Paradoxes, Problemes, Essais, & Charactères, écrit par Dr. JohnDonne, Dean of Pauls. auquel est ajouté un livres des Epigrammes Epigrams, écrit en lantin par le même auteur et de là traduit en anglais par I. Maine et delà par Anthony Le Cazals
Edition sur laquelle nous nous basons: Imprimée par T. N. for Humphrey Moseley, à the Prince’s Armes dans la paroisse de St. Paul, Londres.
1.
Pourquoi seule l’étoile de Vénus projette-t-elle une ombre ?
Est-ce parce qu’elle est plus proche de la Terre ? Mais ceux dont le métier est de s’assurer que rien ne se passe dans le ciel sans leur consentement (comme Re — le dit des astrologues) affirment que Mercure est plus proche.
Est-ce parce que les œuvres de Vénus ont besoin d’être ombrées, couvertes et embellies ? Pourtant celles de Mercure en auraient davantage besoin : son domaine, l’éloquence, n’est que jeux d’ombres et de couleurs. Si notre vie est une mer, nos raisons et nos passions suffisent à nous porter là où nous devons aller ; mais l’éloquence est une tempête qui nous égare. Et qui doute que l’éloquence, qui doit persuader les gens d’accepter le joug de la souveraineté (puis de mendier, de faire des lois pour s’y attacher davantage, et de donner de l’argent pour en inventer, réparer et renforcer les chaînes), ait besoin de plus d’ombres et de fard que pour persuader un homme ou une femme à faire ce qui est naturel ?
Les marchés de Vénus sont si naturels que, lorsque nous sollicitons la voie la plus légitime (le mariage), nos efforts ne visent pas tant à attirer une femme vers nous qu’à la détourner de tous les autres. Et donc, lorsque nous allons contre la nature, et contre les œuvres de Vénus (car le mariage est chasteté), nous avons besoin d’ombres et de couleurs, mais pas autrement.
À l’époque de Sénèque, c’était une chose vulgaire, non romaine et méprisable, même pour une matrone, de n’avoir pas eu d’amour en dehors de son mari, ce que la loi n’exigeait pas, mais qu’elles pratiquaient avec zèle, par coutume et mode : une luxure de surérogation.
Et te spectator plus qu’un amant te charme, l’adultère,
dit Martial.
Et Horace, parce que plusieurs lumières ne suffisaient pas à le montrer pleinement, créa plusieurs images du même objet en lambrissant sa chambre de miroirs. Ainsi, Vénus ne fuit pas la lumière autant que Mercure, qui, rampant dans notre entendement, verrait notre obscurité vaincue s’il était perçu.
Alors, soit cette ombre confesse cette sombre mélancolie du repentir qui l’accompagne ; soit elle signifie que les feux trop violents ont besoin d’un rafraîchissement ombragé et d’une pause ; soit encore, puisque la lumière signifie le jour et la jeunesse, et l’ombre la nuit et la vieillesse, elle proclame par là qu’elle s’adresse à toutes les personnes et à tous les âges.
2.
Pourquoi les puritains font-ils de longs sermons ?
Ce n’est pas par souci de clarté, Dieu sait qu’ils sont déjà assez simples. Et tous n’utilisent pas des accents brefs, car certains ont bien assez de crochets dans leur discours. Peut-être ne cherchent-ils pas à s’élever comme de glorieux flambeaux ou torches, mais plutôt comme de pauvres chandelles maigres, malades et veillant tristement, qui languissent dans une sorte de consomption divine dès la première minute, et qui, dans leur suif, puent quand les autres brillent dans une gloire plus utile.
J’ai parfois pensé qu’ils agissaient ainsi par conscience, offrant une longue mesure pour une marchandise grossière. Et parfois, qu’en usurpant à la chaire une liberté de parler librement des rois, ils cherchaient à régner aussi longtemps qu’ils le pouvaient. Mais désormais, je crois qu’ils le font par une imagination zélée : ils se persuadent qu’il est de leur devoir de prêcher jusqu’à ce que leur auditoire se réveille.
