28 Décembre 2025
Dominique Poggi est une sociologue française contemporaine et une figure majeure dans l'analyse et l'intervention concernant l'égalité femmes-hommes dans les espaces publics urbains, fondatrice et directrice de l'association À Places Égales qui a développé et popularisé la méthodologie des marches exploratoires comme outil de diagnostic participatif et de transformation urbaine. Diplômée de Sciences Po Paris et titulaire d'un troisième cycle de sociologie de la Fondation nationale des sciences politiques, Dominique Poggi a consacré sa carrière à l'étude des inégalités de genre dans la ville, à la documentation des formes d'oppression et de harcèlement auxquelles se heurtent les femmes dans les espaces publics urbains, et au développement d'une méthodologie de participation citoyenne fondée sur l'expérience vécue des femmes. Au-delà de sa dimension académique et consultative, Dominique Poggi s'inscrit dans une trajectoire intellectuelle et politique d'engagement féministe caractérisée par une conviction que la transformation urbaine et l'égalité réelle entre femmes et hommes ne peuvent advenir que lorsque les femmes elles-mêmes deviennent les expertes de leur propre expérience, des historiennes de leur quotidien, et les actrices de la transformation de leurs villes. Son travail s'inscrit dans une longue généalogie féministe française d'engagement pour le droit à la ville, une notion théorisée initialement par le sociologue Henri Lefebvre mais réappropriée et reformulée par les mouvements féministes contemporains comme la revendication d'un accès égal aux ressources urbaines, à la mobilité, à la sécurité, et à la participation démocratique dans la vie citadine. Les marches exploratoires développées par Poggi et son collectif À Places Égales constituent une innovation majeure dans le domaine de la planification urbaine participative, une méthodologie qui est adoptée par plus de cinquante villes en France et au-delà, transformant progressivement les manières dont les autorités publiques conceptualisent et réalisent la planification urbaine en mettant les préoccupations des femmes au cœur du processus.
Dominique Poggi est née dans une période d'effervescence intellectuelle et politique en France, à une époque caractérisée par l'émergence des mouvements de libération des femmes, la contestation radicale des structures de pouvoir établies, et une profonde réflexion sur les rapports sociaux de sexe et les inégalités systémiques qui traversent la société française. Son parcours académique révèle une trajectoire d'ascension sociale à travers l'éducation, une trajectoire qui n'est pas donnée pour les femmes des générations antérieures et qui reflète les transformations des structures éducatives et sociales françaises dans l'après-guerre. Elle suit des études à Sciences Po Paris, école prestigieuse de formation des cadres et des élites politiques et administratives françaises, où elle s'est formée aux méthodes et aux problématiques des sciences sociales, de la science politique et de l'analyse institutionnelle. Sciences Po, malgré son prestige et ses traditions élitistes, est aussi un lieu d'engagement politique et de débat intellectuel, particulièrement durant les années 1970 et 1980 lorsque Dominique Poggi y étudiait. Après ses études à Sciences Po, Dominique Poggi poursuit sa formation universitaire en complétant un troisième cycle de sociologie à la Fondation nationale des sciences politiques, approfondissant ainsi sa spécialisation dans l'analyse sociologique des phénomènes sociaux, des rapports de pouvoir, et des structures d'inégalité.
Cette formation académique s'inscrit dans le contexte plus large de l'institutionnalisation et de l'expansion de la sociologie comme discipline en France. Depuis les années 1960 et 1970, la sociologie française connaissait un développement considérable, marqué par l'émergence de nouvelles perspectives théoriques et méthodologiques en réaction contre les approches structuralistes, et par une attention croissante à l'étude empirique des réalités sociales vécues. La sociologie française de cette époque marque une politisation croissante, avec de nombreux sociologues engagés dans l'analyse critique des structures de domination, des formes de pouvoir, et des possibilités de transformation sociale. C'est dans ce contexte que Dominique Poggi a reçu sa formation initiale en sociologie, apprentissage qui l'a outillée pour mener des analyses sophistiquées des rapports sociaux de sexe, de la construction sociale des inégalités, et des mécanismes par lesquels les structures urbaines et sociales reproduisent des formes systématiques de domination et d'exclusion.
Au-delà de sa formation académique formelle à Sciences Po et à la Fondation nationale des sciences politiques, le parcours intellectuel de Dominique Poggi a également été façonné par ses engagements politiques et sociaux au sein de mouvements féministes et d'activisme urbain. En 1977, Dominique Poggi a participé à la réalisation d'un film documentaire intitulé « Manifestation contre la répression de l'homosexualité : juin 1977 », un projet réalisé conjointement avec Catherine Lahourcade qui enregistre la marche des fiertés parisienne de 1977, événement fondateur du mouvement LGBT français. Ce travail de cinéaste et de documentariste révèle une engagement précoce de Poggi envers la question des droits humains, de la liberté d'expression, et de la lutte contre les formes systématiques de répression et de discrimination dirigées contre les minorités sexuelles. Cet engagement précoce dans les questions de droits LGBT et de liberté dans l'espace public constitue un thread continu à travers le travail ultérieur de Poggi sur les droits des femmes à occuper et à jouir des espaces publics sans crainte ou intimidation.
