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La Garenne de philosophie

POLITIQUE / Le sinistrisme de Gilbert Thibaudet expliqué par Philippe Fabry

« ... Et ce qu'on explique, en fait, c'est que tout ça ce sont des tendances qui existent en permanence : c'est que ce qu'on appelle les sensibilités politiques. Par dessus cela viennent les idées politiques qui ne sont pas la même chose puisqu'en fait les idées politiques ne sont pas de droite ou de gauche. Les idées politiques apparaissent à gauche et elles dérivent lentement de la gauche vers la droite au fur et à mesure qu'elles sont intégrées par les réformateurs dans l'ordre établi. Une fois qu'elles sont intégrées dans l'ordre établi elles deviennent défendues par les conservateurs mais toujours critiqués par les réactionnaires et les réactionnaires se mettent à les défendre à leur tour quand elles commencent à être menacées. Un bon exemple est la laïcité qui était d'abord une revendication d'extrême gauche contre la religion installée, pour lutter contre le pouvoir de l'église, et qui est devenue aujourd'hui une laïcité de défense contre l'arrivée d'une nouvelle religion qui, elle, est est en pleine expansion. Donc, ça aussi, c'est un point important : la mentalité n'est pas la même sur la totalité du clivage. Au fur et à mesure qu'une idée se déplace dessus sa coloration change. Aussi le nationalisme quand il est de gauche c'est une sorte de nationalisme messianiste il y a l'idée qu'il faut porter un message à l'extérieur, c'est très expansionniste. Le nationalisme de droite optent souvent national de repli précisément et de repli est rarement expansionniste au contraire ce qu'il veut c'est d'abord protéger un ensemble qu'il estime menacé ... Le fait que les idées aillent de la gauche vers la droite était déjà mentionné par Gilbert Thibaudet dans son bouquin les idées politiques en France » Philippe Fabry

L'illustration du sinistrisme et du mouvement sinstrogyre pat l'évolution du clivage droite-gauche sous la Troisième République :

 

Le clivage gauche droite est une invention de l'oligarchie française sous la révolution et la première république on parlait de la montagne et de la plaine (en référence aux Lettres écrites de la Montagne de Jean-Jacques Rousseau qui répondent aux Lettres écrites de la campagne (plaine de genève) de Jean-Robert Tronchinqui est le cousin germain de François Tronchin et de Jean Robert I Tronchin (1702-1788), et le cousin éloigné de Théodore Tronchin, qui sont tous trois respectivement l'ami, le banquier et le médecin de Voltaire).

 

1. 1871-1893 : les institutions

  • droite : monarchistes (royalistes, bonapartistes)
  • gauche : républicains (les républicains ne pouvant se nommer ainsi sous la monarchie constitutionnelle et sous le Second Empire, se sont qualifiéer de radicaux, très inspirés en cela des utilitaristes anglais, nous les retrouverons par la suite)

Le centre libéral se divise entre un centre-droit royaliste (Albert de Broglie) et un centre-gauche rallié à la République (Adolphe Thiers).

Les républicains occupent tout l'espace à gauche, du centre-gauche libéral à l'extrême gauche radicale.

 

2. 1893-1899 : l'esprit nouveau

  • extrême droite : royalistes, catholiques intransigeants
  • droite : ralliés
  • centre : républicains modérés
  • gauche : républicains radicaux
  • extrême gauche : socialistes

La montée du radicalisme et du socialisme pousse les républicains modérés au centre ("sinistrisme" : Albert Thibaudet, 1932); apparition d'une droite républicaine (ralliée) et d'une extrême droite nationaliste.

 

2. 1899-1913 : le gouvernement de défense républicaine

  • extrême droite : catholiques intransigeants, nationalistes
  • droite : ralliés, républicains modérés antiministériels
  • gauche : républicains radicaux, républicains modérés ministériels
  • extrême gauche : socialistes

Le clivage droite-gauche passe à l'intérieur des républicains modérés, une partie d'entre eux soutenant le gouvernement de défense républicaine dirigé par l'un des leurs (Waldeck-Rousseau), les autres passant dans l'opposition (Jules Méline).

 

3. 1914-1917 : l'union sacrée

 

4. 1920-1940 : la question sociale

  • extrême droite : nationalistes
  • droite : républicains modérés
  • centre : républicains radicaux, démocrates-chrétiens
  • gauche : socialistes
  • extrême gauche : communistes

Les libéraux (républicains modérés) occupent dorénavant l'espace à droite ("sinistrisme"), avec une aile droite proche des républicains nationalistes et une aile gauche proche du centre radical (aile gauche qui, par tradition historique, continue à se dénommer "républicains de gauche"); apparition d'un centre démocrate-chrétien.

Cette configuration (à laquelle s'ajoute l'apparition du gaullisme) perdurera sous la IVe République.

 

  extrême gauche gauche centre droite extrême droite
1871-1893  
  • républicains
 
  • monarchistes
 
1893-1899
  • socialistes
  • républicains radicaux
  • républicains modérés
  • ralliés
  • royalistes
  • catholiques intransigeants
1899-1913
  • socialistes
  • républicains radicaux
  • républicains modérés ministériels
 
  • ralliés
  • républicains modérés antiministériels
  • catholiques intransigeants
  • nationalistes
1920-1940
  • communistes
  • socialistes
  • républicains radicaux
  • démocrates-chrétiens
  • républicains modérés *
  • nationalistes

*

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