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La Garenne de philosophie

HISTORIONOMIE / Les inepties de Philippe Fabry

HISTORIONOMIE / Les inepties de Philippe Fabry

/Les liens sont calés sont les timelines pour votre commodité/

I. Son parcours

Il s'agit d'un auteur libéral-conservateur confiné dans un dialogue constant avec l'extrême droite tel Henry de Lesquen et Adrien Abauzit sur Radio Athéna, le media d'extrême droite dont il a été l'invité puis y a tenu une émission, tel Charles Gave, le soutien financier d'Eric Zemmour, tel André Bercoff de Sud Radio et de Tocsin.

Ses origines sont les suivantes :  « D'abord, je viens d'une famille qui est plutôt libéral d'instinct » 1 à 5:05 ; « Je viens d'une famille de juriste » 1

Il vit entre le Sud de la haute Garonne et les Hautes-Pyrénées . En effet le siège de l'Institut Polybe sur l'Étude historique est à Tarbes 2.

Il est catholique conservateur et libéral sur le plan économique comme nombre de membres de la revue libérale Contrepoint et de son cercle libéral de Toulouse. Cela se retrouve dans certains de ces propos : « heureusement Dieu a bien fait le monde » 1. Sa croyance en fait quelqu'un qui doute. En 2010, Il fréquente un forum de théologie catholique où il redécouvre les idées libérales, sous l'influence d'un ami  entiché de la pensée de Saint-Augustin 1. Il est très préoccupé de questions métaphysique notamment sur l'intériorisation, le soi et le libre-arbitre (qui au passage n'existe pas).

Il adore s'en prendre au wokisme et à l'islamo-gauchisme, qui sont l'équivalent du judéo-bolchévisme d'antan.

Il a un Master 1 en histoire du droit des institutions et thèse de doctorat en histoire du droit 1 sur l'état royal, recensée plus bas.après avoir fait une thèse au sein du Centre Toulousain d'Histoire du Droit, des Institutions et des Idées Politiques, intitulée L'Etat Royal. Normes, Justice et Administration dans l'oeuvre de Pierre Rebuffe (1487-1557). Cette thèse a reçu le prix de thèse Jacques Cujas et est publiée à la Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence (LGDJ). Qualifié Maître de Conférences en 2014, il n'a pas obtenu de poste universitaire et s'est installé comme avocat, tout en poursuivant ses recherches.

II. Ses idées

1.  Sur sa découverte des idées libérales et son anarcho-capitalisme.

« Je me définis comme un anarcho-capitaliste asymptotique, c'est-à-dire que je pense qui faut tendre vers ça mais que je ne pense pas que ce soit historiquement possible. » A 15-16 ans, en 2000, il découvre les idées libérales par le biais d'une lecture de Philippe Nemo Qu'est-ce que l'occident 1. En 2012 Fréquente un cercle libéral à Toulouse et découvre Hayek (via Nemo). Il se sent très proche d'Hayek parce que celui-ci applique la sélection naturelle aux institutions, c'est la seconde raison parmi les trois qu'il donne. « Je reste un grand amoureux d'Hayek car il a un rapport direct au droit ;  il a un mode de pensée qui me plaît ; enfin quand on veux distinguer un régime de liberté ou globalement libéralisme et socialiste l'importance ce sont les pratiques de pouvoir et la place a signé un rôle de l'État en pratique et non les buts et les intentions parce que c'est tout à fait autre chose si on commence à discuter les buts et les intentions, on peut jamais de s'entendre » 1 de 8:00 à 8:22. Il tire ce dernier point encore d'Hayek : « C'est Frédéric Hayak et Ludwig Von Mises qui permettent le mieux de rendre compte de cela, même s'ils ont eu leurs frictions ». « Je reste un grand amoureux de Frédéric Bastiat … c'est la simplicité et la communauté d'esprit, j'adore chez Bastiat c'est que j'adore cette façon de vouloir absolument expliquer les choses de la manière la plus simple possible oui aux gens, quitte à ce que les doctes et les pédants trouvent que c'est pas sérieux parce que c'est c'est parce que ça manque de jargon parce que oui c'est presque trop trop simple » 1 de 9:30 à 9:50.

2. Sur l'élaboration de l'historionomie.

En 2003 il lit le livre d'Albert Thibaudet la campagne avec Thucydide C'est ce qui lui fait dresser des parallèles entre la Grèce et Rome d'une part et l'Europe et les Etats-Unis d'autre part pour en tirer des modèles historionomiques 1 à 25:20

Voir l'introduction et la présensation des deux premiers livres que nous avons faite plus bas.

3. Sur le socialisme. Sur les accusations d'anachronismes.

Il a une vision nuancée du communisme et du socialisme, tout en ne comprenant pas que le socialisme et le jacobinisme sont des libéralisme, le jacobinisme est même décentralisateur et c'est peut-être pour cela que Napoléon y a mis fin. Au passage décentralisateur ne veut pas dire fédéraliste. 