Le parcours de Dominique Poggi révèle une sensibilité particulière aux questions environnementales et de santé publique liées à la qualité de vie urbaine. En 1985, elle a réalisé une thèse intitulée « Étude physiopathologique du stress chez un groupe de plaignants du bruit », une recherche qui s'inscrit dans une perspective d'étude des impacts des nuisances urbaines sur la santé et le bien-être des habitants. Cette thèse révèle une dimension de sa pensée sociologique préoccupée par les dimensions matérielles et corporelles de l'inégalité, par les manières dont les structures urbaines imposent des formes de stress, de mal-être et de somatisation qui affectent différemment les habitants selon leurs positions sociales, leur genre, et leurs expériences vécues dans la ville. La thèse sur le stress et le bruit constitue une contribution importante à une compréhension écologique et corporelle de l'inégalité urbaine, et elle anticipe les préoccupations ultérieures de Poggi concernant les impacts différenciés de l'organisation de l'espace public sur les femmes et les hommes.
Pour comprendre la contribution de Dominique Poggi à la pensée et à l'action féministes contemporaines, il est important de situer son travail dans le contexte théorique et politique plus large de la pensée sur le droit à la ville et sur le féminisme urbain. Le concept du droit à la ville s'origine dans les travaux du sociologue et théoricien urbain Henri Lefebvre, qui, dans son ouvrage majeur « Le droit à la ville » publié en 1968, argue que la ville constituait un produit social résultant de processus historiques de production et de transformation, et que les habitants urbains possédent un droit impérieux à participer aux décisions concernant la production et la reproduction de l'espace urbain. Pour Lefebvre, le droit à la ville ne se limitait pas simplement à un droit d'accès ou de résidence, mais constitue plutôt une revendication plus profonde du droit de tous les habitants à transformer la ville en fonction de leurs besoins, aspirations, et visions alternatives de la vie urbaine. Cette conceptualisation du droit à la ville s'inscrivait dans une critique marxiste plus large du capitalisme urbain et de la manière dont la production de l'espace urbain sous le régime capitaliste reproduisait les inégalités de classe et les formes de domination économique.
Pour autant, malgré l'importance théorique du concept lefebvrien du droit à la ville, les féministes et les militants LGBT ont rapidement observé que Lefebvre et de nombreux théoriciens urbains et politiques n'ont pas systématiquement intégré à leur analyse les dimensions de genre, de sexualité, et de patriarcat qui structuraient la production et l'utilisation de l'espace urbain. Les villes, comme Dominique Poggi le soulignera dans ses travaux ultérieurs, ont été conçues par et pour les hommes, avec une architecture, une disposition des transports publics, une organisation des services publics et des équipements qui reflétaient et renforçaient une division genrée de l'espace public et privé. Les femmes, confinées historiquement à la sphère domestique et privée, se voyaient refuser l'accès égal à l'espace public et à ses ressources, une exclusion qui est maintenue à la fois par des structures architecturales spécifiques et par des normes sociales qui considéraient la présence des femmes dans l'espace public comme anormale, transgressive, ou moralement répréhensible.
À partir des années 1980 et surtout des années 1990 et 2000, les féministes urbaines ont commencé à développer une critique plus systématique des dimensions genrées de la ville et à formuler une vision féministe du droit à la ville. Cette critique féministe souligne que les femmes, en particulier les femmes de couleur, les femmes racisées, les femmes lesbiennes, les femmes trans, et les femmes migrantes, n'avaient pas accès de manière égale à l'espace public urbain. L'espace public est marqué par diverses formes de violences dirigées spécifiquement contre les femmes, notamment le harcèlement sexiste et sexuel, les agressions, et les violences basées sur le genre, formes de violence qui n'existent pas de manière comparable pour les hommes dans ces mêmes espaces. La mobilité des femmes dans la ville est constamment restreinte par la crainte de la violence, ce qui conduise les femmes à développer des stratégies d'évitement, à restreindre leurs déplacements à certaines heures, à emprunter des itinéraires particuliers, et à modifier leurs comportements et leurs vêtements pour tenter de minimiser le risque d'harassment ou d'agression. De plus, l'organisation même de l'espace public reflète souvent une vision de la vie urbaine centrée sur le travail rémunéré, le divertissement, et la mobilité, plutôt que sur les activités de reproduction sociale, le soin des enfants, et la gestion des tâches domestiques qui occupent une place disproportionnée dans la vie des femmes.
