13 Mai 2025
§1. J'ai plusieurs choses à vous dire avant de commencer.La première, je formule pour cette année des vœux. Les vœux personnels sont aisés, faciles. Je souhaite tout ce qu'on peut désirer. État mortel. Pour ce qui est des vœux au-delà, c'est plus difficile. Je ne sais pas que que dire de... Quels vœux peut-on former sur l'état du monde ? Ça, je serai réservé mais je sans doute en parler un peu. Bon ça, c'est la première chose que j'avais à vous dire.
§2. Deuxièmement, je voudrais dire quelques mots en hommage à Marc Richir qui, disparu il y a un peu plus d'un mois, est un très grand philosophe totalement déconnu et passé sous la trappe, la trappe médiatique évidemment et qui fut par autre un de mes très proches amis, et ami de quarante ans, quarante-cinq ans, je ne sais plus. Nous avons eu d'interminables entretiens toujours de philo et le dernier date de d'août dernier, fin août dernier. J'en dirai peut-être deux mots tout à l'heure. C'est… c'est désolant qu'un homme de sa qualité c'est-à-dire un philosophe totalement intransigeant très incommode, épouvantablement tranchant en matière d'art contemporain et en matière de pensée contemporaine, mais quelqu'un qui a su maintenir la philosophie à la hauteur de disons de la grande tradition. Bon, son œuvre est très grande et très importante. J'espère qu'elle aura ses lecteurs. Ça dépend de vous, ça dépend de moi. Bon euh mais c'est une grande-grande perte pour moi. Et la dernière fois, nous nous sommes vus, c'était donc en août dans le midi. Nous avons passé une après-midi ensemble et nous avons fini par dire mais dans le fond, nous sommes en train d'être dans les parages où le dicible le dicible en philosophie devient inaudible. Il est quasiment exténué. Il faudrait passer à la poésie. On n'est pas des poètes, on va pas être ridicule à faire de la poésie de philosophe qui ne vont pas un clou généralement. Généralement. Et voilà. Et je suis tout à fait navré que le monde qui avait reçu une nécrologie d'un de nos amis communs un juger disons préférable un mot juger préférable de faire passer la nécrologie en ligne et non pas dans le papier là où vous avez l'habitude de voir une colonne avec une photo. Bon, ça, c'est la deuxième chose que je souhaitais vous dire.
§3. La troisième, c'est que j'ai failli arrêter cette année le séminaire pour raison de santé. Je suis extrêmement fatigué et cet exercice hebdomadaire tire beaucoup sur ma substance. J'avais décidé très récemment de de vous de vous réunir de toute façon à ce que je trouvais un peu cavalier de après avoir j'étais pendant plus de vingt-cinq ans séminaire à vingt-sept ans. Pendant plus de vingt-cinq ans entretenu avec vous des propos de philosophie vous dire par une simple lettre ! salut. Bon, j'aurais donc de toute façon été là mais j'ai pris , je dirais la pression amicale et insistante de mes proches, la décision de reculer la reprise de ce séminaire. Donc il n'aura pas lieu la semaine prochaine. Mais je le reprends parce que j'ai calculé que ça me fait deux semaines puis un arrêt, deux trois semaines, puis un arrêt et c'est fait, c'est fait pour moi ça. C'est comme ça, je suis désolé. L'organisme vieillit. Je pense vingt-sept ans ici.
§4. Alors, je crois, si je ne me trompe pas, que les vacances de mars, les vacances de qu'on appelle d'hiver, non ? Divers, c'est bien ça, doivent s'arrêter le dimanche 6 mars. C'est bien ça, non ? Donc il y aura une séance le lundi 7 mars, mais je vous enverrai de toute façon un courrier comme j'ai pris l'habitude. Et j'ai ici des enveloppes que je fais circuler où vous me mettez évidemment vos votre adresse et en outre puis-je vous demander d'y mettre ce qui vous paraître curieux de ma part vos adresses email parce que il n'est pas impossible qu'avec mon ami Marie-Josée Mondzain nous fassions entre-temps une une ou deux conférences entretien je ne sais trop quoi. je sais pas comment le nommer et qui pourra, elle, vous prévenir par email.
Pas moi naturellement.Alors n'oubliez pas de mettre naturellement une enveloppe ordinaire, plus dedans votre adresse email. Voilà.
§5. Et puis j'ai bon j'ai les choses les plus je vous la chose la plus importante que j'avais à vous dire c'est donc la peine que me fait la disparition de cet ami qui a beaucoup compté dans l'amitié et dans ma ma façon d'être philosophe. il avait… il avait l'habitude de me dire moi en phénoménologie voilà comment je traite les choses. Et toi en grec comment tu dis ? bon et ou bien réciproquement et alors ben je lui disais comment ou pas ou disait c'était pas disciple et cetera et on on s'arrangeait dans l'humour nous avons eu le privilège je ne sais pas si c'est un privilège si c'est quand même un privilège de jamais ne nous on ne s'est jamais engueuler. C'était rare pour lui. C'était très très rare. Il y a il y a des témoins ici. C'était ..., voilà !
§6. Alors aujourd'hui, je fais une séance qui est l'abstract [résumé] du séminaire que j'ai le projet de tenir. J'espère que l'abstract je le tiendrai. Bon bon. Et donc c'est bien compris, la semaine prochaine et jusqu'au 7 mars, pas de séminaire. Je reprendrai normalement les séminaires si si si tout va bien, hein. Bon, évidemment maintenant, on est toujours soumis à la divine providence comme on dit bon. Euh et euh je commence tout de suite. Le titre que j'ai retenu cette année, c'est exercice au pluriel d'incertitude au singulier. exercice, vous allez comprendre tout de suite. Vous comprendrez, c'est un mot qui est presque technique. Il y a des exercices spirituels, des exercices militaires, des exercices scolaires et cetera et cetera et cetera. Euh exercice dans le sens que je retiens est un peu spécifique. Vous savez que [Paul] Valéry prenait beaucoup l'exercice, comment je dirais, au détriment de tout ce qui était doctrinal. Il n'aimait pas le doctrinal. Bon il faut s'en douter.
§7. Alors ce que je fais, c'est un abstract. C'est-à-dire que je vais aller peut-être un peu vite, pas trop. Enfin, j'ai essayé premièrement, alors je dirai pas premièrement, peu importe. Il y a des philosophes pour qui la philosophie a toujours autant d'évidence. Il y a des philosophes pour qui la philosophie est aussi évidente que la géographie est évidente pour le géographe. Je crains que la philosophie ne soit jamais pour un philosophe ce que la géographie est pour un géographe. Autrement dit, il est dans l'incertitude de son propre domaine, de son propre terrain, de son propre sol, de ses propres limites et cetera. Bon. ça c'est tout ce que j'ai toujours qualifié sous le nom de conjecture. C'est un mot qui doit pas vous être trop familier, ça je sais bien parce que il n'est pas il est employé par les mathématiciens mais il n'est pas employé beaucoup en dehors. Bon, une conjoncture c'est ça équivaut à une hypothèse. Une conjecture, c'est tout de même, je le dis, c'est un peu d'avoir un peu d'avance pardon sur le savoir qu'on a pas. On prend un peu d'avance en lançant une conjecture, on prend un peu d'avance sur le savoir qu'on a pas. C'est embêtant quand même. Donc c'est sans garantie. C'est une... Ça tiendrait presque de la dette de savoir, il faut honorer ensuite. Alors, il est évident que il y a un risque dans cette affaire-là, à savoir que si il y a une incertitude pour le philosophant de ce que c'est que philosopher, ça peut dériver à l'infini et ça peut devenir des préliminaires interminables. Ce danger n'est jamais exclu et c'est la grande menace de, je dirais, l'extraordinaire amplitude des préliminaires et de la préphilosophie, pré… préphilosophie, bon disait Hegel, la philosophie point final assez de bêtises on y est on y est tout de suite où on n'y est pas. Bon, c'était euh il y en a quelques-uns comme ça, Spinoza, gueule, on y est. Il y a pas de Il y a pas de chemin qui mène. Le chemin qui mène, vous y êtes. Bon euh, j'avoue être de ceux qui euh Bon, j'ai beaucoup pratiqué, mais là-dessus, je suis hésitant. Euh bon euh je ne… je ne crois pas qu'on puisse faire l'économie de du moment de conjecture. Est-ce bien ça faire de la philosophie ? Est-ce bien ça ? Quel oracle nous aurait prévenu ? Ce qui veut dire jusqu'où c'est de la philosophie ? À partir de quand ce n'en est plus ? Ou est-ce que ça n'en est pas du tout et cetera ? Voilà le genre de question. Alors ceci est déjà un style de philosophie ; un style, c'est-à-dire euh une menace, une façon de faire, une façon de faire en philosophie qui menace de ne jamais y arriver. C'est pas bon évidemment, de ne pas y arriver. Pas bon de ne pas y arriver. Mais c'est pas bon non plus d'y être tout de suite. Bon et c'est un peu facile de compter que ça arrive. Bon donc je je je sais pas trop là-dessus. Je suis un peu un peu hésitant.
§8. Ces dernières années, vous l'avez remarqué, j'ai un peu brusqué et malmené la philosophie en la soumettant à des questions grosso modo bizarre du genre changer d'entendement. les intuitions, et je ne sais plus ce que c'était les intuitions ; pas indécentes mais pas inconvenant mais les intuitions dont je ne sais plus vous rappelez plus non plus bon. Une année avant j'avais traité de l'appareil-machine philosophique comme machine sans homme., et l'année d'avant encore j'avais traité du bon usage des chimères en philosophie. Bon, on m'avait dit mais mais c'est une table sur les chimère, il n'y aura pas de contenu à ta philo. Ben oui, évidemment, mais qui vous dit qu'elle a un contenu ? Mon professeur, Madame Jeanne Delhomme [voir notre article pour montrer son importance] me disait tout le temps mais ils sont tous fous. Tous c'était ceux de la Sorbonne et cetera. Ils sont tous fous. Ils veulent toujours qu'il y ait du contenu à la philo. Alors, ça c'est point que je voudrais souligner. Si j'ai fait ça, si j'ai pratiqué ça, c'était pour euh en brusquant la philosophie la réveiller la réveillée de ce qui la menace toujours, c'est-à-dire la vulgate populaire ou la doctrine des savants.
