22 Novembre 2025
Théophile Obenga, sans doute le plus connu internationalement, a élaboré une œuvre monumentale à la croisée de l’égyptologie, de l’histoire africaine et de la philosophie politique, dans laquelle il cherche à rétablir les continuités civilisationnelles entre l’Égypte ancienne et l’Afrique noire. Dans Afrique centrale précoloniale, il démontre, archives à l’appui, que les royaumes Kongo, Téké et Loango possédaient des systèmes politiques et juridiques complexes, bien avant l’arrivée des Européens, remettant ainsi en cause le mythe d’une Afrique sans histoire. Obenga va plus loin en proposant une philosophie de la restauration, où la reconquête de la mémoire historique devient un préalable à toute émancipation politique. Son travail sur les palabres (assemblées délibératives traditionnelles) montre comment ces institutions, souvent perçues comme folkloriques, fonctionnaient comme des espaces de démocratie directe, où les décisions étaient prises par consensus plutôt que par majorité. Pour lui, la crise actuelle des États africains tient en partie à l’abandon de ces mécanismes au profit de modèles importés, centralisés et autoritaires. Obenga a aussi engagé une polémique avec Cheikh Anta Diop sur la question des origines égyptiennes des civilisations nègres, défendant l’idée d’une koinè noire (une zone culturelle unifiée) qui aurait essaimé des savoirs depuis la vallée du Nil jusqu’à l’Afrique centrale. Pour autant, il refuse toute essentialisation racialiste : son projet est avant tout politique, visant à fournir aux Africains des repères historiques pour résister aux récits coloniaux de la tabula rasa. Son influence s’étend bien au-delà du Congo, notamment à travers son rôle dans la création des États généraux de la francophonie, où il a défendu l’idée d’une langue française africanisée, capable de porter des concepts issus des cultures locales.