nue de l’homme humilié, déchu, rendu à sa misère essentielle. Hyvernaud se tient volontairement à l’écart des cercles littéraires, refusant les compromissions et les postures, ce qui explique en partie l’oubli dans lequel son œuvre est tombée pendant plusieurs décennies. Il collabore néanmoins à quelques revues antifascistes dans les années 1930 et entretient une correspondance intense avec sa femme durant la guerre, publiée après sa mort. Son style, sec, nerveux, sans fioritures, vise à dépouiller le langage de toute rhétorique pour atteindre une forme de vérité brute, presque douloureuse. Il est également l’auteur du Wagon à vaches (1953), autre récit de captivité, et de plusieurs ouvrages pédagogiques, dont une étude sur Du côté de chez Swann publiée en 1976. Hyvernaud incarne une figure rare : celle d’un écrivain moraliste, solitaire, dont l’œuvre, à la fois littéraire et philosophique, interroge sans relâche la dignité humaine, la mémoire, et les illusions du langage.

Le Grand d’Espagne de Roger Nimier

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Juan Asensio voit dans Le Grand d’Espagne de Roger Nimier un texte d’une intensité rare, une œuvre qui ne se contente pas de célébrer la figure tutélaire de Georges Bernanos mais qui, dans sa manière même, dans sa langue, dans sa posture, engage une véritable guerre contre la médiocrité ambiante, contre les tiédeurs de l’époque, contre les compromissions intellectuelles, et il insiste sur le fait que Nimier, à seulement vingt-cinq ans, parvient à écrire avec une maturité fulgurante, une audace presque insolente, une élégance qui tranche avec les fadeurs du discours convenu, et Asensio souligne que ce recueil d’essais, loin d’être une simple révérence à un maître, est une tentative de réanimation de la littérature, une entreprise de réenchantement par le style, par la provocation, par la fidélité à une certaine idée de l’honneur et de la liberté, et il affirme que Nimier, en choisissant Bernanos comme figure centrale, ne cherche pas à se placer dans une filiation docile mais à revendiquer une parenté tumultueuse, une fraternité dans le refus, dans la colère, dans la lucidité, et il voit dans Le Grand d’Espagne une œuvre qui oppose à l’universalisme abstrait de Maurras la transcendance incarnée de Bernanos, une transcendance qui ne passe pas par les idées mais par les cœurs, par les âmes, par la sainteté, et il insiste sur le fait que Nimier, en exaltant les défauts — la frivolité, la pudeur, la débauche, la vieillesse sans excès — propose une morale paradoxale, une éthique du panache, une esthétique du désespoir surmonté, et il lit dans ce livre une volonté de briser les vitres, de faire entrer un air nouveau, de réveiller les consciences anesthésiées, et il affirme que Nimier, contre les cuistres, contre les Homais, contre les pleutres, écrit comme on se jette dans la mêlée, comme on se bat pour une cause perdue mais noble, et il voit dans ce geste une forme de grandeur, une forme de fidélité à la littérature comme combat, comme feu, comme éclat, et il conclut que Le Grand d’Espagne, dans sa vigueur, dans sa insolence, dans sa beauté nerveuse, est un livre qui ne cherche pas à plaire mais à réveiller, à secouer, à brûler, et que Nimier, en écrivant ce texte, ne cherche pas à convaincre mais à faire entendre une voix, une voix qui dit que l’intelligence, la sainteté, le génie, l’honneur, le courage, ne sont pas des mots décolorés mais des armes, des flammes, des éclats, et que cette voix, dans sa jeunesse, dans sa fougue, dans sa fidélité à Bernanos, est une voix qui mérite d’être entendue, relue, méditée, car elle nous parle d’un temps où la littérature était encore une affaire de vie et de mort, une affaire de vérité et de style, une affaire de feu.

Le Hussard bleu de Roger Nimier (1950) 

 

Juan Asensio considère Le Hussard bleu de Roger Nimier comme une œuvre emblématique, non seulement du style hussard mais d’une certaine manière de concevoir la littérature comme un acte de guerre contre la fadeur, contre la morale bourgeoise, contre les tiédeurs de l’époque, et il insiste sur le fait que ce roman, écrit dans une langue vive, insolente, nerveuse, est une célébration de la jeunesse, de l’élégance, du panache, mais aussi de la désillusion, de la mélancolie, de la lucidité, et Asensio souligne que Nimier, à travers le personnage de François Sanders, incarne une figure de l’homme libre, de l’homme qui refuse les postures, les hypocrisies, les compromissions, et il affirme que Le Hussard bleu est un roman de guerre sans héroïsme, un roman d’après-guerre sans consolation, un texte où la beauté du style vient compenser la laideur du monde, et il voit dans ce livre une tentative de dire l’absurde sans le nommer, de montrer la violence sans la justifier, de faire entendre le désespoir sans le pleurnicher, et il insiste sur le fait que Nimier, en multipliant les voix narratives, en fragmentant le récit, en jouant avec les registres, parvient à créer une polyphonie ironique, une fresque désenchantée, une comédie humaine où les masques tombent, où les postures se fissurent, où la vérité affleure dans les interstices du style, et il lit dans Le Hussard bleu une critique de l’existentialisme, une moquerie des grands discours, une satire des idéologies, et il affirme que Nimier, en refusant les grands récits, en préférant les éclats, les fulgurances, les aphorismes, propose une littérature de l’instant, une littérature du trait, une littérature du feu, et il conclut que Le Hussard bleu, dans sa jeunesse, dans sa fougue, dans sa beauté insolente, est un livre qui ne cherche pas à expliquer mais à montrer, qui ne cherche pas à convaincre mais à séduire, qui ne cherche pas à édifier mais à troubler, et que Nimier, en écrivant ce roman, a donné naissance à une manière d’être écrivain, à une manière d’être homme, à une manière d’être libre, et que cette manière, dans sa légèreté grave, dans sa élégance désespérée, dans sa fidélité au style, reste une leçon, une provocation, une flamme.

Le style d’écriture de Roger Nimier se distingue par une élégance nerveuse, une insolence maîtrisée, une ironie mordante et une légèreté grave qui font de lui l’un des écrivains les plus singuliers de l’après-guerre. Chef de file du mouvement des Hussards, Nimier oppose à l’existentialisme sartrien une littérature du panache, du trait, de l’éclat, où le style devient une arme, une manière de vivre, une forme de résistance à la lourdeur idéologique. Son écriture, souvent comparée à celle de Giraudoux ou de Cocteau dans ses débuts, évolue vers une langue plus sèche, plus tendue, plus incisive, où chaque phrase semble taillée pour blesser ou séduire. Il affectionne les aphorismes, les formules brillantes, les dialogues rapides, les descriptions elliptiques, et construit ses romans comme des partitions où l’ironie le dispute à la mélancolie. Nimier ne cherche pas à expliquer ni à édifier : il montre, il suggère, il trouble. Son style est celui d’un homme qui regarde le monde avec distance, avec désenchantement, mais aussi avec une forme de tendresse pudique pour les perdants, les désabusés, les élégants sans cause. Il écrit comme on se bat, comme on danse, comme on se moque — avec grâce, avec rage, avec lucidité. C’est une littérature du feu, du refus, de la beauté inutile.

