27 Juillet 2025
Savitribai Phule naît le 3 janvier 1831 dans le village de Naigaon, dans le district de Satara, dans l’actuel État du Maharashtra, en Inde. Elle est issue de la communauté Mali, une caste considérée comme inférieure dans la hiérarchie brahmanique. Fille de Khandoji Neveshe Patil et de Lakshmi, elle grandit dans un contexte rural, patriarcal et profondément inégalitaire, où l’éducation des filles est inexistante. À l’âge de 9 ans, elle est mariée à Jyotirao Phule, alors âgé de 13 ans. Ce mariage, conforme aux normes sociales de l’époque, va pourtant devenir le point de départ d’une révolution silencieuse. Car Jyotirao, futur réformateur radical, décide d’éduquer sa jeune épouse, alors analphabète. Il lui apprend à lire et à écrire, d’abord à la maison, puis l’inscrit à des formations d’enseignante à Pune et Ahmednagar, notamment auprès de la missionnaire américaine Cynthia Farrar.
En 1848, à l’âge de 17 ans, Savitribai Phule devient la première femme enseignante de l’Inde moderne. Avec son mari, elle fonde la première école pour filles indiennes, dans la maison de Tatya Saheb Bhide à Pune, connue sous le nom de Bhide Wada. Le programme inclut les mathématiques, les sciences, la lecture, l’écriture et les sciences sociales, une révolution dans une société où l’éducation des femmes est perçue comme un sacrilège. Elle enseigne aux filles de toutes castes, y compris les Dalits (intouchables), ce qui lui vaut une hostilité féroce de la part des castes supérieures. Chaque jour, en se rendant à l’école, elle est insultée, caillassée, aspergée de boue ou de bouse de vache. Elle prend l’habitude de porter un sari de rechange pour pouvoir enseigner dans des vêtements propres. Mais elle ne cède jamais. En 1851, les Phule dirigent trois écoles de filles à Pune, avec plus de 150 élèves. Leurs méthodes pédagogiques sont jugées plus efficaces que celles des écoles gouvernementales, et leur succès dérange les autorités coloniales comme les élites brahmaniques.
Savitribai Phule ne se contente pas d’enseigner. Elle devient une militante sociale radicale, aux côtés de son mari. Ensemble, ils fondent en 1873 le Satyashodhak Samaj (« Société des chercheurs de vérité »), un mouvement de réforme sociale qui milite pour l’égalité des castes, la laïcité, l’éducation universelle et la justice sociale. Elle s’engage dans de nombreux combats :
Savitribai Phule est aussi une poétesse engagée. Elle écrit des poèmes pour éveiller les consciences, dénoncer les injustices, encourager les femmes à s’éduquer et à se libérer. Ses recueils les plus connus sont :
Elle utilise la poésie comme outil de résistance, de pédagogie et de transmission. Elle est l’une des premières femmes indiennes à publier ses écrits, dans une société où la parole féminine est muselée.
En 1897, une épidémie de peste bubonique frappe Pune. Savitribai et son fils adoptif Yashwant, devenu médecin, ouvrent une clinique pour soigner les malades, en périphérie de la ville. Elle y travaille sans relâche, transportant elle-même les patients sur son dos.
C’est en soignant un enfant atteint de la peste qu’elle contracte la maladie. Elle meurt le 10 mars 1897, à l’âge de 66 ans, en martyr de la solidarité et du soin. Elle est incinérée par son fils, dans un geste symbolique qui défie les normes patriarcales.
Renommée. L’héritage de Savitribai Phule est immense. Elle est aujourd’hui reconnue comme la première enseignante de l’Inde moderne, comme la mère de l’éducation féminine et de l'éducation moderne en Inde, comme une pionnière du féminisme indien ou encore une figure de la lutte contre les castes et pour la justice sociale. Son nom est donné à de nombreuses institutions, le Savitribai Phule Pune University (rebaptisée en 2015) ; le Savitribai Phule Award, qui récompense chaque année une réformatrice sociale ; des écoles, des rues, des timbres, des statues, des manuels scolaires. Le 3 janvier, jour de sa naissance, est célébré comme Balika Din (Journée des filles) dans le Maharashtra. En 1998, un timbre est émis à son effigie. En 2017, Google lui consacre un Doodle pour son 186e anniversaire.
Savitribai Phule a vécu dans un monde qui ne voulait ni l’entendre, ni la voir, ni la laisser exister. Elle a pourtant pris la parole, ouvert des écoles, soigné les malades, écrit des poèmes, brisé les tabous, aimé les exclus, enseigné la dignité.
« Nous vaincrons, et le futur nous appartiendra. »