28 Décembre 2025
Josiane Gamblain était une militante féministe lesbienne française qui participa à la fondation et au développement du groupe des Gouines rouges, le premier mouvement lesbien féministe français créé en avril 1971, aux côtés de figures majeures du féminisme radical français comme Monique Wittig, Christine Delphy, Marie-Jo Bonnet, Dominique Poggi, Catherine Deudon, Évelyne Rochedereux et Cathy Bernheim. Bien que les archives historiques consacrées spécifiquement à Josiane Gamblain demeurent limitées et fragmentées, ce qui constitue un problème historiographique reflétant la manière dont les mouvements sociaux effacent systématiquement les contributions des militantes ordinaires, sa présence au sein du groupe des Gouines rouges témoigne de son engagement politique radical envers l'affirmation du lesbianisme en tant que force politique au sein du Mouvement de libération des femmes français. L'importance historique de Josiane Gamblain réside précisément dans son incarnation de ces militantes ordinaires mais extraordinaires dont l'engagement politique collectif transforma les conditions de vie des femmes et des personnes homosexuelles en France, mais dont les noms restent largement absents des narrations historiques dominantes. Son participation au groupe des Gouines rouges lors de ses moments fondateurs entre 1971 et 1973 la positionne au cœur d'un moment historique pivot du féminisme français : le moment où les femmes lesbiennes affirmèrent publiquement leur existence, leur dignité politique, et leur refus systématique de l'invisibilité et de la pathologisation que la société patriarcale française leur imposait.
Pour comprendre qui fut Josiane Gamblain et quel rôle elle joua au sein des Gouines rouges, il est impératif de contextualiser d'abord le moment historique spécifique durant lequel elle s'engagea politiquement : le printemps 1971, période de tumultueuse fermentation du Mouvement de libération des femmes français et d'émergence du mouvement homosexuel radical français. En avril 1971, le Mouvement de libération des femmes avait déjà existé depuis environ deux ans et demi, ayant émergé de manière plus ou moins formelle durant l'automne 1970 à partir de réunions de femmes qui se tenaient régulièrement aux Beaux-Arts de Paris. À cette époque, environ trois cents femmes se réunissaient régulièrement aux assemblées générales du Mouvement de libération des femmes, des femmes provenant de milieux divers mais partageant une conscience politique commune : la reconnaissance que la subordination systématique des femmes dans la société française constituait un système d'oppression spécifique qui méritait d'être nommé, analysé, et combattu collectivement.
Parallèlement au Mouvement de libération des femmes, un autre mouvement radical d'une importance politique majeure fut créé : le Front homosexuel d'action révolutionnaire (FHAR), mouvement radical créé un mois avant la fondation des Gouines rouges, qui représentait une rupture avec le réformisme et l'assimilationnisme des organisations homosexuelles antérieures. Le FHAR fut créé à l'initiative de militantes du Mouvement de libération des femmes et de quelques militants de l'association Arcadie, une organisation homophile française plus ancienne et plus modérée. Le FHAR incarnait une vision radicale du mouvement homosexuel : il rejetait explicitement les réformes timides en faveur de l'homosexualité qu'il considérait comme insuffisantes et inefficaces, et il exigeait plutôt une transformation révolutionnaire des structures de la société qui produisaient l'oppression sexuelle et l'hétéronormativité obligatoire.
À ses débuts, une alliance remarquable semblait évidente entre le Mouvement de libération des femmes et le Front homosexuel d'action révolutionnaire. Les deux mouvements partageaient une analyse commune : tous les membres de ces mouvements se sentaient victimisés par ce qu'ils nommaient la « phallocratie », c'est-à-dire le système de domination masculine qui s'exerçait à la fois sur les femmes (dans le MLF) et sur les personnes homosexuelles (dans le FHAR). Les deux mouvements exigeaient ce que les documents de l'époque nommaient « la libre disposition de [leur] corps », une formule qui englobait à la fois les revendications des femmes pour le droit à l'avortement et à la contraception, et les revendications des homosexuels pour la liberté sexuelle et l'absence de criminalisation légale de l'homosexualité. Anne-Marie Fauret, une militante de cette époque, résumait cette alliance apparemment naturelle dans le numéro 12 de la publication Tout : « Notre place est à l'intersection des mouvements qui libéreront les femmes et les homosexuels. Le pouvoir que nous revendiquons est celui de nous réaliser ».
