1 Décembre 2025
Bénézet Bujo (1940-), né à Bukavu, théologien et philosophe moral d'origine congolaise, a développé une éthique africaine fondée sur le concept d'ubuntu, terme qui dans plusieurs langues bantoues désigne l'humanité partagée et l'interdépendance des êtres humains. Professeur à l'Université de Fribourg en Suisse, Bénézet Bujo a travaillé sur la fondation d'une éthique théologique africaine qui ne soit ni une simple application de l'éthique occidentale, ni un retour nostalgique aux traditions précoloniales, mais qui propose une éthique communautaire en contraste avec l'éthique individualiste occidentale, c'est-à-dire une élaboration créatrice qui articule les sagesses africaines et le message chrétien dans le contexte des défis contemporains. Son ouvrage majeur, Fondements de l'éthique africaine (2001, en anglais Foundations of an African Ethic), analyse les structures fondamentales de la moralité dans les sociétés africaines traditionnelles, montrant qu'elles reposent sur une compréhension communautaire de la personne humaine très différente de l'individualisme occidental. Cette éthique communautaire africaine accorde une place centrale à la vie, à sa transmission et à sa protection, faisant de la fécondité et de la solidarité des valeurs morales fondamentales. Pour lui, la personne africaine se définit essentiellement par ses relations avec la communauté des vivants, des ancêtres et des générations à venir, ce qui implique une perspective éthique (ou conception) de la responsabilité morale qui déborde largement le cadre individualiste de l'éthique occidentale moderne. Bujo a développé le concept de palaver, terme qui désigne dans de nombreuses sociétés africaines le processus de discussion communautaire visant à résoudre les conflits et à prendre des décisions collectives, comme modèle pour une éthique du dialogue interculturel et pour la résolution des problèmes contemporains. Pour lui, la personne humaine ne peut être comprise en dehors de ses relations avec la communauté qui inclut non seulement les vivants, les ancêtres défunts et les générations futures, bref toute la communauté dans la recherche du bien commun. Cette perspective éthique (ou conception) implique une responsabilité éthique qui s'étend au-delà de l'individu isolé et s'applique à des questions contemporaines comme la bioéthique, les droits humains et la justice sociale, montrant la pertinence des valeurs africaines pour penser les défis actuels. Son travail témoigne d'un effort pour construire une philosophie africaine qui soit à la fois enracinée dans les traditions et cultures africaines, particulièrement celles de l'Afrique centrale, et ouverte au dialogue avec les autres traditions philosophiques du monde.