7 Juillet 2025
Féminisme chrétien, solidarité ouvrière et civisme maternel
Andrée Butillard (1881–1955) est une militante du catholicisme social, dont le féminisme s’inscrit dans une vision chrétienne du rôle féminin dans la société. Elle développe une pensée réformiste et pragmatique : concilier dignité féminine, action civique, travail et maternité, au sein de structures collectives et éducatives. Son action se déploie à travers la presse, les syndicats, les associations et la formation sociale, dans une France en mutation.
En 1925, elle fonde L’Union féminine civique et sociale (UFCS), dont l’objectif est d’encourager l’instruction civique des femmes, en leur donnant les outils pour participer à la vie sociale. L’UFCS défend une vision morale et économique du féminisme, enracinée dans les doctrines chrétiennes du devoir et de la solidarité. Elle s’adresse aux employées, ouvrières et mères de famille, avec une pédagogie populaire. Elle favorise l’engagement dans les syndicats féminins, les œuvres sociales et la défense des droits familiaux.
Presse féminine et chrétienne : avec Ève Baudoin, Butillard dirige de 1927 à 1958 le journal La Femme dans la vie sociale, ce journal défend la valorisation des rôles économiques et sociaux des femmes, dans une perspective chrétienne du travail et il fait la promotion du syndicalisme féminin, de l’assistanat social, et de l’engagement civique.
En 1932, elle fonde la Ligue de la mère au foyer, qui inscrit la maternité dans une logique civique, morale et nationale, et revendique dès lors une reconnaissance sociale du rôle maternel, notamment dans le contexte de l’entre-deux-guerres et du déclin démographique. Elle propose un féminisme nataliste, centré sur la protection de la cellule familiale et la valorisation de la femme éducatrice. Ce courant s’éloigne des luttes pour l’autonomie sexuelle ou politique, privilégiant la fonction sociale du féminin dans une perspective chrétienne.
En 1941, le journal adopte des accents maréchalistes, exprimant son adhésion partielle aux idées de retour à l’ordre moral et au modèle de la mère au foyer promu par le régime de Vichy. Cette évolution souligne les ambivalences de certains courants féminins sous le régime autoritaire.
Andrée Butillard contribue fortement à la création de petits syndicats féminins, notamment pour les employées et ouvrières. Ces syndicats sont réunis dans la Fédération française des unions de syndicats professionnels féminins, structure novatrice. Elle milite pour la reconnaissance du travail des femmes, et surtout pour la création d’un diplôme d’assistante sociale, profession émergente. Elle fait ainsi de la solidarité féminine une pratique sociale et professionnelle, en valorisant les métiers du soin et de l’encadrement. C'est du synicalisme féminin plus que féministe.
Ce féminisme civique et communautaire s’oppose à la marginalisation des femmes dans les sphères économiques et politiques.
Andrée Butillard est une architecte d’un féminisme chrétien, syndical et moral, qui défend la dignité des femmes dans leur rôle social, familial et professionnel. Si certaines de ses positions peuvent sembler conservatrices, son action a contribué à institutionnaliser le travail féminin, structurer la formation sociale et offrir aux femmes des espaces d’expression collective.