Cependant, cette alliance apparemment naturelle entre le Mouvement de libération des femmes et le Front homosexuel d'action révolutionnaire se avéra rapidement problématique et intenable, en particulier pour les femmes lesbiennes qui se trouvaient entraînées dans une situation politique devenant de plus en plus insoutenable. La parution du numéro 12 de la publication d'extrême gauche Tout, où pour la première fois dans l'histoire de la presse d'extrême gauche française, des homosexuels des deux sexes prenaient publiquement la parole et racontaient leurs expériences, eut des conséquences politiques majeures et non anticipées. Ce numéro de Tout attira une attention médiatique extraordinaire et provoqua un afflux massif d'hommes dans le Front homosexuel d'action révolutionnaire. Les hommes homosexuels, attirés par cette soudaine visibilité médiatique et par la possibilité de participer à un mouvement radical revendiquant publiquement l'homosexualité, commencèrent à participer en nombre croissant aux réunions et aux mobilisations du FHAR.
Parallèlement à ce processus d'augmentation numérique de la présence masculine au sein du FHAR, quelque chose de remarquable et de désastreux (du point de vue des lesbiennes) se produisit : le nombre de femmes lesbiennes ne croît pas proportionnellement, restant « substantiellement le même ». Cette stagnation numérique des femmes lesbiennes au sein du FHAR, juxtaposée à l'afflux massif d'hommes gays, produisit une dynamique politique déplorable : les lesbiennes se trouvaient de plus en plus marginalisées au sein d'un mouvement supposé représenter collectivement les « homosexuels ». Les femmes lesbiennes constataient avec une amertume croissante que même au sein d'un mouvement censé combattre la domination masculine et les oppressions sexuelles, elles se trouvaient encore marginalisées, invisibilisées, et réduites au silence par des structures de pouvoir dominées numériquement et politiquement par les hommes.
Cette marginalisation des femmes lesbiennes au sein du Front homosexuel d'action révolutionnaire ne résultait pas de malveillance explicite ou de conspiration consciente, mais plutôt de la reproduction quasi-automatique des structures patriarcales de domination masculine même au sein de mouvements prétendant combattre cette domination. Les femmes lesbiennes du FHAR expérientiaient ce que nous pourrions nommer une « misogynie du mouvement homosexuel » : même lorsqu'elles s'engageaient politiquement pour une cause supposément partagée, elles trouvaient que leur voix était éclipsée, leurs besoins ignorés, et leur leadership refusé par des structures toujours dominées par les hommes. De plus, les femmes du Mouvement de libération des femmes qui participaient au FHAR commençaient à ressentir une forme de « dépossession » politique : elles avaient l'impression que le FHAR leur était progressivement « volé » par les hommes homosexuels, que l'alliance initialement équilibrée entre les féministes et les homosexuels était devenue une alliance asymétrique où les hommes gays occupaient une position dominante.
C'est précisément face à cette marginalisation systématique et à cette dépossession politique que les femmes lesbiennes décidèrent de prendre une action politique majeure : elles quittèrent le Front homosexuel d'action révolutionnaire pour former un groupe autonome, séparé, spécifiquement dédié aux questions, aux expériences, et aux luttes des femmes lesbiennes. En avril 1971, dans l'amphithéâtre des Beaux-Arts de Paris, qui était devenu le principal lieu de réunion des mouvements féministes et LGBT+ radicaux parisiens, une cinquantaine de militantes, dont l'âge variait entre vingt et trente-cinq ans, se réunirent pour former le groupe qui allait devenir les Gouines rouges. Josiane Gamblain figurait parmi ces cinquante militantes qui fondèrent ce groupe historique, participant ainsi à un acte d'extraordinaire courage politique et de refus collectif de l'invisibilité et de la marginalisation.