« Les intentions des socialistes honnêtes sont au fond les mêmes que celles de certains libéraux … Même chez Marx à l'époque, l'idée d'arriver à une société autogérée finalement la différence entre la société autogérée marxiste et la société anarcho-capitaliste c'est difficile de d'imaginer véritablement quelle est la différence entre les deux ? Bien qu'il y ait pas de d'État autoritaire tout ça donc il y a en même temps. Le marxisme est à la base une annexe de l'anarchisme qui s'est développée justement au 19e siècle donc ce n'est pas surprenant qu'à la base c'est un ... de l'État c'est devenu tout à fait autre chose ensuite avec l'apparition de l'URSS et caetera. Mais Voilà. » 1 de 8:30 à 9:08

« Pour ma part, dans mes écrits abordant ces questions, j'emploie toujours les mots "libéralisme" et "socialisme" dans des sens tirés de la lecture d'Hayek, c'est-à-dire selon des définitions structurelles, pratiques, et non intentionnelles. Ainsi à la suite du grand auteur, il me semble qu'il faut plutôt considérer deux idéaux-types, le libéral où la primauté est donnée à l'individu et à sa liberté, et qui tend donc à une intervention minimale de l'Etat, dans l'économie et ailleurs, et le socialiste où l'Etat tend à s'occuper de tout, tout régenter, tout planifier. L'intérêt premier de ces définitions pratiques est qu'elles peuvent s'appliquer à des systèmes dont l'existence est antérieure à l'apparition des concepts de "libéralisme" et de "socialisme", sans qu'il puisse s'agir d'un anachronisme. Mais un autre avantage décisif est d'écarter pour appréhender ces deux ensembles idéologiques des intentions qui animent leurs membres, leurs militants, leurs auteurs. Pour autant, cet usage n'est pas toujours pertinent lorsqu'il s'agit de discuter et de convaincre des gens d'en-face, car il s'agit alors d'évoquer avec eux leurs intentions. Et, il faut bien le dire, si l'on se fie aux intentions, les choses sont extrêmement brouillés. En effet, j'ai croisé bien peu de socialistes qui admettaient vouloir donner à l'Etat le pouvoir de tout régenter. Leurs buts apparaissent souvent comme étant l'émancipation individuelle, notamment vis-à-vis des contingences économiques. Et il faut se souvenir que le socialisme n'est historiquement pas moins lié aux courants anarchistes que le libéralisme. Un Proudhon a pu dire dans sa vie autant "la propriété, c'est le vol" que "la propriété, c'est la liberté". Et songeons même à Karl Marx, pour lequel la dictature du prolétariat n'était censée être qu'une étape vers la "société autogérée"... laquelle, à y bien regarder, ressemblerait beaucoup, en pratique, au rêve des anarcho-capitalistes. » 3

4. Sur sa prétendue prédiction de la guerre en Ukraine.

Voici le passage où il dit qu'il avait prévu la guerre en Ukraine de 2022. Alors même que nous savions depuis 2010 que les Etats-Unis pousseraient à la guerre en Ukraine pour produire la décomosition de la Russie sachant qu'il suffisait de se rendre dans n'importe quelle grande ville d'Ukraine pour voir que toutes les télévision avait leur premier canal reglé sur . C'est pourquoi nous avion appris le russe dès janvier 2014, dans une optique plus bergsonienne en fait. Mon meilleur ami se trouvait aussi en Ukraine en 2016 où il côtoyait Xavier Moreau qui avec son frère s'occupait de la sécurité de l'ambassade de Kiev et passait pour un drôle de loustic pour ne pas dire plus. Il faut comprendre que Vladimir Poutine a envahi la Crimée pour deux raisons, l'une est que le bail russe pour la base de Sébastopol arrivait à échénace en 2017 et que les Américain prévoyaient d'implanter une base américaine entre Kerch et Simferipol. Par aillleurs, le 21 février 2022, Vladimir Poutine a produit un décret (oukase) stimulant au personnel névralgique de ne pas sortir de Crimée (ceci comprenait le personnel médical). Nous en avions parlé à nos amis ukrainiens, qui parmi les plus russophile par leur histoire familiale imbriquée ne nous avait pas cru. Il n'est dinc question que d'opérations militaires élergies ou spéciales et Philippe Fabry voulait faire passer cela dans la revue Atlantico qui n'a pas odnné suite :

« De même, la situation aura bougé en Ukraine, que Poutine espère encore pouvoir récupérer comme il l'avait fait en 2009, cinq ans après la Révolution Orange, par l'élection de Yanoukovitch, qui a été renversé en 2014. L'évolution sur ces deux fronts devrait être concomittante : un rapport doit être remis au Congrès américain sur la faisabilité et l'intérêt d'une base permanente en Pologne d'ici le 1er mars, et le 31 mars se tiendront les élections présidentielles en Ukraine. Au printemps 2019 Poutine saura donc à la fois si Poroshenko restera à la tête de l'Ukraine ou si d'éventuelles opportunités stratégiques s'ouvriront pour la Russie, avec le retour d'une direction plus malléable et favorable aux intérêts russes dans le pays, et si la Pologne abritera vraisemblablement une base permanente américaine ou pas. Il s'ensuivra que des décisions, actuellement en suspens, pourront être prises au Kremlin à la fois sur la conduite à tenir en Ukraine (poursuivre une stratégie d'étranglement, d'affaiblissement et de corruption, de guerre hybride, ou bien se lancer dans des opérations militaires de plus grande envergure), et sur celle à tenir en Biélorussie (convaincre Loukachenko d'accepter une base russe en Biélorussie comme réponse nécessaire à l'établissement d'une base américaine en Pologne, ou mesures plus radicales pour se débarrasser du dirigeant biélorusse et le remplacer par un homme de paille du Kremlin).  » 4

