7 Juillet 2025
Née en 1987 à Santiago du Chili (ou San Bernardo), Daniela Catrileo Cordero est une écrivaine, poétesse, professeure de philosophie et militante féministe d’origine mapuche champurria — c’est-à-dire métisse, issue à la fois d’un héritage autochtone et non autochtone. Sa trajectoire littéraire et politique s’inscrit dans une pensée décoloniale, féministe et territoriale, où les mots deviennent des outils de résistance, de mémoire et de réinvention.
Issue d’une famille modeste, Daniela grandit à San Bernardo, dans un logement social. Son père, originaire de la communauté mapuche de Nueva Imperial, a cessé de parler le mapudungun après avoir subi du harcèlement à son arrivée à Santiago. Ce silence forcé, combiné à la mort d’un proche lors d’un affrontement avec les carabiniers, marque profondément Daniela et réveille en elle une conscience politique aiguë.
Après avoir travaillé comme vendeuse ou caissière, elle entame des études de philosophie à l’Université métropolitaine des sciences de l’éducation. Elle obtient ensuite un diplôme en journalisme culturel et un master en esthétiques américaines à l’Université pontificale catholique du Chili. Elle devient professeure de philosophie, tout en poursuivant une œuvre littéraire engagée.
Daniela Catrileo est l’autrice de plusieurs recueils de poésie et de nouvelles, dont :
Son écriture mêle langue poétique, mémoire familiale, spiritualité mapuche et critique sociale. Elle y évoque les violences coloniales, les féminicides, les exils intérieurs, mais aussi les gestes de soin, les transmissions intergénérationnelles et les résistances silencieuses.
Daniela est membre fondatrice du collectif Rangiñtulewfü, qui regroupe des femmes mapuches de la diaspora urbaine, dites champurrias. Elle codirige également la revue de littérature mapuche Traytrayko et fait partie de l’équipe éditoriale de la revue Yene (qui signifie « baleine » en mapudungun).
Son féminisme est territorial, anticolonial et communautaire. Elle critique les féminismes hégémoniques qui ignorent les réalités autochtones et appelle à une épistémologie située, enracinée dans les corps, les langues et les mémoires des peuples originaires.
Daniela participe à de nombreux festivals littéraires, colloques et ateliers en Amérique latine et en Europe. Elle milite pour une visibilité des écrivaines autochtones, pour la démocratisation de la parole poétique, et pour une justice linguistique et territoriale.
Elle affirme que l’écriture est un acte de re-existence : une manière de survivre, de guérir et de reconstruire des mondes depuis les ruines du colonialisme.
Daniela Catrileo Cordero incarne une pensée poétique insurgée, qui refuse les frontières entre art, politique et spiritualité. Sa voix, à la fois douce et tranchante, nous rappelle que résister, c’est aussi écrire, rêver et transmettre depuis les marges. Une figure essentielle pour penser les féminismes autochtones contemporains.