Pages

Archives

Publié par Anthony Le Cazals

Patrice Loraux
Patrice Loraux

Un des derniers philosophes vivants. Patrice Loraux a été humble Maitre de Conférence à l'université de Paris I Panthéon Sorbonne afin de pouvoir se concentrer sur ses propres recherches et non celles de ces étudiants, lesquelles rentreraient trop dans le compromis académique et la convenance "scientifique". Il a publié divers ouvrages et nous retiendrons Le Tempo de la pensée (Seuil, 1993), que nous vous invitons à lire. Il s'est, entre autres, intéressé aux " dysfonctionnements " (panne, détour, blocage, etc.) au cœur de la création, lorsque l'important pour le créateur n'est pas de commencer, mais bien de poursuivre. Paris I Sorbonne-Panthéon). Patrice Loraux a aussi commis un séminaire à Paris 8 sur la différence Platon-Aristote, un vendredi sur deux le second semestre 2009 en salle A028 à 9h mais fut un peu déçu de la présence aléatoire des étudiants peu matinaux, passons cette anecdote :), ce fut l'une des retombée positive en tout cas de notre site.

La philosophie de Patrice Loraux comporte au moins deux périodes 1983-2003 et 2004 à 2018. La première est sa période écrite jusqu'au décès de son épouse et la seconde est sa période de libération ou d'orbite qui davantage sa période orale ou socratique, la période où il consent à la perte pour ne retenir que la stimulation du cerveau de ses auditeurs. Même si son dernier livre tend à rejeter l'anecdote =, cette première période est constituée d'anecdotes de la vie quotidienne à deux, où pour lui il y a beaucoup de perte de temps dans les repas par exemple, le soin à l'autre, plutôt que de se concentrer sur l'œuvre philosophique. Jusqu'à sa bascule dans l'oralité socratique, Patrice Loraux est dans un soi qui a la forme d'un prendre sur soi, dans la synergie et la coopération. Se mêlent l'œuvre de diamantaire et la vie de jésuite rythmée. C'est au-delà de l'intimation académique à faire genre philosophe 1, p. 86 mais pas encore "faire de la philo" qui était l'objet visé par l'intitulé limite, frontière, horizon (séminaire à Tolbiac 2002-2003).  La seconde période tend à être originale sans être personnelle. Et si l'on doit résumé en un exemple l'anecdote ontologique où s'origine la grâce, la verve face à l'indicible que l'on nomme classiquement être, alors pour Patrice Loraux, elle se trouve être la visite du Musée Van Gogh d'Amsterdam et la confrontation presque exhaustive à l'œuvre de l'artiste : comme une panorama d'une vie d'artiste (de deux ans de production) ramenée à quelque salle et le saisissement qui fait Être, qui forme un Tout.
On peut parfois parler de propédeutique à propos de la réflexion idéaliste-matérialiste de Patrice Loraux sans cesse reconduite depuis zéro comme si à chaque année de séminaire on s'attaquait à un casse-tête tendu entre des pôles et qu'il fallait le déconstruire. L'une des principales polarisation se jouant à l'horizon entre d'un côté le ciel et de l'autre la Terre, distinction qu'il reconduira sous d'autre termes pour définir l'en tant que tel philosophique Idée mathématique chez Desanti, Forme chez Aristote, Chimère, etc. ... De ce fait la manipulation de schémas ou de topiques est prétexte, elle vise à mettre en boucle la pensée jusqu'à la ralentir et en produire, par ce biais, de la philosophie. On retrouve le ralenti à la faveur duquel la pensée devient philosophie  1, p. 28. Certes il y a là, levées de butées pour atteindre de nouveaux jalons, mais toute l'insistance est portée sur le prologue, bref sur l’échauffement préalable pour atteindre au bon tempo qui n'est pas le tempo lent de l'écriture mais le tempo autrement dense de la pensée. C'est le puknos logos, c'est le discours dense 1, p. 98. Prologue est un terme qui revient dans certains articles du tempo de la pensée. L'écriture synthétique se fait compacte à la Desanti 1, p. 112 et parvient à la densité discursive mais pas à la grâce et la beauté de l’improvisation  spontanée 1, p. 180. Même la gramma des Eléates en reste à une remarquable semi-autonomie et non à une pleine autonomie 1, p. 185. L'autonomie est vue non comme une chimère (séminaire de 2015-2016) mais comme le point de vue de départ 1, pp. 98-99.
Dés lors, les 4 quatre branches porteuses de la philosophie que sont les deux effectuations antiques (à savoir Platon et Aristote) et les deux autosuppressions modernes (à savoir Marx et Nietzsche ) sont elle-même des autonomies accomplies, des relances fait aux interlocuteurs, aussi lointain soit-il. On pensera à l'analyse par soi-même de Marx 1, p. 102. L'autonomie chez Aristote est la vitesse de procédure-Aristote (26), l'opération comme procédure non perturbée en cours de route par des scrupules de bon fonctionnement (26). Obtenir le bouclage, la stimulation cérébrale de l'auditeur et en retour de soi, comme d'autre vise l'image-cristal. Cet usage du cristal est très hégélien, en somme, c'est la pierre philosophale de l'alchimiste.

