1 Octobre 2025
Étienne Cabet, né en 1788 à Dijon et mort en 1856 à Saint-Louis dans le Missouri, appartient au courant du socialisme utopiste français de la première moitié du XIXe siècle, tel que Karl Marx et Friedrich Engels ont forgé cette catégorie pour désigner un ensemble de penseurs qui ont imaginé des sociétés nouvelles fondées sur la coopération, l'organisation collective du travail et la recherche du bonheur collectif. Étienne Cabet, formé comme juriste et engagé dans la politique républicaine sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, conçoit un système qu'il expose dans son ouvrage principal, Voyage en Icarie, publié en 1840. Ce roman utopique décrit une société idéale située dans un pays imaginaire nommé Icarie, où règne un communisme intégral. Contrairement à Charles Fourier, Étienne Cabet prône l'abolition complète de la propriété privée et l'établissement d'une égalité absolue entre tous les citoyens. Dans son système, tous les biens sont communs, la production et la distribution sont organisées collectivement par l'État, et chacun reçoit selon ses besoins tandis qu'il contribue selon ses capacités. L'Icarie se présente comme une république démocratique fondée sur le suffrage universel masculin, où les décisions collectives priment sur les volontés individuelles. Loin de rejeter l'industrialisation, Étienne Cabet au contraire l'embrasse et envisage une communauté où les machines joueraient le rôle des travailleurs et où l'homme serait affranchi de tout esclavage physique. Pour Étienne Cabet, moraliste soucieux de l'ordre social et de la stabilité communautaire, la régulation des passions constitue un impératif pour éviter les désordres que leur libre expression engendrerait nécessairement alors il impose dans sa cité idéale un contrôle strict des comportements individuels, une surveillance mutuelle des citoyens et une normalisation des modes de vie qui visent à prévenir toute émergence de particularismes ou de propriété privée. Les lieux de vice et de loisir non encadrés sont interdits, et la pression sociale protège contre toute déviance par rapport aux normes communautaires. Étienne Cabet, dont la carrière intellectuelle s'épanouit après la mort de Charles Fourier en 1837, formule des critiques sévères à l'encontre du système fouriériste. Il considère le phalanstère comme une communauté défectueuse précisément à cause de l'inégalité de fortune qu'elle conserve. Pour Étienne Cabet, partisan d'un égalitarisme radical, le maintien de différences de richesse au sein d'une communauté idéale constitue une contradiction majeure qui empêche l'établissement de la véritable harmonie sociale.
Étienne Cabet avec une détermination remarquable organise le départ de centaines de disciples vers l'Amérique en 1848 pour fonder une communauté icarienne au Texas puis dans l'Illinois à Nauvoo. Cette communauté, qui connaîtra diverses péripéties et scissions, survivra jusqu'en 1898, soit bien après la mort de son fondateur. Ainsi, malgré leurs divergences théoriques majeures, Étienne Cabet et Charles Fourier partagent cette volonté caractéristique des socialistes utopistes de passer de la théorie à l'expérimentation sociale concrète, refusant de cantonner leurs idées au domaine de la pure spéculation.