5. Sa vision de l'Europe, de notre relation à la Russie et de la stratégie de Poutine.

« Pour les populistes européens, l’idée est la même mais d’une manière un peu nuancée : il s’agit de retrouver la puissance européenne d’avant la Seconde guerre mondiale en exploitant la puissance militaire et les ressources naturelles russes. Cette alliance est jugée préférable à l’alliance américaine pour deux raisons : premièrement, la Russie étant moins puissante que l’Amérique, il serait plus simple de traiter avec elle sur un pied d’égalité, et deuxièmement les populistes détestent ce que représente l’Amérique pour la même raison qu’ils aiment ce que représente la Russie de Poutine. Le poutinisme, se fondant sur ces « valeurs », porte un projet alternatif que j’ai déjà évoqué : celui d’un bloc européen unifié dans la démocratie dirigé sur un mode populiste-autoritaire et le corporatisme économique. Cette vision stratégique s’appuie sur une authentique idéologie, qui est celle du nationalisme paneuropéen qu’est le poutinisme. Il s’agit bien d’un nationalisme, en ce qu’il place au-dessus de toute autre considération, et spécialement du respect du droit et de la morale, l’idée de l’intérêt national. C’est pour cela que les populistes européens pro-poutine n’ont aucun mal à défendre l’annexion de la Crimée, et que l’idée que Poutine intervienne directement en Ukraine ne les gêne pas dans la mesure où tel est l’intérêt de la Russie ; ils aimeraient que leur pays puisse faire de même, à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur, en confisquant les biens des gens, en les enrégimentant. Outre un nationalisme, il s’agit donc aussi d’un étatisme, prônant la capacité de l’État à tout contrôler, tout régler, tout imposer. Mais ce nationalisme est bien paneuropéen, puisqu’il prône non pas l’opposition des nations d’Europe, comme le nationalisme du premier XXe siècle, mais leur co-nationalisme : que les Français soient fiers d’être Français, les Russes fiers d’être Russes, les Hongrois fiers d’être Hongrois, et qu’ils soient, tous ensemble, fiers d’être Européens… contre l’Amérique et les islamistes, pour l’essentiel, car il n’y a pas de nationalisme sans ennemi. En effet, tous se retrouvent dans le double refus du capitalisme libéral, forcément « anglo-saxon », et dans la crainte face au danger islamiste, perçu comme une déferlante barbare menaçant la civilisation. Il est remarquable que la configuration entre ce poutinisme et l’islamisme radical est la même que jadis entre le fascisme et le nazisme, socialismes nationalistes, et le bolchévisme russe, socialisme internationaliste ; à l’époque, les nazis et les fascistes européens se percevaient comme le rempart contre les « hordes asiatiques » venant de Russie et menaçant d’anéantir les nations, tout en partageant avec les bolchéviks le mépris du droit, l’antiparlementarisme et l’étatisme forcené. Aujourd’hui, le poutinisme russe et européen, socialisme nationaliste comme ci-dessus évoqué, se perçoit comme le rempart de l’Europe contre les hordes musulmanes et l’islamisme radical, cette nouvelle forme de socialisme international. Le poutinisme peut donc être défini comme une idéologie nationaliste paneuropéenne, qui veut constituer l’Europe « de l’Atlantique à l’Oural » voire, comme j’ai lu avec stupéfaction Philippe de Villiers le déclarer dans le Figaro récemment, l’Europe « de l’Atlantique au Pacifique » ! Cette idéologie nationaliste paneuropéenne marque, spécialement en France, le passage à l’extrême-droite de l’internationalisme. Né à l’extrême-gauche dans la deuxième moitié du XIXe siècle, avec la naissance de la 1ere Internationale Ouvrière en 1864, passé progressivement à gauche entre 1900 et 1920 (fondation de la SFIO en France : 1905), l’internationalisme universaliste et progressiste, de gauche, est passé à droite au lendemain de la Seconde guerre mondiale, supplantant le nationalisme dans l’électorat et les élites de droite, et devenant un internationalisme de droite : de repli, conservateur, de droite. Cet internationalisme de droite, ce fut l’européisme, la recherche de mise en place d’un bloc européen capable de résister aux assauts des nouvelles nations géantes, URSS et USA, et de préserver l’identité et l’indépendance d’une Europe désormais menacée d’engloutissement. Aujourd’hui, les populistes d’extrême-droite qui vilipendaient, au nom du nationalisme et du souverainisme, la tutelle des instances supranationales européennes, rêvent à leur tour d’un bloc européen, plus encore marqué par le repli et la méfiance envers le monde extérieur. Une nouvelle preuve de ce que j’explique depuis maintenant deux ans [en 2015], à savoir qu’une idée met environ un siècle et demi à parcourir l’intégralité du spectre politique, soit une étape par génération. » 5