Dominique Poggi s'inscrit dans cette tradition critique féministe du droit à la ville, tout en apportant des contributions distinctes et novatrices. Son approche sociologique combine une analyse rigoureuse des structures d'inégalité avec une méthodologie de participation citoyenne qui place au cœur du processus l'expérience vécue des femmes. Poggi refuse l'approche d'une sociologie abstraite qui analyserait les femmes de l'extérieur, depuis une position supposée de neutralité scientifique. Au lieu de cela, elle développe une approche de recherche et d'intervention urbaine qui fait des femmes elles-mêmes les expertes principales de leur propre oppression et les actrices centrales de la transformation urbaine. Cette démarche s'inscrit dans une tradition plus large de sociologie féministe et de recherche-action, une tradition qui reconnaît que la production de savoir et la transformation sociale ne peuvent être complètement séparées, et que le processus même de recherche et de mobilisation constitue une forme de transformation sociale et d'empowerment.
Dominique Poggi crée l'association À Places Égales dans le contexte des années 2000, moment d'émergence croissante des politiques publiques de genre et de reconnaissance progressive par les institutions du fait que l'égalité entre femmes et hommes n'est pas une réalité acquise mais un objectif politique qui requiert une intervention délibérée et une transformation systématique des structures sociales et urbaines. À Places Égales fut créée pour accompagner des marches exploratoires pour la liberté et la tranquillité des femmes dans les espaces publics, une innovation méthodologique qui va rapidement devenir un outil majeur de diagnostic participatif et de transformation urbaine dans des dizaines de villes en France et au-delà. La mission centrale d'À Places Égales, comme énoncée par Dominique Poggi et ses collaborateurs, est de sensibiliser les décideurs et la population aux questions d'égalité entre femmes et hommes dans la ville, de permettre aux femmes d'apporter un regard critique et constructif sur l'aménagement urbain, de faire reculer les violences de genre et de favoriser la réappropriation des espaces publics par les femmes, de rapprocher les décideurs et les habitantes, et enfin de stimuler la participation réelle des habitantes et leur puissance d'action collective, ce que Dominique Poggi appelle l'empowerment.
À Places Égales s'inscrit dans une reconnaissance croissante au sein des institutions françaises et européennes que l'égalité entre femmes et hommes dans la ville constitue un enjeu fondamental pour la démocratie, l'égalité des droits, et la citoyenneté. En 2006, le Conseil des communes et régions d'Europe a rédigé la Charte européenne pour l'égalité des femmes et des hommes dans la vie locale, document qui reconnaît que l'égalité entre femmes et hommes dans la ville est une condition importante pour le respect des droits humains, la démocratie, et la justice sociale. À Places Égales, à travers l'association et à travers Dominique Poggi en tant que consultante auprès de diverses collectivités territoriales, contribua à la mise en œuvre de cette reconnaissance institutionnelle que l'égalité dans la ville ne peut pas être laissée au seul hasard ou à la bonne volonté individuelle, mais requiert une intervention délibérée, une transformation des pratiques urbaines, et une mobilisation des femmes elles-mêmes comme actrices du changement.
La structure organisationnelle d'À Places Égales reflète les principes féministes et participatifs qui guident le travail de l'association. L'association ne fonctionne pas selon un modèle hiérarchique traditionnel mais plutôt selon une approche collaborative et participative, où les femmes impliquées dans les marches exploratoires ne sont pas simplement des sujets d'étude ou des bénéficiaires passifs des interventions, mais des expertes actives et des actrices du processus de diagnostic et de transformation. Dominique Poggi elle-même, bien que fondatrice et meneuse de l'association, insiste constamment sur l'importance de ne pas reproduire des formes de hiérarchie et de domination au sein même des structures visant à combattre ces hiérarchies et ces dominations. L'association travaille avec d'autres partenaires, notamment des organisations féministes locales, des collectivités territoriales progressistes, des chercheurs et chercheuses en études urbaines et en genre, et des artistes et créateurs engagés dans la cause de l'égalité.
Au fil des années, À Places Égales s'est progressivement établie comme une institution majeure et une expertise reconnue en matière de genre et d'espace public en France. Entre 2014 et 2015, l'association accompagne des marches exploratoires dans douze villes, établissant ainsi un maillage territorial significatif. Entre 2017 et 2018, ce nombre est passé à dix villes, et depuis lors, l'association a continué à accompagner des marches exploratoires dans plus de cinquante villes à travers la France, de Chambéry à Bondy, de Rouen à Fontenay-Sous-Bois. Au-delà de ces marches exploratoires, À Places Égales a notament offert des sessions de formation à la méthodologie, des accompagnements à la réalisation de marches exploratoires, ainsi que du conseil et des conférences sur les thématiques liées à la place des femmes dans l'espace public. Cette diversification des activités et cette expansion géographique révèlent le succès et la pertinence croissante de l'approche développée par Dominique Poggi et son équipe, une approche qui a su convaincre tant les institutions publiques que les mouvements sociaux de son utilité et de sa capacité à générer des transformations urbaines concrètes.