§9. Dès que les choses cessent d'être en mouvement, les significations se figent et, quand elles se figent, elles deviennent dures, dures comme la pierre, et on finit par les prendre pour des choses, et on finit par se demander si elles existent, qui est la plus mauvaise question que l'on puisse poser en philosophie. Est-ce que les significations existent ? Bien sûr, c'est ce n'est même pas qu'elles n'existent pas, c'est qu'il y a une allergie et une incompatibilité entre ce que c'est qu'une signification et ce que c'est que le verbe exister. La question de que je viens d'amorcer, elle a été introduite par le mot d'incompatibilité. Chez Hegel, il n'y a pas d'incompatible. Incompatible, ça veut dire que ça ne peut pas coexister ; c'est anti-nature. Cet antinature, c'est bien plus, je dirais, en opposition que les contraires. Les contraires sont, comme on le sait avec Aristote, dans le même genre et pas conséquent, les contraires sont parents. Le Même et l'Autre c'est relativement parent. Beaucoup plus difficile de comprendre ce que c'est que de l'incompatible. On on le dit par exemple pour un assemblage de couleur, ça ne va pas ensemble. C'est c'est c'est le chemin qui permettrait de comprendre ce que j'appelle incompatible. Bon, il est évident que euh je le dis d'avance, le faire de la philosophie ce sera avoir les meilleurs rapports possibles avec l'incompatible et non seulement les meilleurs rapports possibles, mais des rapports de joie avec l'incompatible. Là, je dirais l'affaire difficile, c'est que pour tout ce que je vais faire, il y a une difficulté initiale qui est que le langage est mal réglé sur le mouvement ou le mouvement mal réglé sur le langage. Ce qui fait que il y aura toujours des difficultés, des conflits et les éléates qui ont dominé comme des harpies l'histoire de la philosophie euh bénéficie du fait que les significations et les mouvements sont des incompatibles. Quand vous les mettez ensemble, ou bien le mouvement s'arrête ou bien la signification se dissout. Bon, si vous avez je veux pas reprendre les les comment les les arguments mais affiler la tortue hein, le mouvement s'arrête, la signification reste mais le mouvement s'arrête.
§10. Alors, c'est là que le mot exercice va entrer en scène. Vous savez pas encore ce que c'est, mais prenez-le dans le sens que vous l'entendez. Le mot exercice va entrer en scène et bientôt en acte pour essayer de réduire l'incompatibilité du mouvement et des significations. Vous comprenez bien le problème ? Il est très simple : soit un officier qui dit en avant et personne ne bouge. Bon, il y a un yatus fatal entre la signification, qui est un entraînement en mouvement, et le refus de bouger. Alors ça c'est pas possible soit du pleloton d'exécution, soit de je sais pas quoi, hein. Vous voyez bien que c'est très ... Vous avez sûrement en chacun de vous l'expérience que les significations qui vous habitent et les mouvements qui vous habitent et qui s'appellent les passions ne sont pas en repos en vous et qu'il y a de rudes de bataille entre les significations entre elles et les significations entre les passions, les les rapports entre les significations et les passions. passion. Bon, les passions c'était le mot. Ça s'appelle aussi les mouvements de l'âme, hein ! Alors l'exercice a cette fonction là.
§11. Alors, il faut tout le temps, tout le temps, tout le temps ranimer l'exercice, c'est-à-dire le pratiquer. Je vous dirai tout à l'heure dans peu de temps ce que ce que j'appelle exercice. Bon, il faut le pratiquer. Et comme je le maintiens, j'ai l'idée que nous avons tous non formulé, sans signification, à notre disposition, une idée juste de la philo ...que la difficulté est l'enclenchement de cette idée juste de la philo sur les premières propositions que vous allez faire.Les premières propositions de Spinoza sont relativement pertinentes. Les premières propositions de Descartes aussi, les premières propositions d'Aristote aussi. Les nôtres, elles sont : être philosophe, c'est voir les choses de loin, c'est voir les choses de haut, c'est voir les choses dans le calme, c'est avoir des mots compliqués, que personne ne comprend, et cetera et cetera... Je sortirai sur l'Aventin et cetera et cetera... Ce n'est pas faux tout ça. Tout ça, ce n'est pas faux, mais ce n'est pas suffisant. Ce n'est pas suffisant. Mais nous avons surtout en tête, et là j'y tiens, nous avons en tête malgré tout, sous le nom de philosophie, l'idée d'une opération transcendante, c'est-à-dire d'une autre nature que celle que nous exerçons, c'est-à-dire une une activité ou une opération qui s'exerce alors qu'elle ne dispose pas des moyens dont elle devrait disposer.
§12. Prenons un exemple. Imaginons un peintre. Soustrayez le paysage ou le motif. Soustrayez le support. Soustrayez le pigment. Soustrayez et cetera et cetera et cetera et cetera. Qu'est-ce qui lui reste à ce peintre ? L'idée de peinture. Bon, il reste l'idée de peinture qui elle n'est pas une peinture. Rappelez-vous bien propos de Spinoza, l'idée de chat n'est pas un chat hein. Ce n'est pas chat qu"il prend comme exemple. Moi, j'aime bien les chats. Alors, par conséquent, l'idée de tableau n'est pas un tableau et par conséquent l'opération transcendante, elle est alors là, c'est une conviction que j'ai présente en chacun de nous, mais mais mais elle est soumise, si on n'est pas, je dirais habitué et formé par l'exercice dont je vais parler. Elle est condamnée à rester muette et peut-être simplement pierre de touche pierre de touche pour tous les hâbleurs qui racontent sous n'importe quoi sous le nom de philo. Les hâbleurs, il ne manquent pas médiatiquement les hâbleurs philosophiques ne manquent pas. Et je dis que la philosophie par-ci par-là patati patata. Bon bon, mais un certain nombre submergés par le par le poids des morts et le choc des images. Bon, submergé mais il est au minimum essentiel de rester fidèle à l'idée muette en vous. Bon, comment lui viendra le langage de toute la difficulté de la pédagogie philosophique ? L'idée mieux est en vous que vous avez une idée juste de la philo, à savoir que elle envisage toute chose du point de vue de l'idée, c'est-à-dire du point de vue où tous les moyens manquent pour réaliser ce qu'on veut réaliser. Ce qui faisait ce qui a fait la force de c'est de ne pas supprimer les conditions. C'est-à-dire que sa très bien que pour peindre, il faut il faut une toile, il faut un motif, il faut il faut une tempête, il faut enfin il faut une tempête ou pas de tempête, peu importe. Mais j'insiste sur le fait qu'il faut avoir cette idée transcendante.
§13. Alors, qu'est-ce qui excède ces conditions ? Vous allez me dire : on est reparti dans les conjectures aberrantes. Je dirai que quand on est quand on… quand on… quand on fait sans faire, on mime. Vous avez remarqué c'est un art qui se perd le mime. On voit plus de mime. Mim marceau. Vous vous rappelez peut-être ? Euh moi je me rappelle, j'ai encore l'image d'un mime (je sais pas si c'était Marceau ou un autre) qui était en train de faire les carreaux. Il n'y avait pas de carreau évidemment, il y avait rien ; il n'y avait pas de chiffon, il n'y avait rien. Il n'avait pas de chiffon, il y avait juste le bonhomme. Et j'avais 7 ans, j'avais été stupéfait. stupit que l'on puisse comme ça faire les gestes à blanc d'une chose que je voyais faire chez moi mais pas à blanc du tout, non, avec des chiffons, du produit et des vitres sales. Bon alors, je sais qu'il y a des exercices difficilement praticables, mais ça je vais y revenir. J'avance, hein, parce que sinon je ne pourrais pas faire l'abstract.
28:37 [Bruit]
§14. Alors, une question que je ne peux pas ne pas poser et que j'aurais dû poser initialement et qui est pourquoi les temps sont-ils si durs pour la philo ? Ils sont très faciles pour la philosophie médiatique. Ils sont très, je dirais féconds pour l'histoire de la philosophie. Très fécond pour l'histoire de la philosophie. Il y a beaucoup de très bons travaux, hein. Je vais pas du tout me mettre à débiner des travaux sur Hobbes, sur Hegel. Il y a des choses excellentes où j'apprends beaucoup de choses. Bon euh il… il y en a … il y en a peu, il y en a peu et Richir était de ce nombre qui se risque dans la philo. Apparemment, il partait de de de de de Fichte et de Hegel mais ce n'était qu'apparent. Il partait de son manque à penser et à partir du manque à penser, il fallait faire advenir le pensé. Bon aujourd'hui euh bon sans doute parce qu'elle est la philosophie identifiée canalisée euh par comme ça la facilité, on a perdu l'idée qu'il faut s'attendre à quelque chose de surprenant. Si ce n'est pas surprenant c'est zéro. C'est zéro. C'est une philosophie n'est pas surprenante. C'est pour ça que comment quand je trouve Spinoza surprenant parce qu'il vous met d'entrée de jeu d'entrée de jeu dans la causa sui. Si vous n'êtes pas content, débrouillez-vous et tâchez nager par vous-même. Bon euh c'est surprenant ça. Platon qui est un artiste euh en dehors du Parménide prend des précautions et ne vous met pas d'emblée dans le cœur du difficile. Bon mais vous savez, il n'était pas dupe; Il savait bien les moments dont il avait besoin pour préparer les auditoires à comprendre les rapports entre l'être et le non-être.