Le nom du groupe, les « Gouines rouges », fut choisi de manière extraordinairement symbolique et politique. Selon les sources disponibles, le nom fut pris d'une invective, d'une insulte proférée par un passant barbu qui avait aperçu le groupe distribuant une revue intitulée Le torchon brûle lors d'une manifestation, et qui s'était exclamé en les voyant : « Ah, les gouines rouges ! ». Ce qui aurait pu être simplement une insulte misogyne et homophobe lancée par un passant hostile se transforma en emblème politique du groupe : les femmes lesbiennes du mouvement s'approprièrent l'insulte que la société patriarcale leur lançait et en firent leur propre nom politique. Cette réappropriation politique d'une injure constituait en elle-même un acte de résistance remarquable : les femmes lesbiennes affirmaient qu'elles refusaient la honte, la culpabilité, et l'invisibilité que la société patriarcale tentait systématiquement de leur imposer.
Josiane Gamblain, en tant que membre fondatrice des Gouines rouges, participait à cette affirmation politique extraordinaire du lesbianisme en tant que force politique, forme de résistance, et base d'organisation collective contre l'oppression patriarcale. Elle incarnait la conviction politique de sa génération que les femmes lesbiennes devaient s'organiser autonomement, parler pour elles-mêmes, nommer elles-mêmes leurs réalités et leurs luttes, et refuser d'être éclipsées ou marginalisées même au sein de mouvements prétendument progressistes.
Peu de temps après sa fondation, le groupe des Gouines rouges devint progressivement connu en France, et particulièrement à Paris, par une série d'actions spectaculaires, de distributions de tracts, et de manifestations qui visaient à rendre visible l'existence et la réalité politique des femmes lesbiennes dans une société qui tentait systématiquement de les rendre invisibles. Le groupe devint particulièrement connu par ses distributions de tracts à l'entrée des boîtes de nuit lesbiennes populaires à Paris, notamment dans le quartier Pigalle et auprès de l'établissement Chez Moune, des lieux où la vie lesbienne souterraine parisienne s'était développée et où des femmes lesbiennes se rencontraient clandestinement. Ces distributions de tracts ne constituaient pas simplement des actions banales de propagande politique ; elles représentaient plutôt une stratégie politique sophistiquée de prise de parole, de visibilité, et de construction d'une conscience politique commune parmi les femmes lesbiennes qui fréquentaient ces établissements.
Josiane Gamblain, en tant que membre du groupe, participait probablement à ces distributions de tracts et à ces actions de visibilité politique. Ces actions incarnaient une vision politique commune du groupe : la conviction que la visibilité politique, le refus du silence et de la clandestinité, et la proclamation publique de l'existence lesbienne constituaient des formes essentielles de résistance contre l'oppression patriarcale.
En juin 1971, le groupe des Gouines rouges organisa une action politique particulièrement remarquable et symbolique : une fête aux Halles de Paris, une action que le groupe annonçait par un tract distribuant largement le message politique suivant : « fêter dans la joie le commencement de notre révolte, sortir de nos ghettos, vivre enfin notre amour au grand jour ». Cette fête aux Halles mérite une analyse politique approfondie, car elle représentait beaucoup plus qu'une simple célébration joyeuse : elle incarnait une affirmation politique majeure de la part des femmes lesbiennes de leur droit de vivre publiquement leur amour et leur désir, de se rassembler collectivement en tant que lesbiennes, et de refuser l'enfermement dans la clandestinité et le secret que la société patriarcale tentait de leur imposer. La fête organisée à cette époque particulière de 1971 avait également une dimension profondément politique : elle se déroulait peu de temps avant la destruction programmée des Halles historiques de Paris, symbole de l'urbanisme haussmannien ancien de Paris qui était remplacé par l'urbanisme moderne capitaliste. Ainsi, la fête des Gouines rouges aux Halles incarnait une critique conjointe : à la fois une célébration de la vie lesbienne et une forme de protestation contre la disparition de l'ancien Paris, contre la gentrification urbaine, et contre les processus de transformation capitaliste de l'espace urbain.
