7 Juillet 2025
Née le 4 février 1974 à Xochistlahuaca, dans la région amuzga de la Costa Chica du Guerrero (Mexique), Martha Sánchez Néstor fut une militante féministe, indigène et défenseure des droits humains, dont la trajectoire a marqué un tournant dans la reconnaissance politique des femmes autochtones. Décédée prématurément le 30 juillet 2021 à Ometepec des suites du COVID-19, elle laisse un héritage puissant de dignité, de courage et de lucidité politique.
Adolescente, Martha quitte sa communauté pour poursuivre ses études à Chilpancingo. Elle y travaille au Conseil électoral de l’État, où elle rencontre d’autres femmes engagées dans la défense des droits. C’est là que germe son engagement féministe, nourri par une conscience aiguë des discriminations croisées que subissent les femmes indigènes : pauvreté, racisme, sexisme, marginalisation politique.
En 1994, elle rejoint le Consejo Guerrerense 500 Años de Resistencia Indígena, puis fonde le Conseil de la Nation Amuzga Ñe cwii ñ’oom A.C. et la coopérative de tisserandes Flores de la Tierra Amuzga, alliant ainsi résistance politique et autonomie économique.
Martha Sánchez Néstor devient l’une des premières femmes autochtones à porter une parole politique dans les espaces nationaux et internationaux :
En 2001, elle participe à la mobilisation pour faire adopter la Loi sur les droits et la culture indigène.
En 2002, elle lance le projet Voces de Mujeres Indígenas de Guerrero, pour visibiliser les luttes féminines dans les communautés.
En 2003, elle coordonne un diagnostic sur la mortalité maternelle dans les zones indigènes et fonde la Casa de la Salud à Ometepec.
En 2004, elle cofonde la Coordinadora Guerrerense de Mujeres Indígenas (CGMI), réunissant les quatre peuples autochtones de l’État : amuzgo, mixteco, nahua et tlapaneco.
Elle coécrit avec Libni Dircio Chautla et Gisela Espinosa Damián l’ouvrage Una nueva intelectualidad femenina en los pueblos indígenas de Guerrero (2010), affirmant la légitimité des savoirs féminins autochtones.
Martha préside l’Asociación Nacional Indígena Plural (ANIP), qui regroupe 54 des 56 peuples autochtones du Mexique. Elle organise le Deuxième Forum national des femmes autochtones, participe à des sessions de l’ONU à Genève et New York, et devient une référence mondiale des luttes indigènes féminines.
Elle refuse les lectures culturalistes qui réduisent les conflits à des « usages et coutumes » : pour elle, les oppressions viennent de la misère, de l’exploitation, de la violence d’État et de la militarisation. Elle défend une libre détermination des peuples, fondée sur la justice sociale, l’égalité de genre et l’interculturalité.
En 2021, elle brigue une candidature au Congrès mexicain, portée par son expérience et son autorité morale. Mais les partis politiques lui ferment la porte. Le système électoral, pourtant prompt à l’honorer à titre posthume, refuse de lui accorder une place vivante. Ce refus révèle la violence structurelle qui continue d’exclure les femmes autochtones des lieux de pouvoir.
Martha Sánchez Néstor fut une statista indigène, une intellectuelle populaire et une bâtisseuse de ponts entre les mondes. Elle nous rappelle que la justice ne peut être réelle sans la voix des femmes autochtones, et que la mémoire est un acte politique. Sa disparition laisse un vide, mais son héritage est une semence : celle d’un monde plus juste, enraciné dans la dignité.