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La Garenne de philosophie

FEMINISME / Berta Isabel Cáceres Flores

Née le 4 mars 1971 à La Esperanza, dans les montagnes de l’ouest du Honduras, Berta Isabel Cáceres Flores grandit dans une famille lenca engagée. Sa mère, infirmière et sage-femme, est aussi maire de leur commune — une rareté dans un pays où les femmes autochtones sont souvent reléguées à l’invisibilité. Très tôt, Berta est initiée à la justice sociale, à la dignité communautaire et à la résistance. Adolescente, elle s’engage dans les mouvements étudiants, puis dans les luttes pour les droits des peuples autochtones. En 1993, à seulement 22 ans, elle cofonde le Conseil civique des organisations populaires et indigènes du Honduras (COPINH), une organisation qui deviendra le cœur battant de la résistance autochtone contre les mégaprojets destructeurs.

Le combat de Berta s’inscrit dans une vision profondément écospirituelle et communautaire. Pour elle, la Terre n’est pas une ressource, mais une entité vivante, sacrée, avec laquelle les peuples autochtones entretiennent une relation de réciprocité. À partir de 2006, elle s’oppose frontalement au projet de barrage hydroélectrique Agua Zarca, porté par l’entreprise Desarrollos Energéticos S.A. (DESA), sur le fleuve Gualcarque — rivière sacrée pour les Lenca. Ce projet, imposé sans consultation des communautés, menace de détruire l’écosystème local et de priver des centaines de familles d’eau. Berta organise des assemblées, des blocages, des campagnes internationales. Elle mobilise les femmes, les anciens, les jeunes. Elle devient la voix d’un peuple que l’on tente de faire taire.

Mais cette voix dérange. À mesure que la mobilisation s’intensifie, les menaces se multiplient. Berta est harcelée, surveillée, criminalisée. En 2009, lors du coup d’État au Honduras, la Commission interaméricaine des droits humains la place sous protection. En 2013, elle est arrêtée sous de fausses accusations. En 2015, elle reçoit le Prix Goldman pour l’environnement, l’une des plus hautes distinctions écologistes au monde. Ce prix, loin de la protéger, la rend encore plus vulnérable. Elle devient une cible. Le 2 mars 2016, des hommes armés pénètrent dans sa maison à La Esperanza. Elle est assassinée dans son sommeil. Le lendemain, le monde découvre avec stupeur que l’une des plus grandes défenseures de la Terre a été réduite au silence.

Mais la mort de Berta n’a pas éteint sa lutte. Au contraire, elle l’a amplifiée. Des mobilisations éclatent dans tout le Honduras, puis à l’international. En 2019, sept hommes sont condamnés pour son assassinat, dont des employés de DESA. En 2021, Roberto David Castillo, PDG de l’entreprise, est reconnu coupable d’avoir commandité le meurtre. Ce procès, inédit, marque une victoire partielle contre l’impunité. Mais les menaces contre les membres du COPINH persistent. Sa fille, Berta Zúñiga Cáceres, reprend le flambeau, poursuivant l’œuvre de sa mère avec la même détermination.

Berta Cáceres incarne une pensée politique enracinée dans les territoires, les corps et les mémoires. Elle a su articuler écologie, féminisme, spiritualité et souveraineté autochtone dans une vision radicale de la justice. Elle affirmait :

« Ils ont peur parce que nous n’avons pas peur. » Et cette phrase, devenue slogan, continue de résonner dans les montagnes du Honduras et bien au-delà.

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