Peu de temps après sa fondation, le groupe des Gouines rouges prit une décision politique majeure qui témoignait de la sophistication de son analyse politique féministe radicale : il se sépara du Front homosexuel d'action révolutionnaire après à peine un mois d'activité conjointe, et rejoignit le Mouvement de libération des femmes en tant que groupe de discussion informel autonome. Cette décision politique mérite une analyse attentive, car elle révèle l'importance capitale de la conscience de classe au sein du mouvement féministe radical français de cette époque.
Les militantes lesbiennes des Gouines rouges, dont Josiane Gamblain, opérèrent une priorisation politique fondamentale : elles décidèrent qu'il était « plus important de se séparer des hommes et de la domination masculine que de rester entre lesbiennes ». En d'autres termes, les Gouines rouges reconnaissaient que même si le Front homosexuel d'action révolutionnaire prétendait représenter les « homosexuels » dans leur totalité, en réalité les structures de ce mouvement reproduisaient les hiérarchies patriarcales de domination masculine qui caractérisaient la société globale. Par conséquent, les femmes lesbiennes ne pouvaient pas achever une libération authentique en restant au sein d'un mouvement dominé par les hommes gays, aussi progressiste que ce mouvement prétende être.
La décision de rejoindre le Mouvement de libération des femmes plutôt que de rester au sein du Front homosexuel d'action révolutionnaire incarnait une analyse politique radicale mais également pragmatique : les femmes lesbiennes reconnaissaient que leur libération devait d'abord passer par une lutte contre la domination masculine exercée par les hommes (y compris les hommes homosexuels), avant de pouvoir s'engager dans des alliances politiques avec ces hommes. Cette stratégie de « non-mixité » — c'est-à-dire d'exclusion volontaire des hommes des espaces féministes — devint une pratique politique centrale du féminisme radical français des années 1970, une pratique dont les Gouines rouges furent parmi les pionnières et les défenseuses les plus articulées.
Une fois intégrées au Mouvement de libération des femmes en tant que groupe autonome informel, les Gouines rouges, dont Josiane Gamblain était membre, continuèrent à tenir des réunions régulières durant lesquelles s'opéraient des processus politiques remarquables. Ces réunions fonctionnaient comme ce que le mouvement féministe radical nommait des « groupes de prise de conscience » (en anglais « consciousness-raising groups »), une pratique politique fondamentale qui avait émergé au sein du mouvement féministe américain des années 1960 et qui fut rapidement adoptée par le mouvement féministe français. Lors de ces groupes de prise de conscience des Gouines rouges, les femmes lesbiennes se rassemblaient régulièrement et partageaient leurs expériences personnelles, leurs souffrances, leurs joies, leurs amours, et leurs luttes. À partir de ce partage intime et collectif des réalités vécues, le groupe construisait progressivement une analyse politique commune de l'oppression lesbienne, une compréhension commune des structures systématiques qui marginalisaient et pathologisaient les lesbiennes dans la société française patriarcale. Ce processus de transformation de l'expérience personnelle en conscience politique collective incarnait le slogan féministe radical de l'époque : « le personnel est politique ». Josiane Gamblain, en participant à ces réunions des Gouines rouges, s'engageait dans ce processus extraordinaire de création collective de conscience politique. Elle partageait ses propres expériences de vie lesbienne, écoutait les expériences des autres femmes lesbiennes, et collectivement le groupe construisait une analyse politique de ce que signifiait être lesbienne dans la France patriarcale des années 1970.
Au sein du Mouvement de libération des femmes, les Gouines rouges s'affirmèrent politiquement à travers une série de « happenings » lors des assemblées générales du MLF. Ces happenings portaient sur des questions politiques de fonds qui remettaient en cause les hypothèses implicites du mouvement féministe lui-même. Notamment, les Gouines rouges organisèrent des happenings autour de questions telles que « Sont-ce que les lesbiennes sont des femmes ? » — une question qui, bien que semblant rhétorique à première vue, pointe en réalité vers une problématique politique.
