1 Octobre 2025
Contrairement aux autres théoriciens sociaux de son temps qui s'appuient sur des considérations morales, historiques ou économiques classiques, Charles Fourier, né le 7 avril 1772 à Besançon et mort le 10 octobre 1837 à Paris, construit un système cosmologique complet fondé sur une théorie des passions humaines qu'il présente comme la découverte scientifique majeure de son époque, comparable à la loi de la gravitation universelle de Newton dans le domaine matériel. Issu d'une famille aisée de commerçants bisontins, Charles Fourier reçoit une éducation convenable mais sans éclat particulier qui le destine au commerce. Cette profession, qu'il exercera par intermittence tout au long de sa vie avec un dégoût croissant, lui inspire une aversion profonde qui structure toute sa pensée ultérieure. Son œuvre foisonnante, souvent déconcertante par ses excès spéculatifs et ses prédictions extravagantes, n'en constitue pas moins une critique radicale de la société commerciale et industrielle naissante et propose une réorganisation totale de l'existence humaine autour du principe de l'attraction passionnelle. La postérité a retenu de Fourier principalement son invention architecturale et sociale du phalanstère, vaste édifice collectif destiné à abriter une communauté harmonieuse, mais cette construction ne représente qu'un élément d'un système philosophique beaucoup plus vaste qui englobe la psychologie, l'économie, la morale, la sexualité et jusqu'à la cosmologie.
Charles Fourier raconte dans ses écrits autobiographiques plusieurs épisodes fondateurs de sa haine du commerce, notamment celui de la pomme que son père lui ordonne de jeter plutôt que de la manger ou de la donner, uniquement pour maintenir les prix, ou encore l'épisode où il doit mentir à des clients sur la qualité des marchandises. Ces expériences lui inspirent la conviction que le commerce repose structurellement sur le mensonge, le gaspillage et l'opposition des intérêts individuels, caractéristiques qu'il dénonce comme les vices fondamentaux de ce qu'il nomme la civilisation. La Révolution française ruine sa famille et Fourier doit désormais travailler pour subsister, ce qui renforce son expérience directe de l'exploitation et de l'aliénation du travail salarié. Après avoir exercé divers métiers, notamment celui de commis de commerce à Lyon puis à Paris, il se consacre à partir de 1808 à l'élaboration et à la diffusion de son système, publiant successivement la Théorie des quatre mouvements et des destinées générales en 1808, le Traité de l'association domestique-agricole en 1822, rebaptisé plus tard Théorie de l'unité universelle, et Le Nouveau Monde industriel et sociétaire en 1829. Ces ouvrages massifs, rédigés dans un style souvent difficile, mêlent exposés théoriques, calculs arithmétiques complexes, descriptions minutieuses de la vie en harmonie et divagations cosmologiques qui déroutent souvent les lecteurs.
Le point de départ de la pensée de Fourier consiste en une critique sans concession de ce qu'il appelle la civilisation, terme par lequel il désigne non pas un stade avancé du développement humain mais au contraire une organisation sociale profondément défectueuse caractérisée par le règne du commerce, la famille nucléaire autoritaire et le travail contraint. Selon Fourier, la civilisation constitue le troisième des huit périodes que doit traverser l'humanité dans son évolution vers l'harmonie universelle. Ces huit phases sont l'édenisme ou paradis terrestre primitif, la sauvagerie, le patriarcat, la barbarie, la civilisation, le garantisme ou demi-association, le sociétisme ou association simple, et enfin l'harmonie ou association intégrale. Chacune de ces périodes possède ses caractéristiques propres et ses modes d'organisation sociale distincts. La civilisation, loin de représenter un progrès par rapport aux phases antérieures, accumule selon Fourier tous les vices possibles en créant une opposition systématique entre l'intérêt individuel et l'intérêt collectif, entre le bonheur personnel et le bien commun. Dans la société civilisée, plus on s'enrichit, plus on appauvrit les autres, et le progrès technique au lieu d'alléger la peine des travailleurs accroît leur misère en créant du chômage et en intensifiant l'exploitation. Le commerce, fondé sur l'accaparement, la spéculation et la tromperie, transforme les relations humaines en rapports de prédation mutuelle où chacun cherche à tirer profit du malheur d'autrui. La famille civilisée, avec son mariage indissoluble et sa séparation stricte des sexes, étouffe les passions naturelles et engendre l'hypocrisie, l'adultère clandestin et l'oppression des femmes. Le travail civilisé, morcelé, monotone et imposé par la nécessité économique, constitue une torture pour ceux qui l'exercent et engendre des productions de mauvaise qualité réalisées sans amour ni soin. Face à ce constat accablant, Fourier propose une reconstruction complète de la société fondée non pas sur la répression des passions humaines mais au contraire sur leur libre expression organisée.
