9 Juillet 2025
Née en 1993 en région parisienne, Kiyémis est issue d’une famille camerounaise de la classe moyenne. Son pseudonyme est la contraction des prénoms de sa mère et de sa grand-mère, deux figures tutélaires qui nourrissent son imaginaire et son engagement. Elle grandit entre Bobigny et Paris, puis en Seine-et-Marne, dans un environnement où les assignations raciales, les stéréotypes sexistes et les injonctions à la respectabilité pèsent lourdement sur les jeunes filles noires.
Très tôt, elle développe une conscience aiguë des injustices systémiques. Les émeutes de 2005, qui secouent les banlieues françaises après la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré, marquent un tournant dans sa perception du monde. Elle ne reconnaît pas dans les médias l’endroit où elle a grandi, ni les visages de ses proches. Ce décalage entre vécu et représentation l’amène à interroger les récits dominants.
C’est son frère jumeau, lui racontant qu’il est contrôlé jusqu’à sept fois par jour par la police, qui déclenche en elle une prise de conscience féministe afro. Elle comprend que les oppressions raciales et sexistes ne sont pas séparées, mais imbriquées. Elle commence alors à écrire, à lire, à chercher des voix qui lui ressemblent.
Parallèlement à ses études d’histoire et de sciences politiques à l’Université Paris-VIII, Kiyémis ouvre en 2012 un compte Twitter, où elle développe une pensée incisive, sensible et politique. Elle y parle de racisme, de sexisme, de grossophobie, de colonialité, de mémoire, avec une langue à la fois poétique et tranchante. Elle y forge une communauté, un espace de parole, un laboratoire de pensée.
En 2014, elle lance son blog Les bavardages de Kiyémis : une Afropéenne qui fait du bruit, où elle partage ses lectures, ses colères, ses réflexions sur l’identité, la beauté, la violence symbolique. Elle y revendique le terme Afropéenne, qui lui permet de nommer son identité diasporique, à la fois française et africaine, noire et européenne, enracinée et en mouvement.
Elle s’inspire des écrits de bell hooks, Audre Lorde, Maya Angelou, Léonora Miano, Sueli Carneiro, Angela Davis, qu’elle cite régulièrement. Elle participe au documentaire Ouvrir la voix d’Amandine Gay qui recueille les témoignages de femmes noires francophones. Elle devient une voix montante de l’afroféminisme francophone, à la croisée de la poésie, de la politique et de la mémoire.
En 2018, Kiyémis publie son premier recueil de poésie À nos humanités révoltées aux éditions Métagraphes. Ce livre, composé d’une vingtaine de poèmes, est un cri doux et puissant, une offrande poétique aux femmes noires, aux mères, aux sœurs, aux exilées, aux oubliées. « J’écris parce que respirer ne suffit plus. » Elle parle de migration, de mémoire, de racisme, de langue, de corps, de sororité, de colère, de soin. Elle y mêle vers libres, fragments, incantations, confidences. Ce recueil devient un livre culte, lu dans les cercles militants, les ateliers d’écriture, les bibliothèques, les écoles. Il est salué pour sa langue limpide, sa force politique, sa tendresse radicale. Il fait entrer la poésie afroféministe dans le paysage littéraire français contemporain. Le recueil est réédité en 2020 chez Premiers Matins de Novembre.
En 2022, Kiyémis publie chez Albin Michel un essai intitulé Je suis votre pire cauchemar ! Un concentré d’amour de soi contre les diktats. Ce livre, à la fois personnel et politique, est une réflexion sur la grossophobie, les normes de beauté, la violence symbolique exercée sur les corps des femmes noires. Elle y raconte son propre rapport au corps, à la honte, à la visibilité, à la sexualisation, à la marginalisation. Elle y analyse les mécanismes d’oppression qui enferment les femmes dans des injonctions contradictoires : être mince mais pulpeuse, visible mais pas trop, désirable mais pas sexuelle, noire mais pas trop noire. Ce livre est un manifeste body positive : « Une femme qui refuse de souffrir, c’est radical. ». C'est un plaidoyer pour une réappropriation politique du corps, une invitation à l’amour de soi comme acte de résistance. Il est salué pour sa clarté, son accessibilité, sa puissance transformatrice. Bref, Je suis votre pire cauchemar ! est un essai sur le corps, la beauté et la colère
En février 2024, Kiyémis publie son premier roman Et, refleurir aux éditions Philippe Rey. Ce livre, inspiré de la vie de sa grand-mère Andoun, est une fresque épique et onirique, qui traverse le Cameroun des années 1950, la ville de Douala, les routes de la migration, les banlieues françaises, les souvenirs, les silences, les rêves. Le roman raconte l’histoire d’Anne-Marie, jeune fille enceinte à 16 ans, contrainte de fuir son village pour échapper à un mariage forcé. Elle devient mère, travailleuse, migrante, survivante. Elle affronte le racisme, le sexisme, la précarité, mais aussi l’amour, la sororité, la beauté, la transmission. Kiyémis y mêle prose poétique, fragments, dialogues, poèmes intercalés, dans une langue fluide, charnelle, musicale. Elle y explore les rapports de classe, de genre, de race, de filiation, sans misérabilisme, avec une tendresse lucide. « Pour celles qui dansent sur des mondes qui s’effondrent, la stabilité est un privilège. » Ce roman est salué par la critique, reçoit le Prix Régine-Deforges 2024, et devient un livre de chevet pour toute une génération de lectrices et lecteurs en quête de récits incarnés, politiques et poétiques. 🌸 Et, refleurir est un roman de mémoire, de migration et de résilience
En parallèle de son travail littéraire, Kiyémis est une conférencière recherchée, une chroniqueuse engagée, une animatrice d’ateliers d’écriture. Elle intervient dans les universités (ENS, Sciences Po, Université d’Édimbourg), les institutions (Commission des droits de l’homme, Médecins du Monde), les entreprises, les festivals.
Elle anime depuis 2023 l’émission Rends la joie sur Médiapart, où elle donne la parole à des artistes, des militantes, des penseuses, des rêveuses. Elle y cultive une pédagogie joyeuse, radicale, accessible, fidèle à son éthique : parler pour celles qu’on n’écoute pas, écrire pour celles qui n’ont pas le temps, transmettre sans dominer.
Kiyémis incarne une voix singulière et nécessaire dans le paysage littéraire et politique francophone. Elle écrit depuis les marges, mais pour transformer le centre. Elle mêle poésie et politique, mémoire et futur, colère et douceur, dans une langue qui guérit autant qu’elle bouscule. Elle nous rappelle que les femmes noires ne sont pas des notes de bas de page, mais des sujets de récit, de pensée, de beauté. Elle nous invite à refleurir, malgré les blessures, malgré les silences, malgré les tempêtes. Et elle nous dit, en filigrane, que l’écriture est un acte de soin, de survie et de réinvention.