3.
Pourquoi le Diable a-t-il réservé les Jésuites pour les derniers jours ?
Est-ce qu’il savait que notre époque nierait la possession démoniaque, et qu’il a donc prévu ces hommes pour posséder les âmes et les royaumes ? Ou bien, pour clore les disputes des scolastiques sur la question de savoir pourquoi le Diable ne pouvait pas créer des poux en Égypte, et si les choses qu’il y présentait étaient réelles, nous a-t-il envoyé une peste véritable, pire que les dix autres ?
Ou encore, dans une démonstration de la grandeur de son royaume, que même la division ne peut ébranler, nous envoie-t-il ces hommes qui ne s’accordent avec aucun autre ? Ou sachant que notre époque découvrirait les Indes et abolirait leur idolâtrie, les envoie-t-il pour leur en offrir une nouvelle en échange ?
Ou peut-être sont-ils dans l’Église romaine depuis mille ans, bien que nous les ayons appelés par d’autres noms.
4.
Pourquoi y a-t-il plus de nuances de vert que de toute autre couleur ?
C'est parce que le vert est la figure de la jeunesse, et que la nature a voulu offrir autant de verts qu’il y a d’affections dans la jeunesse. Ainsi, elle propose un vert marin pour les dépensiers profus qui s’embarquent en voyage ; un vert herbe pour les nouveaux riches soudains, issus des pâturages ; et un vert d’oie pour ces politiciens qui prétendent préserver le Capitole.
Ou alors, c’est qu’elle a prophétiquement anticipé une époque où tous se mettraient à chasser. Et pour ceux qui se conduisent mal, un vert saule ; car les magistrats doivent autant porter les faisceaux pour châtier les petites fautes, que les haches pour trancher les grandes.
5.
Pourquoi les jeunes laïcs étudient-ils tant la théologie ?
Est-ce parce que ceux qui s’affairent à obtenir des promotions dans l’Église négligent l’étude ? Ou bien parce que l’Église de Rome avait fermé toutes nos voies, jusqu’à ce que les luthériens enfoncent ses portes les plus tenaces, et que les calvinistes en crochettent les serrures les plus intimes et subtiles ?
Assurément, le Diable ne peut être assez sot pour espérer rendre cette étude méprisable en la rendant commune. Ni croire que, comme les habitants du fleuve Origus, qui en creusant d’innombrables canaux pour arroser leur terre stérile, ont fini par épuiser et détourner le cours principal, nous, en nous procurant chacun une théologie suffisante pour notre usage personnel, négligerions nos maîtres et nos pères spirituels.
Il ne peut espérer de meilleures hérésies que celles qu’il a déjà eues, et son royaume n’a jamais été autant renforcé par les débats religieux (même entachés d’erreurs) que par une sécurité morne et stupide, dans laquelle bien des absurdités sont avalées sans résistance.
Peut-être, par une ambition semblable à celle que nous avons aujourd’hui, celle de parler franchement et en camarade avec les seigneurs et les rois, pensons-nous aussi pouvoir nous familiariser avec les secrets de Dieu. Ou alors, quand nous étudions la théologie en y mêlant des considérations humaines, ce n’est plus de la théologie.
6.
Pourquoi l’opinion commune accorde-t-elle une âme aux femmes ?
Il est admis que nous ne recevons d’elles aucune part de nos âmes mortelles, ni de sens, ni de croissance, et nous refusons une âme à d’autres créatures qui leur sont égales en tout, sauf en parole, laquelle ne vient que de leurs instruments corporels. Car peut-être qu’un cœur de bœuf, ou de chèvre, ou de renard, ou de serpent parlerait tout autant, s’il était logé dans une poitrine et pouvait mouvoir langue et mâchoires.
