7 Juillet 2025
Melissa Cardoza est une écrivaine, poétesse, activiste et penseuse féministe née au Honduras, d’ascendance Garífuna et Lenca. Elle se définit elle-même comme une « GaríLenca en résistance aux partis, aux maris et aux États, une femme voyageuse et curieuse ». Sa trajectoire mêle littérature, militantisme et spiritualité, dans une lutte constante contre le racisme, le patriarcat, le capitalisme et le colonialisme. Sa voix, à la fois poétique et politique, est devenue l’une des plus puissantes du féminisme décolonial latino-américain.
🌊 Une parole née des marges : identité Garífuna et Lenca
Melissa Cardoza revendique une double appartenance culturelle : Garífuna, peuple afrodescendant vivant sur les côtes caraïbes du Honduras, et Lenca, peuple autochtone des montagnes. Cette double racine nourrit une pensée intersectionnelle et territoriale, où les luttes féministes ne peuvent être dissociées des combats pour la terre, la mémoire et la souveraineté des peuples.
Elle s’inscrit dans une tradition de féminisme communautaire, aux côtés de figures comme Lorena Cabnal, et milite pour une libération des corps et des territoires face à l’extractivisme, au racisme d’État et aux violences sexuelles systémiques.
🖋️ Écrire pour survivre, écrire pour lutter
Melissa Cardoza se définit comme une écrivaine militante, pour qui l’écriture est une forme de résistance vitale. Elle affirme :
« Écrire est ma lancha salvavidas [ma barque de sauvetage] dans une réalité où j’en ai besoin. »
Ses textes mêlent poésie, manifeste, chronique et récit de vie. Elle y aborde la violence d’État, les féminicides, les révoltes lesbiennes, les résistances autochtones et les douleurs intimes. Elle écrit pour celles qui n’ont pas de voix, pour celles qu’on efface, pour celles qui se battent.
Elle est notamment l’autrice de 13 colores de la resistencia hondureña, recueil de portraits de femmes en lutte après le coup d’État de 2009 au Honduras.
Melissa Cardoza était une amie proche de Berta Cáceres, militante Lenca et cofondatrice du COPINH, assassinée en 2016 pour son combat contre les barrages hydroélectriques sur les terres indigènes. Elle lui rend hommage dans un poème bouleversant, Berta dans les eaux, traduit en français par Jules Falquet.
À travers ce texte, elle transforme le deuil en cri politique, et la mémoire en outil de lutte. Elle refuse que la justice soit dictée par les institutions complices de l’assassinat, et appelle à une justice communautaire, féministe et populaire.
En mai 2022, Melissa Cardoza participe à la Caravane féministe “Viva Ofraneh”, qui occupe symboliquement le territoire Garífuna de Triunfo de la Cruz, menacé par les intérêts touristiques et extractivistes. Elle y anime des ateliers de mémoire, de poésie et de spiritualité, affirmant que :
« La spiritualité du peuple Garífuna est probablement l’un des cœurs les plus importants de la lutte. »
Pour elle, l’art est une arme, la mémoire est un territoire, et la présence des femmes sur leurs terres est un acte de résistance.
Melissa Cardoza incarne un féminisme radical, poétique et enraciné, qui refuse les hiérarchies entre savoirs, entre luttes, entre corps. Elle nous rappelle que résister, c’est aussi écrire, chanter, pleurer, guérir, marcher ensemble. Sa voix est une brèche dans le silence, une lumière dans les marges, une invitation à désobéir avec tendresse et rage.