§15. Alors, ceci étant il y a un espoir déçu, espoir déçu qui est lié au fait que on ne sait pas très bien ce que c'est que l'identité de la philosophie. Dans le fond, on braille partout : manque d'identité ! Manque d'identité, hein ? Bon, mais la fin aussi, elle manque d'identité. Bon, elle manque d'identitement<<<. Elle peut pas définir ses bon c'est elle peut pas définir sa généalogie. Elle peut pas bon euh elle peut pas dire je dérive de Elle peut pas dire je je je suis né de moi-même. Ça c'est c'est tout rancié<<<. Et pourtant, c'est c'est le cas. Elle n'est pas née des mathématiques, elle n'est pas née du mythe, elle n'est pas née... Bon tout ça, c'est du roman historique, tout ça. Il en faut, il en faut. Il faut bien remplir les caves. Mais alors, il y a un espoir déçu, c'est que en fonction même de son manque d'identité, on finit par se demander s'il y a des objets philosophiques par soi. Par soi, c'est-à-dire comme on a envie de dire que le concept est par soi philosophique ou l'idée est par soi philosophique et un cran en arrière si il y a du par soi, c'est-à-dire qui exclut la question qui exclut la question. Quand euh Aristote interdisait qu'on pose la question "Est-ce qu'il y a la nature ? Donnez-moi des preuves qu'il y a la nature." Il disait "Celui qui pose cette question mérite une calotte." C'est ce que il jugeait : qu'il n'y a pas à questionner ; il y a pas à questionner un certain nombre de choses qui sont par soi. Et Socrate dit bien : jamais ni le rocher ni le chêne ne m'ont rien appris ; il n'y a que dans la cité que j'ai appris de par la parole des autres. Alors le par soi est une affaire qui m'a beaucoup intéressé. Bon, je ne sais pas si aujourd'hui on est très très soucieux du par soi, très intéressé. Bon euh je pense aussi à l'index sui. Ceux qui sont plutôt spinosistes ça : verum index veritate index a crasi. La vérité est index d'elle-même et du faux. Bon, par conséquent, on ne peut pas, je dirais, se tromper là-dessus.
§16. Il y a un autre... quelques [autres] objets philosophiques, on se dirait au poil, excusez-moi, l'expression familière. on tient quelque chose de philosophique et voilà l'objet euh qu'on a plus qu'à construire et on est sauvé. Bon et on a ramené la philosophie à une discipline ordinaire, c'est-à-dire qui a un objet et qui a des méthodes et cetera. Bon, il y a le per se gnoton, le connu par soi. Euh quand on a fini de remonter remonter remonter, les scolastiques s'arrêtent et disent "C'est per se gnoton, c'est connu par soi." Bon, comme ça on arrête. Bon, c'est un usage de ce que redoutait surtout Aristote : la régression à l'infini qui fait s'effriter le réel hein. Ce que Aristote redoutait, c'est dans le fond, c'est un équivalent de l'atomisme, |c'est-à-dire] que le réel s'effrite, à force de lui poser des questions. Qu'est-ce que c'est qu'une feuille ? Qu'est-ce que c'est que ... ? Qu'est-ce que c'est que ... ? Qu'est-ce que c'est que ... ? [x4] Il n'y a plus rien. Et alors là, il y a une famille qui triomphe toujours, ce sont tous ceux qui sont les tenants de la toute puissance du langage sur, disons, le réel. Et moi, je suis un tenant du bon équilibre difficile entre le langage et le réel. Les Grecs nous ont filé ça. C'est un virus qui revient régulièrement. Bon, ça ne veut pas dire non plus qui qui est pas de réel et qui a du langage, hein. Ne me faites pas dire les [choses] comme ça, il y a un grand défaut en philo, c'est le forçage. C'est-à-dire puisqu'on a quitté un bord euh qui allait trop loin, on a la tendance spontanée à aller dans l'autre bord aussi loin, ce qui fait que tout le monde se frotte les mains et se réjouit en se disant il est tombé dans le piège. Bon, le forçage est très dangereux. Par exemple, Derrida a été très menacé par le forçage. Très très très menacé. Par exemple, quand j'ai entendu Derrida (moi je l'admire beaucoup) pas du tout, je le citerai en disant que je ne critique que lui et Derrida ne critiquait que ceux qu'il admirait. Donc, puisque je l'admire, je peux le critiquer sur ce point : à savoir un jour je l'ai entendu poser la question : qu'est-ce que qu'est-ce que ? Vous sentez bien que il y a pas de raison de s'arrêter. Bon et que en continuant en continuant on on annule on réduit en miette la philo qui est supposée opérer avec qu'est-ce que ?
§17. Enfin il y a une dernière détermination qui serait proprement philosophique, c'est-à-dire euh celle qui permettrait de fabriquer une discipline qu'on appelle telle philosophie qui aurait une identité et qui n'aurait pas d'incertitude, puisque je suis là-dessus, Perdez pas le fil hein. Je suis en ce moment sur le fait que je fais je me fais le prosélyte de de disons de de la philosophie en tant qu'elle doit composer avec des incertitudes irréductibles et que moi qui admire aussi beaucoup Jean-Claude Milner, je lui fais un reproche dans certains de ses livres, c'est que certains sont comme des marqueteries, c'est-à-dire, ou il n'y a pas de joint disons qui n'aillent pas, ou c'est admirablement ajusté. Admirablement ajusté ! Dans son petit Spinoza ça, le sage fou là, comment ça s'appelle ? Vous ne vous rappelez pas ça ? Ou le sage insensé ? Pardon, le le sage trompeur. Le sage trompeur, c'est ça. C'est prodigieusement ajusté. Oon est sidéré, je dirais du fait qu'il est allé chercher un détail là, un détail là, un détail là, un détail là et qui il les mett ensemble et ça fait quelque chose. Et j'ai pas pu m'empêcher de dire trop beau pour être vrai, trop beau pour être vrai ! Bon, il y a quelque chose que j'ai avec moi quand même la raison pure. Euh je suis pas sans biscuit. Quand dit comparant la philosophie aux mathématiques euh il n'y a pas moyen de faire de la philosophie une discipline aussi je dirais cuirassée que les mathématiques. Il y a obligatoirement des failles des trous et par conséquent obligatoirement des conflits, obligatoirement des querelles, obligatoirement des conflits d'école.
§18. Alors, j'avance. Donc il n'y a peut-être pas d'objet philosophique par soi. Et je ne suis plus tout à fait aussi persuadé qu'autrefois de ce que disait Merleau-Ponty, à savoir qu'il y a de la philosophie partout. Bon mais comment alors ? C'était intéressant évidemment qu' ça ouvrait évidemment la philosophie sur c'était en 1950, ça ouvrait la philosophie sur la linguistique, l'anthropologie, l'histoire et cetera alors qu'elle était fermée mais mais claquemurée puisque euh dans mes études euh les gens de ma génération Rousseau philosophe pas philosophe Rousseau ! Montaigne philosophe comme ça. Autrement dit, c'était claquemuré et les sujets étaient philosophiques [ou] n'étaient pas philosophiques. Bon, c'était d'une très grande sérénité. Vous allez voir ce qui l'arrive aux gens qui sont trop bien calfeutrés...
§19. Alors, à propos de l'incertitude. Il y a donc des incertitudes d'identité, des incertitudes de limites, des incertitudes d'objet et de savoir. Jj'en viens à imaginer euh quelque chose qui ne peut pas ne pas faire réagir. C'est une réhabilitation de l'incompétence réglée. Allez donc parler alors allez donc dire quelque chose à un colloque de mathématicien. Vous ou moi, tel que nous sommes en ce moment, combien de temps tiendrons-nous à la tribune ? Très peu de temps. Très très peu de temps. Imaginez que ce soit un colloque de philo et que ce soit la même situation. Quelqu'un monte à la tribune et parle un charabia épouvantable. Peut-être qu'il doit être décrété immense philosophe. Bon ça, ça m'a toujours fasciné cette espèce de de situation. Idem si vous voulez un colloque de gens qui parlent le chinois de deisan. Vous me voyez me présenter un colloque de finisan et faire annoncer une conférence ? Je ne saurais même pas sur quoi ! On voit bien qu'on est paralysé tout de suite. ça doit quand même euh interroger ça, ceux qui font la philosophie. Est-ce que nous sommes réduits, reclus, rejetés dans les marges, je dirais, de toutes les disciplines ou bien ... ...
§20. J'avance un peu trop vite mais je vous le dis tout de suite, je vais proposer tout à l'heure que la philosophie s'occupe de la configuration incertaine des jointures entre disciplines, entre les math et la physique, entre les maths et la poésie, entre la poésie et la littérature. Allez faire passer la une frontière juste dans Rousseau entre littérature et philosophie. Vous perdez votre temps. Vous perdez votre temps. Mais si vous si vous avez accepté l'idée, disons, de de laisser tomber votre compétence de littéraire ou philosophe et si vous naviguez entre les deux, vous verrez que il y a c'est pas tout à fait la même chose le Contrat social et les Confessions, hein. Faut faut pas lire tout de suite contrat social, philosophie, confession, littérature parce que serait trop trop brutal. Bon, mais ou les essais tel tel tel chapitre philo, tel chapitre littérature, mais l'incompétence qui est évidemment, aujourd'hui période des experts, extraordinairement décriée, hein ! Si on n'est pas un expert de quelque chose, plus c'est petit, mieux c'est parce qu'on on n'a pas de rivaux, c'est comme ça, si si si on est expert sur quelque chose sur quoi on a des rivaux, c'est la bataille. Mais si on est si s'il y a pas de rivaux. Bon !
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§21. Je vais très rapidement présenter un premier réseau des notions qui ne sont pas équivalentes au par soi et cetera et cetera, mais qui circonscrivent la philosophie. On ne peut que la circonscrire de façon assez floue. Il y a à peu près onze (il peut y avoir vingt), onze paramètres si vous voulez qui qui sont autant de de de disons de d'indicateurs que c'est peut-être de la philo. Quand [les indicateurs] sont tous ensemble, ça en est sûrement.