6. Sur sa prédiction d'une révolution nationale dans les deux ans qui viennent.

« Pourquoi est-ce que je dis depuis un moment qu'il doit y avoir une nouvelle révolution en France ? Euh, une révolution qui serait ce que j'appelle une révolution nationale. C'est-à-dire que c'est un concept dans ma discipline hystéronomique. C'est un modèle particulier. Qu'est-ce que c'est qu'une révolution nationale ? C'est une révolution normalement qui arrive en fin de parcours de ce que j'appelle la construction nationale. Avec la construction nationale des grands états-nations, ça se fait d'abord par la soumission d'un espace à un pouvoir qui, à la base, est de type impérial, c'est-à-dire un pouvoir pur basé sur la force qui souvent est issu de la féodalité. Donc qui s'installe, qui se structure, qui petit à petit se développe et crée une administration et cétéra. Et à partir du moment où c'est sur un territoire assez stable, ce territoire s'homogénéise culturellement. Il se met à développer une identité propre en mélangeant par métissage si vous voulez de l'ensemble des populations à l'intérieur de ça, en tout cas, suffisamment pour que il y ait une conscience politique qui naisse à cette échelle-là. Et le jour où cette conscience politique est née, c'est le jour où cet état est mature, c'est dure à peu près 600 ans, la société est prête à rechercher, à renverser le pouvoir impérial pour mettre en place un pouvoir qui soit c'est censé être représentatif de la société à travers donc la démocratie parlementaire. Ça c'est le le point d'aboutissement, on va dire. Et par exemple le régime impérial sous la monarchie absolue, c'était l'héritière du régime impérial qui avait fait la France, qui avait conquis l'ensemble du territoire français et l'avait soumis, et l'avait unifié. Et lorsque la conscience nationale française a été née suffisamment mûre, c'est ce qui est attesté notamment par des textes comme "Qu'est-ce que le tiers état publiait peu avant la révolution qui montre qu'il y avait une naissance d'une conséance nationale, à ce moment-là, à partir du moment où le pouvoir impérial est à la fois ruiné et délégitimé, il y a ce basculement qui peut s'opérer et c'est un basculement qui est donc ce que j'appelle un mouvement de révolution nationale qui dure à peu près 40 ans et qui transforme cet état donc impérial en un état nation parlementaire, pas forcément démocratique tout de suite. La démocratisation, ça se fait au-delà du parlementarisme avec l'extension du corps parce qu'on bascule pas tout de suite dans le suffrage avec l'extension du corps de suffrage et cetera, ça met à peu près un siècle de plus on va dire pour ou 50 ans disons après la fin de la révolution nationale pour devenir une vraie démocratie. hein, par exemple la France, mouvement de révolution nationale se termine en 1830 avec l'arrivée du premier régime parlementaire, mais on ne devient véritablement une démocratie parlementaire que sous la 3e République, c'est-à-dire 50 ans plus tard. Voilà, c'est un petit peu pareil avec euh avec l'Angleterre euh et tous les pays en fait d'Europe qui ont connu la même trajectoire, pas au même moment puisque je rappelle que on va dire que l'Angleterre c'est la première révolution nationale dans un pays d'une taille standard. Il y a eu d'autres révolutions à un degré inférieur mais j'y reviens pas. Juste vous avez eu en gros Florence au au 15e siècle, vous avez eu la Bohème Ucite au 15e siècle qui ont connu aussi qui est des endroits notamment à Prague qui étaient vraiment très en avance au niveau développement humain on va dire sur le reste du continent. Mais le premier pays à grande échelle qui a fait ça, c'est l'Angleterre au 17e siècle, a suivi la France 18e-19e siècle et ensuite la plupart des grandes révolutions nationales en Europe occidentale ont eu lieu au 20e siècle. euh c'est-à-dire en Allemagne, en Italie, en Espagne, mais aussi en Russie et dans un certain nombre de pays euh d'Europe de l'Est. Donc à la sortie de ça, normalement, pourquoi je parle de Révolution nationale ? tout simplement parce que c'est ce qui vient parachever finalement l'entité nationale parce qu'après ça les entités nationales peuvent s'adonner par exemple à la colonisation sur des rivages lointain mais les frontières sont relativement fixées et les frontières elles-mêmes deviennent une partie de l'identité parce que quand les gens pensent à leur identité collective ils imaginent ils visualisent les frontières de leur pays. Donc à partir du moment où vous avez une frontière qui est délimitée, vous n'allez pas chercher au-delà hein. par exemple en France, une fois qu'on a l'identité qui est terminée, on a plus tellement envie d'aller conquérer la Belgique entre autres. Donc voilà comment ça se passe. » 6 de 0:05 à 4:12 7 de 4:50 à 8:57