Sa théorie repose sur une classification systématique de douze passions fondamentales qu'il répartit en trois groupes. Les cinq passions sensibles ou sensuelles correspondent aux cinq sens et recherchent les plaisirs matériels de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, du goût et du toucher. Les quatre passions affectives ou de l'âme comprennent l'amitié, l'amour, l'ambition ou familisme qui désigne l'attachement à un groupe, et la paternité. Enfin, les trois passions distributives ou mécanisantes, les plus originales et les plus importantes dans le système fouriériste, sont la cabaliste ou passion des intrigues et des complots, la composite qui recherche les plaisirs complexes mêlant plusieurs passions à la fois, et la papillonne qui pousse au changement constant et à la variété dans les occupations. Selon Fourier, toutes ces passions sont naturelles, légitimes et nécessaires au fonctionnement harmonieux de la société. L'erreur de la civilisation consiste à vouloir réprimer, contraindre ou déformer ces passions au lieu de leur donner libre cours dans un cadre organisé qui permette leur satisfaction mutuelle. Le génie de Fourier prétend avoir découvert comment agencer les relations sociales de manière à ce que le libre jeu des passions individuelles produise spontanément l'harmonie collective, résolvant ainsi le conflit entre égoïsme et altruisme qui tourmente la philosophie morale depuis l'Antiquité.
L'instrument pratique de cette transformation sociale est le phalanstère, terme forgé à partir de phalange et de monastère, qui désigne à la fois le bâtiment collectif et la communauté de 1620 personnes environ qui l'habite. Ce nombre n'est pas arbitraire mais résulte d'un calcul élaboré visant à rassembler 810 caractères psychologiques différents des deux sexes, chiffre qui selon Fourier représente toutes les variantes possibles de la nature humaine créées par les combinaisons des douze passions fondamentales. Le phalanstère doit donc constituer un microcosme de l'humanité entière où toutes les dispositions naturelles trouvent leur place et leur emploi. L'architecture du phalanstère revêt une importance capitale dans le système fouriériste. Fourier le conçoit comme un vaste palais rectangulaire de trois étages avec des ailes latérales et une cour intérieure, le tout relié par des rues-galeries couvertes et chauffées qui permettent la circulation par tous les temps. Cette innovation architecturale, qui préfigure certains aspects des passages couverts et des galeries commerciales du dix-neuvième siècle, vise à faciliter les rencontres, les échanges et la sociabilité tout en protégeant des intempéries. Le bâtiment central abrite les fonctions communes comme la salle à manger, la bibliothèque, les salles de réunion et les locaux pour les enfants. Les ailes latérales contiennent les logements privés, de dimensions variables selon la fortune de chacun, car contrairement aux communistes égalitaires, Fourier maintient la propriété privée et l'inégalité des richesses. Autour du phalanstère s'étendent les terres agricoles, les ateliers et les manufactures où se déroulent les activités productives de la phalange.