§22. Alors, il y en a un [indicateur] qui est : nous avons une idée vraie. C'est le nous qui est important, c'est pas j'ai une idée vraie parce que le nous est distribué collectivement. Bon, ça c'est très important. Bon, nous avons une idée vraie de la philo. Une idée vraie mais si vous rappelez ce que je vous ai dit à propos de l'idée ; l'idée-de n'est pas de même nature que la chose dont elle est l'idée. L'idée de la philosophie, c'est comme l'idée de chat, sauf que c'est un peu plus compliqué. Mais l'idée de chat n'est pas un chat. L'idée de philosophie n'est peut-être pas la philosophie, hein. Bon.
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§23. Deuxièmement, la question si difficile si difficile de l'entendement créateur, spontané ou passif ; c'est-à-dire que l'entendement, c'est en nous la puissance de rencontrer de l'adversité, de la résistance, de la traversée. L'entendement traverse les résistances. J'ai fait quelques recherches en... disons de grammaire, de philologie. Peiraô, payar m payé tout ça ce sont les mots grecs qui correspondent à à expérience, ça veut dire traverser jusqu'au bout. Traverser jusqu'au bout, jusqu'à atteindre la limite... la puissance de l'entendement qui est ton tempant<<< et que [l'entendement] traverse tout... traverse tout. Il revient sur lui : réflexion, et il se traverse lui-même. Donc, traversant tout et se traversant lui-même, on obtient la transparence absolue qui s'appelle aussi dans une langue bien connue le savoir absolu [cf. Hegel]. Vous comprenez bien que l'expérience est un mot majeur. C'est c'est le mot le plus simple pour nommer ce qui vient faire front à la philo[sophie], sans rien dire, sans rien dire. Elle est là, elle est muette ou pas muette. Bon et la pénétrer, c'est évidemment la diviser. Et la divisé c'est en s'apercevoir que dans le fond, elle n'a jamais d'intériorité. L'intériorité d'une chose, c'est une façon d!e parler mais il y a pas d'intérieur d'une chose. Ça, Kant le dit très bien. C'était, je vous rappelle pour ceux qui étaient présents il y a quelques années, une des chimères exemplaires de croire qu'il y a un intérieur des choses. Plus vous pénétrez dans dans l'épaisseur de cette feuille de papier journal, plus vous êtes à l'extérieur. Bon, il y a pas de dedans. Bon, en revanche dans le le mouvement de réflexion, quand l'entendement se pénètre, il pénètre l'intériorité. Son intérior, il est une intériorité, c'est-à-dire qu'il ne sait pas d'avance la figure qu'il peut devenir. Il ne connaît pas d'avance ces métamorphoses. C'est beau d'avoir une intériorité. Bon alors, évidemment ça peut se malmener dans le une intériorité, c'est ce qui assure la transformation d'une phrase qu'on vient d'entendre en une autre qui a la même teneur de signification mais qui n'est pas la même. Je le disais quand j'étais prof de lycée à mes élèves, parler c'est dire autrement ce qui vient d'être dit. et et de et de conserver grosso modo le même contenu. Alors ensuite débat sur identité du contenu ou par Bon. Alors, une fois que l'extériorité de l'expérience, mais c'est très important hein, l'expérience, vous verrez tout à l'heure pourquoi c'est la retraversée de la puissance de l'entendement qui prend possession de lui-même. Avant, il n'était encore que naturel. Maintenant qu'il a traversé l'expérience, il prend possession de lui-même et il prend possession de sa puissance. Et prenant possession de sa puissance, bien évidemment ça va... ça va loin.
(Qu'est-ce que c'est que l'entendement qui prend possession de lui-même ? Le savoir absolu ? Divergence avec Derrida pour Hegel pose l'impossibilité du Savoir absolu. Patrice Loraux penche pour l'inverse)
3°) La philosophie comme miroir actif de la pensée.
§24. Troisièmement, je vais très vite là parce que je ne vais pas développer là maintenant. Bon, la philosophie {comme] miroir actif., miroir actif de la pensée. Que veut dire penser ? Alors, il y a deux possibilités. Moi, j'en retiens, une qui m'intéresse, c'est assurer par soi l'ajustage des incompatibles. Des incompatibles, hein ! En principe, ça tient pas. Les incompatibles ne peuvent pas être liés ensemble. Bon alors, il n'y a pas un troisème terme qui [serait] le lien. Les incompatibles tiennent par eux-mêmes alors qu'ils sont incompatibles. Et c'est pour ça que la pensée est une opération formidable, c'est qu'elle fait tenir ensemble, par soi, des choses qui ne vont pas du tout ensemble. Et ça c'est c'est énorme !
§25. Il n'y a pas de philosophie s'il n'y a pas une excitation vers l'excès. Autrement dit, on n'a pas encore été assez loin. On pourrait peut-être encore pousser un peu plus. Ceci nous donne le comme un vertige. Le vertige qui est le Schibboleth de la pensée autrement de la pensée philosophique. Schibboleth le mot qui permet d'entrer. À savoir que qui n'est pas saisi de vertige quand il lui faut tout retourner et se retourner lui-même et convertir son entendement en un autre, qui devient plus puissant que lui-même qu'on a raconté l'année dernière. Bon, puisque l'entendement qui a pénétré l'extériorité s'est enrich<<<, mais il s'est en il s'est pas autant enr<<< qu'en se repénétrant lui-même, c'est-à-dire en découvrant sa propre profondeur. Bon alors, il y en a qui diront "Cette profondeur est vide, mais ça je veux pas entrer dans les dans les querelles". Je continue très vite là-dessus parce que ce n'est pas vraiment mon sujet.
§26. Je pense que on ne peut pas ne pas faire un sort quand on fait de la philo à la contre évidence. Bon j'en ai parlé, je n'y reviens pas. On ne peut pas faire... on ne peut pas faire, je dirais, l'économie du saut. Il y a un moment où il faut sauter de la théorie à la pratique, il faut sauter. Ce n'est pas continu. Ce n'est pas continu. C'est ceux qui hésitent ne sautent pas et ils sont jamais dans la pratique. La pratique exige qu'on ait sauté dedans. J'en conclurai assez volontiers que la compréhension de Spinoza comme de XXXX est pratique. Pratique, ça ne veut pas dire éthique, ça veut dire que elle n'a lieu que par le biais des exercices. Bon et elle n'est jamais, je dirais dans le registre, comment je dirais, de la considération, je dirais, muette d'un tableau. L'entendement actif n'est jamais comme s'il était devant quelque chose qu'il regarde. Il faut faire un saut. Et si on veut pas faire le saut, il faut faire il faut en philo pour faire un saut, hein. On y est qu'à condition, on a un saut derrière nous. Bon, mais on ne le sait pas. Il est évident qu'il faut faire un sort à la conjecture.
§27. Et puis il y a aussi un point qui me paraît décisif, c'est qu'il n'est pas possible d'éviter de procéder et vous l'avez remarqué ça en philo, à une opération, je le dirais ou impraticable ou totalement stupéfiante. Quand par exemple Descartes vous proposent l'examen du doute, toutes les formes du doute, c'est stupéfiant. C'est stupéfiant. Bon, on dit il y a des philosophies qui demandent euh initialement pour être introduit de faire de traverser cette épreuve je dirais de d'insensé. Exemple : Platon ; il faut philosopher comme si nous étions morts alors que nous sommes bien vivants. Aristote dit, "Arrêtez, arrêtez, vous êtes fous. Les morts ne philosophent pas que les vivants qui philosophent." Bon, et ce sera un débat à travers toute l'histoire de la philosophie, ça. Est-ce que est-ce que il faut philosopher avec le souci ou pas le souci de la mort ? Par exemple Husserl quand il exige la réduction éidétique, tu sais très bien par métier qu'on ne sait jamais si on l'a bien accompli, on ne sait jamais si on l'a accompli jusqu'au bout, on ne sait jamais s'il n'y a pas des restes d'attitude naturelle et cetera et cetera. Bon et et il y en a et il y en a. Bon, par conséquent euh les euh il y a des philosophies qui demandent un un un un geste totalement hors de notre mesure et d'autres pas. Descartes, ça a l'air d'être possible ; même s'il nous entraîne rapidement... Mais vous transportez dans la cause de Spinoza dans la première partie de l'éthique alors que il y a pas un mot que vous ne compreniez si vous n'êtes pas du métier. Bon euh alors que dans la partie quatre ou cinq, il y a il y a les mots passion : il y a la tristesse, la joie et cetera. Donc on se raccroche à quelque chose. Tandis que là non.
§28. Alors euh je j'ajoute à un dernier point. non, deux points que... Très rapidement, la philo n'est pas une discipline mais elle est le corélat d'un certain faire qui n'a pas peur d'hypothèses inadmissibles. Et le dernier point, l'opération inadmissible, elle peut être faite, elle doit être faite au prix de sacrifier son œuvre, sa santé, sa raison, sa vie, son salut. Il faut il faut beaucoup sacrifier, hein. Faut beaucoup sacrifier. L'œuvre, la santé, la raison, la vie, le salut. Aujourd'hui, le salut paraît moins important. Encore que... [x3] Aller savoir si la climatologie n'est pas aujourd'hui notre planche de salut précisément. Enfin, je pas pas au grand sens, mais au sens où ça pourrait continuer quand même un peu. Bon alors, je continue.
