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La Garenne de philosophie

FRIEDRICH NIETZSCHE / À quelles conditions la vie humaine peut-elle créer ses propres valeurs après la fin de toute certitude transcendante

"À quelles conditions la vie humaine peut-elle créer ses propres valeurs après la fin de toute certitude transcendante ?" 

La mort de Dieu est le constat que les valeurs suprêmes n'ont pas de fondement métaphysique.

Friedrich Nietzsche propose une déconstruction radicale des fondements de la morale judéo-chrétienne et platonicienne et non pas une apologie de la méchanceté ou du crime. Friedrich  Nietzsche propose une approche généalogique, c'est-à-dire une méthode philosophique qui consiste à rechercher l'origine historique et psychologique des valeurs morales. Il invite toutefois dans Le crépuscule des idoles à subir et faire subir l'opprobre et subir et faire subir les choses les plus mauvaises, ceci conduisant certainement à une expérimentation notamment celle des troubles d'adaptation légèrement différents de ceux induits par le nomadisme loin du confort routinier qui donne l'illusion de l'enracinement ou du fait d'avoir des racines. Cet éperon, cette entrée en crise conduit à une transformation profonde. Penser par-delà bien et mal, c'est adopter une perspective extra-morale, terme qui désigne une étape historique et philosophique où l'on cesse de juger une action selon ses intentions ou selon une norme transcendante pour l'évaluer selon sa capacité à favoriser ou à entraver la vie. Friedrich Nietzsche considère que les catégories de "bien" et de "mal" sont des inventions historiques nées d'un mécanisme psychologique qu'il nomme le ressentiment. Le ressentiment est cette réaction des faibles qui, incapables d'agir par eux-mêmes, définissent l'autre (le fort, le noble) comme "méchant" pour pouvoir ensuite se définir eux-mêmes, par opposition, comme "bons". En dépassant cette dualité, l'esprit libre cherche à retrouver la distinction antique entre le "bon" et le "mauvais", où le bon désigne la force, la vitalité et l'excellence, tandis que le mauvais qualifie ce qui est médiocre, lâche ou maladif. Cette démarche exige une discipline intellectuelle immense, car elle implique de renoncer à la sécurité de la certitude morale pour embrasser l'incertitude du perspectivisme, cette doctrine affirmant qu'il n'existe pas de faits moraux, seulement des interprétations morales des phénomènes.

Le contraire le plus profond du « oui » n’est pas simplement le « non » ponctuel. C’est le ressentiment. Le ressentiment, chez Nietzsche, désigne un mode de relation au monde dans lequel on ne supporte pas ce qui est, parce qu’on ne peut ni l’assumer ni le transformer. Alors on le condamne moralement. On déclare mauvais ce qui nous blesse, injuste ce qui nous dépasse, coupable ce qui nous résiste. On se venge en valeurs. Ainsi, nier la vie, ce n’est pas seulement s’en détourner ; c’est la juger à partir d’une impuissance qui se fait vertu. Le ressentiment préfère souvent rabaisser ce qu’il ne peut atteindre plutôt que croître lui-même. Dire oui à la vie, à l’inverse, suppose une relation plus active : ne pas commencer par accuser, ne pas faire de son malheur la mesure universelle du monde, ne pas transformer sa blessure en système moral. Cela ne veut pas dire qu’il faille être insensible à l’injustice ou aveugle à la violence. Cela veut dire que l’esprit affirmatif cherche d’abord une puissance d’interprétation, d’action, de transformation, là où l’esprit réactif cherche avant tout un coupable.

En pratique, affirmer la vie se traduit par une éthique de l’affirmation qui valorise la force, la noblesse, la générosité du fort (qui donne, qui crée, qui impose sa marque), la franchise des instincts spiritualisés, la distance par rapport au troupeau, le courage de vivre dangereusement et de faire des expériences sur soi-même. Elle promeut la santé comme plénitude de force, non comme simple absence de maladie. Elle voit dans la guerre, la compétition, l’adversité, des stimulants nécessaires à l’élévation de l’homme. Elle célèbre la création artistique comme activité par excellence de la volonté de puissance affirmatrice, qui impose sa vision au chaos du monde. Elle exige une grande intellectualité, une probité intellectuelle qui refuse les consolations faciles, et une gaieté (Heiterkeit) qui est le signe d’une force conquise, d’une légèreté après avoir porté les poids les plus lourds.

