Le plus gros site de philosophie de France ! ABONNEZ-VOUS ! 4051 Articles, 1522 abonné.e.s

La Garenne de philosophie

NOTION / Contradiction

Dialectique matérialiste

La dialectique matérialiste est une logique du conflit et de la transformation qui repose sur le présupposé que tout phénomène contient en lui des contradictions internes qui provoquent son évolution. Inspirés de Hegel, mais en « remettant sur ses pieds » la dialectique, Marx et Engels considèrent que les contradictions ne sont pas seulement des idées, mais des réalités matérielles. Ainsi on peut faire reposer la dialectique marxiste sur l’unité et la lutte des contraires, la transformation de la quantité en qualité, la négation de la négation (concept que Mao Tsé-toung rejettera plus tard). 1°) Chaque chose contient des forces opposées, tel est le présupposé, c'est l'unité et la lutte des contraires comme par exemple capital et travail). 2°) Des changements quantitatifs accumulés provoquent un saut qualitatif par exemple accumulation de capital par quelques uns conduit à une crise généralisée ou vécue ainsi par le plus grand nombre. 3°) Une forme est dépassée par une nouvelle, qui conserve certains éléments de l’ancienne, c'est la négation de la négation. Un dialecticien ancien maoïste comme Badiou ainsi que les situationnistes rejettent le prolétariat et l'opprimé comme instance révolutionnaire, un soi-disant acquis de mai 68, et la transformation de la quantité en qualité. Si Marx et Engels n’établissent pas une typologie rigide entre contradictions principales et secondaires. ils montrent cependant que certaines contradictions sont plus déterminantes que d’autres selon le contexte. Prenons quelques exemples, la contradiction entre capital et travail est centrale dans le capitalisme, mais d’autres tensions au sein de la classe des capitalistes existent aussi.

On retrouve la contradiction au coeur de la Lettre sur Proudhon adressée par Karl Marx  à Anenkov du 16 décembre 1846.

Dialectiques marxistes-léninistes

Dans le marxisme léniniste, et plus particulièrement dans le maoïsme, la notion de contradiction principale (majeure) et contradiction secondaire (mineure) est centrale pour comprendre le développement des phénomènes sociaux, politiques et économiques. Dans son essai De la contradiction (1937), Mao Tsé-toung distingue deux types de contradictions à savoir la contradiction principale et les contradictions secondaires. La contradiction principale est celle qui détermine la nature fondamentale d’un phénomène à un moment donné et en structure le développement global ; prenons comme exemple, la guerre de résistance contre le Japon, la contradiction principale serait celle entre le peuple chinois et l’impérialisme japonais pour Mao Tsédông. Les contradictions secondaires sont les contradictions qui existent parallèlement à la principale, mais qui ne déterminent pas le cours général du développement ; prenons comme exemple les tensions entre classes sociales chinoises que sont la bourgeoisie nationale et la paysannerie, elles sont secondaires tant que l’impérialisme reste l’ennemi principal. C'est le fondateur de l'École de Guerre de Paris, Christian Harbulot qui parle de contradiction majeure et de contradictions mineures, nous le verrons plus loin.

Mao Tsé-toung insiste sur la pluralité des contradictions dans tout phénomène social et distingue clairement entre contradictions antagonistes (ennemi vs peuple) et non antagonistes (au sein du peuple) ; cette distinction permet une stratégie différenciée comme la lutte armée contre l’impérialisme et comme le dialogue et les réformes pour les contradictions internes. Mao Tsé-toung considère que la contradiction principale peut changer selon le contexte historique. Par exemple, pendant la guerre contre le Japon, l’impérialisme devient la contradiction principale, reléguant les luttes de classes internes au second plan. En somme, Mao Tsédông systématise une intuition dialectique déjà présente chez Marx et Engels, en la rendant plus opérationnelle pour la stratégie révolutionnaire. La distinction entre contradiction principale et secondaire n’est pas explicitement formulée par Marx et Engels comme elle le sera plus tard par Mao Tsé-toung. Chez Marx et Engels, la contradiction est perçue comme le moteur de l’histoire, ils voient la contradiction comme une tension interne aux phénomènes sociaux, économiques et historiques, qui pousse au changement. La lutte des classes est la contradiction fondamentale dans les sociétés divisées en classes. L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n'est-elle pas l’histoire de la lutte des classes dans Le manifeste du Parti communiste ?

Josip Staline, quant à lui, applique une dialectique plus monolithique, centrée sur la lutte de classes comme moteur unique de l’histoire. Il ne développe pas la notion de contradiction principale/secondaire avec la même finesse que Mao Tsé-toung. Les contradictions internes sont souvent traitées comme des menaces, même quand elles ne sont pas antagonistes — d’où les purges et répressions. La dialectique stalinienne est moins contextuelle et tend à figer les ennemis dans des catégories fixes par la paranoïa qui lui est inhérente. Mao Tsé-toung, en revanche, avait introduit une flexibilité dialectique qui permet d’adapter la stratégie révolutionnaire à la réalité concrète.