Portrait de l'aventurier de Roger Stéphane (1950) 

 

Juan Asensio considère Portrait de l’aventurier de Roger Stéphane comme une œuvre à la fois brillante et ambiguë, un texte qui interroge la figure de l’homme d’action à travers les destins croisés de Lawrence d’Arabie, André Malraux et Ernst von Salomon, et il insiste sur le fait que ce livre, préfacé par Sartre dans un texte d’une intensité philosophique rare, ne cherche pas à glorifier l’aventure mais à en sonder les contradictions, les impasses, les illusions, et Asensio souligne que Stéphane, en choisissant ces figures contrastées, ne propose pas une typologie mais une constellation, une manière de penser l’engagement, la solitude, la grandeur et l’échec, et il affirme que l’aventurier, tel que le définit Sartre dans sa préface, est un être paradoxal, oscillant entre générosité folle et suicide égoïste, entre exaltation et désespoir, entre action et vacuité, et il voit dans cette oscillation le cœur même de l’ouvrage, sa tension essentielle, sa beauté tragique, et il insiste sur le fait que Stéphane, loin de proposer une morale ou une idéologie, laisse affleurer une méditation sur l’homme moderne, sur sa quête de sens, sur son besoin de se perdre pour se trouver, et il lit dans Portrait de l’aventurier une critique implicite des figures médiatiques de l’aventure, des écrivains-bourlingueurs qui transforment l’expérience en marchandise, en récit calibré, en image flatteuse, et il affirme que le véritable aventurier, selon Sartre et Stéphane, est celui qui agit pour ce qui n’existe pas, qui meurt pour une idée sans consistance, qui témoigne de l’impossibilité de l’homme autant que de sa grandeur, et il conclut que ce livre, dans sa densité, dans sa clarté, dans sa rigueur, est une œuvre qui ne cherche pas à séduire mais à penser, à troubler, à éclairer, et que Stéphane, en écrivant ce texte, a offert non pas un manuel de l’aventure mais une méditation sur l’engagement, sur la solitude, sur la mort, sur la liberté, et que cette méditation, dans sa sobriété, dans sa profondeur, dans sa fidélité à une certaine idée de l’homme, reste d’une actualité brûlante, car elle nous rappelle que l’aventure véritable n’est pas dans le décor mais dans le choix, dans le risque, dans le silence, dans l’échec, et que l’écrivain, s’il veut être aventurier, doit accepter de se perdre, de se taire, de mourir pour ce qui n’existe pas.

 

L'éclipse de l'intellectuel d'Elemire Zolla (1959)

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Juan Asensio considère L’éclipse de l’intellectuel d’Elemire Zolla comme une œuvre capitale, trop longtemps négligée, pourtant ellediagnostique avec une acuité prophétique le déclin de la pensée libre, la dissolution de l’intelligence dans les mécanismes impersonnels de la modernité, et il insiste sur le fait que Zolla, dans ce texte dense, rigoureux, parfois vertigineux, ne se contente pas de déplorer la disparition de l’intellectuel engagé, mais en analyse les causes profondes, les symptômes insidieux, les conséquences anthropologiques, et Asensio souligne que Zolla, en convoquant une anthropologie négative, en décrivant l’avènement de l’homme-masse, en scrutant la dégradation du langage, la prolifération du jargon, la technicisation du discours, la perte du sens, propose une critique radicale de la société contemporaine, une critique qui ne relève ni du pamphlet ni du manifeste, mais d’une méditation inquiète, lucide, presque mystique, et il affirme que L’éclipse de l’intellectuel est un texte qui refuse les consolations faciles, les explications sociologiques, les réductions idéologiques, pour interroger ce que signifie penser, ce que signifie parler, ce que signifie être, et il voit dans ce livre une tentative de sauver la parole, de restaurer la dignité du verbe, de résister à l’effondrement du sens, et il insiste sur le fait que Zolla, en s’appuyant sur une érudition immense, en convoquant des figures aussi diverses que Max Picard, Simone Weil, D. H. Lawrence ou Baudelaire, construit une constellation de résistances, une cartographie de l’intelligence en exil, et il lit dans ce texte une dénonciation de la culture industrielle, de la standardisation des esprits, de la marchandisation du savoir, et il affirme que Zolla, loin d’être un nostalgique, est un visionnaire, un penseur de l’apocalypse douce, un analyste de la catastrophe silencieuse qui transforme les hommes en spectateurs, les intellectuels en techniciens, les écrivains en communicants, et il conclut que L’éclipse de l’intellectuel, dans sa rigueur, dans sa beauté sombre, dans sa profondeur inquiète, est une œuvre qui ne cherche pas à convaincre mais à réveiller, à troubler, à brûler, et que Zolla, en écrivant ce livre, a offert une méditation sur la fin de la pensée, sur la mort du langage, sur la possibilité d’une résurrection par le silence, par la fidélité, par le feu.

Journal d'un homme occupé de Robert Brasillach (1955)

