10 Décembre 2025
Logique de la création. Sur l’Université, la vie intellectuelle et les conditions de l’innovation, publié en 2011, approfondit la réflexion de Geoffroy de Lagasnerie sur la théologie politique finissante (elle n'est pas présentée ainisi dans l'ouvrage, il s'agit bien de l'éclairage que l'on peut y apporter de l'extérieur de même qu'à notre époque république/oligarchie se détache de démocratie qui elle-même se détache de l'ochlocratie ou plêthocratie) en s’interrogeant sur les conditions sociales de la création intellectuelle et artistique. Geoffroy de Lagasnerie y analyse les obstacles institutionnels, bureaucratiques, économiques qui pèsent sur la création, et montre comment l’université, malgré ses promesses d’émancipation, tend à normaliser les pensées, à les soumettre à des logiques de performance et de rentabilité. Il défend l’idée que la création suppose un certain rapport au risque, à l’incertitude, à la rupture avec les normes établies, et que les institutions académiques, dans leur forme actuelle, sont souvent hostiles à ce type de rapport. Ce livre est une critique des logiques de gestion qui envahissent l’université, mais aussi une tentative de penser les conditions d’une vie intellectuelle libre, inventive, capable de produire des formes nouvelles de pensée et de subjectivité.
La créatocratie qui est exposée dans cet ouvrage est la clé d'ogive de la théologie politique finissante où il faudrait produire de la nouveauté (innovation n'est pas invention mais sa récupération par un système à rendement donc à épuisement, puisqu'un système cohérent jusqu'à la contradiction - le système ouert entre en contradiction avec ses principe dit-on - n'est pas un mouvement, une pensée en mouvement de par ses découvertes , synthèse et ccumulations qui ne relèvent en rien de la transgression mais d'un goût conservateur et non décadent pour le mouvement - mouvement vers la démocratie ou nivellement (accompagnement sans heurt du mouvement) que louait Nietzsche puisqu'il allait dans le sens du surhomme, à son corps défendant.
Cette notice ne rend pas compte de la richesse d'halluciation de l'ouvrage qui mène son auteur quelques livres plus tard au constat d'impuissance politique - puisqu'elle n'est en rien la capacité démocratique et que c'est sur ce filon qu'invite à aller Fleur Parisse dans son ouvrage-réponse. Enocre une fois il s'agit d'un ouvrage de théologie politique qui ne dissocie pas creatio ex materia (basée sur l'adventicité) de la creatio ex nihilo (basée sur l'éternité) car il se base sur une creatio ex transgressio qui depuis Mille Plateaux conjugue les deux (ce sont deux des quatre déterritorilisations absolues, avec l'ineptie de la Terre comme point fixe ou le motif qui apparaître après 1980 chez Deleuze du culte de la mort - qui apparaît dans le court lignes de fuite - lignes de vie et qui est explicite dans la définition donnée dans Critique et Clinique quand à la "mort"). Simplement création, n'est pas un terme propre au pensées de Pierre Bourdieu, JUdith Butler, Michel Foucault en ce que ces personnes rejettent l'idéalisme propre au vocable de la création. Chez Michel Foucault c'est le rejet des aspects spinozistes de Gilles Deleuze, Eric Alliez en a très bien parlé dans un exposé fin en fin de journée du 17 décembre 2024, coorganisée par le Columbia Center for Contemporary Critical Thought (CCCCT), le Columbia Global Paris Center, le Laboratoire IRIS (UMR 8156) de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), le Laboratoire d’études et de recherches sur les Logiques Contemporaines de la Philosophie (LLCP, EA 4008) de l’Université Paris 8.
Cela induit cette phrase chez Deleuze : « nous ne sommes pas sortis de ces problèmes », c'est problèmes sont ceux du naturalisme auxquels il faudrait ajouter ceux de la pensée de la Différence qui en découle,alors même que la rutpture en sociologie par Colette Guillaumin, qui au passage a fait comme Christine Delphy qui a fait sa thèse avec Pierre Bourdieu, est critique de celui-ci. La critique posthume ou tardive (car n'ayant rencontré aucun écho) adressée à Pierre Bourdieu par les féministes matérialistes, courant dont Guillaumin est une figure de proue (avec Monique Wittig ou Christine Delphy). Lorsque Pierre Bourdieu a publié La Domination masculine en 1998, il a été vivement critiqué pour avoir ignoré trente ans de recherches féministes, dont celles de Guillaumin. Les féministes lui reprochaient d'analyser la domination masculine essentiellement comme une structure symbolique, alors que Guillaumin avait démontré depuis les années 1970 qu'il s'agissait d'un rapport d'appropriation physique et matérielle des corps. Colette Guillaumin, dans sa thèse soutenue en 1969 à la Sorbonne avec Roger Bastide - Sociologue et anthropologue français (1898-1974) spécialiste des religions afro-brésiliennes, des relations raciales au Brésil et des phénomènes de métissage culturel - publiée en 1972 sous le titre L'Idéologie raciste, genèse et langage actuel, a développé son analyse révolutionnaire du racisme non pas comme une haine de l'« autre » (l'hétérophobie), mais comme un processus d'altérisation servant à légitimer une domination (l'auto-référenciation du groupe dominant).