§29. Alors, je n'insiste pas sur la conjecture. Elle consiste à dire, la conjecture.... Quand on fait une conjecture en philo, on veut dire ce n'est jamais ça. Ce n'est jamais ça. C'est-à-dire pas, il n'y a pas de déictique. Il y a pas de déictique. Le déictique de la linguistique au bout du doigt, il y a la chose. Et ben au bout du doigt, il n'y a jamais la philo. Jamais. Jamais. Elle n'est pas là. [x5] C'est Vous bon<<<. Si vous me montrez en silence, je ne sais pas moi, la métaphysique d'Aristote, c'est du silence. Point final, hein. Bon, il y a des attitudes ésotérico-religieuses qui concentra<<< et puis un doigt qui montre et on baisse la tête. Bon ben non non non, la philo, elle ne supporte pas euh l'identification comme ça. Donc c'est jamais ça. Toujours un peu d'incertitude du flottement. On a pris un peu d'avance. On ne sait pas comment d'ailleurs, on ne sait pas comment on a on a reçu on a la c'est pas un don mais on a reçu un petit avertissement comme un petit un petit un petit dieué. Là je j'ai relu récemment La tempête de Shakespeare et il y a il y a des esprits qui qui viennent et qui donnent des... qui règlent des choses pour vous. Bien, il faudrait comme ça je il faudrait qu'il y ait une tempête philosophique, c'est-à-dire que un certain nombre pardon et qu'on coupe les langues. On coupe les langues. Et il y a un peu de pari, hein. Il y a un peu de pari [à prendre]. J'ajouterai ceci : que la conjecture consiste à être actif. Dans la conjecture, l'indication suffit. Tout en suspendant pour soi l'alternative vrai-faux et surtout l'alternative vrai-insuffisant. Vous savez comment les éditeurs quand ils vous ont édité un premier livre, vous disent "Bon, c'est bien, c'est bien maintenant quel est le second ?" Bon, autrement dit, ça n'est jamais assez. Je commencerai là en mars par la lecture d'un admirable texte de Nietzsche que que je nous avons lu. Euh le paragraphe soixante-dix-neuf, lisez-le, vous verrez. euh bah le paragraphesoixante-dix-neuf du Gai Savoir sur cette affaire-là et vous serez édifié.
§30. Il y a un point que je ne peux pas négliger comme très constituant de l'incertitude philosophique, c'est à quelle bonne distance doit-on se tenir du réel, de l'actuel et de l'effectif pour être philosophe trop loin, on survole point de vue de Sirius et dans le fond, on dit des on fait des considérations d'astrophysique, hein. Bon, de trop loin. Bon, si vous regardez un conflit trop loin, d'ailleurs, il est désaffecté hein, vous en fichez si vous considérez d'ailleurs, c'est c'est ce qui se passe dès qu'un conflit un peu loin. Plus de... plus d'intérêt. Et on ne se penche pas dessus... de trop près, on fait du journalisme évidemment. C'est tout à fait honorable mais alors où est la bonne distance ? C'est celle... mais il faut la trouver où l'on aperçoit la configuration donc le dessin que forment les incompatibles. Par exemple, il y a une époque où les surréalistes aimaient bien rapprocher des objets qui n'avaient aucune parenté. Bon, pour provoquer un effet sur l'entendement, un effet d'insoutenable, quelque chose d'inadmissible. Alors, quelle est ... ? À quelle distance faut-il être pour subir l'efficace de cet incompatible ? C'était je crois " parapluie " et " machine à coudre ", hein. Non. Ou bien parapluie ou bien machine à coudre. Mais qu'est-ce qu'on fait des deux ? Qu'est-ce qu'on fait des deux ? On ne fait pas une somme, on ne fait pas un tout, on ne fait pas un ensemble et il faut arriver alors à... Comme j'ai... Je fais une anticipation et comme je présume que le monde n'est fait que de configuration d'incompatibles. Voyez, par exemple, en ce moment, je ne sais pas moi, l'Arabie et puis l'Iran. Tous les jours. Voyez, par exemple, la situation de Jérusalem. Voyez même, je dirais, un exemple qui est presque ridicule, le mariage pour tous. Ils ne sont pas incompatibles. Enfin, ils sont trop semblables pour être incompatibles. Ils sont trop semblables. On est dans on est dans l'identique et un problème d'identité mais d'excès d'identité peut-être je <<< pas me mettre à juger donc de ce problème hein. euh peut-être un excès d'identité tandis que euh l'incompatible c'est un c'est un mixte très délicat à réaliser entre de l'identité, de la différence et un rapprochement possible ; euh, pas trop près, pas trop loin. Si c'est trop près, ça ne va pas. Si c'est trop loin, ça ne va pas. J'en suis arrivé à l'idée que la philosophie était le dessin des articulations, Regardez par exemple une côte, la mer et le et la côte. C'est un dessin là il y a... c'est extraordinairement mobile, extrêmement mobile. L'un ne peut pas être là où est l'autre. C'est sûr si la mer est là grève n'est plus là. Donc il y a quelque chose d'une incompatibilité entre ... alors on est obligé d'inventer des systèmes artificiels qu'on appelle une <<< <<< pour pour régler ce problème euh on voit bien que c'est une ruse.
§31. Bon, alors je vais [parler] du forçage, j'en ai assez parlé autrefois et je voudrais arriver à quelque chose qui m'occupe beaucoup aujourd'hui. Bon, je passe sur le forçage. Le forçage, c'est l'idée que plus on évacue dans une activité ou dans une pensée ou dans une attitude, ce qui relève euh je dirais des matérialités, plus on force. Je donnerai un exemple euh de Marc Richir euh il me disait il avait été matheux de métier, physicien certes, mais matheux aussi. Il disait euh il y a chez les philosophes qui n'y connaissent rien une espèce de... il a rien en math une espèce de vertige et ils disent c'est l'entendement de Dieu. Mais quand vous interrogez un un un mathématicien de métier, s'il est pas frotté de philo, donc déjà un petit peu gâté, mais si c'est un un un mathématicien qui produit théorème, je crois pas qu' il se prendra pour l'entendement de Dieu. On voit très bien le forçage, mais il est prodigieusement séduisant. Évidemment, le problème c'est que la philo est pleine de faux pas et pleine de faux plis et pleine de faux objets et de faux trucs. Mais si il n'avait pas été séduisant, on les aurait on les aurait jamais ramassé. C'est parce qu'ils ont une prodigieuse séduction. Alors tout le problème est d'avoir été séduit et de savoir se détacher de la séduction. Autrement dit, en ce moment, vous savez qu'il y a une une grande vogue pour Wittgenstein. Je dis vogue parce que il y a il y a trenteans, on me disait déjà des gens disaient "Tu sais Nietzsche aujourd'hui tout le monde parle de Nietzsche dans trente ans ce sera motus." Aujourd'hui, Nietzsche il a retrouvé sa place normale d'immense esprit, mais c'est tout. C'est déjà pas mal. Bon alors Witgenstein et et la fameuse thérapie, vous savez, il faudrait pas construire des palais des palais d'idé et cetera. Ce n'est vrai que si on a construit des palais d'idées, j'ai la conviction la plus ferme que Witgenstein a été tenté jusqu'au plus tréfond de lui-même par les plus hautes spéculations et les plus hautes constructions, je dirais sans base et sans support pour en venir à se déprendre, se dessaisir de cette séduction et proposer des choses ultra modestes. Nous avons des contemporains qui, faut bien le dire un peu ignorant des grands édifices antérieurs, hein. Un peu ignorant de Hegel, un peu ignorant de Platon, un peu ignorant d'Aristote. Dis mettons ça à la poubelle. Bon, c'est fini. On philosophe plus comme ça aujourd'hui et on philosophe euh à l'ordinaire. Bon, mais ça, on comprend rien là. On ne comprend rien. On a tout raté. On a tout raté. On a raté de l'opération. Il fallait aller, il fallait aller... Si on n'a pas subi une attraction formidable, on a rien. Eh puis ensuite... Oulah ! Oulah ! Oulah ! Attention ! Attentoin ! Voilà.
§32. il y a... Je laisse de côté un point donc que je traiterai plus tard qui est.... il y a deux points que je traiterai plus tard ; peut-être même trois, non, deux. À savoir : il faut ne pas méconnaître en philo le côté qui n'est pas pour nous. Il y a un côté qui n'est pas pour nous. Pour qui est-il alors ? Laisser la question en suspend, laisser la question ouverte. Bon, j'ai la conviction moi qu'il y a un côté qui n'est pas pour nous. Et pour qui alors ?
Donc et puis il y a cette question, faudra y répondre. Je tâcherai d'y répondre. Euh on est toujours dans l'incertitude là, hein.
§33. Enfin, la dernière incertitude, c'est que vous avez dû remarquer que nous vivions tous selon une certaine topique, c'est-à-dire une distribution des lieux. [1:14:40] Ah ça se barbe ce machin. [il se tourne vers le tableau et commence à relever mécaniquement l'écran de projection baissé devant le tableau puis lit les mots inscrits lors du précédent séminaire] Dikè Arkhè Nomos Hubris. Bon, je ne vois pas très bien ce que, tout ça, ça fait ensemble. Non, c'est pas mal. Et la pauvre Dikè Allez et oui, c'est [1:15:26] (Après avoir effacé le tableau, il dessine un schéma) Bon ça pour l'instant, c'est encore rien. Si je vous dis que ça (il désigne) c'est la terre, ça vous allez dire que c'est quoi, le ciel ? Terre. Et ça (il désigne entre les deux), comment vous allez l'appeler ? L'horizon bon. L'aurore, pardon. ou l'aurore. Oh l'aurore c'est non c'est l'aurore c'est comme elle dit dans l'eau<<< d'un coup un trait et c'est quoi ? Oui, oui, oui, d'une formulation politique quand même. Un peu, elle est un peu les deux. L'horizon c'est quand même cette limite quoi. Attention limite à condition qu'elle se déplace quand je quand je bouge. Bon, Marc [Richir] me dit un jour je lui dis écoute j'en ai assez avec Husserl, pour l'horizon, il y a jamais de définition. Alors je lui dis pour moi j'appelle Horizon la limite qui se déplace en même temps que moi. Bon il me dit : " bah c'est ça pour Husserl ". Donc il était simple Husserl, il n'était pas tarabiscoté. Alors nous avons nous nous avons nous vivons depuis les Grecs sur cette topique là on appelle ça une topique. (tapant à trois endroits du tableau par comptine numérique) C'est une région, deux régions, trois régions. Nous vivons là-dessus, hein. C'est-à-dire que toutes les grandes choses qui n'existent pas sont à l'horizon. Ça s'appelle les idées, hein. Les idées sont à l'horizon. La justice par exemple, il y a eu Dikè tout à l'heure [écrit au tableau], elle est ici la Dikè. Bon alors ou bien elle peut monter et elle restera intactemais inefficiente, même inexistante. Ou bien elle va redescendre là devenir terrestre. Mais alors pardon, on peut prendre son... on prend des risques là parce que il y a des justices terrestres qui sont redoutables, hein.