 

 

Voici quelques liens :

Résumé de "Du bon usage de l'impasse dans la pensée".  Conférence à Henri IV
Conférence "Le peu de rapport de Derrida à Aristote" ou en vidéo
Article "Consentir" in Le Genre Humain nº 22, novembre 90. Editions du Seuil
Extrait "Traits et portraits de philosophes en artistes" 2 juin 2001  bilingual
Présentation du livre "Tempo de la pensée" 1993
Présentation du livre  "l'Etat d'auteur" 1990
Séance du 27 février 2007 "L'attraction des 4 pôles d'intensité"
Séance du 4 février 2008 "Parler et réaliser loin des deux Chimères"
Entretien du 24 mai 2008 'Les figures de la pénombre"
Séminaire 2009 "Polémos et logos dans la Grèce Ancienne"
Séance du 9 mai 2011 "La fantastique de Patrice Loraux"

Dans les pas de Nicole Loraux : article sur la complicité avec sa femme l'historienne Nicole Loraux

 

Bibliographie partielle

Les sous-main de Marx : introduction à la critique de la publication politique Hachette littératures, collection Textes du XXème siècle, 1986.
L'Etat d'auteur, 1990
Le ton de la pensée in Epokhè N°2 Affectivité et pensée, 416 p., 1991.
Le tempo de la pensée, Seuil - collection La librairie du XXème siècle, 1993 (1).

Prônant une certaine forme de disparition son œuvre ce termine avec ce livre majeur, Le tempo de la pensée, qui ouvre à la question de la redécouverte permanente de l'authenticité du temps. A bien chercher sur ce blog vous trouverez pleins de textes faisant implicitement ou explicitement référence à Patrice Loraux.

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

sancho 02/06/2006 19:34

Merci pour cette réponse à mon com. Je suis touché.

Le cazals 05/06/2006 17:22

De sancho

sancho 01/06/2006 09:00

Je viens de lire la conf. de Patrice Loraux "Du bon usage de l'impasse dans la pensée". C'est prenant et très bien fait. Mais le côté "voici comment il faut penser" est quand même un peu agaçant. J'aurais attendu, aussi, au moins une remarque sur le déroutement, sur la perpléxité de fond de toute pensée qui cherche à comprendre comment elle est possible. Pourtant l'image du labyrinthe pouvait y conduire. Cette image du labyrinthe pouvait être éclairante à une autre condition: il faut arriver à dire qu'à un moment donné un séisme secoue le labyrinthe, relativise les inquiétudes sur les parcours et les issues. Ce séisme c'est mon arrivée au monde. On ne peut parler du monde, ni bien sûr "penser" en un sens radical, si on le suppose inchangé du fait de mon irruption. C'est ma présence dans le labyrinthe, l'événement de ma subreption, qui produit cette fameuse énergie dont a besoin la pensée. S'il n'y avait pas cette incompréhensible entrée en matière, et surtout l'ébranlement qu'elle produit, il n'y aurait pas de phénomène de la pensée. S'il n'y avait pas le séisme de ma naissance, il n'y aurait pas l'effort d'y voir clair. La pensée appartient à la catégorie des répliques. Elle est prise dans les réajustements qui suivent le décrochage catastrophique de l'entrée au monde. Nous sommes les répliques du séisme d'exister. Et nous n'avons pas d'autre pensée en dehors des répliques.
 