La méthodologie des marches exploratoires développée par Dominique Poggi et À Places Égales constitue une innovation majeure dans les domaines de la planification urbaine participative, de la recherche socio-urbaine, et de l'activisme féministe urbain. Les marches exploratoires ne sont pas simplement des promenades ou des visites guidées à travers la ville, mais plutôt des processus systématiques et réfléchis de diagnostic collectif des inégalités de genre dans l'espace public, des processus qui combinent l'observation empirique, la narration de l'expérience vécue, la réflexion théorique, et la formulation de recommandations concrètes de transformation urbaine. Selon la description fournie par Dominique Poggi elle-même, la méthodologie des marches exploratoires procède en six étapes distinctes mais interconnectées.
La première étape constitue une sensibilisation au droit à la ville et une présentation de la problématique de l'égalité femmes-hommes dans la ville. Avant de débuter les marches exploratoires proprement dites, les actrices et acteurs impliqués dans le processus sont invitées à réfléchir collectivement à la notion du droit à la ville, aux manières dont les villes ont été historiquement conçues par et pour les hommes, et aux conséquences de cette conception masculine de l'espace urbain pour les femmes. Cette première étape procède d'études sociologiques empiriques documentant les formes de violence, de harcèlement, et d'insécurité auxquelles se heurtent les femmes dans les espaces publics urbains. Dominique Poggi s'appuie notamment sur les enquêtes nationales françaises ENVEFF (Enquête nationale sur les violences envers les femmes) et VIRAGE (Violences et rapports de genre), qui ont documenté de manière systématique la prévalence des violences, du harcèlement, et de la discrimination sexistes envers les femmes en France. Ces enquêtes révèlent un tableau troublant : une grande majorité des femmes en France rapportent avoir connu des formes de harcèlement ou de violence sexiste dans l'espace public, des expériences qui affectent significativement leur liberté de mouvement, leur sens de sécurité, et leur accès égal à la vie urbaine.
La deuxième étape de la méthodologie consiste en des séances de réflexion collective sur le droit à la ville, le genre, les stéréotypes, et les racines des inégalités. Lors de ces réunions préparatoires, les femmes sont invitées à réfléchir ensemble aux rapports sociaux de sexe, aux manières dont les inégalités entre femmes et hommes sont construites socialement et non simplement issues d'une essence naturelle ou biologique. Un point crucial de cette étape réside dans la prise de conscience collective que les inégalités et les violences que les femmes subissent dans l'espace public ne sont pas des phénomènes individuels, des résultats de peurs irraisonnées ou de problèmes psychologiques individuels, mais plutôt des phénomènes sociaux systématiques enracinés dans des structures urbaines spécifiques, dans les rapports de pouvoir entre femmes et hommes, et dans les normes culturelles qui légitiment les formes de domination masculine. Cette étape comporte aussi une discussion des notions de genre et de stéréotypes, une réflexion sur la manière dont la société a historiquement attribué des rôles sociaux différents et inégaux aux femmes et aux hommes, comment ces rôles s'incarnent dans des normes de féminité et de masculinité qui deviennent si profondément intériorisées qu'elles semblent naturelles et inévitables.
La troisième étape consiste en les marches exploratoires proprement dites, processus au cours duquel des groupes de femmes parcourent collectivement les espaces publics de leur quartier ou de leur ville, observant attentivement les caractéristiques physiques et sociales de l'environnement urbain, et en particulier la manière dont cet environnement affecte leur liberté de mouvement et leur sentiment de sécurité. Lors de ces marches, les femmes sont invitées à identifier les lieux qui les mettent mal à l'aise, qui les font peur, qu'elles contournent ou qu'elles évitent. Elles sont également invitées à parler des raisons spécifiques pour lesquelles ces lieux génèrent de l'inquiétude ou de la peur : s'agit-il d'un manque d'éclairage? D'une absence de passage d'autres personnes? D'une architecture déshumanisante ou intimidante? D'une concentration de comportements intimidants ou harcelants de la part d'autres personnes? À travers ce processus de narration collective et d'observation partagée, les femmes commencent à prendre conscience que leurs peurs et leurs évitements ne sont pas simplement des phénomènes individuels ou psychologiques, mais plutôt le résultat de constructions urbaines et sociales concrètes et modifiables. Les marches exploratoires sont explicitement non-mixtes, c'est-à-dire réservées aux femmes. Dominique Poggi a fourni une justification théorique et pratique robuste de ce choix de non-mixité. Elle note que dans une société où, historiquement, les femmes ont eu moins accès à la parole publique que les hommes, un temps entre soi devient nécessaire pour que les femmes puissent développer les conditions de leur émancipation. Des études sociologiques ont démontré que dans les instances de concertation mixtes, les femmes disposent généralement de moins de temps de parole que les hommes, qu'elles sont plus susceptibles d'autocensure, et qu'elles peuvent être tentées d'éviter les sujets qui peuvent déplaire ou être jugés inappropriés. La non-mixité des marches exploratoires permet aux femmes de s'exprimer sans ces contraintes, de formuler des critiques radicales du patriarcat urbain sans crainte de judgment ou de ridicule, et de construire collectivement une vision alternative de la ville. La non-mixité est comprise par Dominique Poggi non comme une exclusion permanente des hommes mais comme une étape stratégique dans un processus d'empowerment des femmes et de transformation urbaine.
