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La Garenne de philosophie

FOURIERISME / Quels phalanstères au Mexique ?

Au Mexique, le fouriérisme n’a pas donné naissance à de grands phalanstères durables comme aux États‑Unis ou au Brésil, mais il a bel et bien circulé et inspiré plusieurs projets intellectuels et communautaires au XIXᵉ siècle. L’arrivée d’exilés français après 1830 et 1848, ainsi que la présence de réseaux saint‑simoniens et fouriéristes dans le monde hispano‑américain, ont favorisé la diffusion de ces idées. 

Dès les années 1840, des disciples de Fourier envisagent la création de colonies sociétaires dans le nord du Mexique, notamment dans les régions de Sonora et du Texas mexicain (avant son annexion par les États‑Unis). Ces projets, souvent portés par des Français installés dans la région, visaient à fonder des communautés agricoles sur le modèle phalanstérien, mais ils restèrent à l’état de plans ou de tentatives éphémères, faute de capitaux et de stabilité politique.  

Sous le règne de Maximilien de Habsbourg (1864‑1867), l’utopie sociétaire connaît un regain d’intérêt et certains intellectuels européens proches du fouriérisme voient dans le Mexique un terrain propice à l’expérimentation, en raison de ses vastes terres et de la volonté impériale d’attirer des colons. Des projets de colonies agricoles inspirées de Fourier sont alors évoqués, mais la chute rapide de l’Empire met fin à ces initiatives.  

L’influence du fouriérisme au Mexique se manifeste surtout dans la culture intellectuelle et réformatrice. Des penseurs comme Melchor Ocampo ou Ignacio Ramírez, figures du libéralisme radical, connaissent les doctrines socialistes utopiques françaises et s’en inspirent pour réfléchir à la réforme agraire, à l’éducation et à la justice sociale. Dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle, les idées d’association et de coopération, héritées en partie du fouriérisme, nourrissent la naissance des premières sociétés mutualistes et coopératives urbaines, notamment à Mexico et Puebla.  

En résumé, le Mexique n’a pas connu de phalanstère monumental et durable comme Guise ou la North American Phalanx, mais il a été un terrain de projets et de circulations :  
- des tentatives de colonies agricoles dans le nord du pays (années 1840),  
- des projets avortés sous l’Empire de Maximilien (années 1860), 
- une influence diffuse sur les intellectuels libéraux et réformateurs,  
- une contribution indirecte à l’essor du mutualisme et de la coopération ouvrière.  

On peut dire que le fouriérisme au Mexique a surtout été une utopie importée et transformée, qui n’a pas pris racine sous forme de phalanstères concrets, mais qui a irrigué les débats sur la réforme sociale et la modernisation du pays.  

 

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