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Juan Asensio considère Journal d’un homme occupé de Robert Brasillach comme une chronique hallucinée de la débâcle française, un texte qui, sous des dehors de journal intime, révèle une vision tragique, désabusée et parfois cruelle de l’effondrement moral et politique de la France durant l’Occupation, et il insiste sur le fait que Brasillach, loin de se contenter d’un récit personnel, dresse le portrait d’une nation en chute libre, d’un peuple traversé par la peur, la lâcheté, le compromis, et il souligne que ce livre, écrit dans une langue précise, acérée, parfois lyrique, parfois brutale, est une tentative de dire l’indicible, de nommer la honte, de faire entendre le cri d’un homme qui voit s’effondrer ses idéaux, ses espérances, ses illusions, et il affirme que Brasillach, dans ce journal, ne cherche pas à se justifier mais à témoigner, à comprendre, à enregistrer les signes d’un monde qui s’écroule, et il voit dans ce texte une œuvre de lucidité, de désespoir, de fidélité à une certaine idée de la grandeur française, une grandeur qui se dissout dans la débâcle, dans la trahison, dans le silence, et il insiste sur le fait que Brasillach, en décrivant les premiers jours de la guerre, les réactions des Français, les compromissions des élites, les renoncements des institutions, propose une vision post-apocalyptique avant l’heure, une vision où la France ne meurt pas dans le feu mais dans la mollesse, dans la peur, dans le soulagement honteux de ne pas avoir à se battre, et il lit dans Journal d’un homme occupé une méditation sur la solitude, sur l’engagement, sur la trahison, sur la fidélité, et il affirme que Brasillach, malgré ses choix politiques contestables, reste un écrivain de premier ordre, un styliste remarquable, un témoin impitoyable, et il conclut que ce livre, dans sa tension, dans sa beauté sombre, dans sa capacité à dire ce que beaucoup préfèrent taire, est une œuvre essentielle pour comprendre non seulement l’Occupation mais aussi la manière dont un écrivain peut affronter l’histoire, la regarder en face, sans fard, sans consolation, sans pardon, et que cette œuvre, dans sa violence, dans sa douleur, dans sa vérité, reste une leçon de littérature, une leçon de courage, une leçon de feu. Dans Journal d’un homme occupé de Robert Brasillach, plusieurs thèmes majeurs traversent le texte avec une intensité dramatique et une lucidité parfois glaçante. Le premier est celui de l’effondrement national, Brasillach décrivant avec une précision presque hallucinée la débâcle de la France en 1940, non pas comme une défaite militaire seulement, mais comme une chute morale, une abdication collective, une reddition intérieure avant même le combat. Ce thème est lié à celui de la lâcheté et du compromis, où l’auteur observe, souvent avec amertume, la manière dont les élites, les institutions et les citoyens cherchent à s’accommoder de l’Occupation, à négocier leur survie, à éviter le conflit, révélant une société rongée par la peur et le renoncement. Un autre thème central est celui de la solitude de l’écrivain engagé, Brasillach se tenant à la marge, lucide sur son isolement, sur le rejet qu’il suscite, sur le destin tragique qui l’attend, et cette solitude devient une forme de fidélité à soi, une manière de résister à l’effacement. Le temps, dans sa dimension historique et intime, est également omniprésent : le journal capte les jours qui passent, les événements qui s’enchaînent, les ruptures, les silences, les attentes, et cette temporalité donne au texte une densité existentielle, une gravité sourde. Enfin, le thème de la foi affleure en sourdine, sans ostentation, mais avec une intensité croissante, notamment dans les derniers écrits de Brasillach, où la prière, la poésie, la mémoire deviennent des refuges, des armes, des éclats de lumière dans la nuit. Ces thèmes, portés par une langue précise, tendue, parfois lyrique, parfois brutale, font de ce journal non seulement un témoignage historique, mais une méditation sur la chute, sur le courage, sur la vérité, sur la littérature comme feu.

La Côte sauvage de Jean-René Huguenin (1960)

(35)

Juan Asensio considère La Côte sauvage de Jean-René Huguenin comme une œuvre d’une intensité tragique et d’une beauté sombre, un roman unique qui condense dans sa brièveté la fulgurance d’une jeunesse brûlée, la mélancolie d’un monde qui s’effondre, et il insiste sur le fait que ce texte, écrit par un auteur mort à vingt-six ans, est traversé par une tension existentielle, une douleur sourde, une quête d’absolu qui ne trouve jamais de résolution, et Asensio souligne que le personnage d’Olivier, revenu du service militaire, est une figure de l’homme désenchanté, de l’adolescent devenu adulte sans transition, porteur d’un regard acide sur sa famille, sur ses amis, sur lui-même, et il affirme que La Côte sauvage est un roman de l’été comme fin du monde, une chronique de la perte, de la séparation, de l’impossibilité d’aimer sans détruire, et il voit dans la relation entre Olivier et sa sœur Anne une métaphore de l’amour absolu, de l’amour interdit, de l’amour qui consume, et il insiste sur le fait que Huguenin, dans une langue limpide, tendue, élégante, parvient à dire l’indicible, à faire entendre le silence des âmes blessées, à peindre les nuances de la douleur sans jamais sombrer dans le pathos, et il lit dans ce roman une critique implicite de la société bourgeoise, de ses codes, de ses hypocrisies, une volonté de briser les masques, de faire éclater les conventions, et il affirme que La Côte sauvage est un texte de seuil, un texte de passage, un texte où l’adolescence se dissout dans la lumière crue de l’âge adulte, et il conclut que Huguenin, en écrivant ce roman, a offert une œuvre testamentaire, une œuvre de feu, une œuvre qui ne cherche pas à plaire mais à brûler, à troubler, à rester, et que cette œuvre, dans sa solitude, dans sa beauté, dans sa vérité, est une méditation sur la perte, sur le désir, sur la mort, sur la littérature comme cri.

 

L'Orange mécanique d'Anthony Burgess (1962) 

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Juan Asensio considère L’Orange mécanique d’Anthony Burgess comme une œuvre d’une puissance linguistique et philosophique exceptionnelle, un roman qui ne s contente pas de raconter une histoire de violence juvénile dans un monde dystopique, mais qui interroge en profondeur les fondements du libre arbitre, de la responsabilité morale, de la nature humaine, et il insiste sur le fait que ce texte, écrit dans une langue inventée, le nadsat, mélange d’argot russe et anglais, est une manière de créer une distance, de forcer le lecteur à entrer dans un univers mental étranger, inquiétant, dérangeant, et Asensio souligne que Burgess, en choisissant de faire parler son narrateur Alex dans cette langue étrange, impose une forme de violence stylistique qui reflète la violence du monde décrit, et il affirme que L’Orange mécanique est une œuvre qui ne cherche pas à expliquer ni à justifier, mais à exposer, à faire sentir, à faire entendre, et il voit dans le traitement Ludovico, cette thérapie de conditionnement qui transforme Alex en être incapable de choisir entre le bien et le mal, une métaphore de la société moderne qui préfère des individus dociles à des êtres libres, et il insiste sur le fait que Burgess, en refusant de condamner ou d’absoudre son personnage, en le montrant dans toute sa complexité, dans toute sa cruauté, dans toute sa sensibilité musicale, propose une réflexion vertigineuse sur la liberté, sur la rédemption, sur la possibilité du changement, et il lit dans ce roman une critique de l’État, de la science, de la psychologie comportementaliste, une dénonciation de la technocratie qui prétend réparer les âmes comme on répare des machines, et il affirme que L’Orange mécanique, dans sa structure, dans sa langue, dans sa violence, est une œuvre qui ne cherche pas à plaire mais à troubler, à réveiller, à brûler, et que Burgess, en écrivant ce texte, a offert une parabole sur la condition humaine, sur le mal, sur la beauté, sur la musique, sur le langage, et que cette parabole, dans sa noirceur, dans sa ironie, dans sa lucidité, reste une des plus grandes méditations romanesques du XXe siècle, une œuvre qui ne cherche pas à édifier mais à faire vaciller, à faire entendre le cri d’un monde où la liberté est une douleur, une responsabilité, une lumière.

