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PHILOSOPHIE AFRICAINE / Isidore Ndaywel è Nziem

Isidore Ndaywel è Nziem

Isidore Ndaywel è Nziem

Isidore Ndaywel è Nziem (7 fév. 1944-), historien de formation mais dont la réflexion déborde largement sur le terrain philosophique, représente une figure importante de la pensée historique et philosophique congolaise. Professeur d'histoire à l'Université de Kinshasa, Ndaywel è Nziem a consacré son œuvre à la compréhension de l'histoire congolaise dans sa profondeur et sa complexité. Il a travaillé sur les représentations du temps et de l’histoire en Afrique centrale. Dans Histoire générale du Congo, il interroge la manière dont les sociétés congolaises ont conçu leur passé avant la colonisation, puis comment ce passé a été réécrit sous l’effet des violences coloniales et postcoloniales. Son ouvrage monumental Histoire générale du Congo, publié en 1998 et révisé en 2008, constitue une tentative systématique de raconter l'histoire du Congo depuis les origines jusqu'à l'époque contemporaine selon une perspective congolaise, en rupture avec les histoires coloniales qui faisaient commencer l'histoire du Congo avec l'arrivée des Européens.

Pour Ndaywel è Nziem, l'histoire n'est pas seulement une discipline érudite : elle représente un enjeu philosophique et politique fondamental, celui de la réappropriation par les Congolais de leur propre passé comme condition de la construction d'un avenir émancipé. Sa démarche historique s'accompagne d'une réflexion philosophique sur le temps, la mémoire et l'identité, questionnant les catégories historiographiques occidentales et leur applicabilité aux réalités africaines. Ndaywel è Nziem a travaillé sur la question de la conscience historique congolaise, analysant comment la colonisation a produit une rupture traumatique dans la transmission de la mémoire collective, et comment la reconstruction de cette mémoire représente un enjeu central pour la décolonisation intellectuelle. Son œuvre historique se double d'une réflexion sur la méthodologie de l'histoire africaine, questionnant les sources, leur interprétation et la construction du récit historique dans un contexte où les archives écrites ont été largement produites par les colonisateurs.

Pour Ndaywel è Nziem, le temps africain n’est pas linéaire, comme dans la conception hégélienne ou marxiste, mais cyclique et discontinu, marqué par des ruptures et des retours. Cette temporalité spécifique, qu’il lie aux rythmes agricoles et aux cycles des rites, offre une alternative aux modèles historiques occidentaux, obsédés par le progrès ou la décadence. Sa critique de l’historicisme, cette croyance en une histoire universelle et orientée, le conduit à défendre une approche polycentrique des récits historiques, où les expériences locales ne sont pas subordonnées à un méta-récit global. Ndaywel montre par exemple comment les royaumes Kongo ou Luba ont développé leurs propres philosophies de l’histoire, où le pouvoir se légitimait par des généalogies mythiques et des alliances cosmologiques, bien loin des contrats sociaux européens. Son travail a des implications politiques majeures : en réhabilitant ces conceptions, il offre des outils pour repenser la souveraineté et la citoyenneté dans un État comme la RDC, où les identités ethniques et les loyautés locales restent des forces vives. Pour autant, il n’idéalise pas ces systèmes. Il souligne aussi leurs contradictions internes, comme les tensions entre centralisation monarchique et autonomie des lignages, qui ont parfois facilité les divisions face à la conquête coloniale.

Isidore Ndaywel è Nziem

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