2 Octobre 2025
La North American Phalanx, fondée en septembre 1843 dans le comté de Monmouth (New Jersey), est la plus durable et la plus emblématique des communautés fouriéristes américaines. Elle incarne à la fois l’enthousiasme suscité par la diffusion des idées de Fourier aux États‑Unis et les tensions entre théorie et pratique dans la mise en œuvre d’une utopie sociale. Inspirée par Albert Brisbane, vulgarisateur de Fourier en Amérique, et soutenue par Horace Greeley, le directeur du New York Tribune la North American Phalanx est constituée à partir d’un appel lancé en 1843 à New York pour fonder une phalange expérimentale. Dès le début, environ 30 familles et une centaine de membres initiaux s’installent sur un domaine agricole de 700 acres près de Red Bank dans le New Jersey.
L’organisation et la vie quotidienne de la communauté reposaient sur une structure sociale directement inspirée des principes de Fourier, avec une répartition des revenus entre capital, travail et talent, cherchant à concilier équité et reconnaissance des contributions diverses. Les activités étaient variées et combinaient agriculture — céréales, fruits, élevage — avec des ateliers spécialisés comme la menuiserie, la forge ou l’imprimerie, auxquels s’ajoutaient des services collectifs destinés à assurer l’autonomie et la cohésion du groupe. La vie commune s’articulait autour d’espaces partagés tels qu’un réfectoire collectif, une bibliothèque, des écoles et des réunions régulières, qui renforçaient le sentiment d’appartenance et favorisaient la circulation du savoir. Enfin, la démocratie interne constituait un aspect essentiel de l’expérience : les assemblées générales permettaient de débattre et de décider collectivement, les responsables étaient élus, et les femmes participaient aux décisions, ce qui représentait pour l’époque une avancée remarquable en matière d’égalité et de reconnaissance de leur rôle social.
Le manque de capitaux conduisent à des restrictions, la communauté reste fragile financièrement. En plus des conflits internes viennent se greffer sur les débats sur la discipline, la répartition du travail et l’équilibre entre vie collective et autonomie individuelle. La communauté fait quelques écarts avec la doctrine de Fourier et simplifie le modèle phalanstérien avec moins de séries passionnées et plus de pragmatisme agricole). Si tant est qu'elle parvient à durer plus de douze ans, ce qui en fait la plus longue expérience fouriériste américaine. Malheusement, viennent le déclin et la dissolution et qui plus est, en 1854, un incendie détruit les moulins et ateliers, cœur économique de la communauté. Alors, faute de moyens pour reconstruire, la phalange décline rapidement. La dissolution officielle est prononcée en 1856 : c’est la dernière phalange américaine encore en activité à cette date.
La North American Phalanx est considérée comme la tentative la plus réussie de phalanstère aux États‑Unis et comme la traduction pragmatique du fouriérisme en Amérique : moins de cosmologie passionnelle, plus de coopération économique et sociale. Elle a accueilli des visiteurs célèbres, dont Victor Considerant lors de son voyage américain en 1852 et a laissé une trace durable dans l’histoire du New Jersey. Après sa dissolution, plusieurs de ses membres rejoignent la colonie de Réunion au Texas. Le site a été inscrit au registre national des lieux historiques en 1972 (avant d’être détruit par un nouvel incendie).
•