 

La gloire du vaurien de René Ehni (1964)

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Œuvre fulgurante, ce roman incandescent qui traverse les eaux troubles de l’Europe d’après-guerre avec une audace stylistique et une intensité existentielle rares, et il insiste sur le fait que ce texte, centré sur la figure de Manfred Nidhart dit Manni, jeune Juif jouisseur et errant, est une plongée dans les profondeurs de la mémoire, du désir, de la honte et de la beauté, Juan Asensio souligne que ce roman, écrit dans une langue syncopée, nerveuse, surécrite, truffée de références, est une radiographie de l’Europe hantée par ses démons, par Hitler, par la guerre d’Algérie, par les amants et les maîtresses, par les souvenirs et les fantômes, et il affirme que La Gloire du vaurien est un traité du style, une célébration de la phrase comme coup de poing, comme éclat, comme cri, et il voit dans ce texte une œuvre qui ne cherche pas à plaire mais à cogner, à troubler, à brûler, et il insiste sur le fait que Ehni, en refusant les conventions du roman psychologique, en brisant les codes du récit linéaire, propose une littérature de l’éclat, du fragment, de la fulgurance, et il lit dans ce roman une tentative de dire l’indicible, de faire entendre la voix des vaincus, des errants, des marginaux, et il affirme que Manni, dans sa frivolité, dans sa cosmopolitisme, dans sa discipline du plaisir, incarne une figure de l’homme moderne en guerre contre le temps, contre la médiocrité, contre l’oubli, et il conclut que La Gloire du vaurien, dans sa beauté âpre, dans sa violence stylisée, dans sa lucidité tragique, est une œuvre qui mérite d’être relue, méditée, célébrée, car elle nous parle d’un temps où la littérature était encore une affaire de feu, de style, de vérité, et que Ehni, dans ce roman, a offert une leçon de panache, une leçon de désespoir, une leçon de grandeur.

 

Le Meurtre d’un enfant de Jean Cau (1965)

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Juan Asensio considère Le Meurtre d’un enfant de Jean Cau comme une œuvre d’une intensité introspective rare, un texte qui ne se contente pas de raconter une enfance mais qui interroge, dans une langue dense et sans concession, le processus même par lequel l’adulte tue l’enfant qu’il fut, et il insiste sur le fait que ce livre, loin d’être une autobiographie conventionnelle, est une tentative de dire la vérité nue, la vérité sans fard, la vérité sans reconstruction, et Asensio souligne que Cau, en refusant les oripeaux du récit édifiant, en rejetant les clichés de la mémoire attendrie, propose une méditation sur la trahison constitutive de l’âge adulte, sur la manière dont l’homme, en devenant ce qu’il est, renie ce qu’il fut, et il affirme que Le Meurtre d’un enfant est un texte de rupture, un texte de feu, un texte où l’écriture devient une arme contre la complaisance, contre le mensonge, contre la nostalgie, et il voit dans ce livre une œuvre qui ne cherche pas à plaire mais à troubler, à déranger, à brûler, et il insiste sur le fait que Cau, en évoquant la figure du tankiste allemand beau et bronzé, en plein été 1940, introduit une image obsédante, une image qui cristallise la fascination pour le mal, la beauté du mal, la séduction du meurtre, et il lit dans cette scène une révélation, une fracture, une blessure qui ne se referme pas, et il affirme que ce roman, dans sa structure fragmentée, dans sa langue tendue, dans sa lucidité impitoyable, est une œuvre qui ne cherche pas à expliquer mais à exposer, à faire entendre le cri de l’enfant trahi, de l’enfant assassiné, de l’enfant oublié, et il conclut que Le Meurtre d’un enfant, dans sa beauté sombre, dans sa violence stylisée, dans sa vérité nue, est une œuvre essentielle, une œuvre qui ne cherche pas à survivre mais à témoigner, à brûler, à rester.

 

La mort de L.-F. Céline de Dominique de Roux (1966)

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Juan Asensio considère La mort de L.-F. Céline de Dominique de Roux comme une œuvre à la fois incandescente et problématique, un texte qui ne cherche pas à expliquer Céline mais à le figurer, à le magnifier, à le faire surgir comme une apparition dans le désert de la littérature contemporaine, et il insiste sur le fait que ce livre, écrit cinq ans après la mort de l’auteur du Voyage au bout de la nuit, est une stèle, une oraison, une invocation, où de Roux ne cherche pas à juger mais à dire, à faire entendre, à faire brûler, et Asensio souligne que ce texte, loin d’être un essai critique, est une méditation poétique, une tentative de ressusciter la parole littéraire dans un monde où elle semble morte, et il affirme que de Roux, en comparant Céline à une figure juive immémoriale, à un supplicié, à un martyr, ne cherche pas à absoudre mais à transfigurer, à faire de l’écrivain un témoin, un prophète, un homme seul contre tous, et il voit dans cette démarche une audace, une provocation, une fidélité à la littérature comme feu, comme cri, comme scandale, et il insiste sur le fait que de Roux, en refusant de s’attarder sur l’antisémitisme de Céline, en le plaçant dans une perspective mystique, tragique, presque christique, prend un risque, un risque éthique, un risque politique, mais aussi un risque littéraire, et il lit dans ce livre une volonté de dire que la littérature ne peut être jugée selon les critères moraux, qu’elle est un lieu de vérité nue, de violence stylisée, de beauté dangereuse, et il affirme que La mort de L.-F. Céline est une œuvre qui ne cherche pas à convaincre mais à troubler, à réveiller, à brûler, et que de Roux, en écrivant ce texte, a voulu faire entendre une voix, une voix qui dit que l’écrivain est celui qui accepte de porter les fautes de la multitude, de descendre dans les enfers, de mourir pour que la parole survive, et il conclut que ce livre, dans sa tension, dans sa beauté sombre, dans sa lucidité tragique, est une œuvre essentielle, une œuvre qui ne cherche pas à plaire mais à rester, à témoigner, à brûler.