« "Pourquoi est-ce qu'il nous parle de révolution aujourd'hui ?" Alors que clairement, si la révolution c'était 1789 1830, il y a aucune raison qu'on fasse une autre révolution maintenant. Et ça ça vient du fait un autre de mes modèles et j'ai commencé à écrire là-dessus en 2020, c'est en 2020 que j'ai vraiment compris cela. Celaa vient du fait que il peut y avoir ce que j'appelle des répliques de révolution nationale. Quand est-ce qu'elles arrivent les répliques ? par un accident de l'histoire, soit la révolution nationale normale, c'estàd quand elle s'est déclenchée, a été interrompu manière ou d'une autre par un événement extérieur, soit alors que encore plus tard le régime parlementaire s'est bien installé, une intervention extérieure est venue casser l'État. Donc dans les deux cas, c'est quand vous avez une grosse intervention étrangère qui vient casser l'État et remuer en fait redégrader l'édifice qui s'est patiemment construit, l'édifice institutionnel, l'édifice politique puisque vous savez que toute la politique c'est essentiellement des habitudes et un processus très organique. Et donc exemple de ceci, ben vous avez par exemple la révolution russe de 1917 qui est interrompu dans son cheminement normal. Je vous rappelle la révolution au sens révolution nationale, c'est un processus qui dure une quarantaine d'années. Cette révolution nationale, pour vous la faire courte, vous avez d'abord une destruction de l'ancien régime. Ensuite, vous avez une montée aux extrêmes révolutionnaires avec les plus radicaux qui peuvent arriver au pouvoir ou qui essayent de le faire. Une fois que ça ça se solde par l'arrivée d'une dictature militaire, hein, que ce soit Napoléon, Cromwell ou un autre régime autoritaire ; vous avez Franco aussi en Espagne. Et le régime nazi en grande partie a été très militariste aussi. Donc ça correspond à ça. C'est souvent à ce moment-là qu'il y a la phase que j'appelle de l'impérialisme revanchard, où le pays essaie en plus de sortir de ses frontières. Une fois que cette phase-là se termine, il y a une forme de alors soit de restauration, c'estàdire, on revient à une espèce d'ancien régime mais qui n'est plus ancien régime qui intègre des apports de la révolution. C'était le cas par exemple de la restauration 1815 en France. Mais c'est le cas aussi par exemple du gouvernement de Franco qui pouvait se s'apparenter à ce qui était en place avant 1931 avec la dictature de Primo de Rivera et cetera. c'est un régime monarcoilitaire. Et une fois que ce régime tombe, ça ça prend encore une vingtaine d'années, là vous avez la transition parlementaire qui se met normalement plus en douceur. Donc c'est par exemple la révolution 1830 en France avec les trois glorieuses he très peu de sans versé la glorieuse révolution britannique 1688-1689 ou encore comme exemple vous avez la ben justement la transition démocratique après la mort de Franco en 1975 he voilà donc avec ce c'est ce ce processus là et puis dans d'autres pays qui ont été carrément occupés comme par exemple l'Allemagne ce processus là se fait une fois à la fin de l'occupation étrangère du gouvernement par exemple du gouvernement allié en Allemagne, c'est la transition démocratique et la Constitution 1949 qui instaure la démocratie allemand telle qu'on la connaît aujourd'hui. Donc c'est toujours ce processus là normalement et ce processus là il peut être  interrompu. Il peut être interrompu. Si en cours de route vous avez une agression étrangère qui vient dans le pays, ça va figer la révolution et ça va comme le pays va devoir se défendre, le régime révolutionnaire va d'une certaine manière se relégitimer tel qu'il est et on repart en fait sur un ancien régime. Et donc il faut à nouveau mettre une quarantaine d'années avant qu'il se recentse et que la révolution reprenne. Même chose si le régime démocratique s'est déjà installé et qu'il est cassé par une invasion étrangère. Alors premier exemple donc celui de la révolution interrompu, vous avez la révolution russe 1917. La révolution commence, tout se passe, j'allais dire bien et c'est-à-dire mal mais pour l'essencell mais donc révolution classique, vous avez l'arrivée au pouvoir de Staline qui devrait être le avec le tournant, ce qu'on appelle le tournant de 1929, c'est-à-dire un un retour plus réactionnaire et une forme de retour à un régime autoritaire et militariste avec la volonté de réarmement de Staline. Et là, vous avez une agression qui vient de l'extérieur qui est l'agression allemande 1941 et qui va relégitimer complètement le régime et qui fait que le régime n'est plus un régime révolutionnaire qui tient la Russie mais qui est le régime qui a défendu l'intégrité patriotique dans la Grande Guerre patriotique. Et donc, vous avez une restauration du régime, ce qui fait que il faudra attendre 1991 pour que le régime tombe. Et à ce moment-là, on fait pas juste une transition parlementaire, on reprend la révolution depuis le début. avec un effondrement du système existant, l'arrivée d'un nouveau pouvoir autoritaire, Vladimir Poutine et cetera. Et donc, on n'est pas encore arrivé à la transition finale vers la démocratie parlementaire en en Russie. Même chose en Iran 1979. Vous avez en 1980 l'agression irakienne en plein mouvement révolutionnaire des Mola. Résultat relégitimation dans le cadre d'une longue guerre dure patriotique pour l'Iran du régime des Mola. Et ce régime-là, vous l'avez encore ici. Et donc le régime des Mola devrait bientôt connaître lui aussi une révolution nationale. Pareil pour la Chine qui était en révolution à partir de 1911, qui a été agressé alors qu'elle était en plein processus révolutionnaire en 1931 par le Japon puis à nouveau en 1937 et qui a fait que à la sortie le régime de Mao a été complètement relégitimé et que qui fait que aujourd'hui vous avez également une Chine qui est sous une espèce de nouvel ancien régime néoimpérial dans la tradition chinoise avec en gros le parti communiste qui remplace le mandarin traditionnel. Ça c'est les cas où la révolution est interrompue. Il se passe la même chose dans les cas où une intervention étrangère ou un accident de l'histoire restaure une forme de régime un peu autoritaire. Accident de l'histoire, la France en a connu beaucoup. C'est la raison pour laquelle on est un pays qui passe pour très révolutionnaire alors qu'en fait on n'est pas par nature plus révolutionnaire que les autres. C'est juste que les autres sont venus beaucoup plus souvent casser les choses et l'ordre existant chez nous. Et quand je dis les autres, je veux parler des Allemands parce que c'est toujours en 1871, vous avez une invasion allemande qui vient casser le régime de Napoléon III, juste au moment où on devenait véritablement une monarchie à l'anglaise. C'est-à-dire que c'est voté en début d'années 1870, fin d'année 1870, enfin 6 mois plus tard, Napoléon 3 est viré par l'invasion allemande. Donc à ce moment-là, vous avez la reprise d'un mouvement de révolution avec situation insurrectionnelle à Paris, la commune et ensuite avec une tentative de d'impérialisme revanchur dictature militaire avec le général boulanger à la fin des années 1880. Même chose en 1940. La démocratie parlementaire bien installée désormais française, ça faisait 70 ans qu'elle était là, détruite par l'invasion allemande et par l'occupation. Et à ce moment-là, à la libération, une fois la la le pouvoir de Vichi chassé et l'occupant allemand, vous avez pareil la reprise d'une révolution nationale avec une en 1946 les des communistes qui sont extrêmement puissants, qui ont été à peu près à ça d'imposer leur vision d'une nouvelle constitution avec un régime monocaméral finalement qui perdent les élections. Vous avez ensuite une période démocratique un peu agitée sous la 4e République et vous avez le retour d'une figure autoritaire qui est le général de Gaulle  dans les années 60. Et donc c'est là que les choses importantes se passent, c'est que le général de Gaulle en France normalement à la fin de son règne, il aurait dû y avoir un effondrement du ce régime qui était un régime donc issu d'impérialisme revenchard. C'est que le régime de la 5e République, la Constitution de la Ve République est une constitution de régime plébiscitaire. Alors pas dans la plupart de son texte, mais dans une disposition en particulier qui est l'élection du président de la République au suffrage universel direct face à une assemblée qui n'est pas élue à la proportionnelle. Résultat, ça donne un pouvoir énorme au président de la République qui a tendance à concentrer l'ensemble des pouvoirs puisque comme je l'ai déjà expliqué en main entreprise, l'important c'est pas juste les organes institutionnels que vous avez, c'est pas juste d'avoir deux assemblées, une chambre haute, une chambre basse et cetera. L'important c'est la façon s'ils sont branchés entre eux. Et le fait est que en gros tous les branchements dans la phase à cause de du de la de la puissance qu'a pris le président de la République descendent vers lui. C'est lui qui a tendance à concentrer tout le pouvoir. Le régime aurait pu évoluer vers une démocratie parlementaire des années 70 mais il a été d'une certaine manière refondé encore plus dans cette tradition présidentielle par François Mitterrand. François Mitteran qui a pris l'habitude, C'est lui qui a instauré un petit peu son habitude, de dissoudre juste après chacune de ces élections. Alors que jusque-là la dissolution, c'était pour résoudre une crise, c'était pas pour que le président ait une majorité. Donc en fait c'est plutôt François Mitterrand qui a fait de la fonction présidentielle le chef véritable du gouvernement plus encore que les précédents. Et ça veut dire quoi ? Ça veut dire que c'est instauré, c'est mis en place une espèce de nouvel ancien régime. Nouvel ancien régime, c'est-à-dire dans lequel le pouvoir systématiquement appartient essentiellement à un individu qui est autocratique. C'est lui qui décide absolument tout et quand c'est pas lui qui a tous les leviers parce qu'il est en cohabitation, il il a suffisamment de moyens pour empêcher d'agir ceux qui sont au pouvoir, qui tiennent le gouvernement et le parlement. qui est élu donc d'abord tous les 7 ans puis tous les 5 ans mais qui en fait a véritablement des pouvoirs et un ascendant dictatoriaux en particulier grâce à cette capacité de dissolution qui fait que j'arrive si j'ai pas une majorité je dissous pour avoir ma majorité à moi et pour être le vrai chef de gouvernement c'est-à-dire cette habitude que tous les pouvoirs soient concentrés et ça a eu des tas d'effets sur la société en profondeur qui a été de construire tout un appareil tout un écosystème économico-politique qui remonte au président de la République via toute la caste de l'énarchie via la mise en place par François Mitteran certain mode d'instance notamment une espèce de développement d'un nouveau d'un nouveau clerger à la à la botte du régime avec la mise l'embrigadement si vous voulez de la culture à travers tout un tas d'instances qui ont été créées à son époque et qui ont véritablement fait de la République française quelque chose de bien plus profond et bien plus important que les régimes voisins. C'est-à-dire qu'on parle sans arrêt, j'ai reparlé dernièrement des valeurs de la République en France, en fait (en réalité) les valeurs de la République en France ne sont pas très différentes des valeurs du reste de l'Occident. Mais en France, il y a cette espèce d'idée très idéologique autour de la République et que on est revenu vraiment un système d'ancien régime où vous avez aussi toute une idéologie officielle et vous avez même d'une certaine manière la réédition du système des candidatures officielles qu'il y avait sous le second empire avec toute l'idée du barrage républicain. C'est un petit peu la même chose, c'est-à-dire que vous avez très peu de chance d'être élu, vous êtes beaucoup moins aidé par les médias et cetera. Si votre candidature n'est pas tamponnée par le régime (via le barrage républicain) bah c'est beaucoup plus difficile de gagner l'élection. 