Cette question « Les lesbiennes sont-elles des femmes ? » soulevait plusieurs enjeux politiques majeurs. Premièrement, elle interrogeait l'universalisme supposé de la catégorie « femmes » au sein du Mouvement de libération des femmes : les lesbiennes étaient-elles véritablement incluses dans le mouvement féministe, ou restaient-elles marginalisées et invisibilisées même au sein d'un mouvement censé libérer l'ensemble des femmes ? Deuxièmement, elle pointait vers la manière dont la sexualité hétéronormative constituait une dimension centrale de l'oppression des femmes : les femmes lesbiennes, en refusant de se conformer à la sexualité hétéronormative obligatoire, incarnaient une forme de résistance qui remettait en cause les structures fondamentales du patriarcal.
Les Gouines rouges organisiaient également des happenings portant le message politique « Notre problème est aussi le vôtre » — un message qui tentait de convaincre les autres femmes du Mouvement de libération des femmes que les problèmes spécifiques rencontrés par les femmes lesbiennes n'étaient pas des problèmes « particuliers » ou « marginaux », mais qu'ils incarnaient des dimensions essentielles de l'oppression patriarcale qui affectaient l'ensemble des femmes.
Les Gouines rouges, dont Josiane Gamblain était membre, participèrent également activement aux « Journées de dénonciation des crimes contre les femmes » qui se tinrent à la Mutualité à Paris les 14 et 15 mai 1972. Ces journées constituaient une mobilisation majeure du Mouvement de libération des femmes, au cours desquelles des femmes témoignaient publiquement des violences patriarcales qu'elles avaient subies, notamment le viol, le harcèlement sexuel, et les violences conjugales.
La participation des Gouines rouges à ces journées revêtait une importance politique particulière : elles y apportaient une dimension spécifiquement lesbienne à la dénonciation des crimes contre les femmes. Plus particulièrement, elles témoignaient de manière explicite de la souffrance des « anciennes lesbiennes » — lesbiennes qui avaient intériorisé la pathologisation et la honte avant de s'engager politiquement — face aux femmes qui « devenaient lesbiennes par choix politique ». Cette distinction était politiquement significative : elle reconnaissait que le lesbianisme pouvait être à la fois une orientation sexuelle innée et une forme de politique consciente, et que cette distinction avait des implications importantes pour la compréhension de la subjectivité lesbienne et de l'oppression patriarcale.
Malgré l'importance politique du groupe et les encouragements de figures majeures comme Monique Wittig (l'une des plus importantes théoriciennes du féminisme lesbien radical français), les réunions des Gouines rouges commencèrent à s'espacer progressivement après les premiers mois ou années d'activité intense. Le groupe devint finalement inactif en 1973, à peine deux ans après sa fondation. Cette brève existence — du printemps 1971 à 1973 — revêt une importance historique disproportionnée à sa durée : bien qu'éphémère en tant que mouvement collectif formalisé, les Gouines rouges eurent un impact politique et culturel durable sur le féminisme français et sur la visibilité du lesbianisme en tant que force politique.
Les raisons de cette inactivation progressive du groupe restent partiellement obscures dans les sources historiques disponibles, mais plusieurs facteurs peuvent être identifiés. Premièrement, la nature même du mouvement féministe radical français était hautement fragmentée, décentralisée, et délibérément non-institutionnalisée, ce qui signifiait que les groupes d'action politique avaient tendance à connaître des cycles de mobilisation intense suivi d'un affaiblissement des engagements. Deuxièmement, la marginalisation croissante des lesbiennes au sein du Mouvement de libération des femmes lui-même, contrairement aux espoirs initiaux, peut avoir contribué à un sentiment de défaite ou de fatigue politique.
