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Publié par Anthony Le Cazals

Le mythe de l'homme nouveau avait été balayé par Alain Badiou dans Le Siècle, Emmanuel Todd le réactive pour en un narcisse, une subjectivité ou encore l'individu générique de nos temps modernes.

 

Narcissisme ou l'homme nouveau

« Le Concept de narcissisme est désormais au cœur de l'analyse sociale et culturelle. C'est  à Christopher Lasch [...] qu'en revint le mérite. [...] le concept de narcissisme, omniprésent de nos jours en France après être apparu il y a trente ans aux États-Unis, décrit plutôt qu'il n'explique. Nous aurions pu attendre de l'élévation du niveau éducatif l'émergence d'une nouvelle classe supérieure, consciente de ses responsabilités ; des millions de philosophes prêts à se dévoués à la collectivité. Ce que nous observons est un groupe supérieur implosé, une multitude d'individualité isolées, détachées de la religion, des idéologies, obsédée d'épanouissement corporel, sexuel, esthétique » (Emmanuel Todd

Et Todd d'en tirer les conséquences politiques suivantes : « La narcissisation n'a rien à voir avec la démocratie. Le narcissisme est par définition inégalitaire et donc antidémocratique dans ses conséquences » (p. 105) « Le militant nouveau vient pour contribuer, certes, mais surtout pour s'exprimer, « s'épanouir » personnellement. Il est [...]  l'un des millions de nouveaux narcisses engendrés par la révolution éducative supérieure ; il se pense « créateur » de doctrine ; il s'imagine que l'originalité de sa « parole » va faire avancer les choses. » (p. 103) « L'alphabétisation permet l'affirmation de l'individu, que la lecture rend plus autocentré, capable d'introspection et vulnérable à une anxiété d'un type nouveau. » (p. 91) « Mais cet individu en reste au stade « primaire » de développement éducatif, plus susceptible d'entraîner une adhésion passive aux textes qu'une activité critique autonome » (pp. 91-92)

.La lecture de livre, les romans notamment, est une activité qui par sa passivité rend névrosé. On nomme ces "individus" narcissisisés des hipsters (ceux qui postent leur portraits sur les réseaux sociaux) et on les retrouve dans tous les pays, même en Russie. Ce que vous confirmera n'importe quelle personne qui se rend à Saint-Pétersbourg.

 

 

 
Égalitarisme et démocratie

Emmanuel Todd lie directement le principe égalitaire à la démocratie (qui n'a aliéné que l'oligarchie qui assure l'égalité de la base de la société). « On ne peut qu'être frappé par la facilité avec laquelle les États-Unis se sont installés dans une  vie démocratique, plus vite et naturellement que la France. Aucun principe familial égalitaire cependant n'y conduisait de l'égalité des frères à celle des hommes en général. C'est la présence de deux groupes de parias, les Indiens et les Noirs, qui a permis de fixer hors du peuple blanc l'idée d'inégalité et de définir une égalité interne au groupe. [ce dont on peut douter] En Europe comme en Amérique le principe d'exclusion a donc suppléé au déficit des valeurs familiales égalitaires » (pp. 137-141).

Une explication de ce que Todd appellera le mystère français à savoir que les familles nucléaires du bassin parisien votent à droite alors que la périphérie (Bretagne, Nord-Pas-de-Calais) et le Sud ouest votent à Gauche alors que les systèmes familiaux sont hiérarchisés au sein de familles souches : « Le temps des structures familiales paysannes est donc loin derrière nous, dans un pays où les agriculteurs constituent seulement 1,6 % des ménages.  Les règles d'héritage n'ont plus guère de sens pratique : l’accroissement de la longévité fait que l'on hérite le plus souvent après avoir réalisé l'essentiel de sa vie professionnelle parfois même après le départ à la retraite. [...] On ne peut donc considérer le système de mœurs qui domine la France du Bassin parisien comme immuable, porteur pour l'éternité des valeurs de liberté et d'égalité » (p. 130). C'est la que s'explique la dissonance des thèses d'Emmanuel Todd avec la réalité. C'est le vieux clivage des théories qui ne fonctionnent pas et de la pratique qui toujours s'en échappe, qui ne se laisse (dé)calquer.

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