» [16:30] On vient de le voir. pour bien synthétiser, la France est à la veille d'une nouvelle révolution parce que structurellement on a eu comme dans les la France a subi un cas dans lequel son régime parlementaire installé a été détruit par une intervention militaire étrangère et derrière le mouvement de révolution qui a suivi sous de Gold ne s'est pas terminé notamment en raison du fait que De Gaulle était pas un type extrêmement violent. Donc il a pas il a pas tenté de conquérir les voisins et cetera. Cela s'est terminé par cette espèce d'accident dans l'histoire qui a fait que le régime mis en place par l'impérialiste revanchard a perduré de la même manière que celui de Staline a survécu à Stalin et le un régime d'impérialiste revanchard qui lui survit redevient un ancien régime tout simplement. Et en plus, il y a plein d'autres choses avec de Gaulle qui joue à Cela. C'est-à-dire le fait que tout son régime a été légitimé là aussi par une espèce de truc patriotique avec l'idée que c'était lui qui avait sauvé la France et cetera. Donc c'est ça qui a fait qu'on a retrouvé le même effet qu'on a pu trouver, je vous disais en Iran, en Russie et cetera. Et donc tout ça est ce qui me fait dire depuis 2020, parce que (c'est la première fois que j'expliqué tout ça, c'était dans un article que j'avais publié sur mon blog en 2020 en plein confinement) j'avais que ça à faire. Du coup, j'avais réfléchi, c'est l'avantage parfois de la contrainte. Et bien tout ça nous amène historionomiquement dans un schéma où je peux analyser le régime français et c'est ce que je fais depuis plusieurs années maintenant comme un régime qui est dans une situation de qui est un ancien régime vieillissant puisqu'on est une soixantaine d'années après le début de la création. Normalement on aurait pu penser que la révolution arriverait un peu plus tôt mais bon c'est un cas un peu particulier. on reste dans l'ordre de grandeur et on est un régime clairement qui n'a cessé d'évoluer dans un sens autocratique. D'ailleurs, la plupart des régimes, il faut savoir la plupart de ces anciens régimes, c'est-à-dire en gros les le demi-siècle qui précède la Révolution nationale, c'est toujours marqué par à la fondation, c'est quelque chose de très autoritaire, au milieu, ça a tendance à devenir un petit peu plus libéral et à la fin, ça redevient autoritaire juste avant le le que ça pète. Ce qu'on voit partout, hein, ce qu'on voit par exemple l'empire allemand hein 1870, c'est très autoritaire, c'est Bismarck. Une fois que Bismark devient relativement libéral pendant une vingtaine d'années et à la toute fin naturellement à la veille et pendant la Première Guerre mondiale, ça redevient pratiquement dictatorial et ensuite ça saute à la fin de la guerre. Qu'est-ce qu'on peut prendre d'autre comme exemple ? La monarchie française sous Louis XIV, naturellement c'est très très autoritaire. Sous Louis XV, cela devient un petit peu plus lâche [19:16], c'est l'époque des Lumières, c'est voilà, il il y a une certaine liberté qui s'installe. sous Louis XVI, alors c'est pas que Louis XVI était très autoritaire, mais il y a une une refermeture de la caste dirigeante c'est-à-dire des aristocrates de la noblesse en particulier. Et on voit également le même phénomène. Dernier exemple en URSS, hein, en URSS, vous avez bien sûr au début avec Staline, il n'y a pas besoin de souligner à quel point c'est dur. Ça s'apaise, ça s'adoucit un petit peu sous Koutchev et ensuite ça redevient relativement dur sous Brejnev et ensuite dans les années dans les années 80, même si ça retrouve pas le niveau de Staline, mais cela fait que comme vous avez une société qui s'est habituée à être un peu plus libre, un petit peu plus démocratique, forcément le retour d'autorité est difficile à admettre. Et en ce qui concerne la France, ben c'est également très clair. Vous avez le régime de De Gaulle qui est effectivement très ... c'est la France du général de Gaulle. Je vous renvoie à OSS 117, c'est très clair. Ensuite, vous avez pour le coup malgré tout un apaisement, une certaine démocratie parce que vous avez les périodes entre Mitterrand et Chirac, ce sont les périodes des grandes cohabitations et donc dans les grandes cohabitations naturellement, il y a plus d'espace de liberté. Le régime est plus parlementaire par nécessité. Même sous Hollande d'une certaine manière. Hollande avec sa présidence normale en fait c'était ça Hollande des très 3e République. Donc il y avait un côté on laisse à nouveau gouverner le parlement, même s'il y avait toujours une majorité absolue et ensuite foule présidentialisme depuis le début du règne d'Emmanuel Macron. ce qui laissait annoncer que le régime allait finir par se casser la figure. D'autant plus que la ruine financière, elle aussi approchait à grand pas. Et désormais on a la ruine financière, on a la délégitimation du régime, on a tout et donc c'est logique, nous arrivons vers des temps révolutionnaires. Voyez, c'est pour cela que je le répète depuis quelques années. J'explique, je ne peux pas dire exactement par où ça va se passer. Ce que je sais c'est qu'à un moment la Constitution de la Ve République va être remise en cause et qu'à partir de là donc ça va casser et ça va commencer à partir dans tous les sens parce que précisément le premier élément du processus révolutionnaire c'est la fin de la légitimité et de de l'automaticité des règles du régime qui est en train de tomber.  » 6 de 4:12 à 21:34 7 de 8:57 à 26:19

