5 Septembre 2025
En philosophie de la perception, l’adverbialisme (ou théorie adverbiale) est une position qui cherche à décrire les expériences perceptives sans postuler qu’elles impliquent nécessairement un objet de perception, réel ou mental, vers lequel elles seraient dirigées. L’idée est que ce que nous appelons « contenu » ou « objet apparent » d’une perception peut être reformulé comme une manière dont le sujet perçoit, c’est‑à‑dire comme une modification de l’acte perceptif lui‑même. Plutôt que de dire : « X perçoit un cube rouge », l’adverbialiste paraphrasera : « X perçoit cubiquement et rougement ». Les qualificatifs « cubiquement » et « rougement » jouent ici le rôle d’adverbes appliqués au verbe « percevoir », et non d’adjectifs décrivant un objet. Ce glissement sémantique vise à éviter deux engagements jugés problématiques :
Pour l’adverbialiste, percevoir « rougement » n’est pas entrer en relation avec un objet rouge, mais être dans un état perceptif ayant la propriété d’être « rouge‑ment » qualifié. Les propriétés phénoménales sont donc traitées comme des propriétés de l’expérience elle‑même, et non comme des propriétés d’objets perçus.
Dans un tout autre registre, celui de la logique et de la métaphysique du temps, on parle parfois d’adverbiaux temporels pour désigner une manière de traiter les énoncés sur le changement et la persistance. L’idée est d’indexer temporellement les prédications non pas en modifiant le sujet ou l’objet, mais en modifiant le verbe ou la copule par un adverbe de temps. Par exemple, au lieu de dire : > « Socrate est‑à‑t1 assis » et « Socrate est‑à‑t2 debout » , on peut dire : « Socrate est assis *à t1* » et « Socrate est debout *à t2* ». Ici, « à t1 » et « à t2 » fonctionnent comme des **adverbiaux temporels** : ils modifient la manière dont on attribue la propriété, en précisant *quand* elle vaut. Cela permet de préserver le principe logique d’indiscernabilité des identiques (un même individu ne peut pas avoir et ne pas avoir la même propriété au même temps) tout en rendant compte du changement. Dans les débats sur l’identité à travers le temps, cette approche « adverbiale » s’oppose à d’autres manières de gérer le temps dans la logique, par exemple, en traitant les propriétés comme des relations à des instants, ou en adoptant une ontologie à parties temporelles.
Ce qui relie en profondeur les deux usages du terme « adverbial » à savoir celui de la théorie adverbiale en philosophie de la perception et celui des « adverbiaux temporels » en métaphysique du temps. En effet ce serait une même intuition formelle : on peut parfois reformuler un énoncé qui semble impliquer une relation binaire entre un sujet et un objet (ou un sujet et une propriété) en le reconcevant comme l’attribution d’une manière d’être ou de se trouver au sujet lui‑même, manière exprimée grammaticalement par un adverbe ou un groupe adverbial. Dans les deux cas, l’adverbe sert à déplacer le point d’attache de la qualification.
Dans les deux contextes, le geste est donc le même :
Autrement dit, dans les deux cas, l’« adverbial » est un moyen syntaxique pour exprimer des paramètres contextuels (qualité phénoménale, moment temporel) tout en maintenant une ontologie plus sobre et en évitant de multiplier les entités ou les relations fondamentales. On retombe dans la scohlastique des qualia.