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La Garenne de philosophie

PHILOSOPHIE / l'enjeu du « maintien de l'ordre » et sa gouvernance

Napoléon Chagnon

Napoléon Chagnon

I. L'enjeu du « maintien de l'ordre »

Les notions de « statut », de « rôle » et « place dans la société »

La théorie de Bronisław Malinowski soutient le fait que chaque élément culturel n'a de raison d'être que par rapport aux éléments voisins et en définitive à la société toute entière. Pour participer pleinement à une culture, l'ethnographe doit y occuper un statut et un rôle appropriés. Ces deux termes sont utilisés ici dans leur acception courante en sciences sociales. Le statut désigne la position sociale d'un individu dans la société, tandis que le rôle désigne les comportements culturellement prescrits qui vont de pair avec cette position. À tout moment, une personne occupe différents statuts, qui varient souvent selon le groupe social auquel elle appartient. À différents moments de la journée, on peut être principalement parent, oncle ou tante, fils ou fille, étudiant, enseignant, employeur, employé, etc. Chacun de ces statuts est associé à un rôle culturellement prescrit. Certains statuts, comme le genre, sont innés et constituent un statut attribué ; d'autres, comme être militaire ou devenir mère, sont des statuts acquis. Les notions de statut et de rôle sont l'un des principaux mécanismes de « maintien de l'ordre » utilisés par les cultures. Tant que, dans chaque situation sociale, on connaît son statut et son rôle, les choses se dérouleront conformément aux attentes culturelles. Dans mon anthropologie culturelle vivante, je n'ai jamais manqué d'entrer en classe et de trouver mes élèves bien assis sur leurs chaises. Lorsque je m'avance vers l'avant et commence à parler, ils font invariablement au moins semblant d'écouter. Je n'ai jamais besoin de dire quoi que ce soit. Bien sûr, si je ne connaissais pas le rôle approprié d'un enseignant et que je restais assis avec les élèves à attendre que quelque chose se passe, il ne se passerait pas grand-chose.

Les économies institutionnelles à rétribution hiérarchique et non hétérarchique fonctionne selon la place occupée en société. Il y a sans qu'on l'aperçoive la dimension du facilitateur qui se trouve être le prisme de la ritournelle, des code repris à la propagande en tant qu'environnement immersif qui offre une gangue perceptive (esthétique et éthique), de valorisation symbolique, plus que métabolique, cette dernière dimension relevant du surhomme (comme sens de la Terre se dépeuplant sous l'effet de l'ordre antérieur) et comme sens de l'Esprit.  le sens de l'Esprit, c'est l'esprit vu comme un outil de domination, avec un sens immuable et révélé et non comme un sens historique, les cieux sont présentés par une manipulation qui échappe aux benêts comme au-delà du monde physique alors que ceux-ci sont en-deçà c'est-à-dire parmi le monde que nous percevons tant dans le Cratyle que dans le Timée.

 

L'exemple du genre

Certains statuts existent dans toutes les cultures. Le genre en est un bon exemple, car chaque culture possède une sous-culture « masculine » et une sous-culture « féminine ». Le genre étant un statut universellement reconnu, l'ethnographe doit l'intégrer sur le terrain. Le rôle attribué au genre de l'ethnographe peut être très différent de celui auquel il ou elle est habitué(e), et pourrait poser problème sur le terrain. Quoi qu'il en soit, des rôles de genre différents peuvent rendre difficile pour l'ethnographe de participer pleinement, voire d'observer, la sous-culture du sexe opposé. La plupart des cultures musulmanes, par exemple, n'accueilleraient pas un ethnographe masculin chez elles pour discuter avec les femmes. Chez les Yanomamo non musulmans, l'anthropologue et sociobiologiste américain Napoléon Chagnon a constaté que ses tentatives de dialogue avec les femmes étaient accueillies avec humour. Si la solution pourrait être de se rendre dans une culture en couple, peu de personnes aux États-Unis choisissent leur conjoint dans l'idée de trouver des partenaires sexuels.

 

L'économie des affects et de leur circulation

L'enjeu du « maintien de l'ordre » est d'assuré le maintien de la production et donc la poursuite de l'accumulation du Capital par les puissance financière, par la plus-value ou survaleur, et lorsque cette démarche pleine de sens divin (en tant qu'accumulation illimité) apparaît comme vide du point de vue de la Terre et de l'activation de sa surface par l'implantation humaine alors s'opère une nécessaire destruction de la valeur d'usage produite, car inutile vis-à-vis des 9 limites de Terre.