« Vous commencez à avoir des sissions qui s'installent à l'intérieur du pouvoir même les loyautés deviennent fluctuante. Si vous êtes la police, si vous êtes l'armée et que vous avez deux autorités exécutives par exemple qui sont en concurrence, et ben vous pouvez choisir à qui va votre loyauté sans avoir l'impression de trahir vos obligations professionnelles puisque vous vous dites "Mais je trahis ou je ne trahis pas ? Je prends pas le parti des manifestants contre le pouvoir ou je prends le parti de ce pouvoir-là qui me dit que l'autre pouvoir n'est plus légitime." Voilà donc c'est comme ça que le processus révolutionnaire s'engage et clairement on envoie de plus en plus les signes. Vous les voyez, je les vois, tout le monde les voit et tout le monde les voit de plus en plus puisque on voit se multiplier les articles de presse indiquant que est-ce que c'est la fin de la 5e, la fin de la 5e approche à grand pas et cetera. Donc déjà les intellectuels le sentent. D'ailleurs, c'est intéressant parce que il y a quelques années, donc il y a 4 ans, quand j'avais écrit cela, quand j'avais commencé à expliquer ça, quand j'avais commencé à dire "Le régime va tomber pour telle et telle raison, il y avait une chose qui m'alertait un peu. Ce qui m'intriguait, c'est que normalement à la veille de de la chute, il y a beaucoup de gens qui écrivent sur les problèmes de constitution, sur le pouvoir, sur pourquoi ce n'est pas normal, que les pouvoirs devraient être distribués notre, que le parlement devrait avoir plus de rôles et cetera. Tout ça, c'est le genre de choses qui se disent normalement à la veille d'une révolution. C'est-à-dire que c'est le logiciel qui a changé d'ores et déjà et parce que le logiciel a changé, le système ensuite tombe. Et là, ce n'était pas le cas. Alors, cela m'interrogeait beaucoup. On en parlait pratiquement pas encore il y a 2 ans, chose qui m'avait énervé. D'ailleurs, vous retrouverez les les vidéos que j'ai faites à l'époque où je parlais de la monarchie républicaine absolue. Monarchie républicaine, l'expression est pas de moi, elle est de du Verger, le Maurice Duverger, le constitutionnaliste (10). Mais moi, j'insiste en disant absolu pour faire le parallèle. C'est aussi pour cette raison que j'avais écrit ce petit bouquin qui s'appelait Le président absolu, parce que je me disais que ce n'est pas normal que personne n'en parle. Bon, en fait, j'avais juste un petit peu d'avance puisque maintenant que la situation suit son corps normal, évolue organiquement vers la révolution, eh bien, de plus en plus de gens en parlent. Et on a même appris par un sondage qui est sorti cette semaine [une semaine avant le 13  juillet 2024] qui était un sondage Ipsos, je crois que 63 % de la population française est pour un changement de constitution. » 6 de ... à 24:10 7 de ... à 28:55