Le problème majeur, et l’objection la plus fréquente, est que cette affirmation semble pouvoir justifier toutes les cruautés, toutes les injustices, au nom de l’expression de la force vitale. Friedrich Nietzsche répond implicitement que la volonté de puissance la plus haute est celle qui se domine elle-même, qui s’exerce sur soi pour se surmonter, et que la véritable noblesse inclut une forme de responsabilité et de sévérité envers soi-même. La brutalité aveugle est souvent le fait d’une volonté de puissance réactive et frustrée, non d’une force surabondante et créatrice. Néanmoins, la frontière est ténue, et le risque de mal interprétation est inhérent à une pensée qui rejette les garde-fous moraux universels. Friedrich Nietzsche identifie lui-même ce danger et distingue un « nihilisme passif », caractérisé par la résignation et le renoncement, d’un « nihilisme actif », qui consiste à détruire les anciennes valeurs pour en créer de nouvelles.D'abord situons les termes du problème. Pour Friedrich Nietzsche, la vie est un processus de création et de destruction, de croissance et de déclin, et il est important d'accepter cette complexité et cette diversité. Comme il l'écrit dans "Par-delà bien et mal" : "La vie est un processus de création et de destruction, et celui qui veut vivre doit être prêt à accepter cette complexité."

Friedrich Nietzsche ne dit pas : « chacun doit aimer tout ce qui lui arrive ». Il cherche plutôt à penser la forme la plus haute de l’affirmation : celle où l’on ne retranche plus mentalement des morceaux entiers de la réalité sous prétexte qu’ils nous font souffrir. L’amor fati est le contraire de la plainte métaphysique. C’est le point où l’on cesse de vouloir un autre monde pour habiter enfin celui-ci. Profiter de la vie. Mais la mettre à profit de quoi ? De l'affirmation de ses propres valeurs.

ADVENTICITE

l'Amor fati, qui signifie l'amour inconditionnel du destin. Il ne s'agit pas d'un fatalisme résigné où chzcun subirait passivement les événements, il s'agit plutôt d'une volonté farouche et active de chérir tout ce qui advient, au point de ne rien vouloir de différent, ni dans le passé, ni dans le futur, ni pour toute l'éternité. En lien avec l’éternel retour, la question est la suivante : pourrais-tu vouloir revivre ta vie, jusque dans ses détails, encore et encore ?

MORALE ET CONDAMNATION DE LA VIE

Condamner moralement, c'est déclarer mauvais ce qui nous blesse, injuste ce qui nous dépasse, coupable ce qui nous résiste. On se venge en valeurs. Ainsi, nier la vie, ce n’est pas seulement s’en détourner ; c’est la juger à partir d’une impuissance qui se fait vertu. Le ressentiment préfère souvent rabaisser ce qu’il ne peut atteindre plutôt que croître lui-même. Dire oui à la vie, à l’inverse, suppose une relation plus active : ne pas commencer par accuser, ne pas faire de son malheur la mesure universelle du monde, ne pas transformer sa blessure en système moral. Cela ne veut pas dire qu’il faille être insensible à l’injustice ou aveugle à la violence. Cela veut dire que l’esprit affirmatif cherche d’abord une puissance d’interprétation, d’action, de transformation, là où l’esprit réactif cherche avant tout un coupable.
piège : jugement
issue : appréciation, valorisation

VIE AFFIRMEE

"Comment l'homme peut-il transformer la tragédie de l'existence en un acte d'affirmation inconditionnelle sans recourir à l'illusion ?" Une vie affirmée est une vie qui transforme ses contraintes en forme, ses blessures en connaissance, ses tensions en énergie, ses limites en occasion de composition. Voilà pourquoi Friedrich Nietzsche admire tant les figures artistiques : l’art offre, à ses yeux, le modèle d’une relation affirmative au réel. L’artiste ne nie pas nécessairement la douleur du monde ; il lui donne forme. Forme de vie. La vie ne désigne pas un référent ou un critère de vérité, par rapport auquel les illusions seraient autant de négations de la vie. La vie désigne un engagement, utile ou inutile, un critère d'importance, c’est le mouvement de constitution pro­ducteur d’illusions comme autant de forme de vie, c’est-à-dire comme autant de manières de parvenir à soi, comme autant de manières de vivre.

La question de l'affirmation de la vie

Tout ce qui s'affirmer finit par se nier. La volonté tournée vers le néant chez Arthur Schopenhauer et non la puissance, le délire-désir chez Gilles Deleuze qui passe par l'inanitaire.

Le problème de la négation de la vie

Les figures de la négation de la vie sont le doute à l’égard de soi, l’objectivisme, le scientisme, la critique de soi, la mauvaise conscience et la figure du prêtre.