« Je garderai un souvenir horrifié de mon enfance parisienne » (p. 24) « je chercherai d'autres mondes, persuadé toujours davantage que l'avenir de l'homme va se jouer loin des grandes concentrations humaines qui ne sont plus que des tares, que des empêchements pour aller de l'avant » (pp. 24-5). « La chute de Paris, la ligne de démarcation, les intellectuels réfugiés dans le Sud, le néo-paganisme germanique à l'horizon, la mise en veilleuse de la civilisation occidentale rationaliste, humaniste et chrétienne trouvent en moi des échos, et raniment un fond de sauvagerie dans mon sang. Le christianisme est fortement menacé; on revient à la terre, les imbéciles en profitant pour faire du Giono, du pétainisme et du provincialisme » (pp. 38-9) « L'Europe, enfin débarrassée de Jésus, retrouvait-elle son âme sur les premiers contreforts des vastes monts d'Auvergne, au temps du Maréchal ? » (p. 50). « L'Europe, enfin débarrassée de Jésus, retrouvait-elle son âme sur les premiers contreforts des vastes monts d'Auvergne, au temps du Maréchal ? » (p. 50).

Juan Asensio, dans son analyse de Une adolescence au temps du Maréchal, souligne avec force que ce texte est traversé par un rejet virulent du christianisme occidental, perçu par François Augiéras comme une entrave à la vérité individuelle, un écran moral et culturel qui empêche l’accès au sacré primitif et à la sauvagerie fondatrice (c'est le rejet du christianisme dont François Augiéras a «assez» (p. 35)), et il insiste sur le fait que le jeune narrateur, révolté contre l’ordre bourgeois, contre les grandes métropoles modernes, contre l’éducation institutionnalisée, développe une vision du monde où Paris devient le symbole de la déréliction, de la laideur, de l’aliénation, et où l’Auvergne, sous l’occupation, se transforme en territoire mythique, en espace de réactivation de l’archaïsme, en lieu de perte et de révélation, et Asensio lit dans les phrases extraites du roman une volonté de retourner à la terre, de retrouver une verticalité sacrée, une profondeur cosmique, de se détacher de l’homme rationnel, humaniste, chrétien, pour renouer avec des puissances anciennes, païennes, telluriques, et il affirme que le néo-paganisme qui affleure dans le texte n’est pas une idéologie mais une atmosphère, une résonance, une fièvre, une manière de vibrer autrement dans le monde, et il voit dans les pages d’Augiéras une rébellion totale, une écriture de l’excès, une ivresse de l’image, où la haine de l’urbain, la haine du clérical, la haine du normatif s’expriment sans détour, dans une langue qui cherche à percer l’écorce des choses pour toucher la sève, et il insiste sur le fait que ce rejet du christianisme ne prend pas la forme d’un argument mais d’une vision, d’un cri, d’un sortilège, d’une incantation contre l’époque, et il conclut que Une adolescence au temps du Maréchal, dans sa violence mystique, dans sa sauvagerie stylisée, dans son ardeur rebelle, est une œuvre qui met en question la civilisation dans ce qu’elle a de plus institué, de plus moralisé, de plus encadré, et qu’Augiéras, en écrivant ces pages, ne propose pas une solution mais une fuite, un abandon, une nuit où l’âme peut enfin se retrouver, loin des dogmes, loin des doctrines, dans la ferveur des éléments et dans l’épreuve du feu.

 

Une adolescence au temps du Maréchal de François Augiéras (1968) 

(40)

Juan Asensio considère Une adolescence au temps du Maréchal de François Augiéras comme une œuvre à la fois troublante et fascinante, un texte qui ne se laisse pas dompter, qui résiste à toute lecture apaisée, qui exige du lecteur une passion, voire un aveuglement, pour franchir les seuils de répugnance et d’agacement que certaines pages suscitent, et il insiste sur le fait que ce livre, autobiographique dans sa forme mais profondément littéraire dans son essence, est traversé par une tension entre la quête mystique et la provocation charnelle, entre l’innocence exaltée et la lucidité cruelle, et Asensio souligne que Augiéras, dans sa manière de se raconter, ne cherche pas à se justifier ni à se magnifier, mais à se livrer dans sa nudité, dans sa complexité, dans sa vérité, et il affirme que Une adolescence au temps du Maréchal est un texte où l’écriture devient une forme de peinture, une manière de saisir la vérité d’un être dans une image, dans une scène, dans une phrase, et il voit dans la scène où André Gide s’abreuve aux veines du jeune narrateur une figuration à la fois triviale et symbolique, une scène qui condense la fascination pour le mal, pour la beauté du mal, pour la séduction du pouvoir, et il insiste sur le fait que Augiéras, dans ce livre, ne cesse de se chercher, de se fuir, de se séduire, de se trahir, et que cette errance, cette quête, cette danse sous les astres, est une manière de vivre en dehors des normes, en dehors des codes, en dehors des appartenances, et il lit dans ce texte une critique implicite de la société bourgeoise, de la morale chrétienne, de la mémoire édulcorée, et il affirme que Augiéras, en se disant mage ou ange, en se rêvant paysan ou soldat, en se jetant dans les bras du désert ou dans ceux des hommes, propose une vision du monde où la solitude est la condition de la vérité, où la beauté est toujours blessée, où la parole est toujours en excès, et il conclut que Une adolescence au temps du Maréchal, dans sa langue admirable, dans sa violence stylisée, dans sa lucidité impitoyable, est une œuvre qui ne cherche pas à plaire mais à brûler, à troubler, à rester, et que Augiéras, dans ce livre, ne nous offre pas un récit mais une épreuve, une initiation, une descente dans les profondeurs de l’âme et du corps.

 

La France intellectuelle de Jules Monnerot (1970)

(41)

Juan Asensio considère La France intellectuelle de Jules Monnerot comme une œuvre capitale, une dissection impitoyable du cadavre des lettres françaises, un texte qui ne cherche pas à plaire mais à exposer, à brûler, à réveiller, et il insiste sur le fait que Monnerot, dans ce livre, ne se contente pas de critiquer les intellectuels de son temps mais qu’il en démonte les mécanismes, les illusions, les impostures, avec une rigueur qui confine à la cruauté, et Asensio souligne que Monnerot, ostracisé par les élites médiatico-politiques, ignoré des dictionnaires, banni des cénacles, incarne une figure de la pensée en exil, une pensée qui dérange parce qu’elle pense juste, parce qu’elle pense méchamment, parce qu’elle pense contre, et il affirme que La France intellectuelle est une œuvre de feu, une œuvre de colère, une œuvre de lucidité, où l’intellectuel est vu comme un produit de la modernité, comme un symptôme de la décomposition, comme un acteur de la falsification, et il voit dans ce texte une critique radicale de la parole vide, de l’écriture creuse, de la pensée spectacle, et il insiste sur le fait que Monnerot, en affirmant qu’il n’écrit que s’il a quelque chose à dire, se place à rebours des pratiques lamentables de ceux qui parlent pour ne rien dire, qui écrivent pour se montrer, qui pensent pour se vendre, et il lit dans ce livre une dénonciation de la France comme pays idéologisé, comme pays de jugements moraux déguisés en analyses, comme pays de l’épuration intellectuelle, et il affirme que Monnerot, en refusant les codes, en brisant les masques, en exposant les impostures, propose une pensée de la verticalité, une pensée de la solitude, une pensée de la vérité nue, et il conclut que La France intellectuelle, dans sa violence, dans sa beauté sombre, dans sa lucidité impitoyable, est une œuvre qui ne cherche pas à convaincre mais à trancher, à blesser, à réveiller, et que Monnerot, dans ce livre, ne nous offre pas une analyse mais une épreuve, une initiation, une descente dans les enfers de la pensée française, et que cette descente, dans sa rigueur, dans sa tension, dans sa fidélité à la vérité, reste une leçon, une provocation, une flamme.