Malgré la brève durée d'existence des Gouines rouges en tant que collectif formalisé, l'héritage politique du groupe persista et continua à influencer le féminisme français et les mouvements LGBTQ+ en France au cours des décennies suivantes. Josiane Gamblain, en tant que membre fondatrice des Gouines rouges, incarnait cette transmission de conscience politique radicale à travers les générations féministes.
L'un des héritages les plus importants des Gouines rouges fut précisément l'affirmation que les femmes lesbiennes avaient le droit de parler pour elles-mêmes, de nommer leurs propres réalités, de construire leurs propres analyses politiques, et de refuser d'être représentées ou marginalisées même au sein de mouvements prétendument progressistes. Cette affirmation du droit à l'autonomie politique et à la parole autonome des femmes lesbiennes devint un principe du féminisme lesbien radical français.
Un autre héritage significatif fut la consolidation de la conviction que le lesbianisme n'était pas simplement une orientation sexuelle « privée » ou « personnelle », mais qu'il constituait une forme de politique radicale, une forme de résistance consciente aux structures patriarcales et hétéronormatives de la société. Cette conviction, exprimée dans de nombreux textes et paroles du groupe des Gouines rouges, devint fondatrice de la pensée féministe lesbienne française ultérieure.
Une considération historiographique se pose lorsqu'on tente d'écrire l'histoire de Josiane Gamblain : le problème de l'invisibilité historiographique des militantes ordinaires du mouvement social. Bien que Josiane Gamblain fut une cofondatrice du groupe historiquement majeur des Gouines rouges, les sources historiographiques consacrées spécifiquement à sa vie, ses pensées, ses contributions, et ses expériences demeurent remarquablement limitées. Ce qu'on connaît d'elle provient principalement de listes de noms, de références brèves dans des articles encyclopédiques traitant des Gouines rouges dans leur ensemble, et de sa présence dans des bases de données généalogiques qui contiennent des informations fragmentaires et sans contexte politique.
Ce problème d'invisibilité historiographique n'est pas idiosyncratique ou accidentel ; il reflète plutôt des structures systématiques d'oubli et d'invisibilisation qui caractérisent la manière dont les sociétés patriarcales traitent l'histoire des femmes, et particulièrement l'histoire des femmes lesbiennes. Les archives historiques « officielles » tendent à se concentrer sur les figures visibles, médiatiquement célèbres, ou académiquement reconnues, tandis que les contributions des militantes ordinaires, sans visibilité publique durable, tendent à être oubliées ou marginalisées.
Cette invisibilité historiographique de Josiane Gamblain est elle-même un problème politique important qui mérite d'être nommé explicitement. Elle nous dit quelque chose d'important sur la manière dont l'histoire du féminisme a été écrite et préservée : tendance à privilégier les figures célébrées, les auteures, les théoriciennes, et les figures médiatiques, tout en rendant invisibles les militantes collectives qui ont construit le mouvement au niveau du quotidien, à travers les réunions, les discussions, les actions, et la construction d'espaces collectifs d'organisation politique.
Au-delà de sa participation aux Gouines rouges entre 1971 et 1973, les sources historiques disponibles demeurent remarquablement silencieuses sur la vie, les engagements ultérieurs, et le parcours politique de Josiane Gamblain. Les bases de données généalogiques contiennent des informations fragmentaires mentionnant des dates de naissance potentielles et des localisations géographiques, mais ces informations sont dépourvues de contexte politique ou de dimension narrative significative.
Cette absence de documentation biographique au-delà des années 1971-1973 pose une question historiographique fondamentale : qu'est-il advenu de Josiane Gamblain après que les Gouines rouges devinrent inactives en 1973 ? Continua-t-elle à s'engager politiquement dans d'autres contextes ? Quels étaient ses pensées, ses expériences, et ses trajectoires ultérieures ? La réponse à ces questions demeure largement invisible dans les sources historiographiques disponibles.