La quatrième étape du processus des marches exploratoires implique une réflexion collective ultérieure sur ce qui a été observé et narré lors des marches. À travers cette réflexion collective, les femmes ayant participé aux marches travaillent à prendre conscience que leurs observations ne constituent pas simplement une accumulation d'anecdotes individuelles mais représentent plutôt des phénomènes sociaux systématiques enracinés dans les structures urbaines et dans les rapports de pouvoir. Cette prise de conscience est capitale : elle transforme l'expérience vécue de la discrimination, de la peur, et du harcèlement d'une question individuelle, souvent accompagnée d'une culpabilisation personnelle ou d'une tendance à se blâmer soi-même, en une question collective et politique. Dominique Poggi décrit ce processus comme une « défatalisation », un processus par lequel ce qui semble inévitable, naturel, ou impossible à changer est reconnu comme construit socialement et donc transformable. Cette défatalisation est cruciale pour le passage de la conscience à l'action, pour la mobilisation politique des femmes en vue de la transformation de l'espace urbain.
La cinquième étape consiste en la formulation de préconisations constructives et de propositions de transformation urbaine. Les femmes ayant participé aux marches exploratoires sont invitées à formuler des propositions concrètes et détaillées concernant la manière dont l'espace urbain peut être réaménagé pour augmenter la sécurité, la liberté, et l'égalité d'accès des femmes à la vie urbaine. Ces propositions ne sont pas imposées de l'extérieur mais émergent de l'expertise collective des femmes et de leur compréhension détaillée de leurs propres besoins et des problèmes qu'elles rencontrent. Les propositions peuvent concerner l'éclairage public, l'élargissement des trottoirs, l'amélioration des transports publics, la création d'espaces de loisir mixtes, l'aménagement des espaces sportifs, la réorganisation des trajets quotidiens, etc. Dominique Poggi insiste que ces propositions doivent être suffisamment élaborées et détaillées pour être directement utilisables par les planificateurs urbains et les collectivités territoriales, transformant ainsi l'expertise des femmes en plans d'action concrets et réalisables.
La sixième et dernière étape implique la présentation des résultats des marches exploratoires aux décideurs publics, aux planificateurs urbains, et à la population générale. À travers cette étape, les femmes ayant participé aux marches deviennent elles-mêmes expertes et témoins, présentant directement leurs analyses et leurs propositions aux institutions publiques. Cette étape est cruciale pour la transformation effective de la ville, car elle force les institutions publiques à confronter directement les réalités de l'inégalité de genre dans l'espace urbain et à entendre directement des femmes elles-mêmes les propositions de transformation. La présentation des résultats est souvent effectuée de manière créative et engageante, associant parfois à la présentation institutionnelle traditionnelle des formes artistiques, théâtrales, ou performatives qui rendent l'expérience des femmes plus vivante et plus frappante pour les auditeurs.
La méthodologie des marches exploratoires développée par Dominique Poggi s'est révélée extraordinairement fructueuse dans sa mise en œuvre à travers les villes françaises. L'exemple le plus emblématique d'application systématique et d'impact transformateur concerne la ville de Paris. À partir de 2015, la Mairie de Paris, sous l'impulsion de la Mission Genre du Conseil régional d'Île-de-France et de l'Adjointe à la Maire de Paris en charge de l'égalité femmes-hommes, Hélène Bidard, entreprend une série de marches exploratoires à travers différents arrondissements de la capitale. Ces marches exploratoires parisiens, accompagnées par Dominique Poggi et son équipe d'À Places Égales, révélent les dimensions profondément genrées de l'organisation de l'espace parisien, et plus particulièrement la manière dont les femmes connaissent une expérience radicalement différente de la vie parisienne comparée aux hommes. Tandis que les femmes décrivent une peur persistante, une nécessité constante de stratégies d'évitement, et un accès inégal aux espaces de loisir et de détente, les hommes jouissent d'une liberté de mouvement et d'une sécurité supposée que les femmes ne connaissent pas.