Ont-elles tant de moyens et d’avantages pour nous nuire (car leur amour nous a toujours détruits) que nous n’osons les contrarier, et leur accordons tout ce qu’elles veulent ? Et ainsi, lorsque certains les appellent anges, d’autres déesses, et que les hérétiques Palpulian les ont faites évêques, nous descendons si bas dans le courant que nous leur concédons une âme ?
Ou bien, en les honorant ainsi, flattent-on les princes et les grands personnages qui sont tant gouvernés par elles ? Ou est-ce que, dans cette facilité et cette prodigalité avec laquelle nous perdons chaque jour nos propres âmes, pour n’importe qui, nous nous efforçons de nous persuader que, puisque même une femme a une âme, une âme n’est pas une si grande chose ?
Ou leur prêtons-nous une âme seulement pour usage, puisqu’elles, pour nous, donnent leur âme, et leur corps en prime ? Ou peut-être est-ce parce que le Diable (qui n’est qu’âme) fait le plus de mal, et que, par convenance et proportion, comme elles s’en rapprochent, nous leur accordons une part d’âme ? Et ainsi, comme les Romains naturalisaient certaines provinces par vengeance, et les faisaient Romaines uniquement pour leur imposer le fardeau de la République, nous avons donné aux femmes une âme uniquement pour les rendre capables de damnation.
7.
Pourquoi les plus belles sont-elles les plus fausses ?
Je ne parle pas de la beauté fausse comme celle de l’alchimie, sinon la question devrait être inversée : pourquoi les plus fausses sont-elles les plus belles ? Ce n’est pas simplement parce qu’elles sont très sollicitées et recherchées, l’or aussi l’est, et pourtant il n’est pas si commun ; et cette quête devrait leur enseigner leur valeur et les rendre plus réservées.
Ce n’est pas non plus parce que le sang le plus délicat contient les meilleurs esprits, car qu’est-ce que cela a à voir avec la chair ? Peut-être que de telles constitutions ont les meilleurs esprits, et qu’il n’existe pas de sujet plus proportionné à l’esprit féminin que la tromperie ? L’âme suit-elle si étroitement la température du corps, que ces tempéraments, étant les plus enclins au changement, rendent l’esprit également instable ?
Ou bien, comme les cloches faites du métal le plus pur conservent leur tintement et leur son plus longtemps, la mémoire du dernier plaisir dure plus chez elles, et les dispose au suivant. Mais ce n’est sûrement pas une affaire de teint, car celles qui se croient seulement belles sont aussitôt enclines à cette multiplicité d’amours, étant belles en imagination, elles sont fausses en réalité.
Et ainsi, peut-être que lorsqu’elles naissent avec cette beauté, ou qu’elles l’ont fabriquée, ou qu’elles l’ont rêvée, elles croient facilement que toutes les avances et attentions des hommes leur sont destinées, par un sentiment de leur propre mérite, que d’autres, moins convaincus de leur valeur, ne perçoivent pas ou rejettent.
Mais je crois que la vraie raison est la suivante : étant semblables à l’or en bien des propriétés, car tous s’en emparent, mais ce sont les pires qui le possèdent ; elles ne se soucient pas de la profondeur à laquelle on creuse pour les atteindre ; et selon la loi naturelle, Occupandi conceditur (le droit appartient à celui qui s’en empare), elles veulent aussi lui ressembler en ceci : comme l’or, pour devenir utile, accepte un alliage, elles, pour être maniables, changeantes et courantes, doivent mêler à leur nature une part de fausseté.
8.
Pourquoi seule l’étoile de Vénus projette-t-elle une ombre ?
Est-ce parce qu’elle est plus proche de la Terre ? Mais ceux dont le métier est de s’assurer que rien ne se passe dans le ciel sans leur consentement (comme Re, le dit des astrologues) affirment que Mercure est plus proche.
