5 Juillet 2025
Isabelle Bogelot (1841–1923), figure trop souvent reléguée à la marge de l’histoire du féminisme français, a pourtant mené des actions décisives pour la condition féminine en milieu carcéral et au sein des institutions. Militante de terrain, philanthrope éclairée et réformatrice sociale, elle s’est battue pour rendre aux femmes marginalisées, notamment les anciennes détenues, leur dignité et leur place dans la société.
Issue d’un milieu réformiste, Isabelle Bogelot incarne un féminisme philanthropique, qui conjugue solidarité, éducation et engagement institutionnel. Elle participe activement à diverses œuvres sociales, et milite pour l’instruction des filles, l’accès au travail, et la réforme du système carcéral. Elle met en lumière les liens entre précarité, moralisation excessive et oppression féminine. Elle adopte une approche inclusive, défendant les droits des femmes pauvres, exclues ou considérées comme "déviantes" par la société bourgeoise. Ce féminisme, moins radical que celui de figures comme Auclert ou Bodin, n’en est pas moins essentiel pour l’émancipation des femmes des classes populaires. Isabelle Bogelot est déléguée de l’Œuvre des libérées de Saint-Lazare, association dédiée à la réinsertion des femmes ayant purgé des peines de prison, souvent après avoir été enfermées pour prostitution, vol ou actes jugés "immoraux". Elle s'oppose à la stigmatisation sociale et morale des femmes incarcérées, considérant que la répression sans réhabilitation aggrave leur exclusion. Elle développe des structures d’accueil, d’écoute et de réorientation professionnelle pour ces femmes, qu’elle appelle « les oubliées de la République ». Cette action est novatrice : à une époque où la prison est surtout vue comme un châtiment, Bogelot y ajoute une dimension de justice sociale et de rédemption féminine. Son rôle dans cette œuvre révèle une volonté de féminisme concret, ancré dans les réalités les plus dures.
Isabelle Bogelot comprend vite que le changement passe aussi par les institutions. Elle noue des relations avec les milieux politiques et administratifs, obtenant des soutiens pour ses initiatives en faveur des femmes libérées. Elle agit comme médiatrice entre les femmes marginalisées et l’État, plaidant pour des politiques de réinsertion. Elle fait avancer l’idée que la justice ne peut être exclusivement punitive : elle doit intégrer le soin, le respect et la réparation sociale. Son travail ouvre la voie à une réflexion sur les conditions de détention et les droits des femmes prisonnières, bien avant les débats contemporains sur la justice restaurative. Isabelle Bogelot incarne une forme de féminisme social, humaniste et réparateur, qui s’attache à celles que l’histoire oublie : les femmes incarcérées, pauvres, discriminées. Son action patiente et courageuse est une pierre angulaire de la lutte féminine pour la reconnaissance et la dignité.
C'est aussi une militante abolitionniste...