À la suite de ces marches exploratoires, la Ville de Paris s'engagea dans une transformation urbaine systématique guidée par une perspective de genre. Entre 2015 et 2020, plusieurs projets de réaménagement urbain inspirés directement par les recommandations des marches exploratoires furent lancés. L'un des projets pionniers concerne le réaménagement de la place du Panthéon, une place centrale de Paris qui, avant la transformation, est largement monopolisée par les jeunes hommes et n'offre que peu d'accessibilité et de confort pour les femmes et les familles. Le réaménagement de la place du Panthéon inclut l'installation de chaises et de bancs supplémentaires, l'élargissement des trottoirs, l'amélioration de l'éclairage, et la création d'équipements qui favorisaient la mixité et le séjour public de longue durée. Ces aménagements, en apparence simples et techniques, représentent une transformation profonde de la manière dont l'espace public parisien est organisé et utilisé, une transformation qui valorise explicitement les besoins des femmes, des enfants, et des personnes âgées aussi bien que ceux des jeunes hommes.
En parallèle avec ces transformations d'infrastructure urbaine, la Ville de Paris crée un Observatoire de l'égalité femmes-hommes de la ville de Paris et confie à Dominique Poggi le rôle de sociologue-conseille auprès de cet observatoire. Dominique Poggi contribue à servir de consultante auprès de la Mission Genre du Conseil régional d'Île-de-France, travaillant ainsi à différentes échelles du gouvernance urbaine et territoriale pour intégrer une perspective de genre dans la planification urbaine. Cette implication de Poggi au cœur même de l'appareil décisionnel public parisien reflète une reconnaissance croissante par les institutions que l'expertise développée par Poggi et À Places Égales est d'une valeur inestimable pour la transformation urbaine effective et légitime.
Les résultats concrets de ces efforts de transformation urbaine guidés par le genre furent significatifs et mesurables. Selon les rapports de la Mairie de Paris, après le réaménagement des places publiques et des espaces urbains guidés par les recommandations des marches exploratoires, on observe une augmentation du nombre de femmes utilisant et occupant les espaces publics, une diversification de la démographie des utilisateurs de ces espaces, et une évaluation globale plus positive des femmes concernant leur sentiment de sécurité dans ces espaces transformés. De plus, l'expertise développée par Poggi et À Places Égales concernant l'aménagement d'espaces sportifs mixtes, notamment les city-stades et les skateparks qui ont historiquement été monopolisés par les garçons et les jeunes hommes, contribue à la création d'équipements sportifs qui encouragent une utilisation plus équitable par les filles et les jeunes femmes.
Au-delà de Paris, des marches exploratoires sont menées avec succès dans d'autres grandes villes, notamment Lyon, Grenoble, Rennes, Bondy, et dans de nombreuses autres localités de taille variée à travers la France. Dans chaque contexte urbain, les marches exploratoires révélèrent des formes spécifiques d'inégalité de genre ancrées dans les caractéristiques particulières de l'espace urbain local. À Rennes, une marche exploratoire fut suivie d'une performance théâtrale intitulée « La rue fait mauvais genre », pièce qui utilise l'art performatif et la narration pour communiquer aux audiences plus larges l'expérience des femmes dans l'espace urbain. À Bondy, dans la banlieue parisienne, les marches exploratoires révélèrent comment les inégalités de classe, de race, et de genre s'entrecroisent pour créer des formes particulièrement intenses d'exclusion urbaine des femmes migrantes et racisées.
Au-delà de son rôle de praticienne et de consultante urbaine, Dominique Poggi s'est peu à peu affirmée comme une penseure théorique majeure dans l'analyse sociologique des rapports de genre, de la construction sociale des stéréotypes, et des mécanismes par lesquels l'inégalité de genre se reproduit et s'incarne dans les structures urbaines et dans les pratiques sociales quotidiennes. Ses contributions théoriques s'inscrivent dans une tradition plus large de sociologie féministe et d'analyse critique du genre, une tradition qui reconnaît que le genre n'est pas une caractéristique naturelle ou biologique des individus, mais plutôt un produit de constructions sociales, de processus d'apprentissage, et de rapports de pouvoir.
Dans sa réflexion théorique, Dominique Poggi argue que la notion même de « féminité » et de « masculinité » ne correspondent pas à des essences innées mais plutôt à un ensemble de rôles sociaux, de comportements, d'expressions, et de rapports au corps qui sont appris tout au long de la vie dans des contextes sociaux spécifiques. Ces apprentissages commencent dès la petite enfance, à travers les pratiques de socialisation familiales, scolaires, et médiatiques qui communiquent aux enfants des messages explicites et implicites concernant les comportements, les intérêts, et les aspirations considérés comme appropriés pour les filles versus les garçons. Ces apprentissages sont renforcés à travers les pratiques institutionnelles, les représentations culturelles, et les interactions quotidiennes qui récompensent et encouragent les conformités aux normes de genre établies, tout en sanctionnant et en punissant les transgressions. Le processus par lequel ces normes de genre deviennent intériorisées et semblent naturelles, cependant, produit ce que Dominique Poggi appelle « cela va de soi » c'est-à-dire une situation dans laquelle les inégalités basées sur le genre semblent simplement être le fait de la nature plutôt que le produit de structures sociales modifiables.