Est-ce parce que les œuvres de Vénus ont besoin d’être ombrées, couvertes et embellies ? Pourtant celles de Mercure en auraient davantage besoin : son domaine, l’éloquence, n’est que jeux d’ombres et de couleurs. Si notre vie est une mer, nos raisons et nos passions suffisent à nous porter là où nous devons aller ; mais l’éloquence est une tempête qui nous égare. Et qui doute que l’éloquence, qui doit persuader les gens d’accepter le joug de la souveraineté (puis de mendier, de faire des lois pour s’y attacher davantage, et de donner de l’argent pour en inventer, réparer et renforcer les chaînes), ait besoin de plus d’ombres et de fard que pour persuader un homme ou une femme à faire ce qui est naturel ?
Les marchés de Vénus sont si naturels que, lorsque nous sollicitons la voie la plus légitime (le mariage), nos efforts ne visent pas tant à attirer une femme vers nous qu’à la détourner de tous les autres. Et donc, lorsque nous allons contre la nature, et contre les œuvres de Vénus (car le mariage est chasteté), nous avons besoin d’ombres et de couleurs, mais pas autrement.
À l’époque de Sénèque, c’était une chose vulgaire, non romaine et méprisable, même pour une matrone, de n’avoir pas eu d’amour en dehors de son mari, ce que la loi n’exigeait pas, mais qu’elles pratiquaient avec zèle, par coutume et mode : une luxure de surérogation.
Et te spectator plus qu’un amant te charme, l’adultère, dit Martial.
Et Horace, parce que plusieurs lumières ne suffisaient pas à le montrer pleinement, créa plusieurs images du même objet en lambrissant sa chambre de miroirs. Ainsi, Vénus ne fuit pas la lumière autant que Mercure, qui, rampant dans notre entendement, verrait notre obscurité vaincue s’il était perçu.
Alors, soit cette ombre confesse cette sombre mélancolie du repentir qui l’accompagne ; soit elle signifie que les feux trop violents ont besoin d’un rafraîchissement ombragé et d’une pause ; soit encore, puisque la lumière signifie le jour et la jeunesse, et l’ombre la nuit et la vieillesse, elle proclame par là qu’elle s’adresse à toutes les personnes et à tous les âges.
9.
Pourquoi l’étoile de Vénus a-t-elle plusieurs noms, Hespérus et Vesper ?
La Lune possède aussi plusieurs noms, mais non pas en tant qu’étoile, plutôt selon ses divers gouvernements. Vénus, elle, est multinominée pour donner l’exemple à ses disciples prostituées, qui, si souvent, pour se renouveler ou se rafraîchir auprès des amants, ou pour se dissimuler aux magistrats, doivent changer de nom.
Peut-être prend-elle de nouveaux noms selon ses nombreuses fonctions : car, en tant que souveraine suprême de tous les soleils en général (c’est-à-dire du désir), elle est aussi associée par commission à toutes les figures mythologiques, avec Junon, Diane et toutes les autres, pour le mariage.
Peut-être est-ce à cause de ses multiples noms personnels, car ses affections ont plus de noms que n’importe quel vice : à savoir, pollution, fornication, adultère, inceste laïque, inceste ecclésiastique, viol, sodomie, masturpration, masturbation, et mille autres encore.
Peut-être ses divers noms montrent-ils son adaptabilité à divers hommes : Neptune l’a distillée et mouillée d’amour, le Soleil l’a réchauffée et fondue, Mercure l’a persuadée et jurée, Jupiter l’a sécurisée par son autorité, et Vulcain l’a martelée.
En tant qu’Hespérus, elle vous offre son bonum utile, car c’est le plus salutaire le matin ; en tant que Vesper, son bonum delectabile, car c’est le plus agréable le soir. Et puisque les hommes industrieux se lèvent et s’activent avec le Soleil dans leurs affaires civiles, cette étoile les précède un peu, et les rappelle un peu après pour ses propres affaires. Car assurément :
Venit Hesperus, ite capellae (Voici Hespérus, allez, chèvres)
...fut dit aux amants sous les traits de chèvres.
10.
Pourquoi les nouveaux officiers sont-ils les moins oppressants ?
