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La Garenne de philosophie

Dominique Ngoïe-Ngalla

 Dominique Ngoïe-Ngalla [1] demeure l'une des figures les plus éminentes de la pensée congolaise. Né en 1943 à Kimvembé dans le département de la Bouenza, il a consacré sa vie à l'enseignement et à la recherche historique et philosophique. Professeur d'histoire à l'Université Marien Ngouabi de Brazzaville pendant vingt-cinq ans, il a également enseigné le latin à la faculté de Lettres et le grec à celle de Philosophie, ce qui témoigne de la polyvalence de son engagement intellectuel. Après un passage en Côte d'Ivoire, il s'est installé en France où il a enseigné à la faculté de philosophie de l'université Jules Vernes d'Amiens pendant trois ans avant de regagner le Congo en 2005. Sa thèse d'État, soutenue en 1989 à l'université Paris I-Sorbonne, portait sur les sociétés et civilisations de la vallée du Niari dans le complexe ethnique Kongo aux XVIe et XVIIe siècles, ce qui montre son intérêt profond pour l'Afrique précoloniale et les structures sociales anciennes. Ngoïe-Ngalla s'est particulièrement passionné par les questions de migration dans l'espace du bassin du Congo, sujet qu'il a traité dans son ouvrage Les Kongo de la vallée du Niari : origines et migrations XIIIe-XIXe siècles, où il examine les origines et les mouvements des peuples Bakamba, Badondo, Bakunyi, Basundi et Babeembe. L'histoire religieuse à l'époque coloniale constituait un autre de ses thèmes favoris, comme en témoigne son livre Au Royaume du Loango, les athlètes de Dieu, qui allie la rigueur de l'historien à l'écriture fluide du romancier pour explorer le processus d'évangélisation. Son ouvrage majeur, Le retour des ethnies. Quel état pour l'Afrique, analyse les circonstances du réveil identitaire au début du XXe siècle dans certains groupes ethniques en Afrique contemporaine, en prenant l'exemple du Congo-Brazzaville. Dans cet ouvrage, il aborde la question de la traite des Noirs et de ses relais locaux, un passé douloureux dont il estime que les violences contemporaines plongent partiellement leurs racines. Pour résoudre ce réveil identitaire souvent accompagné de violence, Ngoïe-Ngalla préconise de revivifier le fond admirable d'humanité qui brillait dans les institutions traditionnelles, affirmant que cet héritage oublié dans les États de l'Afrique indépendante doit être réactivé pour servir de terreau à une nouvelle Afrique. Profondément humaniste, il s'élevait contre toutes formes de discrimination et d'exclusion, qu'elles viennent du Nord ou du Sud, et fut l'un des premiers intellectuels à critiquer les préjugés et stéréotypes dont furent victimes les peuples autochtones de son pays, comme le montre son livre Lettre d'un pygmée à un Bantou. Au-delà de son travail académique, Ngoïe-Ngalla était aussi romancier et poète, se définissant lui-même comme un Bantou d'Afrique centrale. Il s'est éteint le 17 octobre 2020 à Melun en France, où il était hospitalisé[1].

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