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La Garenne de philosophie

PHILOSOPHIE / Les drogues, la philosophie, la littérature et la guerre

LES DROGUES, LA PHILOSOPHIE, LA LITTERATURE ET LA GUERRE

Ce dont on va parler ce sont des psychotropes dans différents domaines, comme s'il y avait eu auvingtième siècle une biopolitique à la fois chimique et culturelle par l'usage des drogues.

Ritaline, Xanax, cocaïne, toutes les philosophies contemporaines et les guerres ont été conduites sous psychotropes. Cela est valable dans la philosophie du XXe siècle. Sartre et Beauvoir ce sont les emphétamines, Artaud prendra des opioïdes toute sa vie car dépendant au laudanum, il tentera de se sevrer avec du peyotl une fois au Mexique. Les soldats de la Wehrmacht prenaient de la Pervitine (méthamphétamine) et leur État-major prenait des opiacés, de la cocaïne ou des stéroïdes. C'est ce que nous allons voir tour à tour.

1°) En philosophie.

C'est un des impondérables de la dimension chamanique, il faut faire usage d'une substance. Freud et Deleuze comme les présidents Chirac, Sarkozy et Macron prenaient de la cocaïne. C'est pourquoi on parle de la surmortalité des premiers disciples qui ne pouvaient atteindre le rythme du maître. On pensera pour ce faire au premier livre de François Roustang. , Foucault c'est le LSD, Lyotard le chichon ou la weed, désolé je ne sais faire la différence, je ne suis pas spécialiste.

3°) En philosphie et en littérature : Le Cas Jean-Paul Sartre.

Jean‑Paul Sartre a expérimenté une seule drogue de manière documentée : la mescaline, lors d’une injection supervisée en 1935 à l’hôpital Sainte‑Anne par son ami médecin Daniel Lagache. C'est un hallucinogène utilisé à l’époque dans certains protocoles psychiatriques. Sartre, alors jeune professeur de philosophie, cherche à explorer les états de conscience modifiés pour nourrir sa réflexion sur l’imaginaire. Les effets rapportés sont des hallucinations persistantes (notamment des crustacés qui le poursuivaient), des distorsions de la perception (objets se transformant en animaux), un épisode anxieux intense lors de la décompensation psychique.

Par ailleurs Jean‑Paul Sartre a consommé une amphétamine : le Corydrane, un médicament alors légal en France, composé de dextroamphétamine et d’aspirine. Ce n’était pas une prise « récréative » mais un usage quotidien pour soutenir un rythme de travail extrême. Médicament en vente libre puis sur ordonnance, il a été retiré du marché en 1971. Par ailleurs Sartre consommait jusqu'à vingt cafés par jour et il préférait tout ce qui est articificiel au produits dits naturels.

3°) En littérature

Il n'y a pas que Jean‑Paul Sartre qui ait pris cette substance, d'autres consommateur connus sont Claude Lanzmann, Marguerite Duras, Claude Sarraute. 

Ce n'était pas la seule drogue du moment. Bien que Françoise  Sagan soit surtout associée à la morphine (notamment dans Toxique), plusieurs biographies et témoignages évoquent qu’elle a aussi fréquenté les milieux où circulaient des stimulants, dont la cocaïne et elle figure dans des listes d’auteurs liés à divers psychotropes.

4°) L'usage des drogues dans la guerre.

La Pervitine a permis à l’état-major allemand de concevoir et d’exécuter la Blitzkrieg comme une guerre d’endurance extrême, fondée sur la vitesse, l’absence de sommeil et la mobilité continue. Les archives montrent que la drogue a été intégrée comme un outil tactique pour maintenir les troupes éveillées pendant 36 à 40 heures et franchir des distances impossibles en temps normal. (voir l'article de Slate). Donc La Blitzkrieg est une stratégie rendue possible par la stimulation chimique. Mais cela conduira à des effondrements, à des hallucinations, à des comportements irrationnels sans confrontation à la peur, à de l'aggressivité dedoublée mais surtout à une dépendance massive.