Cette analyse théorique s'applique directement à la compréhension de l'inégalité femmes-hommes dans la ville. Les villes, dans l'analyse de Dominique Poggi, ne sont pas simplement des espaces neutres ou des conteneurs physiques dans lesquels les rapports sociaux se déploient. Au contraire, les villes sont elles-mêmes des produits de rapports sociaux et des structures physiques qui incarnent et reproduisent ces rapports. La ville conçue « par et pour les hommes » ne l'est pas en raison d'une simple prédilection esthétique ou technique des urbanistes hommes, mais plutôt en raison d'une compréhension implicite que l'espace urbain « normal » ou « naturel » est un espace construit autour des activités, des mobili... d'expressions, et de rapports au corps qui sont appris tout au long de la vie dans des contextes sociaux spécifiques.
Une contribution particulière de Dominique Poggi à la théorie du genre réside dans sa attention spécifique aux dimensions corporelles et matérielles de l'inégalité de genre. Pour Dominique Poggi, l'inégalité de genre ne se limite pas simplement à des dimensions symboliques ou culturelles, mais s'incarne aussi dans les corps, dans les pratiques matérielles quotidiennes, et dans la manière dont les individus habitent et se déplacent à travers l'espace urbain. Les femmes, à cause des normes sociales et des structures urbaines qui reflètent une compréhension masculinisée de l'espace public, sont constamment obligées à modifier leurs comportements, leurs déplacements, leurs vêtements, et leurs expressions corporelles afin de minimiser le risque de harcèlement ou d'agression. Ces modifications ne sont pas volontaires ou simplement des « choix » individuels, mais plutôt des adaptations forcées à une environnement urbain hostile ou indifférent aux besoins et aux sécurités des femmes.
Dominique Poggi a publié plusieurs livres et a contribué à de nombreux articles et rapports de recherche qui documentent sa pensée théorique et ses apprentissages pratiques en matière de gender and urban space. Parmi ses principales publications figurent deux ouvrages majeurs qui reflètent sa contribution à la littérature sur l'égalité de genre et l'espace urbain. Son travail est cité dans des rapports institutionnels majeurs, notamment dans le rapport « EGALiTER : Combattre maintenant les inégalités sexuées dans les territoires » publié par le Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes, rapport qui examine les politiques et les pratiques conçues pour combattre les inégalités de genre dans les territoires français. Dans ce rapport, Dominique Poggi et Marie-Dominique de Surremain, sociologues et formatrices associées à À Places Égales, sont citées comme ayant contribué à une compréhension importante du « décloisonnement » de l'espace urbain comme stratégie de promotion de l'égalité de genre.
Dominique Poggi est aussi impliquée dans la préparation de guide méthodologiques majeurs concernant les marches exploratoires. En particulier, elle a contribué à la rédaction du « Guide méthodologique » des marches exploratoires pour la liberté et la tranquillité des femmes dans les espaces publics, guide publié en partenariat avec la Mairie de Paris en 2025. Ce guide fournit une documentation complète et détaillée de la méthodologie des marches exploratoires, des principes théoriques qui les sous-tendent, des étapes pratiques de leur mise en œuvre, des outils d'animation et de réflexion, et des exemples concrets de transformations urbaines résultant des marches exploratoires. Le guide inclut aussi des réflexions théoriques sur les notions de genre, de stéréotypes, et sur les racines sociales des inégalités dans le droit à la ville, confirmant le rôle de Poggi non simplement comme praticienne mais aussi comme penseure théorique.
Au-delà de ces publications majeures, Poggi a contribué à des rapports et des études portant sur l'urbanisme inclusif et les projets d'impact urbain. Elle a collaboré avec des professionnels de l'urbanisme, des collectivités territoriales, et des organisations internationales pour développer une compréhension plus profonde de la manière dont une perspective de genre peut être intégrée dans les pratiques d'urbanisme et de planification urbaine. Ce travail de collaboration multidisciplinaire révèle l'importance croissante de la pensée de Dominique Poggi non simplement pour les mouvements féministes ou pour les études de genre, mais pour l'ensemble du domaine de la planification urbaine et du développement urbain.
Au-delà de ses contributions académiques et de sa direction d'À Places Égales, Dominique Poggi a joué un rôle majeur en tant que formatrice et experte consultante auprès de diverses institutions publiques, collectivités territoriales, et organisations non-gouvernementales. À travers à la fois À Places Égales et à travers son engagement individuel en tant que sociologue-conseilière, Dominique Poggi a fourni une formation et un accompagnement à des dizaines de villes françaises en matière d'égalité de genre dans l'espace urbain. Ces formations ont typiquement inclus des séances d'orientation théorique sur les concepts du droit à la ville et de l'égalité femmes-hommes, une formation à la méthodologie spécifique des marches exploratoires, et un accompagnement dans la mise en œuvre des marches dans le contexte urbain spécifique de chaque collectivité.