Voici plusieurs développements autour de La contre-révolution de Thomas Molnar. Tout d'abord disons que la contre-révolution est une posture métaphysique critique des utopies modernes plus qu'un combat intellectuel dont elle est pourtant l'oeuvre, car c'est tout le paradoxe du contestationnaire, où qu'il se dissimule. La vision n'est pas combat, mais l'hallucination qui isole dans un apparent désert comme dans le Centurion de . L'aider ne consiste qu'à étendre le champ des possibles de Saint Antoine, à lui supprimer ses faux adjuvants comme Maxence Caron, comme Michel Houellebecq, car il n'est ni mystique ni gnostique, mais a pris la tangente entre ces deux sphères chargées d'attraction. La se joue la question de son non-nihilisme qui est une eschatologie au delà de la littérature sans dieu dont il souhaite après trépas enjamber le cadavre, mais il encombre sa tangente. Thomas Molnar, quant à lui, ne propose pas une simple réaction politique à la Révolution française et aux idéologies modernes : il érige la contre-révolution en vision du monde, fondée sur l’ordre, la transcendance et la continuité. Il refuse le culte du progrès linéaire et voit dans la Révolution un couperet tontologique, une tentative de réécriture de la nature humaine par la Louison, la veuve qu'est la Cravate à Capet, ce Moulin à silence, ce monte-à-regret qui bascuke à Charlot. Ce raccoucissement patriotique met à la remise Occam et Procuste, ouvrant grand les portes de la contre-révolution qui s'apprêtre dès lors des atours d'une résistance spirituelle comme d'une fidélité à l’être contre les illusions du devenir. Thomas Molnar dissèque les utopies révolutionnaires avec la froideur d’un entomologiste. Il montre comment les idéologues du XVIIIᵉ siècle, enfants de la Réforme et du rationalisme, ont engendré des systèmes clos, des visions totalisantes du monde. Pour lui, la Révolution est une machine à produire du chaos sous couvert d’émancipation. La contre-révolution, en revanche, ne cherche pas à imposer un ordre nouveau, mais à préserver les conditions de la liberté réelle, enracinée dans les traditions, les corps intermédiaires et les limites. Thomas Molnar livre un texte de combat qui ne cherche pas à séduire les salons germanopratins, bien plutôt à réveiller les consciences. Il affirme que la tâche du contre-révolutionnaire n’est pas spectaculaire : elle se joue dans les cœurs et les esprits, dans la défense silencieuse de la communauté d’ordre. C’est une mission sans fin, une veille contre les dérives du présent. À l’heure où les repères s’effondrent aux yeux de Juan Asensio le fatigué - et non l'épuisé -, où la culture devient spectacle et où la politique se dissout dans la communication, Molnar apparaît comme un penseur prophétique pour qui veut user du crible de la réaction. Il avait vu venir la mutation de la révolution en culture, en soft power idéologique. Son appel à une contre-révolution intérieure, à une restauration des fondements, résonne avec force dans notre époque fragmentée.

 

La contre-révolution de Thomas Molnar (1972)

(42)

La contre-révolution comme posture métaphysique. Chez Thomas Molnar, la contre-révolution n’est pas seulement une réaction historique ou politique à la Révolution française ou à ses dérivés idéologiques. Elle s’élève au rang de structure métaphysique, une manière de se tenir dans le monde, une fidélité à une ontologie de l’ordre, au sein d’un cosmos hiérarchisé, chargé de sens, où la transcendance n’est pas négociable. La pensée contre-révolutionnaire se fonde sur une vision sacrale de la société  au sens où chaque ordre, chaque institution possède une légitimité issue de la tradition, de la religion, et du sens commun. Face à la Révolution qui prétend tout recommencer et faire table rase, Thomas Molnar affirme un principe de continuité : l’histoire n’est pas une suite de ruptures, mais une transmission. L’être humain ne se définit pas par son autonomie radicale (comme chez Rousseau), mais par son inscription dans une réalité préexistante, faite de limites, de responsabilités et d’appartenances. En ce sens, la contre-révolution est une affirmation du réel contre l’idéologie, une manière de défendre ce qui est tel qu’il est, contre ce qui prétend devoir être. Molnar pense en philosophe autant qu’en historien : il pressent que la Révolution a d’abord tenté de refonder la métaphysique, en détruisant les conditions même du sens. Il propose donc une pensée verticale, enracinée, étrangère aux séductions du relativisme.

Critique des utopies modernes. Thomas Molnar aborde la Révolution moderne comme le moment où l’humanité a franchi le seuil du mythe politique absolu : celui d’un monde transformé par la volonté pure, affranchi des traditions, des médiations et de toute transcendance. Il s’agit, selon lui, d’une dérive propre aux utopies, qui transforment la politique en religion de remplacement. Thomas Molnar observe que les grandes utopies modernes, comme le libéralisme, le marxisme, le radicalisme démocratique, partagent une structure eschatologique car elles annoncent la fin des temps anciens, la rédemption terrestre, l’avènement de l’Homme réconcilié avec lui-même. De plus, leur universalisme tronqué dissimule une logique d’homogénéisation qui au nom de l’égalité, elles détrut les corps intermédiaires, les enracinements locaux, les singularités culturelles, même si cette logique emrunte à Rousseau, les conceptions duquel influèrent sur la Loi le Chapelier. La Révolution est vue alors comme une catastrophe anthropologique, puisqu'elle refuse l’imperfection constitutive de la condition humaine : elle rêve d’un Homme nouveau, purifié, délié de toute contrainte. Face à cela, la contre-révolution de Molnar est modeste tout en étant lucide : elle ne promet pas le paradis, elle cherche à conserver les fragiles conditions de l’humanité concrète – l’héritage, la pluralité, le sens du sacré. Thomas Molnar propose donc une critique de l’optimisme destructeur, de la pensée en ligne droite, du volontarisme abstrait à travers une forme de sobriété intellectuelle, un retour à la complexité, à la densité historique, au tragique.