L'organisation du travail dans le phalanstère rompt radicalement avec les pratiques de la civilisation. Au lieu du travail contraint, monotone et aliénant imposé par la nécessité économique, Fourier propose le travail attrayant ou travail selon l'attraction passionnelle. Ce concept central signifie que chacun choisit librement ses occupations en fonction de ses goûts, de ses aptitudes et de ses désirs du moment. Puisque les passions varient selon les individus et selon les moments, il faut organiser une extrême diversité de tâches et permettre à chacun de papillonner d'une activité à l'autre au gré de ses envies. Fourier estime qu'en harmonie, personne ne devrait consacrer plus de deux heures consécutives à la même occupation pour éviter la monotonie et l'ennui. Les habitants du phalanstère se regroupent en séries passionnelles, groupes affinitaires réunissant ceux qui partagent le même goût pour une activité particulière, qu'il s'agisse de cultiver des poires, d'élever des poules, de fabriquer des meubles ou de jouer de la musique. Ces séries, subdivisées en groupes et sous-groupes selon des nuances de préférences toujours plus fines, créent une émulation joyeuse où chacun rivalise de zèle et d'ingéniosité pour exceller dans son domaine favori. Le travail devient ainsi un plaisir, un jeu, une passion plutôt qu'une contrainte. Fourier insiste sur le fait que même les tâches apparemment les plus rebutantes comme le nettoyage des écuries ou le ramassage des ordures trouveront des amateurs si on les organise convenablement. Il imagine par exemple des corporations d'enfants spécialisés dans les travaux sales, les petites hordes, qui feront ces besognes avec enthousiasme parce qu'on les aura entourées de cérémonies, de concours et de récompenses qui transforment la corvée en aventure héroïque.
La répartition des revenus dans le phalanstère suit un système complexe qui reflète la conviction de Fourier que l'inégalité naturelle des fortunes, des talents et des efforts doit être reconnue et rémunérée. Le produit total de la phalange se divise en trois parts inégales selon la formule 5/12 au travail, 4/12 au capital et 3/12 au talent. Cette répartition garantit que ceux qui possèdent un capital reçoivent un dividende substantiel, incitant ainsi les riches à investir dans les phalanstères. Simultanément, les travailleurs et les talents reçoivent des parts significatives qui leur assurent une aisance inconnue en civilisation. Fourier calcule qu'en harmonie, grâce à la suppression des intermédiaires commerciaux parasitaires, à l'élimination du gaspillage et surtout à l'accroissement prodigieux de la productivité résultant du travail attrayant, la richesse collective sera multipliée par un facteur considérable. Même les plus pauvres membres de la phalange vivront dans un confort qui dépasse celui des riches en civilisation. Cette argumentation vise à convaincre toutes les classes sociales que leur intérêt réside dans l'adoption du système phalanstérien plutôt que dans le maintien de la civilisation.
La question sexuelle et amoureuse occupe une place centrale et scandaleuse dans la doctrine fouriériste. Fourier considère que la répression de l'amour et de la sexualité constitue l'un des vices majeurs de la civilisation et que l'harmonie requiert au contraire une complète liberté amoureuse. Dans le phalanstère, le mariage indissoluble disparaît au profit de relations librement consenties et facilement résiliables. Chacun peut avoir simultanément plusieurs relations amoureuses de types différents selon ses inclinations. Fourier distingue minutieusement diverses catégories d'amours et de relations sexuelles, des plus spirituelles aux plus sensuelles, et prétend organiser leur satisfaction pour tous. Les femmes, opprimées en civilisation par le mariage forcé et la dépendance économique, deviennent en harmonie les égales complètes des hommes et jouissent de la même liberté sexuelle sans subir l'opprobre que la société civilisée réserve aux femmes non chastes. Cette conception radicalement libertaire de la sexualité, que Fourier développe avec une franchise et un détail rares pour son époque, valut à ses écrits d'être partiellement censurés par ses propres disciples après sa mort. Les fouriéristes ultérieurs, soucieux de respectabilité bourgeoise, édulcorèrent ou supprimèrent les passages les plus explicites sur la sexualité, donnant de Fourier une image assainie qui trahissait sa pensée véritable.
Le féminisme fouriériste découle logiquement de cette libération sexuelle et de la critique du mariage civilisé. Charles Fourier proclame que le degré d'émancipation des femmes constitue le critère naturel du progrès social. Dans une formule célèbre, il affirme que les progrès sociaux et changements de période s'opèrent en raison du progrès des femmes vers la liberté, et les décadences d'ordre social s'opèrent en raison de la diminution de la liberté des femmes. En harmonie, les femmes participent pleinement à toutes les activités productives selon leurs goûts et leurs aptitudes, reçoivent une part équitable des revenus collectifs et ne dépendent économiquement d'aucun homme. L'éducation des enfants, au lieu de reposer exclusivement sur les mères comme en civilisation, devient une responsabilité collective assumée par des séries passionnelles spécialisées dans la pédagogie. Cette socialisation de l'éducation libère les femmes de la servitude maternelle tout en assurant aux enfants une formation supérieure dispensée par ceux qui ont véritablement la vocation éducative.
