2 Octobre 2025
La colonie de Réunion, fondée au Texas en 1854 par Victor Considerant et un groupe de disciples français, est sans doute l’expérience fouriériste la plus célèbre hors d’Europe. Elle incarne à la fois l’audace et les limites du passage de l’utopie à la pratique. Après l’échec de l’insurrection républicaine de juin 1849, Considerant s’exile en Belgique puis aux États‑Unis. Convaincu par Albert Brisbane que l’Amérique est un terrain favorable aux expériences sociétaires, il publie en 1854 son manifeste Au Texas, où il décrit la région de Dallas comme une « terre promise » pour fonder un phalanstère. Une société en commandite par actions, la Société de colonisation européo‑américaine au Texas, est créée à Bruxelles pour lever des fonds et recruter des colons. Installation et organisation. Au printemps de 1855, environ 200 colons français débarquent au Texas près de l’actuelle Houston et se dirigent vers le nord en transportant leurs biens dans des chariots à bœufs, parcourant près de 400 kilomètres et s’installent sur un domaine de 2 000 acres près de la Trinity River, à l’ouest de l’actuelle ville de Dallas, sur le site de leur nouvelle colonie le 22 avril 1855. Ils baptisent le lieu Réunion, symbole d’unité et d’harmonie. Ils sont rejoints ensuite par des Suisses, des Belges et quelques Américains Les colons construisent rapidement des bâtiments collectifs : boulangerie, forge, buanderie, distillerie, tannerie, ateliers divers. L’organisation s’inspire des principes de Fourier comme la mise en commun des ressources et la répartition équitable des revenus. L'égalité des sexes y est pratiquée et les femmes ont le droit de vote dans la colonie.
Mais très les difficultés s'accumulent. Il faut dire que novices en agriculture, ils se sont installés ; le terrain de 8 km² était un vaste gisement de calcaire qui servira comme pierre de construction lors de l'expansion de la ville de Dallas. Le mauvais choix des terres avec un sol calcaire est peu fertile et mal adapté aux cultures envisagées ; le manque de préparation agricole avec la plupart des colons qui sont artisans, horlogers, tailleurs, brasseurs, peu habitués aux travaux de défrichement et de culture ; un climat rude fait de sécheresses, orages violents et maladies fragilisent la communauté ; à cela s'ajoutent l'isolement et les tensions, sans compter la barrière de la langue et les différences culturelles compliquent les relations avec les fermiers texans voisins ; les divergences sur l’organisation, la gestion financière déficiente, et les départs successifs de familles génèrent des Dissensions internes. Dès 1856, la colonie connaît une crise grave. François Cantagrel, envoyé comme administrateur, alerte sur la situation. En 1857, la société est dissoute et la plupart des colons quittent Réunion. Quelques familles restent jusqu’en 1860, mais l’expérience est considérée comme un échec.
Le botaniste et pharmacien suisse Jacob Boll vit brièvement à La Réunion peu avant la disparition de la colonie et transmet ses connaissances à Julien Reverchon. Ce dernier se rend ensuite célèbre comme professeur de botanique au Baylor College of Medicine de Dallas. La première brasserie et la première boucherie de Dallas sont ouvertes par d’anciens colons de La Réunion et un certain Maxime Guillot fonde une manufacture de charronnerie qui demeure active durant cinquante ans
Malgré son échec, Réunion a marqué l’histoire du Texas et plusieurs colons restés sur place ont contribué au développement de Dallas ; certains furent brasseurs, vignerons, artisans. Réunion, c'est Reunion District aujourd'hui !!! Le quartier Reunion District de Dallas conserve aujourd’hui le souvenir de cette aventure. Pour l’histoire du fouriérisme, Réunion illustre la difficulté de transposer un modèle théorique exigeant dans un environnement pionnier, mais aussi la force d’attraction internationale de l’utopie sociétaire. Comme Cîteaux en France ou le Sig en Algérie, Réunion montre que les expériences phalanstériennes échouent souvent sur les mêmes points : manque de capitaux, préparation insuffisante, isolement, divergences internes.