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La Garenne de philosophie

Mos maiorum

Le mos maiorum représente un pilier fondamental des valeurs romaines traditionnelles , un code non écrit de conduite bien que présent en tant que valeurs partagées d'une élite dans les discours du Sénat notamment. On peut donner les sept piliers, les 7 valeurs fondamentale du mos maiorum, ce code de conduite ancestral de la Rome antique, qui servait de guide moral et social aux citoyens romains issus des grandes familles :

  • Fides – La fidélité, la loyauté et la confiance mutuelle. Elle implique aussi le respect de la parole donnée.

  • Pietas – La piété au sens large : respect des dieux, des ancêtres, de la famille et des institutions.

  • Majestas – La dignité et la grandeur morale, liée à la noblesse de comportement et au respect du rang.

  • Virtus – Le courage, la force morale et la capacité à agir avec bravoure et intégrité, surtout dans la sphère publique.

  • Gravitas – Le sérieux, la retenue, et le sens du devoir. Le citoyen romain doit se montrer digne et pondéré.

  • Constantia – La constance, la fermeté dans ses engagements et convictions, et la persévérance dans l’épreuve.

  • Frugalitas – La simplicité qu'on s'impose, le rejet du luxe excessif et l’attachement à une vie sobre.

Ces vertus formaient un idéal collectif, souvent invoqué par les politiciens conservateurs pour rappeler aux Romains l'exemple des ancêtres et la grandeur de la République. Le mos majorum célèbre la fidélité, la piété, la dignité, la constance, la frugalité et le sérieux. Mais il n’est pas la seule seule constitution de mœurs, « mos », dans la culture latine ou occidentale. La majesté (majestas) est un mélange de dignitas (prestige) et d'auctoritas (influence). L'auctoritas, c'est l'influence fondée sur la carrière au sein des honneurs, la capacité à influencer les décisions, la légitimité issue de l’expérience et du prestige accumulés, la considération et reconnaissance inspirée à autrui. La dignitas , c'est la valeur personnelle reconnue publiquement, le prestige social, le rang, l'honneur., ce que l'on nommera le pairage ou paratge au Moyen-âge, la reconnaissance du même statut entre pairs et donc des échanges institutionnels possibles. Le pairage ou paratge sera confondu par la suite avec le courage ou coratge, la bravoure, la vaillance alors même qu'il s'agit du rang (de préséance), de ce rank qu'on trouve dans l'indexalisation d'internet, présentée comme inévitable, parce qu'faite suivante un liste et non un nuage d'affinité, par exemple. Aujourd'hui, on ramènerait cela en le dévalorisant au crédit social, tel qu'il est apparu ouvertement en Chine et plus implicitement sur nos réseaux parasociaux, avec cette dimension d'équivalence, au sens où tout serait comparable, qui s'oppose à la distinction de ce ceux qui, antiques, avaient des esclaves rappelons-le. Mais c'est équivalence généralisée, un peu comme la monnaie dont l'une des trois dimensions a été de favoriser le prélèvement de l'impôt par une instance centralisée dans des domaines aussi divers que possibles.

Dans la Rome antique, il y a eu des courants concurrents ou en tension avec le mos maiorum. Certains Romains influencés par la philosophie grecque remettaient en question les traditions du mos maiorum, en valorisant par exemple le plaisir ou la raison comme guides de vie. On pensera ici à l'épicurisme et au stoïcisme. Les réformes législatives impériales, comme celles d’Auguste, tentèrent de restaurer le mos maiorum, mais en codifiant davantage les mœurs par la loi, ce qui transformait en quelque sorte un code informel en prescriptions officielles. C'est n'est pas seulement la philosophie grecque qui a subverti le mos maiorum, ce sont aussi les religions venues d'orient pour les Romains comme le culte d’Isis, le mithraïsme ou même, rappelons-le, le christianisme en fin d’Empire ; elles offraient de nouveaux modèles de conduite et de valeurs, parfois opposés à celles du mos maiorum. — Bref, imaginons ce que seraient les valeurs des mœurs en opposition aux coutumes des anciens. La querelle des Anciens et des modernes a toujours existé sous divers nom et pour autant que l'infatuation et l'orgueil ont poussé à la prétention.

Il s'agit d'introduire, à présent un dimension supplémentaire qui nous permettra de faire une transition avec la suite. Il s'agit de réintroduire une notion dans son origine fictive et donc amendable par les spécialistes plus fait que nous, dans notre survol. Les deux sont présentes chez Cicéron :

Pater patriae signifie « père de la patrie » et est un titre honorifique décerné par le Sénat romain à des figures ayant sauvé ou protégé la République. En -63, ce titre fut attribué à Cicéron pour avoir déjoué la conjuration de Catilina, une tentative de coup d’État contre Rome. Ce geste symbolisait la reconnaissance de son rôle de défenseur de l’ordre républicain.

