27 Mai 2026
Le camp de Septfonds, situé sur la commune de Septfonds dans le département du Tarn-et-Garonne, à une quinzaine de kilomètres au nord de Montauban, fut l'un des nombreux camps créés en urgence au début de l'année 1939 pour faire face à l'afflux massif des réfugiés républicains espagnols. Implanté au lieu-dit Judes, sur un vaste plateau de plus de 50 hectares à proximité immédiate du bourg, il est parfois désigné sous le nom de « camp de Judes » ou « camp de Septfonds-Judes » dans les documents d'époque et la littérature historique.
Sa construction fut décidée par le gouvernement Daladier en février 1939, dans le contexte de la Retirada, l'exode massif consécutif à la chute de la Catalogne républicaine face aux troupes franquistes. Près de 500 000 Espagnols franchirent alors la frontière pyrénéenne, créant pour les autorités françaises une crise humanitaire et politique sans précédent. Au-delà des camps de plage du Roussillon (Argelès-sur-Mer, Saint-Cyprien, Le Barcarès), saturés et insalubres, le ministère de l'Intérieur décida la création d'un réseau de camps de l'arrière, parmi lesquels Gurs, Bram, Agde, Le Vernet d'Ariège, Rivesaltes et Septfonds. La construction du camp de Septfonds fut entreprise dans des conditions précaires à partir du 5 mars 1939 par les réfugiés espagnols eux-mêmes, sous l'encadrement de l'armée française et de tirailleurs sénégalais. En quelques semaines, 45 baraques en bois furent érigées, capables d'abriter théoriquement 16 000 personnes, complétées par des installations sanitaires sommaires, une cuisine centrale, une infirmerie et des bâtiments administratifs. Le camp était entouré de barbelés et surveillé par des miradors.
Dès son ouverture, le camp reçut environ 16 000 réfugiés espagnols, essentiellement des hommes — combattants de l'Armée populaire républicaine, miliciens, militants politiques et syndicaux. Comme l'a montré Geneviève Dreyfus-Armand dans L'Exil des républicains espagnols en France (Albin Michel, 1999), Septfonds présentait une particularité notable : il accueillait une forte proportion de militants anarchistes de la CNT-FAI et de combattants de la Colonne Durruti, ce qui en faisait, comme Le Vernet d'Ariège, un camp politiquement « marqué ». Les conditions de vie étaient extrêmement rudes :
Plusieurs centaines d'internés moururent durant cette première période, principalement de maladies (typhoïde, dysenterie, pneumonie) liées aux conditions sanitaires déplorables et à l'épuisement consécutif à la Retirada. Ils reposent au cimetière espagnol de Septfonds, créé spécialement à proximité du camp, qui constitue aujourd'hui un haut lieu de la mémoire de l'exil républicain espagnol en France. À partir du printemps 1939, l'administration française organisa progressivement la « sortie » des internés selon plusieurs modalités :
Avec la déclaration de guerre en septembre 1939, le camp de Septfonds évolua dans ses fonctions. Une partie des installations fut utilisée pour le rassemblement et l'instruction des engagés volontaires étrangers, notamment ceux qui s'engageaient dans la Légion étrangère ou dans les RMVE. Plusieurs unités furent ainsi formées au camp avant d'être envoyées au front lors de la campagne de France de mai-juin 1940. Parallèlement, Septfonds servit de centre de transit pour les Compagnies de Travailleurs Étrangers (CTE), qui regroupaient des Espagnols, des Polonais, des Italiens antifascistes et divers autres étrangers astreints au travail au service de l'effort de guerre français.
Après l'armistice du 22 juin 1940 et la mise en place du régime de Vichy, le camp de Septfonds connut une nouvelle métamorphose. Il fut intégré au dispositif d'internement administratif mis en place par le gouvernement de l'État français au titre notamment de la loi du 4 octobre 1940 « sur les ressortissants étrangers de race juive » et des dispositions répressives visant les « indésirables ».
Le camp accueillit alors plusieurs catégories d'internés :
Les effectifs du camp variaient considérablement selon les périodes, oscillant entre quelques centaines et plusieurs milliers d'internés.
À l'été 1942, dans le cadre des accords Bousquet-Oberg et de l'intensification de la « solution finale » sur le territoire français, le camp de Septfonds joua un rôle tragique dans la déportation des Juifs de la zone sud. À la suite de la rafle du 26 août 1942 en zone non occupée — opération de grande ampleur ordonnée par René Bousquet et visant les Juifs étrangers réfugiés en zone libre —, plusieurs centaines de Juifs furent rassemblés au camp de Septfonds, qui servit de centre de regroupement avant transfert vers Drancy.
Deux convois principaux quittèrent Septfonds à destination de Drancy à la fin du mois d'août 1942 :
De Drancy, ces internés furent presque tous déportés vers Auschwitz-Birkenau par les convois n° 29 (7 septembre 1942) et suivants. Très peu en revinrent. Selon les recherches de Serge Klarsfeld (Mémorial de la déportation des Juifs de France, 1978), les noms et destinées individuelles de ces déportés sont aujourd'hui largement documentés.
À partir de fin 1942 et après l'occupation de la zone sud par les troupes allemandes (novembre 1942), le camp de Septfonds vit ses fonctions à nouveau évoluer. Il servit principalement de :
En 1944, dans le contexte de la lutte contre les maquis du Quercy et de la répression menée par la division Das Reich lors de sa remontée vers la Normandie (massacres de Tulle et d'Oradour-sur-Glane, juin 1944), le camp servit également de lieu de détention pour des résistants et des civils raflés. Plusieurs exécutions sommaires eurent lieu à proximité du camp durant l'été 1944.
Le camp fut libéré en août 1944 lors de la libération du Tarn-et-Garonne par les forces de la Résistance et les troupes alliées.
Selon les travaux des historiens spécialisés — notamment Hélène Chaubin et les recherches conduites sous l'égide de l'association « Septfonds, mémoire du camp de Judes » —, on estime que plus de 16 000 républicains espagnols transitèrent par Septfonds entre mars 1939 et le début de 1940, et que plusieurs milliers d'autres internés (Juifs, Tsiganes, politiques, résistants, travailleurs étrangers) y séjournèrent entre 1940 et 1944. Plus de 80 internés espagnols moururent durant la première période et reposent au cimetière espagnol de Septfonds. Plusieurs centaines de Juifs furent déportés de Septfonds vers Auschwitz, principalement à l'été 1942. Le bilan exact des morts au camp et des déportés reste l'objet de recherches en cours.
Comme pour la quasi-totalité des camps d'internement français, la mémoire du camp de Septfonds fut longtemps occultée après 1945. Le camp fut démantelé dès l'après-guerre, ses baraques démontées, le terrain rendu à l'agriculture. Seuls subsistaient le cimetière espagnol, le cimetière des Tsiganes et quelques vestiges épars.
Le travail mémoriel fut initié principalement par :
Plusieurs étapes marquantes peuvent être soulignées :
Le site comprend aujourd'hui plusieurs lieux mémoriels :
Le camp de Septfonds présente plusieurs caractéristiques qui en font un site mémoriel d'importance dans l'archipel concentrationnaire français :
Sources principales :