Une œuvre de combat intellectuel. La contre-révolution n’est pas un traité académique, c’est un manuel de guérilla spirituelle. Molnar se défait des conventions universitaires pour offrir une prose directe, dense, presque tranchante. Loin des faux-semblants, il assume la brutalité de sa position : penser contre son temps, défendre sans honte un ordre des choses que les modernes tiennent pour périmé, archaïque, suspect. L’intellectuel contre-révolutionnaire, chez Molnar, n’a rien du polémiste à la mode ou du penseur médiatique. Il est un veilleur, un homme en retrait, qui prépare la reconquête des esprits dans le silence, loin du vacarme des opinions. Ce livre fonctionne comme une détonation dans le paysage intellectuel en exposant les failles des discours consensuels et attaquant sans ménagement les dogmes révolutionnaires. Par là Thomas Molnar ne cherche pas à convaincre la masse, plutôt à réveiller les consciences réfractaires, à redonner du nerf aux pensées dissidentes, à offrir un abri aux esprits asphyxiés par ce qu'il preçoit comme une doxa progressiste. Pour ce faire, il en appelle à une discipline intérieure, à une rigueur de la pensée, à une fidélité au réel et non à ses simulacres. L’ordre n’est pas une nostalgie, c’est une exigence. Ce combat n’est pas spectaculaire. Il est invisible, profond, discret. Thomas Molnar redonne à l’intellectuel une mission ascétique : conserver, transmettre, réfléchir à contre-courant, sans jamais céder aux facilités du présent.

Actualité de Molnar dans le monde « postmoderne ». Alors même que Thomas Molnar écrit dans les années 1970, ses intuitions résonnent étrangement avec nos années numériques, marquées par la perte de repères, la désintégration des traditions, et la montée de l’individualisme liquide. Dans le monde postmoderne, la vérité devient plurielle, relative, manipulable : c’est l’ère du simulacre, du spectacle, de l’image triomphante. Molnar, déjà, percevait cette dérive, ce glissement vers une culture sans substance, gouvernée par le marketing et la communication. La Révolution, dans sa version tardive, n’est plus politique, mais culturelle car elle colonise l’imaginaire, impose des récits, redéfinit les valeurs à coups de slogans et de moraline. Face à cela, Molnar propose une forme de résistance intérieure, non spectaculaire : redonner sens au passé, restaurer les médiations naturelles (famille, nation, religion), réapprendre la patience historique. Il ne s’agit pas de revenir au monde ancien, mais de réinvestir la verticalité, la profondeur, contre l’errance horizontale du présent. Sa pensée agit comme un contre-poison puisqu'elle apaise par la rigueur, elle éclaire par la structure, elle invite à ne pas céder à la dissolution. Dans un monde où tout s’efface et se consomme, Molnar suggère qu’il faut demeurer, tenir, garder le cap. Thomas Molnar ne propose pas un retour, mais une tenue, celle du penseur qui refuse de céder.

Notons que Thierry Molnar a collaboré à la revue Nouvelle École d'Alain de Benoist, dont il fut membre du comité de patronage entre 1972 et 1975. Etrange, comme si le serpent se mordait la queue, comme s'il ingurgitait le déglutis pour ne pas dire la merde qu'il a préalablement régurgitée. Alain de Benoist partage plusieurs thèmes fondamentaux avec Molnar à savoir une critique radicale du progressisme et de l’universalisme abstrait ; une défense des traditions, des enracinements et des médiations naturelles ; Une opposition à la pensée révolutionnaire vue comme destructrice de l’ordre symbolique. Il est donc très probable que de Benoist ait vu dans La contre-révolution un ouvrage majeur et convergent avec sa propre pensée, notamment dans sa critique de la modernité, du rationalisme désincarné et de l’idéologie du progrès.

 

Immédiatement de Dominique de Roux (1972) 

(43)

C’est une chance, en fin de compte, que les héritiers directs, du moins ceux qui se veulent tels, de Dominique de Roux ne soient pas à la hauteur de leur maître. Il écorne au passage, si ce n'est les pages de ses propres livres, Sarah Vajda et Laurent Schang. N'est pas disciple qui le souhaite, Ô Boulémène, premier venu, qu'on s'en souvienne... la charge est contenue.

Au-delà de cela Juan Asensio sembre s'estre interrogé plus d'une fois sur le sens même de ses actes et de son existence : « Il était tant, et si peu ! Sa tristesse était celle d'un homme qui reste seul en face d'une question à laquelle nul ne pourra jamais répondre, car la question est l'homme lui-même. Aucune tristesse n'est comparable à celle de l'homme qui détient les secrets du monde et de la puissance, car, seul, cet homme est obligé de faire face au vide de l'ultime secret » (p. 47). Et relevant cela, il pose cette question, comprenant une faute ou alors une invention : « Que[l] est ce vide ? Quel est cet ultime secret ? » (101)

 

Le jeu pervers de la limite édulcoré sous le neutre, n'ayant pas résulu ni son nihilisme actif ni son nihilisme transitoire, Il s'agit de la « tentative [...] apophatique, qui tente de focaliser l'attention des lecteurs sur le paradoxe absolu, c'est-à-dire l'alliance rigoureuse du oui et du non. Le neutre n'exige jamais le saut dans la foi qui, selon Kierkegaard, dénouait seul le nœud gordien de la catégorie du paradoxal.  » (102)

 

Ses revues, leurs sommaires

Dialectique, numéro septième (janvier 2000) :

Ernest Hello ou l'urgence de la Parole, par Juan Asensio.

Dialectique, numéro huitième : Le dialogue entre George Steiner et Pierre Boutang

Quelques réflexions sur l'œuvre de George Steiner, par Juan Asensio.

Dossier Pierre Boutang :
article de Henri Du Buit,
article de Stéphane Giocanti,
article de Rémi Soulié,
article de Luc-Olivier d'Algange,
article de Juan Asensio,
et un article inédit de Pierre Boutang.

Dossier Léon Bloy comportant un entretien avec Pierre Glaudes.

Rémi Soulié est né en 1968. Après avoir obtenu un doctorat ès lettres consacré à l’œuvre d’Aragon et enseigné la littérature française et comparée aux Universités de Toulouse et de Montpellier, il a publié, aux éditions Les provinciales / L’Age d’Homme, Les Châteaux de glace de Dominique de Roux et participé au Dossier H consacré à Pierre Boutang, paru aux mêmes éditions.