Faut-il que le vieux proverbe — les vieux chiens mordent le plus fort — soit vrai pour toutes sortes de chiens ? Il me semble que le souvenir encore frais de l’argent qu’ils ont déboursé pour obtenir leur charge devrait les presser de se rembourser. Et peut-être ne font-ils que paraître plus doux à leurs solliciteurs, qui, comme tous les patients, considèrent tout changement de douleur comme un soulagement.
Mais si c’est le cas, c’est peut-être parce que le sentiment soudain et la satisfaction de l’honneur du poste ralentissent et atténuent leur avidité de profit ; et ainsi, ayant calmé leur appétit, ils peuvent se passer du second service pendant un temps. Ou bien, ayant franchi la partie la plus raide de la colline, et grimpé au-dessus des compétitions et oppositions, ils osent flâner et reprendre leur souffle.
Peut-être, venant de postes où ils n’ont goûté aucun gain, un peu leur semble beaucoup au début, car il faut longtemps avant qu’une conscience chrétienne ne rattrape ou ne s’égare dans le cœur d’un officier. Il se peut aussi que, par cette maladie générale des hommes à ne pas aimer le souvenir de leur prédécesseur, ils cherchent à le discréditer par leur douceur, et à faire bonne impression, afin que, ayant attiré beaucoup d’eau à leur moulin, ils puissent ensuite moudre à leur aise.
Car si, selon les règles de l’équitation, ils jugeaient sain de partir au trot modéré, ils devraient aussi ralentir à l’approche de la fin du voyage, et non pas accélérer sans cesse et galoper jusqu’à la porte de l’auberge : la tombe ; sauf si, à ce moment-là, leur conscience les touche si fort qu’ils considèrent comme une injustice et un tort, tant pour celui qui devra vendre que pour celui qui devra acheter la charge après leur mort, le fait de rester honnête et ainsi de discréditer la fonction, en la faisant baisser de valeur ou de loyer.
11.
Pourquoi la vérole s’attaque-t-elle si volontiers au nez ?
Paracelse dit peut-être vrai : chaque maladie a son point d’exaltation dans une partie précise du corps. Mais pourquoi celle-ci dans le nez ? Est-ce par miséricorde, pour que l’on ne sente pas sa propre puanteur ? Ou bien est-ce simplement sa fortune habituelle : née et élevée dans les lieux les plus obscurs et secrets, elle rampe et s’insinue comme un serpent, sans être soupçonnée ni vue, et parvient ainsi plus vite aux hautes sphères, capable de détruire le membre le plus noble, plus qu’une maladie de meilleure naissance ?
Peut-être, comme les souris qui vainquent les éléphants en rongeant leur trompe, c’est-à-dire leur nez, cette misérable vermine indienne tente de faire de même avec nous. Ou bien, comme l’ancienne coutume furieuse et la tolérance de certaines lois permettaient de couper le nez des adultères, cela n’était qu’un symbole ; et maintenant que des lois plus charitables ont retiré toute vengeance des mains privées, ce magistrat commun et bourreau invisible vient faire le même office.
Ou encore, en retirant cette partie si visible, le nez, elle nous avertit de ne pas nous aventurer sur cette côte : car c’est aussi bon de prendre un drapeau comme marque que d’en hisser un. Il se peut que la chaleur, plus puissante et active que le froid, se soit sentie lésée, et que l’harmonie du monde ait été troublée lorsque le froid a pu montrer la voie vers les nez en Moscovie, à moins qu’elle n’ait trouvé un moyen de faire de même ailleurs.
Ou bien, parce qu’il existe, selon tous, une analogie, une proportion et une affinité entre le nez et la partie où cette maladie est d’abord contractée , et c’est pourquoi Héliogabale choisissait ses favoris dans les bains selon leur nez ; et Albertus avait une intention malicieuse en préférant les grands nez ; et le poète licencieux s’appelait Naso Poeta.
