7 Juillet 2025
Lorena Cabnal, née en 1973 au Guatemala, est une féministe communautaire d’origine Maya Q’eqchi’ et Xinca. Militante, guérisseuse et penseuse radicale, elle incarne une voix puissante des luttes autochtones féminines, articulant la défense du corps, du territoire et de la Terre. Son parcours, forgé dans la douleur, la résistance et la spiritualité, fait d’elle une figure incontournable du féminisme décolonial latino-américain.
Lorena grandit dans la périphérie de Ciudad Guatemala, après que sa famille a été déplacée de force de son territoire ancestral par les propriétaires terriens, comme des milliers d’autres familles indigènes pendant la guerre civile guatémaltèque. Enfant, elle subit des violences sexuelles intrafamiliales. À 15 ans, elle quitte le domicile familial pour fuir l’inceste et commence à construire sa propre voie, refusant de naturaliser la violence.
Malgré un accès tardif à l’école, seulement à 14 ans, elle poursuit des études de psychologie et de médecine transfusionnelle. Elle est soutenue par des femmes inspirantes, comme la docteure Gladys Murga et la philosophe María Rosa Padilla, qui l’initient à une lecture critique et anthropologique des sociétés indigènes.
À 25 ans, Lorena s’installe dans la montagne Xinca de Santa María Xalapán. Elle y découvre une communauté marquée par la pauvreté, la malnutrition, les grossesses adolescentes et les violences sexuelles. Avec d’autres femmes, elle fonde en 2004 l’Association des femmes autochtones de Santa María Xalapán (AMISMAXAJ), qui défend une vision politique inédite : la défense du corps-territoire et du territoire-Terre.
Ce concept central de son engagement affirme que le corps des femmes autochtones est un territoire colonisé, exploité, violé — tout comme la terre qu’elles habitent. La libération de l’un ne peut se faire sans l’autre.
Lorena ne se contente pas de dénoncer les violences coloniales ou étatiques. Elle remet aussi en cause le patriarcat au sein des structures communautaires indigènes : dans sa région, le gouvernement local est composé de 357 hommes et aucune femme. Les guides spirituels sont exclusivement masculins. Elle subit alors des attaques de ses pairs, qui l’accusent d’être « contaminée par les féministes blanches étrangères » et l’excluent de la communauté.
Malgré cela, elle poursuit son combat contre les projets miniers imposés sans consultation, les OGM, les traités de libre-échange et les spoliations territoriales. En 2013, face aux mobilisations, le gouvernement décrète l’état de siège et militarise la région. Lorena et ses camarades continuent à organiser des manifestations pacifiques, à recueillir des milliers de signatures, et à documenter les violations.
🌿 Guérison ancestrale et spiritualité féministe
Lorena se définit aussi comme guérisseuse, fille de la cosmologie Maya Xinca. Elle cofonde la Red de Sanadoras Ancestrales del Feminismo Comunitario, un réseau de femmes qui mêlent soins traditionnels, spiritualité et action politique. Pour elle, la guérison est un acte de résistance : soigner les corps, c’est aussi réparer les mémoires coloniales, les violences sexuelles et les blessures historiques.
Elle crée une université populaire locale, où elle enseigne la lecture, l’écriture et l’éducation sexuelle. Elle milite pour une autonomie reproductive, une justice réparatrice et une transmission intergénérationnelle des savoirs féminins.
Lorena Cabnal incarne un féminisme radicalement enraciné, qui refuse les séparations entre écologie, spiritualité, justice sociale et libération des femmes. Sa voix, à la fois douce et tranchante, nous rappelle que résister, c’est aussi guérir, transmettre et habiter autrement le monde.