2 Octobre 2025
La Colonie de Condé‑sur‑Vesgre, fondée en 1832 dans les Yvelines, est l’une des toutes premières tentatives de mise en pratique des idées de Charles Fourier, et la seule entreprise sociétaire lancée de son vivant. À l’origine, le projet est porté par le médecin et député Alexandre Baudet‑Dulary et par Joseph Devay, qui mettent à disposition un vaste domaine forestier et agricole. Le journal Le Phalanstère annonce en novembre 1832 la création de cette « Colonie sociétaire », appellation choisie de préférence à celle de « phalanstère », jugée trop étrange par certains actionnaires. Fourier lui‑même, prudent, garde ses distances avec l’expérience, doutant de la solidité financière et de la fidélité doctrinale de ses promoteurs. La première phase, centrée sur l’exploitation agricole, se solde par une liquidation en 1836, faute de capitaux et de cohésion.
Relancée en 1840, à l’occasion du premier banquet anniversaire de Fourier, la Colonie prend une orientation plus industrielle avec la création d’une « Société des cartonniers », destinée à produire du cartonnage. Mais la Révolution de 1848 met un terme à cette activité. En 1850, une nouvelle formule voit le jour : le Ménage sociétaire, une organisation d’habitation collective qui dépasse la simple juxtaposition de familles et cherche à instaurer une véritable vie commune. En 1860, une société civile immobilière est créée pour gérer le domaine et ses bâtiments, et cette structure perdure jusqu’à nos jours. La Colonie a ainsi évolué d’un projet phalanstérien ambitieux vers une communauté résidentielle organisée, où une quinzaine de familles vivent selon un règlement interne inspiré de l’esprit sociétaire.
L’importance de Condé‑sur‑Vesgre tient à sa longévité exceptionnelle : alors que la plupart des phalanstères et colonies fouriéristes ont disparu en quelques années, celle‑ci a su se transformer et s’adapter, devenant un lieu de mémoire et de transmission. Elle a accueilli au fil du temps des figures marquantes du fouriérisme, comme la famille Milliet, et reste aujourd’hui un haut lieu de l’histoire des utopies sociales. Elle témoigne de la plasticité du fouriérisme, capable de se réinventer en passant de l’expérimentation agricole et industrielle à une forme plus durable d’habitat collectif.