Parens patriae, en revanche, signifie « parent de la patrie » et relève du droit moderne, notamment dans les pays de common law. Il désigne le pouvoir de l’État d’agir comme tuteur pour les personnes vulnérables (mineurs, incapables, etc.) lorsque leurs intérêts sont menacés. Ce principe juridique n’est pas un titre honorifique, mais une doctrine de protection.

Terme

Signification Contexte d’usage Exemple célèbre
Pater patriae Père de la patrie Titre honorifique romain Cicéron en -63 av. J.-C.
Parens patriae Parent de la patrie Doctrine juridique moderne États agissant pour mineurs
 

Cela nous introduit en regard du maior au minor, face à l'adulte, l'enfant, face au majeur le mineur, qui n'a pas pouvoir de décision. Cela nous introduit à la chimère du mos minorum. Le terme mos minorum n’est pas une expression classique ou attestée dans les sources latines comme l’est mos maiorum. Mais il permet la logique d'une intuition linguistique, mos minorum pourrait désigner les « mœurs plus récentes » ou émergentes pour ne par dire marginales en ce qu'elles n'occupent pas le centre moral du pouvoir (potestas). Le pouvoir n'est pas encore dissocié de la puissance, comme chez Spinoza, repris par Nietzsche mais de manière moins établie, divergence possible chez les latins mais moins évidente chez les Anglo-saxons, par exemple : power recouvre les deux sens. Et c'est précisément là que l'intuition se fait impasse. Car il y a un fossé, une différence de nature entre la majorité et la minorité, entre un dressage à la verticale et une horizontalité souvent inoqué et jouant de l'illusion d'égalité mais pervertie en fait. Les partisans de l'horizontalité, de ceux qui la prône, l'horizontalité peut difficilement être plane pour ceux qui hapite sur une sphère, sauf à être locale, sauf à être ramené et par là masquer l'emprise à laquelle elle est corrélée, le phénomène du gourou ou des groupuscule qui se font et se défont autour d'une personnalité meneuse, le leadeur d'opinions. Notons, en ouverture, que le lead renvoie à la mène, qui, au passage, est aussi la manche en pétanque, car resurgit dans la langue d'une dynamique non décadente, pour autant qu'au delà du mouvement intensif on s'installerait dans les devoirs, les contraintes d'autrui, du « subconcient » social. Le mos minorum pourrait être utilisé de manière critique pour désigner des pratiques nouvelles ou modernes, perçues comme moins vertueuses ou moins enracinées dans la tradition. Cela ferait écho à des tensions historiques entre conservateurs et réformateurs dans la Rome antique, où les partisans du mos maiorum dénonçaient la décadence des mœurs contemporaines. Il n'y a pas de dialogue fictif entre mos maiorum et mos minorum en ce que nous allons le voir la relation morale entre majorité et minorité est médiée par l'envoyé ou le représentant du responsable du compromis. Il s'agit bien d'une non relation morale en fait ou pur l'amner autrement d'un rapport asymétrique, d'une impossible relation dans le dialogue, bref d'une non relation précisément parce que c'est un rapport, ratio relatio non est. La majorité est unique, symbolique, ramené à l'Un du compromis alors que la minorité est multiple. Le majoritaire, l'instance majoritaire est désigné comme responsable du compromis. La majorité n'existe pas sinon sous la forme du rang qui permet le prestige et qui est différente de la publicité ou notoriété. La publicité n'est rien d'autre pour sa dimension principale que le capital investit pour avoir un accès reconduit au marché ou si l'on veut être plus prude à l'espace prescripteur des décisions.

Voici quelques assemblages associés ou concurrents comme autant d'autres formes de mos, d'habitudes et de dispositions assemblées en mœurs :

  • Mos novus : Littéralement « la coutume neuve ». Ce terme peut désigner des changements de mœurs ou de pratiques sociales, souvent vu avec suspicion ou comme signe de décadence par les partisans du mos maiorum.

  • Mos populi : La coutume du peuple, parfois distincte du mos maiorum, notamment quand les traditions populaires divergeaient de celles des élites ou du Sénat.

  • Mos civilis ou invidividualis : Les usages civiques des individus et autres citoyens, en lien avec la vie urbaine, les institutions ou la participation à la vie politique.