§34 Par conséquent mon idée et je n'ai trouvé personne , j'ai pourtant cherché pas mal, qui me propose une nouvelle topique, c'est-à-dire une autre façon de distribuer à la fois :
- ce qui est et ce qui n'est pas ;
- ce qui n'est pas et qui est de moins en moins, [à mesure que] je m'approche ;
- ce qui est vraiment exact mais qui n'est pas non plus et ce qui est vraiment mais qui n'est pas exact.
Donc ça, c'est un tableau du non-être. Donc nous avons toujours vécu, nous vivons sur une topique du non-être. C'est quand même fabuleux alors que Martin Heidegger nous bassine avec l'être. Bon, on c'est une topique du non-être ça. Au ciel, c'est parfait ; c'est pur ; les formes sont pures. Mais allez voir la justice céleste. La verrons-nous ? Peut-être. Il faut certaines conditions, et puis ma foi tout ce qui arrive ici, là, tout ça, c'est mal mené.
§35. Alors, je résume d'un mot tout ce que je viens de dire. Il faut se corriger après avoir donné beaucoup dans un défaut. Il faut se corriger après avoir donné, au sens où on où on donne dans dans le mur. Je ne vois je vois... ils sont pas nombreux ceux qui se corrigent après avoir donné beaucoup dans un défaut. Je vois, Aristote qui après avoir donné dans Platon à fond rétrograde. Je vois le cercle de Vienne ; ça je le dois à mon ami Antonia Soulez. Bon, le cercle de Vienne euh décélère et propose ce qui s'appelle les protocoles Zeitsell, c'est-à-dire les les les les les phrases constituantes et qui sont des phrases ordinaires qui sont pas les des phrases méthodiques sont des non-sens et Mallarmé qui juge avoir vu le livre et rétrograde, rétrocède pour se contenter de fragments. On pourrait peut-être le dire de Nietzsche, Bon. donc se corriger après avoir donné beaucoup.
§36. Alors, j'en arrive à l'affaire qui m'occupe le plus. Donc là, j'en parlerai plus tard parce que le temps passe et on arrive à ... Je vous... Je suis obligé de dire pour que ça ait du sens, que ce que je passe là contenait quelques remarques sur le fait que la philosophie a pris au cours de son histoire beaucoup de mauvais plis. Euh comme je vous disais l'année dernière des ornières et prenant de mauvais plis, chaque fois qu'on s'en approche, on retombe dans le mauvais pli. Il neut il faut donc non pas déplier, mais déplisser Ce n'est pas pareil. Déplisser, c'est retirer le pli. Pour ça, l'exercice va me servir à déplisser, c'est-à-dire à tenter de réduire l'attraction des grands attracteurs de pensée. Par exemple, quand Aristote propose brièvement la noésis noéseos, la pensée de la pensée. Vous comprenez... vous entendez bien que c'est un attracteur fantastique quand lorsque Kant dit le schématisme est un art caché au plus profond de l'âme humaine et que c'est l'enlacement du conceptuel et du sensible on se dit mais on on en aimerait on en aimerait davantage on en aimerait un peu plus quand même un peu.. Bref pas plus ! Pas plus, autrement dit ! Mais une attraction formidable. Le schème, c'est un mot qui a par lui une vertu attractive. Bon, il y a en philo comme ça des beaux attracteurs. Bon, il faut à la fois avoir avoir été séduit, et molo ! Attention. Alors, évidemment dans tout cela, il y a derrière la grande figure de l'hyperbole, c'est-à-dire du grandissement, qui est le forçage maximal. Mais je veux pas m'engager pour entrer dans la question de l'exercice.
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§37. Alors le titre, c'est exercices d'incertitude. Exercice, alors, j'ai fait un petit peu de grammaire et de de lexicologie romaine latine. Exercice, c'est ex (sortir de) et arcéo. Arcéo, c'est un verbe qui qui veut dire à la fois " écarter ", " repousser " et " mettre à l'abri ". Bon et derrière arceo, il y a arca, ce sens m'intéresse pas spécialement, c'est le coffret, c'est le cercueil. Mais il y a arx. Arx c'est la citadelle. Donc l'exercice c'est sortir de la citadelle. Alors citadelle, on peut ... Là je prendrai des heures parce que citadelle nous sommes tous pour nous-mêmes une citadelle d'abord et tout fait citadelle. La famille fait citadelle ; la langue fait citadelle ; la folie fait citadelle ; on peut continuer ; l'œuvre aussi fait citadelle. À la fois, ça vous alimente, ça vous retient sans que vous le voyez. Quand vous êtes comme ça accroché comme Cézanne à la peinture, mourant, vous vous faites transporter encore au pied de la Sainte-Victoire pour peindre pour réussir à peindre un peu de rose. Bon, vous avouerez que il faut quand même être drôlement capturé. Là, c'est que c'est une sacrée citadelle ça la peinture là. On pourrait multiplier. Il y en a pour qui elle est plus douce apparemment. Bach est dans une citadelle complète. Le pouvoir est une citadelle, on le dit. Mais. Bon alors, sortir de la citadelle, vous vous sentez bien que ça se dit : ex arcéo, exercitus. Et exercitus, ça veut dire l'exercice en latin et ça veut dire l'armée aussi, mais c'est un autre sens.
§38. Alors il est pour moi très important que l'exercice ce soit la procédure je dirais opératoire qui permettent de sortir d'une citadelle qu'on ne soupçonne pas nécessairement et les meilleurs sont celles qu'on ne soupçonne pas, qui sont là, qui vous alimentent, qui vous sucent, qui vous dévorent. Ca c'est, je dirais, le point initial.Alors maintenant, racontons une fable à partir de cette histoire de citadelle qui est grammaticalement autant que la philologie et la lexicologie sont fiables. Moi, je m'y fie hein, je ne peux pas faire le malin. Euh bon, admettons, citadelle s'en s'entrouvre un peu. La citadelle s'en trouve un peu parce que jusque là vous pouviez pas faire d'exercice. Vous étiez dedans. Bon la citadelle s'entrouve et des éléments s'échappent. Deux familles d'éléments s'échappent : les significations, ça c'est une petite variante de Pandora ... il ne reste que l'espérance trop ouvert. Bon là laouverte les significations légères sont parties et puis les mouvements aussi, ils sont partis. Et imaginons, imaginons que puisqu'on est dans une époque où... on ne va pas réglementer sur l'imaginaire... un tout-puissant car c'est plein d'énergie la citadelle ; c'est une ressource énergétique formidable : il y a de l'énergie dans la peinture, il y a l'énergie dans la musique, il y a de l'énergie dans la famille, il a l'énergie dans la politique, il y a l'énergie dans la folie. C'est c'est c'est un lieu d'énergie la citadelle, c'est-à-dire un lieu quand même tendantiellement explosif et expansif. On referme la citadelle brusquement, ça peut plus sortir. Et ce qui reste prisonnier, ce sont les articulations. Les articulations restent dans la citadelle. Donc se balade hors citadelle des phrases, des phrases et des mouvements. Que va faire la philosophie ? Tâcher d'inventer des articulations entre les significations, tâcher d'inventer des articulations entre les mouvements, tâché d'inventer des des articulations entre les significations et les mouvements. J'ai l'impression que la philosophie ne fait que ça. Bon, mais c'est assez difficile évidemment. Jusque-là, jusque-là.
§39. Alors pourquoi brusquement une agitation dans la citadelle comme ça ? Bah je vous répondrai avec l'air du temps. Ça s'appelle l'événement. Ça n'a pas de raison. À ce moment-là, la citadelle s'entrouvre. Ce qui y était extraordinairement actif, c'était tout le temps en train d'être lié, délié, relié et cetera. Alors c'est un petit côté tout ce que vous voudrez, c'est un petit côté (comment dirais-je ? comment on pourrait dire ?) mythologique des œuvres qui se sont toutes seules mythologiques des des des relations improbables, mythologique, parce que tout ça c'est un peu improbable. Bon, ça c'est de la fiction mais ce qui m'intéresse c'est que l'exercic,e c'est ce qui va permettre évid c'est pour ça que la philo est faits d'exercice pour moi c'est ce qui va permettre aux signifiants, j'en sais rien. Bon bon, je sais pas où où la paix où la paix des passions dans l'arme. Bon, j'en sais rien.
§40. Et troisièmement, le plus difficile parce que le plus incompatible, les significations sont compatibles [entre elles], les mouvements sont compatibles entre eux, mais ce qui n'est pas compatible, c'est les significations et les mouvements. Bon, c'est-à-dire que il peut y avoir tout le temps rupture. Tout le temps rupture. Ce que je vous disais tout à l'heure, en avant. Bah, on ne bouge pas. Bon, alors ceci va m'amener à ... (je développerai sur arx mais vous avez compris le principe) la psychanalyse est une arx. Elle est faite de significations qui volent et de mouvements qui sont un petit peu retenues, un petit peu contenues. Mais si ils sont plus contenus, ça change de registre. Par conséquent, je ne vois guère de domaines où les significations influent à la fois sur d'autres significations et sur les mouvements.
Personne du public : Poïen, pardon. Poïen. Faire. Je pense que la poésie ça fait un peu ça quoi.
Patrice Loraux : Non, je comprends. Oui, oui, oui, oui, oui.
Personne du public : C'est le plus proche que je vois de ça.