DEVENIR

Le devenir, c’est le fait que tout change, se transforme, passe, naît, meurt, se défait et se recompose. La tradition philosophique, selon Friedrich Nietzsche, a souvent voulu corriger ce devenir en lui opposant un être stable, éternel, parfait, immuable. Or dire oui à la vie, c’est dire oui à ce caractère mouvant de l’existence. C’est accepter que rien de vivant ne soit figé, que toute forme soit exposée au temps, à l’usure, à la métamorphose. C’est une pensée difficile, car l’être humain désire spontanément des garanties, des permanences, des sécurités absolues. Le « oui » à la vie demande au contraire une force capable de surmonter l’instabilité du réel. Dès lors, affirmer le devenir, c’est ne pas traiter l’impermanence comme une insulte adressée à notre besoin d’ordre. C’est comprendre que la vie n’est pas d’abord une substance tranquille, sinon un jeu de forces, de transformations et d’interprétations. Une telle pensée a des conséquences morales immenses : elle interdit de faire d’une identité figée, d’une norme absolue ou d’un bien éternel la mesure ultime de ce qui vit.
piège : innocence du devenir
issue : 

AMOR FATI

Le concept clé pour comprendre ce "oui" est l'Amor Fati, le "poids le plus lourd" de la pensée nietzschéenne, qui consiste à ne rien vouloir d'autre que ce qui est, non seulement pour l'avenir, sinon que aussi pour tout le passé. L'affirmation n'est pas une simple résignation stoïcienne devant le destin, sinon que une adhésion joyeuse et active à la nécessité. Aimer son destin, c’est cesser de dire : « cela n’aurait pas dû être ». C’est une pensée extrêmement dérangeante par moments, car elle semble demander d’assumer ce qui nous a blessés le plus profondément. C’est pourquoi elle ne doit pas être comprise comme une injonction morale du style « chacun doit aimer tout ce qui lui arrive ». Friedrich Nietzsche selon Deleuze cherche plutôt à penser la forme la plus haute de l’affirmation : celle où l’on ne retranche plus mentalement des morceaux entiers du réel sous prétexte qu’ils nous font souffrir. L’amor fati est le contraire de la plainte métaphysique. C’est le point où l’on cesse de vouloir un ailleurs pour vivre ici et maintenant, gaiement, intensément.
piège : espoir, ailleurs, arrière-monde
issue : résolution, pleine acceptation

GRANDE SANTE

La grande santé, à la capacité de porter une part de douleur sans sombrer dans la rancune contre la réalité. La grande santé, c'est le fait de tenir à distance la santé et la maladie, de voir ce qui nous trouble comme un simple trait de notre personnalité.

RESSENTIMENT

Friedrich Nietzsche considère que les catégories de "bien" et de "mal" sont des inventions historiques nées d'un mécanisme psychologique qu'il nomme le ressentiment. Le ressentiment est cette réaction des faibles qui, incapables d'agir par eux-mêmes, définissent l'autre (le fort, le noble) comme "méchant" pour pouvoir ensuite se définir eux-mêmes, par opposition, comme "bons". En dépassant cette dualité, l'esprit libre cherche à retrouver la distinction antique entre le "bon" et le "mauvais", où le bon désigne la force, la vitalité et l'excellence, tandis que le mauvais qualifie ce qui est médiocre, lâche ou maladif. Cette démarche exige une discipline intellectuelle immense, car elle implique de renoncer à la sécurité de la certitude morale pour embrasser l'incertitude du perspectivisme, cette doctrine affirmant qu'il n'existe pas de faits moraux, seulement des interprétations morales des phénomènes.
Le piège en soi : la transformation en homme du ressentiment ou en dernier homme
issue : transfiguration des valeurs, transformation de l'échec ..................................................

ENFANCE ET INNOCENCE

C'est retrouver l'innocence du devenir (théologie), cette capacité de l'enfant à jouer avec le monde sans le juger, à créer des valeurs sans se soucier de leur utilité sociale ou de leur conformité à une loi transcendante. L'affirmation est un acte de création de soi (théologie) par lequel chacun devient le poète de sa propre existence, transformant ses faiblesses en forces et ses échecs en nécessités esthétiques. Cet acte de création est encore très théologique, c'est une rédemption, un rachat de souffrance.
piège : acte théologique de création, croyance, romantisme de la rédemption
issue : construction, élaboration

APOLLON ET DIONYSOS

Dionysos et Apollon sont définis par une unité, unité essentielle qui constitue le ressort de la pensée de Friedrich Nietzsche et fait que Dionysos et Apollon sont liés par une affinité secrète, de telle sorte que loin de se combattre ou sous ce combat apparent, ils vont ensemble, se prêtent assistance, naissent et meurent en même temps. C'est un raccourcis puisque Dionysos est le dieu né deux fois qui la seconde fois aura besoin du dieu Comos et des satyres pou subsister. Le chœur dionysiaque, dans la tragédie grecque, est un symbole de la foule en proie à l'émotion dionysiaque. Ce chœur, qui ne cessait de se décharger dans un monde apollinien d’images constamment renouvelé, représente la matérialisation apollinienne de tout ce qui peut être connu ou ressenti dans l'état dionysiaque. Il est le chœur de la tragédie grecque, le symbole de la foule tout entière en proie à l'émotion dionysiaque. « le chœur dionysiaque ne cessant de se décharger dans un monde apollinien d’images constamment renouve­lé », « une nouvelle vision qui est l’accompagnement apollinien de son état ». 

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