Le terme mos novus n’est pas un concept canonique dans la Rome antique, mais on peut l’imaginer comme une contre-proposition au mos maiorum, une sorte de manifeste des mœurs nouvelles, portées par les jeunes générations, les réformateurs ou les esprits critiques face à la tradition. Voici une proposition créative, une institution imaginaire des 7 valeurs du mos novus, en miroir ou en tension avec celles du mos maiorum :

  • Libertas – La liberté individuelle, l’émancipation des contraintes sociales et religieuses imposées par les anciens. C'est toujours la personne conditionnée qui cherche l'émancipation, c'est tours la personne sous emprise ou enclin à l'être qui prône l'autonomie, c'est toujours l'esclave qui réclame la liberté. Vieux motif que celui de la fable de la chèvre de monsieur Seguin. Donc affirmation de soi et rejet des contraintes traditionnelles.

  • Innovatio – L’innovation, la capacité à remettre en question les traditions et à créer de nouvelles formes de pensée ou d’organisation. L'innovation n'est nullement l'invention ou la découverte mais l'inscription de celles dans l'espace social, on peut passer à côté d'une invention, la laisser retomber dans l'oubli, ne pas en faire un usage parce que l'époue n'y en a pas la nécessité quant à la résolution de ses problèmes et donc faire d'une invention ou une découverte ne soit pas une innovation. Donc créativité et remise en question des normes établies.

  • Aequalitas – L’égalité entre les citoyens, en opposition aux hiérarchies rigides du passé. L'égalité est le sens moderne de l'isonomie ou égalité devant la loi même  ce sont les discussions en assemblée et non les rumeurs qui permettent le choix de ce qui importe et relèguent par là les croyances et les présupposés, si la discussion est bien menée, s'il y a eu éducation à la curiosité auparavant. L'isonomie est supérieur à l'égalité des revenus et à l'égalité des chances car elle est la seule réalisable puisqu'elle relève purement et simplement des institution. Les Grecs (Hellènes attiques) l'indexait au principe du premier venu en tant que ce qui assure l'égalité de l'accès à la parole, qui semble être une égalité nécessaire dérivé de la première et bien entendu fustigée par les aristocrates, Socrate le premier venu. Donc Égalité sociale et refus des hiérarchies figées.

  • Voluptas – La recherche du plaisir et du bien-être personnel, valorisée par les épicuriens et souvent critiquée par les conservateurs. Cela ouvre la dialectique du frivole et du sérieux. Donc recherche du plaisir puis de la tempérance par le manque, par l'apaisement pour la recherche du bien-être personnel.

  • Mobilitas – La flexibilité, l’adaptabilité aux changements, en contraste avec la constantia du mos maiorum. Cela renvoie à un paradoxe, aberrant, chez Deleuze on peut être fixe et en mouvement, dans la recherche constante du désir qui va en fait s'épuiser, comme pour la volonté. Donc souplesse, changement, et ouverture à la nouveauté.

  • Curiositas – L’ouverture addixte à l’inconnu, à la diversité et aux savoirs étrangers (philosophie grecque, religions orientales…). Donc soif de savoir, exploration de cultures et proposotions étrangères.

  • Expressio – L’expression de soi, la valorisation de l’individu artiste, de ses émotions et de sa singularité. On retrouve cela dans le romantisme. L'expression est au cœur de la pensée artiste de Deleuze (p. 385 à 430 de Mille Plateaux). Donc valorisation de l'extrériorisation et de l’émotion, sans forcément d'originalité ou de personnalité.

Ce mos novus pourrait être vu comme le souffle d’une Rome en mutation, celle des poètes comme Ovide, des philosophes comme Lucrèce, ou des jeunes citoyens en quête de sens hors des sentiers battus, dans des relations contre-nature.

Du mos populi, les mœurs du peuple, on pourrait en faire le tableau suivant, c'est une version plus populaire, en tout cas, en tension avec les élites ou le Sénat :

  • Solidaritas – Solidarité communautaire et entraide.l’entraide est aujourd’hui le réflexe viscéral sans lequel le progrès de l’être humain se heurte au principe de prédation, Raoul Vaneigem, 2025. 

  • Labor – Valeur du travail manuel et de la contribution quotidienne. Pour le mystique, c'est le recours qui permet la présence et d'occuper une certaine par de l'attention quand l'autre est dévolue au divin ou à la manipulation.

  • Festivitas – Célébration, joie collective, et rites populaires. La festivité est le pendant du travail comme cela apparaît chez le situation Raoul Vaneigem par exemple.