Dialectique, numéro neuvième : Chronique de la Terre Dévastée

Désespoir et Littérature par Juan Asensio

Pierre Boutang et Georges Bernanos par Rémi Soulié

Hommage à Gustave Thibon par Luc-Olivier d'Algange 

José Bergamín ou le philosophe enfant par Yves Roullière + un texte inédit de Bergamín

Pascal et Montaigne par Gaël Fons

Jünger, l'art herméneutique par Luc-Olivier d'Algange (voir ci-dessous)

L'invitation chez les Stirl de Paul Gadenne par Juan Asensio

Quelques réflexions en mage par Juan Asensio

La mort de la création : sur Grammaires de la création de George Steiner par Juan Asensio

Ainsi que, semble-t-il, L'art herméneutique par Luc-Olivier d'Algange (sur Ernst Jünger)

 


Les Brandes, numéro premier (janvier 1997) : L'Antichrist

Léon Bloy et l'attente de l'Apocalypse par Juan Asensio


Les Brandes, numéro deuxième (mai 1997) : Caïn

Entretien avec l'abbé Chossonnery, exorciste par Juan Asensio


Les Brandes, numéro troisième (décembre 1997) : La mort de Dieu

Sur quelques poèmes de Georg Trakl par Juan Asensio


Les Brandes, numéro quatrième (mai 1998) : Georges Bernanos

Bernanos, la guerre, Satan ; la critique, Satan de nouveau par Juan Asensio


Les Brandes, numéro cinquième (décembre 1998) : Approches du Démoniaque, 1

Introduction au Démoniaque par Juan Asensio


Les Brandes, numéro sixième (mai 1999) : Approches du Démoniaque, 2 : Judas l'Obscur

Héros et Tombes de Sabato par Juan Asensio

Ecrit le 3 août 2025, modifié le 29 août 2025, publié le 30 août 2025. Retouches et vcomlément sur les revues de Juan Branco, nuit du1er décembre 2025.

Notes

0. Blog de Juan Asensio (Pseudonyme), Stalker, dissection du cadavre de la littérature.
1. Juan Asensio, Les Diaboliques de Barbey d'Aurevilly, 13 décembre 2020. D'après Les Diaboliques de Barbey d'Aurevilly (1874).
2. Juan Asensio, Les Premiers Rois de Norvège de Thomas Carlyle, 20 septembre 2013. D'après Les Premiers Rois de Norvège de Thomas Carlyle (1875).
3. D'après Le Désespéré de Léon Bloy (1887).
4. D'après Les Pharisiens de Georges Darien (1891).
5. D'après Le Voleur de Georges Darien (1897).
6. D'après Les Déracinés de Maurice Barrès (1897).
7. Juan Asensio, La Belle France de Georges Darien, Stalker, 6 janvier 2017. D'après La Belle France de Georges Darien (1901).
8. D'après Le Voyage du centurion d'Ernest Psichari (1916).
9. D'après Orages d'acier d'Ernst Jünger (1920).
10. D'après Mesure de la France de Pierre Drieu la Rochelle (1922).
11. D'après Moravagine de Blaise Cendrars (1926).
12. D'après Personne ne gagne de Jack Black (1926).
13. D'après Écrivains et artistes de Léon Daudet (1927-1929).
14. D'après Écrits d'exil de Léon Daudet (1927-1928)
15. Juan Asensio, «De nouveau l’âme vacille». Sur Océan et Brésil d’Abel Bonnard, Stalker, 1er décembre 2016. D'après Océan et Brésil d’Abel Bonnard (1929).
16. D'après La Grande Peur des bien-pensants de Georges Bernanos (1931).
17. D'après Le Feu follet suivi d'Adieu à Gonzague de Pierre Drieu la Rochelle (1931).
18. D'après Les Réprouvés d'Ernst von Salomon (1931).
19. D'après Années décisives d'Oswald Spengler (1933). 
20. Juan Asensio, «Le drame du présent» . Sur Les Modérés d'Abel Bonnard, Stalker, 12 avril 2014. D'après Les Modérés d'Abel Bonnard (1936). 
21. D'après Les Grands cimetières sous la lune de Georges Bernanos (1938). 
22. D'après Sur les falaises de marbre d'Ernst Jünger (1939). 
23. D'après Gilles et L'Homme à cheval de Drieu la Rochelle (1939 et 1943).
24. D'après Notre avant-guerre de Robert Brasillach (1941). 
25. D'après Les Décombres de Lucien Rebatet (1941). 
26. D'après Le Sabbat de Maurice Sachs (1946). 
27. D'après La Politique considérée comme souci de Pierre Boutang (1948). 
28. D'après Les Epées de Roger Nimier (1948). 
29. D'après La peau et les os de Georges Hyvernaud (1949). 
30. D'après Le Grand d'Espagne de Roger Nimier (1950). 
31. D'après Le Hussard bleu de Roger Nimier (1950). 
32. D'après Portrait de l'aventurier de Roger Stéphane (1950). 
33. D'après Journal d'un homme occupé de Robert Brasillach (1955). 
34. D'après L'éclipse de l'intellectuel d'Elemire Zolla (1959). 
35. D'après La Côte sauvage de Jean-René Huguenin (1960). 
36. D'après L'Orange mécanique d'Anthony Burgess (1962). 
37. D'après La gloire du vaurien de René Ehni (1964). 
38. Juan Asensio, Le Meurtre d'un enfant de Jean Cau à la lumière (diffractée) des Confessions d'un mangeur d'opium anglais de Thomas De Quincey, Stalker, 11 octobre 2022. D'après Le Meurtre d'un enfant de Jean Cau (1965). 
39. D'après La mort de L.-F. Céline de Dominique de Roux (1966). 
40. D'après Une adolescence au temps du Maréchal de François Augiéras (1968). 
41. D'après La France intellectuelle de Jules Monnerot (1970). 
42. D'après La contre-révolution de Thomas Molnar (1972). 
43. D'après Immédiatement de Dominique de Roux (1972). 

 

 

101, Juan Asensio, Le Grand Souffle de Robert Penn Warren, Stalker, 08 avril 2014.
102
Juan Asensio, Léon Bloy redivius, Stalker, 11 mai 2005.
103. Sur l'étiquette d'antisémité de Bloy, Juan Asensio répond par cette citation non sourcée tirée de la correspondance de Bloy : « L'antisémitisme, chose toute moderne, est le soufflet le plus horrible que Notre-Seigneur ait reçu dans sa Passion qui dure toujours ; c'est le plus sanglant et le plus impardonnable, parce qu'il le reçoit sur la Face de sa Mère de la main des chrétiens »
103. Sur la grandeur. « la nature véritable de leur grandeur (s'ils en avaient une) », est que «nous n'en faisons plus partie» et nous ne pouvons « y parvenir qu'à travers la brume de la sentimentalité ou le verre fêlé de l'ironie, en nous rabaissant ou en nous flattant, et il nous arrive de prendre plaisir à ceci ou à cela » (Le Grand Souffle, p. 44, editio asensii)

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