 

II. La gouvernance du « maintien de l'ordre »

De manière globale

Le maintien de l’ordre d'un point de vue spiritualiste ou idéaliste, peut être vu comme un ensemble de pratiques visant à réguler la visibilité et la circulation des corps dans l’espace public. Dans toutes les sociétés, l’ordre n’est pas seulement une question de sécurité matérielle mais une mise en scène de la hiérarchie sociale et des rapports de pouvoir. Les dispositifs policiers, les uniformes, les postures corporelles, les rituels de sommation et de dispersion ne sont pas de simples techniques : ils matérialisent une frontière entre ce qui est jugé légitime et ce qui est perçu comme menaçant. L’anthropologie montre que ces mécanismes s’inscrivent dans une logique de ritualisation : les cortèges, les slogans, les chants des manifestants répondent aux alignements, aux formations et aux gestes codifiés des forces de l’ordre. Le maintien de l’ordre est donc une dramaturgie sociale où s’affrontent deux régimes symboliques, celui de la contestation et celui de l’autorité, chacun mobilisant des signes, des rythmes et des spatialités pour affirmer sa légitimité.

Le maintien de l’ordre repose avant tout sur la gestion des dynamiques de foule et des émotions collectives de masse et donc sur la manière dont circulent les affects. Les psychologues sociaux ont montré que la foule n’est pas une entité irrationnelle mais un espace de résonance affective où les individus ajustent leurs comportements en fonction des signaux perçus. Les forces de l’ordre cherchent à canaliser ces dynamiques en jouant sur la distance, la visibilité et l’intimidation. L’usage de la voix amplifiée, des sirènes, des charges ou des détonations vise moins à neutraliser physiquement qu’à produire un effet psychologique de sidération ou de dissuasion. Mais ces mécanismes sont ambivalents : la répression peut aussi renforcer la cohésion du groupe contestataire, transformer la peur en colère et radicaliser les positions. Le maintien de l’ordre devient alors un enjeu de gestion des affects collectifs, où l’État tente de maintenir son autorité sans basculer dans une spirale de violence qui minerait sa légitimité.

Le maintien de l’ordre se joue donc aussi dans les mots, les catégories et les récits qui encadrent l’action. Parler de « maintien de l’ordre » plutôt que de « répression » ou de « gestion des foules » n’est pas neutre : le lexique institue une vision du monde où l’État se présente comme garant d’un ordre naturel et nécessaire, tandis que les manifestants sont souvent désignés par des termes qui les disqualifient (« casseurs », « fauteurs de troubles », « éléments radicaux »). À l’inverse, les acteurs contestataires mobilisent un vocabulaire de légitimation (« peuple », « résistance », « justice sociale ») qui cherche à inverser la charge symbolique. Le langage n'est pas la langue, qui elle est plus labile et fonctionne par pointes et basculements, ; le langage, donc, est un mécanisme du maintien de l’ordre, car il façonne la perception publique des événements, détermine qui est perçu comme victime ou agresseur (métaphysique de la prédation présente dès la dimension phatique du comment ça va), et influence la mémoire collective des affrontements. Les communiqués officiels, les titres de presse, les slogans scandés dans la rue participent tous à cette lutte discursive, entre activation de la mutation de groupe et résignation vis-à-vis de l'ordre établi.

 

 

Dans les contextes nationaux

Ramenée à la seule police ou au cadre que sont les forces de l'ordre, l'étude de maintien de l’ordre permet de comprendre que ce n’est pas une simple affaire de techniques policières, mais une traduction de conceptions différentes de l’autorité, de la citoyenneté et du rapport entre État et société. Plus prosaïquement, tout cela est déterminé par un faisceau de facteurs : l’histoire politique d’un pays, ses traditions juridiques, ses expériences passées de contestation, mais aussi les rapports de force idéologiques du moment. Si on s'en tient au niveau des doctrines policières, elles évoluent en fonction des contextes sociaux, des innovations technologiques et des sensibilités politiques, mais elles restent toujours traversées par cette tension fondamentale : comment concilier la préservation d’un ordre collectif de reproduction sociale avec la reconnaissance de la pluralité des voix qui cherchent à s’exprimer dans l’espace public pour permettre des mutations sociales, ce qui permet un rebond de la société d'autant plus facile que cette pluralité est diverse.

En France, le maintien de l’ordre s’inscrit dans une tradition centralisée et fortement étatisée. Héritière d’une histoire marquée par les insurrections du XIXᵉ siècle et par la volonté de séparer l’armée de la gestion des foules, la doctrine française a privilégié des unités spécialisées, hiérarchisées et dotées d’un arsenal dissuasif. Anthropologiquement, cela traduit une conception verticale de l’autorité : l’État se met en scène comme garant d’un ordre supérieur, face à une foule perçue comme potentiellement dangereuse. Psychosociologiquement, cette approche tend à produire une relation de confrontation, où la distance et la force symbolique des dispositifs (uniformes, blindés, armes dites « intermédiaires ») visent à impressionner et à contenir. Linguistiquement, le vocabulaire officiel insiste sur la « fermeté » et la « maîtrise », ce qui contribue à cadrer la manifestation comme un désordre à neutraliser plutôt qu’un dialogue à entretenir.