Je voudrais faire part d'un sentiment qui me gagne à écouter beaucoup de philosophes qui écrivent ou font des conférences aujourd'hui.  Il me semble que nous sommes à l’orée de possibilités absolument nouvelles pour la pensée. Ces possibilités n’arrivent pas dans la continuité des anciens chemins qu’a parcourus l’humanité. Nous sommes face à de l’inédit radical. Dans le court espace d’un commentaire, je ne peux pas en dire grand-chose. Je me limite à ce qui paraîtra le plus intempestif, mais je crains qu’il ne s’agisse de l’ébranlement le plus fondamental. Il s’agit de l’événement de la conscience. Nous sommes à la veille du jour où cet événement fera vraiment sentir et retentir sa nature d’événement. Que la conscience soit, voilà une donnée qui a alimenté et fait marcher la métaphysique pendant deux millénaires. Mais que se produit-il quand chacun peut envahir l’espace de la perplexité métaphysique millénaire ? Quand chacun sent retentir en lui le commencement même de toute pensée ? Qui plus est, chacun sera amené à le faire d’une manière irruptive et primordiale, comme une nouvelle donne toujours reconduite. Chacun pourra prendre acte de l’événement sismique qu’est sa venue au monde. On peut en attendre beaucoup, à commencer une redéfinition de fond de la démocratie. Mais aussi le surgissement d’une pensée résolument sauvage, refusant toute norme, rejetant toute philosophie comme discours légitime. On peut s’attendre, enfin, à l’ultime combat contre les religions.
 

Mais l’espérance qui me touche le plus est qu’on peut s’attendre à une libération de la fascination métaphysique de soi. La possibilité, démultipliée à l’infini, d’une rêverie créatrice sur le phénomène, l’événement cosmique et incompréhensible que l’on est. Possibilités dont on n’entrevoit rien encore, pour l’art, la littérature, l’éducation, la philosophie. Je dis bien libération. Les fronts de la répression passent précisément là, aujourd’hui. Ce qui est contenu dans l’animal humain, ce sont les réserves de l’amour de soi, entendues comme réappropriation de son événement, réappropriation de sa venue au monde. La culture ambiante est massivement (et inconsciemment bien sûr) mobilisée contre ce potentiel de chaque humain.
 

Pour revenir à ce sentiment dont je parlais, je suis toujours déçu quand je ne vois, chez les philosophes, pas même le pressentiment de cet aurore, pour parler comme Nietzsche. Beaucoup de ces philosophes tiennent leur discours au sein même du système de contention qu’est devenue la culture ambiante.        
 

Paris 8 philo 01/06/2006 17:38

Merci pour ce long Commentaire Sancho.
 
Patrice Loraux a influencé, je pense, une génération de philosophes à la Sorbonne comme Hyppolite a pu influencé Derrida, Deleuze et Canguuilhem, Foucault. Il est dans cette triste instituion le seul a réellement faire de la philo. Tous les autres professeurs ont été (à part Bitbol peut-être qui a un côté physicien) avalé par l'analyse de texte et le découpage de la pensée en prés-carré. Chacun faisant attention de ne pas empiéter sur le champ du voisin.
 
Patrice Loraux est d'une certaine manière une comète qui ne laisse que des poussière. C'est même idiot à vrai dire de vouloir retranscrire un de ses cours, une de ces conférences, car son but est d'opérer la pensée dans son disparaître, dans l'idée d'une découverte incessante d'un temps authentique qui ne laisse pas de trace. Après son dernier livre, qui remoente au moment précis où sa femme a été touché par la paralysie (d'où le lien vers un article sur elle), il a entamé ce qu'il appelle sa disparition. Chacun de ses cours n'est qu'un éternel recommencement de la pensée. Quant à la comférence sur Derrida, elle est là pour dire que Derrida a eu une grande influence sur Loraux car il a représenté un Dehors de la Sorbonne comme Sartre une génération avant.
 
Pour ce qui est du labyrinthe il est peut-être dfficilement secouer puisqu'on est pris Dedans. Le labyrinthe, une des figures qu'apprécie Loraux même s'il en parle peu, c'est avant tout pour parler de ce qu'est un problème, du fait que beaucoup se prenne la tête dans le mur sans voir la porte qui est à côté. Le labyrinthe au fond pour ramener ça au petit milieu de la Sorbnne c'est l'analyse de texte sans fin, mais aucunement l'expérimentation d'un texte ou de la vie. Ceci est moins évident à voir. Voilà si cela peut donner un autre angle de vue à ce dont il est question. Mais c'est vrai que ton irruption dans le monde a modestement secouer le monde. Le labyrinthe c'est plus abstrait c'est une part de ce monde qui se complique la vie au fond, plutôt que d'en sortir.