Les analyses journalistiques et les enquêtes judiciaires ont souvent évoqué le Captagon, un stimulant utilisé dans plusieurs zones de conflit au Moyen‑Orient (notamment avec Daech et aussi avec la vague d'attentat de 2013-2015). À l’origine, le Captagon était un médicament légal (années 1960) contenant de la fénéthylline, aujourd’hui interdite. Dans les conflits récents, le mot “Captagon” désigne des comprimés contrefaits, produits clandestinement, dont la composition varie énormément. Les analyses montrent qu’ils contiennent surtout : caféine, amphétamines de synthèse, cathinones et divers produits de coupe. Attention si certains combattants arrêtés avaient consommé des stimulants, les médias ont amplifié l’idée d’une “pilule qui rend fou” et donc le mythe d’une drogue qui expliquerait la violence extrême est séduisant mais simpliste.

Selon Norman Ohler, le nazisme n’est pas seulement une idéologie politique : c’est aussi un régime qui a instrumentalisé la chimie en tant que stimulants, comme les opiacés et les cocktails médicaux, pour produire une société de la performance, exaltée et docile. a drogue devient un outil de gouvernement, un levier militaire, et un mécanisme de maintien du mythe de puissance. Norman Ohler dans son livre montre que le régime nazi, obsédé par le contrôle du corps, a intégré la chimie dans son projet politique. Il s'agit d'exalter la productivité (ouvriers, étudiants, femmes au foyer) ; de maintenir l’enthousiasme dans une société militarisée ; de gommer les effets de la fatigue, de la faim et de la peur ; tout en incarnant l’idéologie de la “force” et de la “vitalité” qui finit par s'effondrer.

Cela concerne aussi Adolf Hitler. Le médecin personnel d’Hitler s’appelait Theodor Morell. Médecin allemand, formé à Munich, Giessen, Heidelberg, Grenoble et Paris, Theodor Gilbert Morell (1886–1948) devient le médecin personnel d’Hitler en 1936 et le reste jusqu’en 1945. Selon les archives et les carnets de Theodor Morell, il administrait à Hitler de très nombreuses injections à base de vitamines, hormones, stimulants et préparations diverses, dans un cadre médical très contesté. Certaines injections contenaient 0°) des mélanges vitaminés destinés à soutenir l’énergie et l’immunité, 1°) des préparations à base de glucose ou dextrose, 2°) divers extraits hormonaux utilisés à l’époque dans des traitements « revitalisants »., 3°) des préparations bactériennes comme le Mutaflor, c'est-à-dire des cultures d’E. coli non pathogènes, alors utilisées en Allemagne pour des troubles digestifs, 4°) des substances destinées à maintenir l’éveil, la concentration ou l’énergie, ce sont des stimulants médicaux. Tout cela permettait à Hitler à maintenir un état artificiellement “performant”, surtout à partir de 1941 mais a finalement produit des tremblements et des dégénescences chez lui. Pour ses douleurs digestives chroniques, ses migraines, ses troubles du sommeil, il prenait aussi des analgésiques. Adolf Hitler, méfiant envers la médecine classique, accordait à Theodor Morell une confiance totale et on le surnommait « le maître des injections »

Les points d’accord entre Ohler et les historiens sont :

- La Pervitine a été massivement utilisée dans la Wehrmacht.
- Morell administrait à Hitler des traitements discutables.
- Le régime nazi entretenait une obsession pour la performance corporelle.
- La chimie fait partie de l’histoire du nazisme. Le régime pratique une biopolitique dopante : exaltation artificielle, productivité forcée.

Si pour Norman Olher, la chimie éclaire à la fois les succès initiaux et l’effondrement final, Les historiens reprochent à Ohler de transformer des corrélations en causalités, de donner à la chimie un rôle explicatif disproportionné, de dramatiser certains épisodes (notamment les injections de Morell). Pour eux, la Blitzkrieg s’explique d’abord par la doctrine militaire, la motorisation, la surprise stratégique, la faiblesse des adversaires en 1939–40. Ainsi, sous cette lecture, la Pervitine serait un facteur, pas un moteur.

 

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