Le Royaume-Uni, à l’inverse, a développé le modèle du policing by consent, c’est-à-dire une police qui tire sa légitimité de l’adhésion des citoyens plutôt que de la démonstration de puissance. Historiquement, la police britannique a été pensée comme une institution civile et non militaire, ce qui explique que la majorité des agents ne soient pas armés. Anthropologiquement, cela traduit une conception plus horizontale de l’ordre, où l’autorité est censée émerger d’un consensus social plutôt que d’une imposition verticale. Psychosociologiquement, la gestion des foules repose davantage sur la proximité, la négociation et la désescalade, ce qui tend à réduire les dynamiques d’escalade émotionnelle. Linguistiquement, le lexique mobilisé insiste sur la « protection » et le « service », et les manifestants sont plus souvent décrits comme des citoyens exerçant un droit que comme des fauteurs de troubles.

L’Allemagne, enfin, a développé depuis les années 1980 une doctrine de « désescalade » (Deeskalation), renforcée par une décision du Tribunal constitutionnel qui a imposé une obligation de communication et de coopération entre forces de l’ordre et organisateurs de manifestations. Anthropologiquement, cela traduit une volonté de ritualiser la contestation comme un espace légitime de débat public, plutôt que comme une menace. Psychosociologiquement, les forces de l’ordre cherchent à prévenir les affrontements par le dialogue, la transparence et la limitation des armes coercitives. Linguistiquement, le discours officiel insiste sur la « coopération » et la « responsabilité partagée », ce qui contribue à inscrire la manifestation dans une logique de participation démocratique plutôt que d’opposition frontale.

 

L'exemple de la « Polizey » issue de la Politie (Politéia platonicienne)

La graphie ancienne « Polizey » avec un y renvoie à une notion beaucoup plus large que ce que nous appelons aujourd’hui « police » (Polizei). Elle appartient au vocabulaire politico-juridique de l’époque moderne (XVIᵉ‑XVIIIᵉ siècles) et désigne non pas seulement une force de maintien de l’ordre, mais l’ensemble des mesures par lesquelles l’autorité publique cherchait à assurer le « bon ordre » de la communauté. Dans le Saint‑Empire romain germanique, la Polizey recouvrait tout ce qui concernait le « bon état de la chose commune » (guter Stand des Gemeinwesens) : moralité publique, organisation des métiers, régulation des prix, hygiène, urbanisme, fêtes religieuses, discipline familiale, etc. C’était une catégorie englobante de gouvernementalité, qui ne se limitait pas à la sécurité mais visait à encadrer la vie sociale dans ses moindres détails. On parlait ainsi de Polizeyordnungen (ordonnances de police) qui fixaient des règles sur la consommation, les vêtements, la mendicité, la prostitution, ou encore la tenue des marchés. La Polizey exprime une conception paternaliste du pouvoir : l’autorité se pense comme garante du bien commun et de la moralité collective, et non seulement comme protectrice contre le crime. Au-delà de cela, elle traduit une volonté de normaliser les comportements, de discipliner les corps et les pratiques quotidiennes, en inscrivant les individus dans un ordre social jugé harmonieux. À partir du XIXᵉ siècle, avec la codification des États modernes et la spécialisation des fonctions administratives, la notion de Polizey s’est resserrée pour devenir la Polizei contemporaine, c’est‑à‑dire une institution chargée principalement de la sécurité publique et de la prévention des infractions. Mais l’ancienne acception subsiste dans l’histoire du droit, comme chez Georg Wilfrid Friedrich Hegel chez qui ont la trouve, et dans les sciences camérales, où la Polizeywissenschaft (science de la police) désignait en réalité une science de l’administration publique et de la bonne gestion de l’État. Bref, la Polizey avec un y n’est pas seulement la police au sens moderne, mais une notion de gouvernance globale de la société, qui visait à produire et maintenir un ordre moral, social et économique jugé conforme au bien commun.

 

III. Conclusion

Ces mécanismes sont un enjeu majeur parce qu’ils touchent au cœur du contrat social : ils révèlent la manière dont une société définit ses frontières symboliques et ses hiérarchies internes et ils mettent en jeu la confiance entre gouvernants et gouvernés, la capacité de l’État à gérer les conflits sans détruire le tissu social. Par la langue comme propagande, ils déterminent la narration dominante qui restera dans l’histoire et qui influencera les générations présente et futures (épilinguistique ou séméiance de l'époque) et leur manière de s'investir dans ce que l'on nomme les expériences, les situations (événements politiques), les parcours de vie (parfois réduites à des carrières ou à l'abnégation de faire un nid, de construire un foyer). Dans un cadre politique et non démocratique, ces différences entre états que nous avons parcourues rapidement, montrent que le maintien de l’ordre est déterminé par des facteurs historiques (révolutions, guerres civiles, traditions juridiques), par des cultures politiques (centralisation française, pragmatisme britannique, fédéralisme allemand) et par des choix linguistiques qui façonnent la perception publique des événements. L’enjeu n’est donc pas seulement sécuritaire : il est profondément symbolique et politique. Chaque modèle met en jeu une certaine conception de la citoyenneté et du rôle de l’État, et c’est cette conception qui détermine la manière dont l’ordre est « maintenu », négocié ou partagé.

 

 

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