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La Garenne de philosophie

FEMINISME AUTOCHTONE / Aura Cumes

Née en 1973 à Chimaltenango, au Guatemala, Aura Cumes Simón est une anthropologue, écrivaine, enseignante et militante maya kaqchikel. Son œuvre, à la fois intellectuelle et politique, s’inscrit dans une critique radicale du patriarcat colonial, qu’elle définit comme une matrice de domination imbriquant racisme, sexisme et colonialisme. Sa voix, puissante et rigoureuse, est aujourd’hui l’une des plus influentes dans les cercles féministes décoloniaux d’Abya Yala (nom autochtone du continent américain).

Aura Cumes grandit dans une société profondément marquée par la hiérarchie raciale et la violence structurelle. Enfant, elle subit l’humiliation et le mépris liés à son identité de femme indigène. Ces expériences fondent une conscience précoce de l’injustice, qu’elle transformera en outil critique.

Elle étudie le travail social, puis obtient une maîtrise en sciences sociales à la FLACSO-Guatemala (2004), un doctorat en anthropologie sociale au CIESAS (Mexique, 2014), et un diplôme en études de genre à l’UNAM. Elle devient enseignante-chercheuse à la FLACSO, où elle travaille sur les études ethniques et les féminismes autochtones.

Dans sa thèse et ses nombreux articles, Aura Cumes développe une lecture originale du patriarcat colonial : un système qui, depuis la conquête, a construit les femmes indigènes comme des « servantes naturelles », assignées à la soumission, à la domesticité et à la dépossession.

Elle écrit notamment :

« La “femme indigène” est une invention coloniale, construite pour servir, se taire et disparaître. »

Elle montre que le colonialisme ne s’est pas contenté de voler les terres, mais a aussi dépossédé les peuples de leurs corps, de leurs savoirs et de leurs cosmologies.

Aura Cumes ne se reconnaît ni dans le féminisme libéral, ni dans les lectures universalistes de l’émancipation. Elle revendique un féminisme maya, enraciné dans les luttes communautaires, les spiritualités autochtones et les récits de résistance.

Elle cofonde la Communauté d’études mayas, un espace de réflexion collective où se croisent femmes, jeunes, intellectuel·les et militant·es. Elle y défend une épistémologie située, qui part des corps, des territoires et des mémoires blessées.

Elle affirme :

« Nous devons secouer les toiles d’araignée de la pensée unique qui masque le pillage. »

Aura Cumes participe à de nombreux collectifs féministes et autochtones en Amérique latine. Elle publie des ouvrages collectifs comme La encrucijada de las identidades (2006) ou Mayanización y vida cotidiana (2007), et intervient dans des colloques, des ateliers populaires et des espaces de formation.

Elle milite pour une justice territoriale, une reconnaissance des savoirs autochtones, et une libération des corps indigènes de l’assignation coloniale. Pour elle, penser, c’est aussi guérir, transmettre et désobéir.

Aura Cumes incarne une pensée insurgée, enracinée et réparatrice, qui refuse les silences imposés et les catégories dominantes. Elle nous rappelle que le féminisme ne peut être universel s’il ne reconnaît pas les blessures coloniales. Sa voix, à la fois douce et tranchante, est une invitation à repenser le monde depuis les marges, les montagnes et les mémoires.

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