Je pense que la raison la plus proche de la vérité est que le nez est le plus compatissant envers cette partie. À moins que ce ne soit plus juste encore : que cette maladie, en particulier, s’en prenne à la partie la plus éminente et la plus visible, comme elle s’en prend, en général, aux hommes les plus éminents et les plus en vue.
12.
Pourquoi ne meurt-on plus d’amour aujourd’hui ?
Parce que les femmes sont devenues plus faciles. Ou parce que notre époque a offert à l’humanité bien d’autres moyens de se détruire, la vérole, la poudre à canon, les mariages précoces, et les controverses religieuses. Ou bien parce qu’il n’existe aucun précédent ou exemple véritable dans l’histoire ? Ou peut-être que certains meurent bien ainsi, mais ne méritent ni mémoire ni mention.
13.
Pourquoi les femmes aiment-elles tant les plumes ?
Elles pensent que les plumes imitent les ailes, et manifestent ainsi leur agitation et leur instabilité. Comme elles le sont dans leur substance, elles voudraient l’être aussi dans leur nom, comme les brodeuses, les peintres, et autres artisans de vanités raffinées, que le vulgaire appelle pluminaires. Ou bien elles portent des plumes pour la même raison qui les pousse à aimer les hommes les plus indignes : afin d’être excusables dans leur inconstance et leurs fréquents changements.
14.
Pourquoi l’or ne salit-il pas les doigts ?
Est-ce qu’il dirige tout son venin vers le cœur ? Ou est-ce pour que la corruption ne soit pas visible ? Ou parce que ce qui doit payer des choses pures, comme l’amour, l’honneur, la justice et le ciel, doit le faire purement ? Ou bien parce que l’or ne passe que rarement entre des mains innocentes, et que celles qui l’ont déjà souillé ne permettent plus de discerner sa souillure ?
15.
Pourquoi les grands seigneurs, parmi tous leurs dépendants, choisissent-ils de préserver leurs petits souteneurs ?
Ce n’est pas parce qu’ils sont les plus proches de leurs secrets, ceux qu’ils introduisent eux-mêmes les approchent davantage. Ni parce qu’ils ont partagé le ventre avec leurs entremetteuses, car alors ils aimeraient aussi leurs frères. Ni parce qu’ils sont témoins de leurs faiblesses, car ce sont eux-mêmes des êtres faibles.
C’est peut-être parce qu’ils ont une double emprise sur leurs maîtres : leur procurant à la fois le plaisir et les soins après coup, leur apportant toujours ce dont ils auront besoin, et les rendant ainsi indispensables. Ou parce qu’ils peuvent être reçus et tolérés partout, et que les seigneurs ne se débarrassent que de ceux qu’ils peuvent détruire par ce moyen.
Ou peut-être nous trompons-nous, et chaque seigneur ayant plusieurs dépendants, et nécessairement certains qui montent en grade, nous ne remarquons que ceux-là.
16.
Pourquoi les courtisans deviennent-ils plus vite athées que les autres hommes ?
Est-ce parce que, comme les médecins qui contemplent la nature et trouvent tant de choses obscures soumises à la raison, ils pensent que tout est ainsi ? De même, voyant les destins des hommes se jouer à la cour, la folie, les renversements, la guerre, la paix, la vie et la mort, ils ne cherchent pas plus haut.
Ou bien, une familiarité quotidienne avec la grandeur engendre-t-elle un mépris de toute grandeur ? Ou parce qu’ils voient que l’opinion, le besoin mutuel et la peur fondent les degrés entre serviteurs, seigneurs et rois, pensent-ils que Dieu aussi n’est devenu créateur de l’homme que pour de telles raisons ?
Peut-être est-ce parce qu’ils voient le vice prospérer davantage à la cour, et, accablés par le péché, cherchent à se soulager en rejetant la crainte et la connaissance de Dieu, comme les criminels rejettent la magistrature. Ou bien y a-t-il simplement plus d’athées en ce lieu, parce que c’est le fou qui a dit dans son cœur : Il n’y a point de Dieu.