Ce silence historiographique n'est pas simplement un problème de documentation incomplète ; c'est un problème politique qui révèle la manière dont le mouvement social en France — et particulièrement le mouvement féministe — a tendu à consigner à l'oubli les contributions de ses militantes ordinaires une fois que leurs engagements initiaux étaient terminés ou que leurs mouvements étaient devenus inactifs. Le destin historiographique de Josiane Gamblain — d'être documentée rapidement et exclusivement en raison de sa participation à un collectif historique, puis de disparaître des archives historiographiques — constitue une manifestation micropolitique d'une problématique plus large concernant la manière dont l'histoire des mouvements sociaux est construite et préservée.
Pour véritablement comprendre l'importance historique de Josiane Gamblain, il est nécessaire de contextualiser pleinement l'importance des Gouines rouges dans l'histoire plus large du féminisme français. Les Gouines rouges représentaient bien plus qu'un simple groupe autonome au sein du Mouvement de libération des femmes ; elles incarnaient une affirmation fondamentale du droit des femmes lesbiennes à la visibilité politique, à l'autonomie, et à la voix dans la définition de leurs propres luttes.
À une époque où le lesbianisme était largement illégal, pathologisé, criminalisé, et violemment opprimé dans la plupart des contextes occidentaux, y compris en France, l'existence même d'un groupe de cinquante femmes qui s'identifiaient publiquement comme lesbiennes et qui s'engageaient dans l'action politique collective constituait un acte de courage extraordinaire et de résistance politique extraordinaire. Josiane Gamblain, en tant que membre de ce groupe, participait à cet acte collectif d'affirmation et de refus de l'invisibilité.
Les Gouines rouges contribuèrent de manière significative à la transformatione de la conscience politique française concernant le lesbianisme et l'homosexualité. Bien que le groupe devint inactif en 1973, son influence persista à travers la vie politique et intellectuelle de ses membres, à travers les pensées et les analyses qu'elles développèrent, et à travers l'inspiration qu'elles fournirent aux générations ultérieures de féministes et d'activistes LGBT+ en France.
Josiane Gamblain demeure une figure remarquable mais largement invisibilisée de l'histoire du féminisme français, incarnant à la fois l'importance extraordinary de l'engagement politique collectif des femmes lesbiennes des années 1970 et le problème historiographique et politique de l'invisibilité des militantes ordinaires dans l'écriture de l'histoire. En tant que cofondatrice des Gouines rouges, elle participa à la création du premier mouvement lesbien féministe français, un mouvement qui, malgré sa brève durée en tant que collectif formel actif, eut un impact politique durable sur la transformation de la conscience politique française et l'affirmation du droit des femmes lesbiennes à la visibilité et à l'autonomie.
Le legs de Josiane Gamblain persiste aujourd'hui dans l'existence même de mouvements féministes et lesbiens autonomes en France, dans la conscience croissante de l'importance de la non-mixité et de l'autonomie politique des femmes, et dans la reconnaissance progressive de l'importance historique de ces figures du féminisme radical des années 1970. Bien que ses contributions spécifiques au-delà de sa participation aux Gouines rouges demeurent largement obscures et invisibilisées historiographiquement, son participation à ce mouvement fondateur constitue en elle-même une réalisation politique et historique digne de reconnaissance et de mémoire durable.
L'histoire de Josiane Gamblain nous rappelle que les transformations révolutionnaires ne sont jamais réalisées par quelques figures héroïques visibles publiquement, mais plutôt par des collectifs de femmes ordinaires mais extraordinaires, dont les noms ne figureront peut-être jamais en évidence dans les manuels d'histoire, mais dont le courage, la détermination, et l'engagement collectifs continuent à soutenir les luttes contemporaines pour la justice, l'égalité, et la libération. Reconnaître et honorer la mémoire de Josiane Gamblain en tant qu'actrice fondatrice du mouvement lesbien féministe français constitue donc un acte politique important : un acte de réécriture de l'histoire, de rétablissement de la visibilité, et d'affirmation que les contributions des militantes ordinaires méritent d'être préservées, valorisées, et transmises aux générations futures de femmes engagées dans la transformation des structures patriarcales et hétéronormatives.