23 Septembre 2025
Née en mars 1887, Sylvia Beach était la fille du milieu du révérend Sylvester Woodbridge Beach et d'Eleanor Thomazine Orbison. Elle a grandi dans le presbytère de son père à Baltimore, et est arrivée pour la première fois à Paris lorsque son père a pris un poste avec l'Église américaine là-bas pendant deux ans. Pour Sylvia, ce fut le début d'une longue histoire d'amour avec la capitale française. Après avoir travaillé avec la Croix-Rouge et appris l'espagnol et l'italien lors de ses voyages à travers l'Europe, Sylvia est retournée à Paris, où une communauté de migrantes lesbiennes américaines a prospéré. Sylvia, comme beaucoup d'autres femmes, a trouvé une plus grande liberté loin de chez elle. A 30 ans, elle s'inscrit à la Sorbonne, où elle étudie la littérature française.
Entre 1918 et 1919, Sylvia et sa sœur Holly partent en Serbie avec la Commission Balkan de la Croix-Rouge américaine. Cette expérience dévoile son féminisme et ses idées politiques socialistes. Elle devient par la suite l'amie et le soutien d'Hélène Brion, en contribuant au journal La Lutte féministe.
Au cours de ses études à Paris, Sylvia est tombée sur La Maison des Amis des Livres – une librairie de la rive gauche qui a accueilli la première bibliothèque de prêt moderne de France. Son fondateur et propriétaire, Adrienne Monnier, était le grand amour de la vie de Sylvia. En 1919, elle suit ses conseils et ouvre Shakespeare and Company au 8 rue Dupuytren. En mai 1921, elle déménage sa librairie au 12 rue de l'Odéon
L'écrivain James Joyce est l'un des trois amours de la vie de Sylvia avec sa librairie et Adrienne Monnier. Elle explique comment est née l'idée d'éditer Ulysse : « Ce livre étant interdit en Angleterre, il ne restait qu’à le faire paraître en France, c’était obligatoire, notre chef-d’œuvre ! Naturellement en France : le seul pays où l’on pouvait exprimer les choses de l’esprit avec liberté. Je n’avais pas un sou et pas d’expérience. Heureusement, Adrienne Monnier était là et m’a conseillée. James Joyce l’appelait la conseillère en affaires de "Shakespeare ans Company" J’ai décidé de faire imprimer mille exemplaires, Joyce me disait "jamais vous ne vendrez un exemplaire d’'Ulysse', ce livre si ennuyeux ». Cette relation entre James et Sylvia se dégrade. Elle dira à ce propos : « J'ai compris que travailler avec ou pour James Joyce, le plaisir était mien, les profits étaient siens. Mais c'était tout ce que je pouvais faire pour empêcher ma librairie d'être entraînée vers le bas » (Entretien de 1948 dans l'audio plus bas). La fin de leur relation professionnelle en 1931 s'accompagne de la mauvaise foi de James Joyce qui négocie derrière son dos un contrat avec Random House. Tandis qu'Adrienne Monnier explique les péripéties de la traduction : « Ma première idée a été de faire traduire 'Ulysse', dès que j’ai su qu’une telle œuvre existait. Mais la tâche était immense et peut-être insurmontable. (…) Notre première tentative de traduction remonte à décembre 1921. Valery Larbaud lui-même s’était attaqué à un passage très difficile, une scène dans un bar avec deux charmantes barmaids, au style très musical, assez surréaliste » (Entretien de 1948 dans l'audio plus bas).
Margaret Anderson, Natalie Barney, Djuna Barnes, Janet Flanner
Sylvia Beach, Shakespeare and Company, Londres, Faber & Faber, 1959, 232 p.
Autres conséquences
Almanach des dames. Sa langue réfractaire de Djuna Barnes
Écrit, aux dires de Djuna Barnes, en quelques semaines du printemps 1928 comme « une blague », une distraction pendant l’hospitalisation de sa compagne Thelma Wood, imprimé sur les presses Darantière à Dijon, desquelles était sorti l’Ulysse de Joyce quelques années auparavant, publié aux frais de l’auteur et de quelques-uns de ses amis chers, distribué sous le manteau à Paris et plus tard New York par les mêmes amis, l’Almanach des dames est un livre à part dans l’œuvre de Djuna Barnes. En se réappropriant les codes et les formes de la littérature grivoise des siècles antérieurs, en saturant le texte d’allusions et d’équivoques sexuelles, Djuna Barnes dresse une topographie entièrement nouvelle du corps féminin, du point de vue de « l’Œil lesbien ».