Dominique Poggi a été invitée à intervenir lors de conférences et de séminaires organisés par des institutions publiques et des universités pour parler de son travail sur le genre et l'espace urbain. En 2019, par exemple, elle intervint lors d'une conférence à Lyon organisée par la Mairie de Lyon intitulée « Les marches exploratoires sont-elles un bon outil pour l'égalité femmes-hommes? », conférence à laquelle participèrent des élus locaux, des planificateurs urbains, des associations féministes, et du public général. À travers ces interventions publiques, Dominique Poggi continua à sensibiliser les décideurs et les citoyens à l'importance de l'égalité de genre dans la ville et à la pertinence de la méthodologie des marches exploratoires pour l'atteinte de cet objectif.
Malgré l'impact considérable de son travail et sa reconnaissance croissante par les institutions publiques, le travail de Dominique Poggi n'échappe pas à certaines formes de critique et de contestation. Certains critiques ont argumenté que la méthodologie des marches exploratoires, bien qu'utile pour documenter et sensibiliser aux inégalités de genre dans l'espace urbain, risque de rester limitée au niveau du diagnostic et de ne pas générer des transformations urbaines suffisamment systématiques ou radicales. D'autres critiques ont noté que les transformations urbaines résultant des marches exploratoires, bien qu'utiles, restent en danger d'être superficielles ou cosmétiques, amélorant l'apparence de l'espace urbain sans aborder les causes structurelles plus profondes des inégalités de genre. Certains critiques plus radicaux font remarquer que mettre l'accent sur la transformation urbaine risque de détourner l'attention des luttes plus larges pour la justice de genre, pour la transformation des rapports de genre dans le travail rémunéré et non-rémunéré, et pour l'égalité économique entre femmes et hommes. Pour Autant, Dominique Poggi et ses collaborateurs peuvent raisonnablement répondre que ces critiques, bien que contenant certains éléments de vérité, sous-estiment l'importance de la lutte pour le droit à la ville comme composante intégrale de l'émancipation des femmes. Pour Dominique Poggi, le droit à la ville comme droit des femmes à occuper et à jouir de l'espace urbain sans crainte, à y bâtir leurs vies, à y exercer leurs droits démocratiques et politiques, constitue un élément fondamental de l'égalité de genre. De plus, les marches exploratoires ne sont pas conçues comme une fin en soi mais plutôt comme un début d'un processus plus large de transformation urbaine et de mobilisation féministe. Les femmes impliquées dans les marches acquièrent une conscience politique, une compréhension de la construction sociale des inégalités, et une confiance dans leur capacité à agir collectivement pour le changement, des apprentissages qui s'étendent au-delà de la question spécifique de l'espace urbain.
Dominique Poggi représente une figure majeure et emblématique du féminisme urbain français contemporain, une sociologue dont la pensée théorique et le travail pratique ont transformé les manières dont la France—et d'autres pays francophone et au-delà—conceptualisent et réalisent le droit à la ville et l'égalité entre femmes et hommes. À travers la création d'À Places Égales et le développement de la méthodologie innovante des marches exploratoires, Dominique Poggi a démontré qu'une autre approche de la planification urbaine est possible, une approche qui place les femmes elles-mêmes au cœur du processus de diagnostic et de transformation. Son engagement pour l'empowerment des femmes, pour la défatalisation des inégalités perçues comme naturelles ou inévitables, et pour la création d'espaces publics véritablement mixtes et inclusifs reste une contribution durable à la pensée politique et urbaine contemporaine.
L'importance de Dominique Poggi ne réside pas seulement dans la méthodologie qu'elle a développée, bien que cette méthodologie soit en elle-même une contribution majeure. Au contraire, l'importance durable de Dominique Poggi réside dans sa réaffirmation constante que l'égalité entre femmes et hommes dans la ville constitue un objectif politique crucial, que les inégalités de genre dans l'espace urbain ne sont pas des problèmes secondaires ou superflus mais plutôt des violations du droit à la vie urbaine égale et dignifiée, et que les femmes elles-mêmes doivent être les actrices principales de la transformation urbaine. À travers son travail, Dominique Poggi a contribué à une reconnaissance progressive et institutionnalisée que l'égalité de genre n'est pas un luxe ou une question marginale, mais une condition importante pour la démocratie, la justice, et la dignité humaine dans les villes contemporaines. À mesure que le monde urbain continue à se transformer et à croître, le travail et la pensée de Dominique Poggi continueront à inspirer et à orienter les efforts pour construire des villes plus égalitaires, plus inclusives, et habitables pour toutes et tous.