17.
Pourquoi les hommes d’État sont-ils les plus incrédules ?
Sont-ils tous assez sages pour suivre l’excellent modèle de Tibère, qui amena le Sénat à s’appliquer à le croire, même lorsque ses propos étaient contraires ou diamétralement opposés à leurs intérêts, au point qu’Asinius Gallus faillit le tromper en le croyant, tout comme le maire et les échevins de Londres sous Richard III ?
Ou bien les affaires dont ils s’occupent sont-elles si conjecturales, si sujettes à des interventions imprévues, qu’ils sont forcés de parler de manière oraculaire, chuchotée, vague, et donc évasive, comme les rédacteurs d’almanachs pour la météo ?
Ou est-ce que ces fameuses arcana imperii, comme savoir par qui le prince est excité, et par qui il se soulage, ou de quelle étoffe sont faites ses chaussettes, sont si profondes et si secrètes que toute erreur à leur sujet devient impardonnable ? Si tel était le motif, il ne s’appliquerait pas qu’aux affaires d’État.
Mais pourquoi refusent-ils même de dire l’heure ou le temps qu’il fait, s’ils jugent que cela ne sert pas leurs intérêts, comme les sorcières refusent de prononcer le nom de Jésus, même dans une malédiction ?
Peut-être ne savent-ils rien en dehors de leur propre élément, ou bien une habitude prise dans un domaine engendre une habitude dans tous les autres. Ou bien les gens du bas imitent les seigneurs, qui imitent leurs princes, lesquels imitent leur souverain. Ou alors ils ne croient que les uns les autres, et ne rencontrent jamais la vérité.
Ou bien ils s’abstiennent du petit canal de vérité, de peur qu’en le suivant, ils ne finissent par trouver la source elle-même : Dieu.
18.
Pourquoi Sir Walter Raleigh fut-il jugé l’homme le plus apte à écrire l’histoire de son temps ?
Était-ce parce que, lors de son procès, on lui dit qu’un témoin s’accusant lui-même valait pour deux, et qu’en écrivant les maux de son époque, il paraîtrait ainsi plus crédible ?
Ou parce qu’il pourrait revivre ces temps par la méditation qu’en offre l’écriture ?
Ou bien parce que, s’il s’aventurait à traiter des temps plus anciens, il ne croit pas pouvoir s’approcher davantage du commencement du monde ?
Ou encore parce que, tel un oiseau en cage, il prend ses chants de chaque passant qui vient de siffler ?
Ou parce qu’il ne pense pas que le meilleur écho soit celui qui répète le plus de mots, mais celui qui répète moins, plus clairement ?
LES CHARACTERES
1.
Le portrait d’un Écossais à première vue
À sa première apparition à la Charterhouse, il portait un habit de velours couleur olive, devenu depuis couleur souris. Une paire de bas rouges non lavés, une chaussure quelconque, un col d’Édimbourg et des manchettes de Londres, toutes deux étrangères à sa chemise. Une plume blanche dans un chapeau qui avait été bouilli. Un seul manteau contre la pluie, qu’il faisait servir pour tous les temps.
Un demi-arpent stérile de visage, au milieu duquel un nez proéminent s’élevait comme le nouveau mont de Wanstead, dominant sa barbe et toute la contrée sauvage alentour. Il était assez suivi, mais mal entouré : des suiveurs muets et rampants, qui pourtant ouvraient la voie à leur maître, le Laird.
Lors de sa première présentation, ses chausses faisaient office de valise, de paquets, de malles, de sacs de voyage et de portemanteau. Il devint ensuite un faiseur de chevaliers, et il existe de sa marchandise à 100, 150 et 200 livres sterling.
Immédiatement après cela, il changea d’habit, sa maîtresse aussi, et ils allèrent à un combat d’ours, où je ne les suivis pas, mais Tom Thorney, lui, y alla.