§44. Patrice Loraux : Bah oui, oui, oui. Mais bien sûr avec une liberté dans l'articulation. Oui. Après, après, il y a toutes les différences. Oui, oui, oui. Dans l'articulation. Oui, c'est plus proche quoi. Mais euh, je ne suis pas pas du tout la poésie. Mais pardon... Alors à partir de là, je ... je suis ... le temps me presse maintenant. Alors une fois que les exercices s'exercent et le défaut le je reproche que je ferai à Valéri c'est qu'il n'a pas analysé, il a toujours valorisé l'exercice mais il ne l'a pas analysé. Qu'est-ce qu'il y a dans un exercice ? Qu'est-ce qu'il y a dans un exercice ? si ce n'est la tentation d'accrocher à, je dirais, des instructions à des mouvements corporels, s'appelle du sport, hein. Donc lui qui était celui qui prend le sport comme
exemple de philo, soit comme le jésuite-là, comment il s'appelle ?
Personne du public 2 : Loyola. (1:35:07)
§46. Patrice Loraux : Loyola. Ouais. Il ne veut pas laisser ses frères à la liberté d'action. Donc, il prescrit l'heure et donc les significations auxquelles ils doivent se soumettre pendant la journée. Le jésuite, le jeune jésuite qui a envie de prier pendant cinq heures. Zéro zéro. Il va prier une heure et il ira faire le travail des champs s'il le faut ou bien il ira faire la cuisine ou bien il ira faire les courses ou bien et cetera... Bon et il n'est pas question de se soustraire à cette discipline qui est prodigieusement formatrice. Bon où est-ce qu'il y a encore des exercices en grammaire ? Bon, c'est évident ça. Bon, où est-ce qu'il y a de les militaires font de l'exercice font de l'exercice, c'est-à-dire qui qui qui vérifie euh alors là, il vérifie euh euh à vide s'ils sont vraiment des combattants. À vide, puisque en principe on ne tue personne. Bon, euh, je pourrais travailler, il faut traiter signification, les mouvements, les sortes de signification, les sortes de mouvement.
§47. Mais c'est l'idée principale que je voudrais développer cette année, c'est que, vous comprenez bien, les exercices d'incertitude, ce sont des exercices au sens classique pour essayer de réduire puisque nous n'avons plus d'articulation, elles sont via la fable restée dans la citadelle. C'est c'est précieux l'articulation. C'est c'est précieux c'était presque divin pour les Grecs une articulation. Vous vous rendez compte ? Une articulation c'est formidable. C'est c'est extraordinaire. On on admire jamais assez une articulation. Bon et bien, s'il y a un moyen, grâce à à l'exercice, je dirais, de réduire la non-compatibilité la non compatibilité de, comment je dirais, de l'action action et du mouvement et de la parole et bien on aura gagné quelque chose. Bon alors, on aura gagné quelque chose et toute réduction d'incompatibilité est une augmentation d'affinité.
§48. L'affinité, je vais en parler aussi parce que c'est le correspondant pour moi de la ... [imcompatibilité ?] J'aime beaucoup la question d'affinité. Bon, vous allez comprendre tout de suite. il y a pas un poil d'affinité entre [Spinoza et Heidegger], pourtant ce sont des philosophes tous les deux, ils sont dans la même citadelle. Il y a pas un poil d'affinité entre Spinoza et Heidegger : trouvez-moi un et je vous paye un bon champagne. Il y a pas un poil d'affinité. Je me demande même comment on peut les mettre ensemble dans la même la même citadelle. Bon je ne vois pas du tout, l'un a promu une signification jusqu'à l'hyperbole. C'est la signification être qui est devenu l'hyperbole absolue qui pour moi je finis par pu comprendre hein. Je dois vous dire qu'aujourd'hui je après 50 ans j'ai cru comprendre mais d'année en année c'est devenu de plus en plus incertain et fumeux. Bon euh je me ferai tuer ici par certains, pas ici mais par des défenseurs, des gens qui disent comprendre l'être. Bon oui oui oui [x8]. Il faut se dilater l'entendement, là pour le coup. Et puis ou bien ou bien le seul grand mouvement que connaissent Heidegger, c'est l'autre commencement, c'est le grand mouvement. Il y a eu deux grands mouvements, le le commencement grec et puis le nouveau commencement. le nouveau commencement Motus, il faut mieux le taire, je crois parce que ce serait délicat à nommer ce nouveau commencement. Bon vous vous comprenez bien quoi... Par conséquent, pour Spinoza, ce nouveau commencement ce serait ce serait du théâtre et du tambourin. Bon, ça ne commence pas comme ça un commencement. Un commencement ça commence petit, ça commence tout petit. Ça commence par... Par cause de soi, j'entends ce dont l'essence n'a pas besoin de l'existence pour être conçu. Voilà, c'est tout. Voilà le nouveau commencement Spinoza. Bon donc vous avez vous avez de deux philosophes qui sont dans l'antagonisme. Oui, l'antagonisme. Pire que l'antagonisme, hein. Oui. Enfin oui le... Comment je dis ? l'incompatibilité. Je ne vois pas d'affinité entre eux. Je ne vois pas d'affinité.
§49. Alors, je vais ... Alors, il y a une chose que je ne sais pas.... si chez vous, dans vos entendements, ne répondez pas, vous n'êtes pas tenu [de répondre]. Vous répondez si vous voulez. Chez moi, j'ai été j'ai été la victime aujourd'hui. Maintenant, les années étant passées, je peux le dire, j'ai été la victime d'une saute inquiétude de ... je me suis trop occupé à satisfaire l'inquiétude de savoir si c'était bien ça la philo ce que je faisais ; j'aurais bien mieux fait d'y aller franco. C'est comme celui qui tape le bord du pont pour savoir s'il est solide hein. Bonut<<< faut mieux y aller. Peut-être que la passerelle s'effondrera, et bien elle s'effondrera ; peut-être peut-être qu'on passera, et bien on passe.
§50. Alors, ça c'est le point qui euh je ne sais pas si vous êtes sensible à ça à ce problème là. Il y a un certain nombre de métiers, je dirais, ou de situations où on ne sait pas, par exemple si c'est ou [ce n'est] pas de la peinture, hein. Quand j'étais jeune, j'allais souvent me balader dans le quartier, disons, de la rue de Seine<<< et j'entrais dans les galeries et je me disais euh est-ce que c'est ou pas de la peinture ? Au Louvre, je savais d'avance, même si cit des croûtes, que c'était de la peinture, parce que c'était décrété par le culturel ambiant. Mais là, la signification n'était pas faite encore. Et je me déplaçais, je regardais, je ne savais pas, ça pouvait me plaire. Et quelqu'un m'aurait dit "C'est une croûte." J'aurais dit peut-être mais ça me plaît.
§51. Alors il y a le domaine de l'art et il y a le domaine de la foi. La foi. On on celui qui dit "J'ai la foi est un naïf." Un naïf. Bon, comme sont naïf, ceux qui croient que celui qui a la foi est tranquille comme Baptiste, il est pas du tout tranquille comme Baptiste celui qui a la foi et qui sait que il a peut-être seulement la foi et que c'est une conjecture la foi. C'est une conjecture la foi, très difficile ; très difficile. Et plus et plus on dira... Jean-Luc Nancy me disait un jour : " tu sais la foi ne sait rien. " C'est un propos luthérien ça hein, ce n'est pas catholique. Bon, il se croyait il croyait qu'il disait un propos catholique. Non, c'est un propos luthérien. Ce n'est pas grave. Bon, mais la foi ne sait rien et elle ne se sait pas elle-même. Pas comme l'ont demande tout à l'heure qui se sait lui-même. Intériorité puissante. La foi est une intériorité qui ne se sait pas puisque l'intériorité de la foi, c'est Dieu lui-même. Il faut bien savoir que l'intériorité de la foi, c'est Dieu lui-même et que par conséquent vous pouvez pas savoir. ... et que vous vous conjecturez que vous êtes habité que vous êtes habité, par l'esprit mais vous le savez pas, vous le conjecturez.
§52. Et il y a un dernier terrain qui est euh pour moi, il y en a d'autres sûrement, qui est euh l'analyse, la psychanalyse. On ne sait pas si on a fait ou si on n'a pas fait d'analyse et il y a pas moyen de le savoir. Pas moyen de le savoir. Et je le dis avec des amis analystes présents, je le maintiendrai. Je le maintiendrai sous sous la torture même à savoir que on peut croire, avoir fait une analyse, on peut même avoir des bénéfices, hein. Rien rien n'empêche que croire n'apporte pas des bénéfices. On croit qu'on fait une analyse. Je me dirais si on était Protagoras, quelle différence ? On s'en fout. C'est c'est ça Protagoras. Quelle différence ? On s'en fout. J'ai la foi, j'ai pas la je crois la voir. C'est pareil, on s'en fout. Bon, c'est un chef-d'œuvre, c'est pas un chef-d'œuvre, on s'en fout. Bon, mais c'est pour ça que Protagor c'est un homme considérable à mes yeux parce que Platon s'est échiné et Platon disons exige que nous allions jusqu'au-delà de la vie et de la mort pour décider de l'importance de trancher entre si c'est authentique ou pas. Et la garantie que c'est authentique, c'est curieux, c'est que c'est fécond, c'est-à-dire que un vrai artiste fait des artistes, un vrai analyste fait des analystes, un vrai croyant fait des croyants, un vrai philosophe fait des philosophes et cetera et cetera et cetera. Sinon, il fait des clones ou des semblants ou des rien du tout.