L'œuvre de Charles Fourier contient des aspects cosmologiques et prophétiques qui déconcertent souvent les lecteurs modernes et qui valurent à leur auteur d'être considéré comme un doux rêveur voire un délirant. Charles Fourier ne se contente pas de proposer une réforme sociale terrestre mais inscrit celle-ci dans un système cosmique englobant l'univers entier. Il prétend que l'harmonie humaine entraînera des transformations physiques de la planète et du cosmos. Les océans changeront de goût et deviendront une sorte de limonade agréable. De nouveaux animaux utiles et bienveillants apparaîtront, dont l'anti-lion et l'anti-requin qui protégeront les humains. Le climat se modifiera avantageusement avec la disparition des températures extrêmes. Ces prophéties fantastiques, que Charles Fourier présente avec le plus grand sérieux et appuie de calculs élaborés, nuisent à la crédibilité de son système aux yeux des esprits rationnels. Pourtant, ces spéculations cosmologiques ne constituent pas de simples divagations déconnectées du reste de la doctrine mais expriment sous forme mythique l'idée que la transformation sociale entraînera une réconciliation complète de l'humanité avec la nature, thème qui traverse toute la pensée fouriériste.
Les vues de Charles Fourier sur l'aliénation du travail, sa critique du commerce et de la société mercantile, son féminisme radical et sa défense de la liberté sexuelle ont inspiré de nombreux penseurs et mouvements ultérieurs. Les surréalistes, avec André Breton en tête, admiraient Charles Fourier pour sa libération de l'imaginaire et son refus des contraintes rationnelles. Les situationnistes voyaient en lui un précurseur de la critique de la vie quotidienne et de l'urbanisme unitaire. La pensée écologiste contemporaine trouve chez Fourier des anticipations de la critique de la croissance et de l'idée d'une harmonie entre l'humanité et son environnement. Les théoriciens du travail redécouvrent périodiquement le concept de travail attrayant comme alternative à l'aliénation capitaliste. Même les aspects apparemment les plus extravagants de sa pensée, ses spéculations cosmologiques et ses prophéties, intéressent les historiens des sciences comme témoignages d'une époque où les frontières entre science, philosophie et imagination restaient fluides. La réception de l'œuvre de Charles Fourier de son vivant resta extrêmement limitée. Ses livres, publiés à compte d'auteur, circulèrent peu et ne lui valurent aucune reconnaissance académique ni publique.
Charles Fourier vécut dans une pauvreté relative, subvenant à ses besoins par de modestes emplois de bureau, et mourut en 1837 sans avoir vu se réaliser aucun phalanstère conforme à ses spécifications. Cependant, il avait rassemblé autour de lui un petit groupe de disciples qui, après sa mort, propagèrent et adaptèrent ses idées. Ces fouriéristes, parmi lesquels Victor Considérant joua un rôle majeur, fondèrent le journal La Phalange puis La Démocratie pacifique, écrivirent de nombreux ouvrages de vulgarisation et tentèrent d'établir plusieurs communautés phalanstériennes en France et surtout aux États-Unis. Ces expérimentations sociales connurent des sorts divers mais échouèrent généralement à cause de difficultés financières, de dissensions internes ou d'inadaptation aux conditions locales. L'expérience la plus célèbre reste celle de Brook Farm dans le Massachusetts, communauté transcendentaliste qui adopta brièvement les principes fouriéristes avant de disparaître (1841-1847). Charles Fourier a ainsi inspiré ceux qui cherchent à imaginer d'autres formes d'organisation sociale et d'existence humaine.
