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La Garenne de philosophie

FEMINISME / Marguerite de Witt-Schlumberger

Marguerite de Witt-Schlumberger (1853–1924), protestante, intellectuelle et petite-fille de l’historien François Guizot, est une figure essentielle du féminisme réformateur du début du XXe siècle. Elle ancre son engagement dans une éthique morale et sociale, articulant lutte contre la prostitution, défense de la natalité, éducation sexuelle et suffrage féminin.

Issue d’un milieu cultivé et républicain, Marguerite de Witt-Schlumberger s’investit très tôt dans des œuvres sociales. Elle milite contre la prostitution réglementée, qu’elle considère comme un système d’exploitation légalisée du corps des femmes.  Elle prône une vision éthique et sanitaire de la sexualité, refusant la marchandisation du corps féminin. Elle s’inquiète de la dégradation morale liée à l’ignorance et au contrôle masculin de la sexualité. Elle milite pour une éducation sexuelle responsable, fondée sur la dignité et le respect mutuel. Elle s’engage dans des campagnes de sensibilisation morale, alliées à un combat féministe raisonné et inscrit ces enjeux dans le cadre d’un féminisme républicain moral et pédagogique.

Son approche est à la fois morale, pragmatique et réformatrice. Contrairement à certaines féministes néo-malthusiennes, Marguerite défend une position nataliste, considérant la maternité comme un pilier de la société républicaine où elle perçoit le suffrage féminin comme levier de réforme morale. Convaincue que le droit de vote des femmes est essentiel pour transformer les mœurs et les lois, elle rejoint l’Union française pour le suffrage des femmes. Militant pour une intégration institutionnelle des femmes, en dialogue avec les pouvoirs publics, elle devient présidente de l’UFSF, organisation modérée et structurée qui organise des campagnes nationales, pétitions et actions législatives pour élargir la citoyenneté.

Son féminisme est stratégique, institutionnel et tourné vers les réformes concrètes et Marguerite de Witt-Schlumberger joue un rôle majeur dans la construction d’un réseau international du suffrage, mieux, elle devient vice-présidente de l’Alliance internationale pour le suffrage des femmes, où elle collabore avec des militantes du monde entier ; elle publie des articles dans Jus Suffragii, journal de cette alliance, défendant un féminisme responsable et moral.

En 1916, elle fonde la commission morale du Conseil national des femmes françaises, véritable pôle de réflexion où elle traite des questions d’éthique, d’éducation, de sexualité, de prostitution, dans une approche républicaine et universaliste tout en s’appuyant sur ses origines protestantes pour défendre une morale laïque, fondée sur l’autonomie, la liberté et la responsabilité.

En 1921, elle participe à la délégation féministe à la Société des Nations, plaidant pour l’égalité des droits dans un cadre global. Sa parole féminine devient porteuse d’un internationalisme juridique et moral.

Marguerite de Witt-Schlumberger est une républicaine morale, diplomate féministe et architecte de lois. Son combat montre que le féminisme peut s’exprimer dans la réforme douce, le dialogue institutionnel et la rigueur éthique, tout en restant puissant et durable. Une voix à revaloriser, pour comprendre le versant stratégique et moral du suffragisme féminin.

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