Un des débouchés de cette distinction entre contradictions est la guerre économique...

...vous allez le comprendre à la fin du prochain paragraphe. (Parenthèse cela se manifeste dans ses conséquences peut-être à travers le colbertisme qui s'est imposé actuellement en Chine).

Christian Harbulot, ancien maoïste a développée à l’École de guerre économique (EGE), qu’il dirige depuis sa fondation en 1997 une certains nombre d'idées-principes. 1°) La guerre économique est vu comme affrontement stratégique ; Christian Harbulot considère que les États et les entreprises sont engagés dans une compétition mondiale où l’information est une arme et il distingue la guerre économique des simples rivalités commerciales : c’est un conflit d’influence, de normes, de perception et de puissance, qui tient plus du taux de profit et de la valeur de la monnaie nationale que de la marge de profit pour parler en termes d'économie institutionnelle, elle tient plus de la souveraineté que de la compétition. 2°) L’intelligence économique est un outil de souveraineté et l’EGE forme à l’intelligence économique offensive, c’est-à-dire à la collecte, l’analyse et l’usage stratégique de l’information : Christian Harbulot insiste sur la nécessité pour les entreprises françaises de se protéger et de contre-attaquer face aux stratégies anglo-saxonnes ou chinoises. 3°) Il développe l’idée que l’information peut être utilisée pour déstabiliser un concurrent, c'est un usage subversif de l’information pour influencer les opinions ou manipuler les marchés et cela va jusqu'à la guerre cognitive, que nous développons plus bas, où les perceptions sont façonnées pour affaiblir un adversaire sans recours à la force. 4°) Défendre une pédagogie de la stratégie non-conventionnelle dite d’influence et instituant des rapports de force favorables ; Christian Harbulot est l’auteur de nombreux ouvrages comme L’art de la guerre économique, La guerre cognitive, Sabordage, ou encore le Manuel d’intelligence économique, textes qui servent de base à l’enseignement de l’EGE et à la diffusion de ses idées dans les milieux stratégiques. La contradiction majeure et la contradiction mineure sont utilisé par Christian Harbulot pour analyser une situation économique, mais il l'inscrit désormais dans un cadre nationaliste plutôt qu'internationaliste ou plutôt il semble que la distinction entre majorité et minorité se fasse entièrement au sein d'une nation, en ce que le représentant de la majorité - au pouvoir ou à la direction - est responsable du compromis.

Qu'est-ce que la guerre cognitive ? La guerre cognitive, selon Christian Harbulot, est une forme d’affrontement stratégique où la connaissance devient une arme. Elle ne repose pas seulement sur la manipulation de l’information mais vise aussi à influencer les perceptions, les raisonnements et les comportements d’un adversaire ou d’un public cible. Elle consiste à cibler les esprits pour influencer les opinions, les croyances, les émotions, à altérer la réalité (Steve Jobs) pour diffuser des récits ou des symboles qui modifient la perception d’un enjeu, à semer le doute ou la confusion pour affaiblir la cohérence mentale d’un adversaire, à utiliser la ruse et la stratégie indirecte puisqu'il s’agit de vaincre sans combattre comme dans l’art de la guerre de Sun Tzu. Ceci est différent de la méthode appliqué par Donald Trump qui consiste à générer un rapport de force explicite voire menaçant avant toute négociation, pour en favoriser l'issue. C'est pourquoi Christian Harbulot distingue cette guerre des approches anglo-saxonnes (comme l’information warfare) en insistant sur la subversion intellectuelle et la maîtrise des rapports de force cognitifs.

Comment les entreprises appliquent l’intelligence économique ? L’intelligence économique (IE) est une démarche stratégique qui permet aux entreprises de surveiller leur environnement, de protéger leurs actifs immatériels et d'influencer dans leur intérêt leur écosystème. Les trois piliers de l’intelligence économique sont : la veille stratégique à travers le suivi des concurrents, des innovations, des réglementations et l'analyse des signaux faibles pour anticiper les évolutions du marché ; la protection du patrimoine informationnel à travers la sécurisation des données sensibles et la prévention contre l’espionnage industriel ou les cyberattaques ; l'influence et le lobbying à travers la participation à l’élaboration des normes et Construction d’une image favorable dans les médias et auprès des décideurs (le washing). L'IE n'est pas une IA, par contre elle à voir avec la Documentation extérieure, telle qu'on la retrouve dans l'acronyme du SDECE.

On ne confondra pas l’École de guerre économique (EGE) avec l’École de guerre de Paris (EGP), cette dernière est l’héritière d’une longue tradition d’enseignement militaire supérieur en France, remontant à 1876 avec la création des Cours militaires spéciaux, devenus ensuite l’École supérieure de guerre. En 1993, elle a été réorganisée sous le nom de Collège interarmées de Défense, puis a repris le nom d’École de guerre en 2011. L’École de guerre économique ou comment produire à nouveau un colbertisme ?

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article