Autour de Charles Fourier s’est constitué, dès les années 1820, un cercle de disciples et de collaborateurs qui ont assuré la diffusion, la systématisation et la mise en pratique de sa doctrine. Ce groupe, qu’on appelle l’« École sociétaire », a rassemblé des profils variés : fonctionnaires, journalistes, industriels, femmes de lettres, notables provinciaux et jeunes polytechniciens. Leur rôle a été de publier, vulgariser, expérimenter et défendre les thèses de Fourier dans la presse, au Parlement ou dans des projets de colonies phalanstériennes.
On peut distinguer plusieurs figures majeures. Just Muiron, fonctionnaire bisontin, est considéré comme le premier disciple, celui qui a découvert Fourier en 1814 et qui a poussé à l’édition du « Traité de l’association domestique agricole » en 1822. Clarisse Vigoureux, veuve d’un négociant de Besançon, a joué un rôle central : elle a correspondu avec Fourier, a soutenu financièrement ses publications et a formé de nouveaux adeptes, dont Victor Considerant, qu’elle initie au fouriérisme à Metz. Victor Considerant, polytechnicien, devient le chef de file du mouvement après la mort de Fourier en 1837 : il fonde et dirige les journaux « La Phalange » puis « La Démocratie pacifique », systématise la doctrine dans « Destinée sociale » et « Principes du socialisme », et tente des expériences communautaires, notamment la colonie de Réunion au Texas.
À côté de ces figures centrales, on trouve des disciples actifs dans la presse et l’organisation : Abel Transon, autre polytechnicien, qui publie en 1832 une « Introduction à l’exposition du système de Fourier » ; Désiré Ordinaire, médecin et vulgarisateur ; Jules Lechevalier, qui diffuse le fouriérisme dans les milieux intellectuels parisiens ; Jean-Baptiste Godin, industriel autodidacte, qui transpose certains principes dans son Familistère de Guise, une communauté ouvrière organisée autour d’un palais social ; Abel Pilon, qui participe aux expériences de Condé-sur-Vesgre ; et des figures féminines comme Zoé Gatti de Gamond en Belgique, pédagogue qui adapte le fouriérisme à l’éducation et au féminisme.
Le mouvement s’étend aussi à l’étranger : Albert Brisbane, aux États-Unis, traduit et adapte Fourier, publie « Social Destiny of Man » (1840) et inspire les communautés phalanstériennes américaines ; Hugh Doherty en Angleterre tente de concilier fouriérisme et coopérativisme ; Constantin Pecqueur, économiste, développe une pensée socialiste proche de Fourier sur la propriété collective et la planification. Dans les années 1840, les disciples participent activement aux débats de la Seconde République : ils défendent le droit au travail, la représentation proportionnelle, l’égalité des sexes et la mise en place d’expériences sociales encadrées par l’État.
Ainsi, les disciples de Fourier ne forment pas un groupe homogène mais un réseau diversifié, allant des premiers compagnons bisontins (Just Muiron, Clarisse Vigoureux, Gréa, Beuque) aux organisateurs parisiens (Considerant, Transon, Lechevalier), des pédagogues et militantes (Vigoureux, Zoé et Isabelle Gatti de Gamond) aux expérimentateurs industriels (Jean-Baptiste Godin) et aux propagateurs transatlantiques (Brisbane). Leur action a permis de transformer une doctrine élaborée par un solitaire en un mouvement structuré, doté de journaux, de sociétés, de projets communautaires et d’une présence dans les débats politiques du XIXe siècle.
En dehors de Condé-sur-Vesgre, plusieurs autres expériences phalanstériennes ou sociétaires ont été tentées au XIXᵉ siècle, en France comme à l’étranger. Elles diffèrent par leur ampleur, leur durée et leur orientation (agricole, industrielle, éducative), mais toutes cherchent à donner corps aux principes de Fourier. Voici les principales :
En France
Dans les colonies françaises
Aux États-Unis
En Belgique
Ces expériences montrent la diversité des voies empruntées : certaines furent de véritables colonies agricoles, d’autres des coopératives commerciales ou industrielles, d’autres encore des projets éducatifs. Leur durée fut souvent brève, mais elles ont contribué à diffuser l’idée que l’association pouvait transformer la société.