  • Pragmatica – Sens pratique, adaptation aux réalités concrètes. Synonyme parfois de pas de fioritures, de droit au but.

  • Narratio – Transmission orale, mémoire collective et récits populaires. Ses synonymes sont la fiction, la fabulaion

  • Res publica – Participation civique et défense des intérêts communs. En fait c'est assez maladroit puisque c'est Cicéron qui en est le créateur, le défenseur en ce qu'il fait le lien avec sa réécriture falsificatrice de Platon.

  • Humilitas – Humilité, simplicité, et rejet de l’ostentation aristocratique.

 

Ces valeurs ne sont pas attestées dans les textes antiques, forcément, comme celles du mos maiorum, mais elles permettent d’imaginer les tensions sociales et culturelles dans la Rome républicaine et impériale. Si tu veux, on peut créer une carte mentale ou une fiction historique autour de ces deux visions du monde romain. Tu veux qu’on les incarne dans des personnages ou des dialogues ?

L'expression mos civis ou mos individualis n’est pas attesté dans les sources classiques de la Rome antique, forcément necore une fois, mais il est passionnant à imaginer comme une extrapolation moderne ou philosophique. Si le mos maiorum incarne les mœurs collectives et ancestrales, alors le mos individualis pourrait représenter une éthique centrée sur l’individu, ses choix, sa liberté intérieure.

Voici, comme pour les autres coutumes, une proposition créative des 7 valeurs qu'une interprétation fictive du mos individualis pourrait incarner :

Autonomia – L’autonomie morale et intellectuelle, capacité à se gouverner soi-même. L'autonomie suit tout un parcours qui va de Rousseau, à Kant et à Castoriadis.

Identitas – Affirmation de l’identité personnelle, singularité et authenticité.

Responsabilitas – Responsabilité individuelle face à ses actes et leurs conséquences. C'est le sérieux du mos maiorum, donc rien de nouveau pour ce qui s'en prétend.

Reflexio – Réflexion critique, remise en question des normes imposées. Je n'enlève pas mes oeillère, mon cadre conceptuel et j'en suis fiare, en plus je ne vois pas l'intérêt de me débarasser de ce privilège.

Emotio – Reconnaissance et expression des émotions comme source de vérité intérieure. Je uis sensible donc de ce fait je peux écrasé (les pieds de) les autres plutôt qu'il ne me le fasse. La revendiaction à la sensibilité est cela.

Creatio – Création de sens, capacité à inventer sa propre voie et ses propres rituels. Peu de gens ont vu la manipulation par un reste de thoélogie rationnel que permet le concept de création. La créativité permet un créatocratie. La création d'une nouvelle table de valeur ne nécessite nullement des créateurs au quotidien et tout le romantisme qui les entoure ou dont ils s'affublent. Il y a là sous-jacent une marque de décadence.

Transgressio – Franchissement des limites établies pour explorer de nouveaux horizons éthiques. Typique, d'un Georges Baataille il s'agit de franchir la limite, c'est le sadisme par exemple. La forme amoindri de la transgression consiste à jouer avec la limite en bon perverti, l'ambiguité chez Pierre Klossovski, chez son frère Balthus, chez Lewis Caroll, chez Robert Venturi. Ce n'est pas l'ambivalence, mais le questionnement de savoir s'il y a l'ambivalence, de se demander s'il me prend pour un con sans en n'obtenir de réponse, c'est là que resurgit un certains sadisme qui prend plaisir à maintenir de l'inconfort.

Ce mos individualis pourrait être vu comme une réponse contemporaine aux tensions entre tradition (maiorum), innovation (novus), jeunesse (minorum) et peuple (populi).

Cela dresse un panorama fictif des valeurs en tension, une axiologie fictive entre minorité et majorité. La majorité est une position centrale et dominante, certes sa place est comme inaltérable mais la personne qui occupe sa place est remplaçable en ce que son cadre est abstrait et symbolique. Emprunter la voie de la minorité est toujours une impasse car il s'agit bien de renverser le cadre et non de substituer la minorité à la majorité. Ceci vaut par exemple pour les féministes qui veulent substituer le matriarcat au patriarcat, comme cela est-il possible sans punir et avilir les hommes ? Mais l'égalité hommes-femmes ne s'obtiendra pas sans une certaines violence, les hommes repoussant leurs futures concessions.

Ceci est une recherche axiologique préparatrice à une table des valeurs, laquelle aurait le courage, la vaillance, la bravoure d'une part, la probité qui n'est pas la vérité d'autre part. L'artiste use de la puissance du faux, l'artifice plus que l'artefact.

 

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