On ne sort pas des thématiques de transgression et de rédemption, propre à la création romantique, mais surtout propre au surnuméraire ou à la part maudite, thématique qui semble soutenir le livre 3. Edouard Louis est un surnuméraire de campagne, d'autant plus « maudit » qu'il est homosexuel. L'ancien régime parlait simplement de « cadet » comme dans l'expression « cadets de Gascogne » pour parler de ceux qui n'héritaient pas dans les familles-souches de la position . L'aciquisition d'une position de robe ou plus exactement de bure (oui la 4e bourgeoisie aussi nommée administration (1872) ou bureaucratie par Karl Marx, le bureau est là où l'on pose sa bure, pour un moine) au sein d'un clergé séculier-régulier (dans le siècle mais avec ses propres règles énoncées dans 3) donc qui ne sort pas de la fonction propre à la « thélogie politique rationnelle ». Dit autrement la subjectivité est une modalité (interprétative ?) d'ancien régime, ni plus ni moins.
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Geoffroy de Lagasnerie trace un parcours intellectuel où la pensée ne se contente pas de décrire la réalité mais cherche à la déplacer, à en dévoiler les mécanismes invisibles, les dispositions contre-intuitives à la manière de Pierre Bourdieu et à proposer d’autres formes de vie collective et individuelle. Sa bibliographie, dense et exigeante, s’organise autour de quelques grands axes : la critique du pouvoir pénal et de l’État répressif, la réflexion sur les conditions de la pensée et de l’université, la question de la politique et de la gauche, la sexualité comme champ de pouvoir, et enfin la place de l’amitié, de la création et de la vie comme terrains d’expérimentation politique. Chaque ouvrage s’inscrit dans un dispositif plus large, où la théorie, la sociologie et la philosophie politique s’entrelacent pour former un ensemble intéragissant
Après tout. Entretiens sur une vie intellectuelle (avec René Schérer), Les éditions Cartouche, 2007 (ISBN 9782915842210)
L'Empire de l'université. Sur Bourdieu, les intellectuels et le journalisme, Éditions Amsterdam, 2007 (ISBN 9782915547535)
Sur la science des œuvres. Questions à Pierre Bourdieu (et à quelques autres), Éditions Cartouche, 2011 (ISBN 9782915842739)
Logique de la création. Sur l'Université, la vie intellectuelle et les conditions de l'innovation, Fayard, coll. « À venir », 2011 (ISBN 978-2213655840)
La Dernière Leçon de Michel Foucault. Sur le néolibéralisme, la théorie et la politique, Fayard, coll. « À venir », 2012 (ISBN 9782213671413)
L'Art de la révolte. Snowden, Assange, Manning, Fayard, coll. « À venir », 2015 (ISBN 9782213685786)
Juger. L'État pénal face à la sociologie, Fayard, coll. « À venir », 2016 (ISBN 2213666547)
Penser dans un monde mauvais, Presses universitaires de France, 2017 (ISBN 9782130785507)
Le Combat Adama (avec Assa Traoré), Éditions Stock, 2019 (ISBN 9782234087620)
La Conscience politique. Fayard, 2019 (ISBN 978-2-213-70131-8)
Sortir de notre impuissance politique, Fayard, 2020 (ISBN 9782213717104)
L'Art impossible, Presses universitaires de France, coll. « Des mots », 2020 (ISBN 9782130825463)
Mon corps, ce désir, cette loi : réflexions sur la politique de la sexualité, Fayard, 2021 (ISBN 9782213721590)
3. Une aspiration au dehors - Eloge de l'Amitié, Flammarion, 2023 (ISBN 9782080420015)
Se méfier de Kafka, Flammarion, 2024 (ISBN 9782080439383)
Par-delà le principe de répression: Dix leçons sur l’abolitionnisme pénal, Flammarion, 2025 (ISBN 9782080460134)
Ainsi, l’ensemble de l’œuvre de Geoffroy de Lagasnerie dessine une pensée qui refuse de se cloisonner, qui cherche à articuler sociologie, philosophie politique, critique littéraire et engagement concret, pour penser autrement les rapports de pouvoir, les formes de subjectivation, les modes d’existence.