§53. Alors, je voudrais simplement euh finir sur un point un point qui est Oh oui, je ne pourrais pas finir. Bon, mais c'est pas grave, j'en ai dit assez. Il faut bien que la philo se signale en vous par quelque chose. Faut bien qu'elle se signale, hein. Faut bien qu'elle se signale. Bon, ou bien c'est une discipline comme une autre. La géographie se signale quand même. Même même même la géographie, je la prends toujours. Pourquoi ? Je sais pas pourquoi. Comme tête de turc, je sais pas. Je sais pas. parce que j'ai eu Madagascar au bâchot et que je et que je ne savais rien. Bon, sinon il y avait il y avait du riz, ça n'allait pas loin. [1:46:58 Rires] Bon, je me rappelle du prof d' vous savez pas grand-chose sur Madagascar, j'ai pas pu dire non. Enfin bref, euh aujourd'hui, je crois qu'elle a elle est beaucoup moins certaine d'elle-même, la géographie. Bon et donc étant moins certaine d'elle-même, elle est devenue plus philosophique. Bon mais il y a 50 ans, elle était certaine d'elle-même quand on s'occupait de Madagascar, du nombre d'habitants et de la superficie, c'était de la géographie. Vous vous rappelez ? Nombre d'habitants, superficie, département, capital, sous-préfecture, préfecture, bref. Bon, ça continue d'ailleurs.
§54. Alors, je dirais que à quoi par quoi à quoi ça indique la philo ? Elle s'indique par en nous un point de tourment. Un point de tourment qui est un point d'articulation et si vous m'anticipez, vous devriez le trouver.
C'est le point de jointure de deux incompatibles que sont la source des significations et la source des mouvements, c'est-à-dire le corps et l'âme. Autrement dit, la philosophie se signale à ceci que elle nous fait mal à notre constitution. Et tant qu'elle ne nous fait pas mal à notre constitution, elle est du flanc. Et à cet égard évidemment il faut arriver, il faudra arriver à trouver ... puisqu'il y va notre constitution, nous sommes constitués par un accrochage. Alors, cartésien, pas cartésien, spinosiste, pas spinosiste, parallèle, pas parallèle. Bon euh euh comment euh euh tombeau tombeau de l'âme et cetera, toutes les toutes les variantes possibles pour euh s'en sortir. Mais euh il y aura encore à trouver le rapport entre ce tourment en nous de ce point de l'âme qui est euh ce point de jointure; Alors nous sortons de la citadelle. Est-ce que nous avons été disjoints nous-même de la citadelle ? Il faut donc des exercices. Il faut donc des exercices pour rejoindre le corps et l'âme en nous. Sinon, sinon, apparemment, apparemment euh il y a coréan<<<, mais des fois c'est tout le corps ou tout l'âme qui domine. Bon, ça on dirait du Platon,
§55. Alors je vais finir sur un point qui qui m'intéresse. Bon, le comble de la philo, c'est enduré et supporté avec joie. C'est à développer ça hein. Endure supporter avec joie le quasi contact le quasi contact du soi avec ce qui est de moins en moins compatible et c'est-à-dire avec ce qui est de plus en plus incompatible. Si vous ne supportez pas l'incompatible, il y a un mot de il doit être de Wittgenstein : " être au plus près du chaos et se sentir bien. " Ça, il a il a tout compris. Mais généralement, on a amputé sa démarche de 90 % ... qu'il a faite, il pas écrite mais il l'a faite d'être séduit par par par par par le soleil.
§56. Alors, il y a un point l'exercice assouplit l'incompatibilité. Un exercice ça assouplit l'exercice assouplit l'incompatibilité signification mouvement. Bon et je ceci m'a amené à distinguer euh quatre grands styles de philosophie. Quatre grands styles avec un point étrange qui est que je ne je ne crois pas que ces comment ces styles, ces grands styles de philosophie aient un point de raccordement. Autrement dit, ils sont incompatibles. D'habitude, on dit que tout mathématicien peut traduire dans la mathématique qu'il pratique la mathématique qu'il ne pratique pas. Et en général, on le dit de pas mal de trucs. Ça on peut traduire en je sais pas moi en latin ce qu'on ce qu'on comprend pas et cetera. tandis que je crois que les styles philosophiques sont irréductibles et irréductiblement multiples. Il ne faut pas escompter qu'il y ait de façon asymptotique un raccordement. Il y a pas d'Un. Il n'y a pas d'Un. Voilà ce que je j'avais envie de dire. Alors ces quatre styles, je vous les indique très rapidement. Je j'aurais donné des noms qui ont de la sonce<<<. Ça c'est de la rhétorique pour m'amuser. Bon, il y a le style aporétique, le style éristique, le style théorétique et le style euphorique.
§57. Alors, un mot sur chaque. Aporétique, c'est quand les significations et les mouvements se mettent vraiment de travers et barrent le passage. Exemple les éléates, je ne peux pas développer, j'ai plus que 5 minutes, mais on peut pas on peut pas aller au-delà à por. Bon et généralement les gens n'aiment pas en rester à la pors<<< en viennent à l'éristique mais ils ont changé de registre. Alors l'éristique c'est très simple, c'est faire taire l'autre hein. Faire taire l'autre. On a gagné. J'ai fait taire l'autre. Bon euh, je suis le seul qui parle du coup, mais étant le seul qui parle, je suis devenu théorétique. C'est-à-dire que j'ai séparé j'ai séparé à tort tout ce qui est du registre du mouvement et de la signification. Et j'enchaîne les significations. Ça s'appelle la théorie ça. J'enchaîne les significations en laissant tomber évidemment tout ce qui est de l'ordre de de l'action hein. D'où, le théorétique ne s'occupe pas de la mécanique par exemple la mécanique concrète, la mécanique qui qui fait marcher les choses, hein. Et enfin, revenu de tout ça, revenu de tout ça, il y a l'euphorique. D'étymologie, euphorie, ça veut dire être bien porté, c'est-à-dire être dans le courant des choses, ne pas ne pas faire obstacle, ne pas le contraire de l'aporie. Bon et c'est très exactement la béatitude spinosiste. Ça béatitude et euphorie, c'est pareil, hein.
§58. À savoir que dans le fond, si vous ne vous opposez pas, c'est un exemple de Deleuze. Si vous ne vous opposez pas à la vague, tant que vous vous opposez, vous nagez. Vous nagez. (Une personne frappe et entrouve la porte) Je demande 5 minutes, hein, et puis j'ai fini. Merci. Tant que vous tant que vous vous opposez à la vague, en nageant, ben vous êtes, tout ce que vous voulez, éristiques peut-être. Vous avez vous avez été en ancien théorétique mais vous êtes éristiques, vous êtes en train de batailler. Ssi vous vous laissez porter par la vague, vous faites un avec elle et vous êtes dans l'euphorie. Ceux qu'on appelle les présocratiques avait pour philosophie, dans le fond, une chose qui n'est pas ce qu'on dit d'habitude. Ils n'avaient pas tellement de discours. La vraie philosophie, c'est qu'il y ait un ordre, un cosmos, un ordre des choses, un ordre des planètes et que ça marche bien et que si vous savez vous mettre dans le rythme du cours des planètes et du cours des corps et du cours des mouvements, pas de souci. Si vous êtes dans le cours des mouvements, qu'est-ce qui peut vous arriver ? Rien du tout. Vous êtes heureux comme poisson dans l'eau et vous êtes philosophe au sens au sens banal hein. Il ne se fait pas de bile, lui, hein. Qu'il arrive à de malheur, bon je ne sais pas, ah ! sa maison s'écroule. C'est un mouvement ça. À la maison qui s'écroule, il bouge pas, il dit "Ah, ma maison est tombée." Bon, c'est une signification ça. Bon et puis bon, ça c'est la sagesse,
§59. Alors il y a un dernier point et puis j'ai fini. Il y a une chose que je défendrai aussi Mordicus à savoir pourquoi ne pas vouloir que la philosophie soit tout simplement ce qui a lieu. Ce qui a lieu. Je prendrai deux exemples. Un jour quelqu'un demandait un peu agacé à Derrida<<<, " mais qu'est-ce que c'est que la déconstruction, ? Alors Derrida réfléchit et dit ben dans le fond c'est simplement ce qui arrive si on ne l'empêche pas d'arriver. Parfait, parfait ! Ce qui arrive ne l'empêche pas d'arriver. Voilà ou bien les stoïciens. Les stoïciens sont aussi des gens qui sont tout prêts. Bon moi je suis très tenant... Autrement dit, il n'y a rien de plus peut-être dans la philo, rien de plus dans la philo que l'expérience pure. L'expérience, c'est-à-dire l'expérience libérée de ce qu'on plaque sur elle, c'est-à-dire de l'interprétation et de tout ce qu'on raconte à son propos et de la causalité et tatati et tatata et tatati et tatata. Si vous vous débarrassez de tout ça, donc il faut bon travail critique. Vous avez comme ça se présence comme ça se présente tel quel. Ce que Marc [Richir] appelait le phénomène comme ça se présente tel quel et puis et ben vous êtes heureux. Vous êtes vous êtes en présence du tel quel et vous n'avez plus rien d'autre à demander.
§60. Et il y a un dernier point, encore. Ce que j'appelle penser, c'est faire tenir ensemble ceux qui ne semblent pas prêter d'affinité. C'est le contraire de ce qu'on penserait, hein. Ce que j'appelle penser, c'est faire tenir par soi ce qui ne semble pas présenter d'affinité. Et euh je me demande et c'est là où je rejoindrai Derrida, je me demande si aussi loin que vous alliez dans l'incompatibilité, il y aura toujours moyen de trouver une affinité plus subtile encore. Mais là, on passe à l'ésotérisme.
§61. Voilà. J'arrête parce qu'il est l'heure. Je vous demanderai de me... Alors vous... Pour ceux qui n'auraient pas été là pour des raisons de santé, je ne peux pas reprendre avant le 7 mars, hein. Je vous préviendrai dans la semaine par les lettres que vous m'avez remises et les mails. Alors, les mails, ce ne sera pas moi. vous vous les recevrez peut-être si ça a lieu de Marie-Josée Mondzain parce que elle envisage que nous fassions quelque chose ensemble. Pourquoi pas, hein ? Voilà, je vous remercie et donc à dans de mois. Je suis navré de cette interruption mais il faut être attentif au signaux de son corps. Merci.
[2 heures et une seconde] Ç