7 Juillet 2025
Paulette Nardal (1896–1985) est l’une des premières femmes noires à affirmer, en France et dans les Antilles, une pensée féministe et anticoloniale articulée autour de la conscience raciale. Étudiante à la Sorbonne, journaliste, essayiste, militante culturelle, elle joue un rôle décisif dans l’émergence du courant de la négritude, tout en posant les fondements d’un féminisme noir francophone.
Née en Martinique dans une famille cultivée, Paulette Nardal devient en 1920 la première femme noire inscrite à la Sorbonne, où elle étudie la littérature anglaise. À Paris, elle fréquente les milieux intellectuels afro-descendants, francophones et anglophones et anime avec ses sœurs des salons culturels antillais, lieux de rencontre entre écrivains, artistes et militants noirs du monde entier. Ce réseau deviendra le terreau du « Paris noir », creuset culturel et politique pour les diasporas africaines et antillaises. Son positionnement, à la fois académique et militant, lui permet de construire une parole noire autonome. C'est une intellectuelle pionnière du « Paris noir ».
En 1931, elle cofonde avec Léo Sajous La Revue du monde noir, première revue littéraire et culturelle noire éditée en français et en anglais.
Elle y publie en 1932 « Éveil de la conscience de race », texte fondateur où elle affirme que les femmes noires ont été les premières à ressentir leur isolement et à chercher la solidarité raciale et où elle défend la nécessité d’une identité noire partagée, au-delà des barrières coloniales et linguistiques. Ce travail de mise en réseau intellectuelle qui est à proprement parlé une pensée, conjugue race, genre et culture dans une perspective internationale et inspirera Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas et Léopold Sédar Senghor, fondateurs de la négritude.
En 1935, Paulette Nardal dénonce l’occupation de l’Éthiopie par Mussolini, dans un contexte où les puissances coloniales méprisent les souverainetés africaines et appelle les femmes colonisées à s’unir, à dépasser les clivages territoriaux pour revendiquer des droits communs. Elle tisse un lien entre l’antifascisme, l’anticolonialisme et le féminisme noir et sa parole anticoloniale est précurseur des luttes féminines transcontinentales du XXe siècle.
De retour en Martinique après la guerre, elle fonde en 1945 le Rassemblement féminin, organisation militante locale, et le journal La Femme dans la cité où elle défend l'engagement des femmes dans la vie publique, politique et sociale et y critique les discriminations de genre et de race encore présentes dans les sociétés post-esclavagistes.
Son féminisme est populaire, accessible et enraciné dans les territoires ultramarins. Paulette Nardal est une théoricienne et une actrice incontournable d’un féminisme noir francophone, conjuguant identité raciale, émancipation féminine et engagement culturel. Son héritage — encore trop méconnu — mérite d’être inscrit dans les récits dominants des luttes féministes et anticoloniales.