« Vous avez donc tous ces papiers dans lesquels les gens disent que la constitution semble arriver au bout et vous avez et vous avez une pratique institutionnelle qui devient de plus en plus hasardeuse de moins en moins dans les clous comme je disais. C'estàdire, j'expliquais, j'explique depuis le coup de force de Ciotti en fait que de mais c'est quelque part c'est Emmanuel Macron qui a fait ça avec sa dissolution surprise que de plus en plus les gens allaient agir en dehors des clous et que quand plus personne n'est d'accord sur la l'interprétation de la règle constitutionnelle et ça on l'a vu aussi avec les débats sur le chef de l'État comme chef des armées à titre honorifique et cetera. Et bien à partir du moment où plus personne n'est d'accord sur le texte de la constitution, il n'y a plus de constitution. Parce que une constitution, en réalité, c'est avant tout une pratique du pouvoir et le fait que tout le monde a des habitudes de bienséance, une espèce d'automatisme sur ce qui se fait et ce qui ne se fait pas politiquement. C'est pour ça que la transition de la monarchie vers le régime parlementaire, ça prend des décennies parce qu'il faut mettre en place de nouvelles mécaniques justement, de nouveaux de nouveaux lieux communs, finalement, de nouveaux automatismes qui font que les choses ne font pas scandale et qu'elles se font naturellement. Le problème de la Ve République, c'est qu'elle a étiolé la culture parlementaire que nous avions mis en place depuis des années et elle l'a remplacé par une culture autoritaire. Et maintenant que cette culture autoritaire est en train de s'évaporer, il y a rien pour la remplacer. Et donc, il faut recréer une culture parlementaire. Et naturellement, ça fait des heures parce que ça fait des gens qui lisent la Constitution avec une interprétation parlementaire pendant que d'autres la lisent avec une interprétation autoritaire. Et naturellement, ces gens-là ne peuvent pas être d'accord sur l'interprétation que cela donne et ça fait queen fait il y a plus de constitution. Je le rappelle, il vaut mieux une absence de constitution avec tout le monde qui est d'accord sur ce qu'il faut faire, ce qui se fait en Angleterre depuis 300 ans. Il y a pas de constitution en Angleterre, mais tout le monde est d'accord sur ce qu'on fait, sur ce qui se fait, ce qui est habituel de faire. La coutume est extrêmement forte. Si vous avez une constitution, vous avez plein de pays hein, plein de pays partout en Afrique, en Amérique du Sud notamment où il y a une constitution et où ça n'a jamais rien garanti parce que l'important, c'est la culture démocratique.  » 6 de 25:40 à ... 7 de 30:25 à ...

Ce propos est étrange pour une personne qui se dit anti-étatiste, libertarien, anarcho-capitaliste. On notera qu'il emploie le terme malheureux de révolutuon nationale pour parler de sa révolution conservatrice quant aux valeurs et démocratiques quant aux institutions. Il est bien dommage qu'une Montagne mette 20 ans à se constituer pour dépasser le clivage gauche-droite temps qu'il faudra à notre empire byzantin pour détourner l'immigration vers l'Asie selon lui. Lui qui croit à la chute de l'Empire européen alors même qu'il ne possède aucune défense propre.

Rappelons que les critères habituels pour Ph. Fabry d'entrée en révolution sont : 
- le stade d'avancement global de la société (le seuil atteint d'être dans un régime parlementaire),
- le discrédit du régime,
- la rune financière.

7. Son anti-étatisme libertarien, son anarcho-capitalisme paradoxal.

« L’unité nationale, c’est comme tout : cela marche mieux quand l’État ne vient pas y mettre ses gros doigts à la fois boudinés (par les bonnes intentions) et crochus (par les motifs inavouables). [...] C’est ainsi : l’État sabote tout. Quand il veut créer la richesse, il appauvrit. Quand il cherche à organiser l’unité, il divise. Des cafouillages, des polémiques et de la division, des leçons de « valeurs républicaines », des anathèmes, des mesquineries. » 8. On est à l'opposé du Gaullisme pour qui sans état rien ne fonctionne en France.

HISTORIONOMIE / Les inepties de Philippe Fabry
III. Ses inepties

Nous sommes obligés de relever un certain nombre d'inepties

1. Sur la Turquie de 1918-1923.

Philippe Fabry dit des inexactitudes. Cela ne remet pas en cause l'édifice général de son analyse historionoùique.

2. Sur l'impérialisme revanchard de Charles De Gaulle.

La politique économique de Charles de Gaulle est un colbertisme comme l'applique la Chine de Deng Xao Ping et de Xi Jiping et qui par ailleurs n'est pas un bonapartisme, lequel serait ni de droite ni de gauche. Il fait parti d'un des 4 nationalismes mais n'est pas le plus poussé bien que d'inspiration maurrassienne comme son maître de jeunesse Pétain dont il écrivait les discours.

3. L'influence de jacques Attali ?

Il y a en fait beaucoup d'inepties qu'il nous faudrait relever et compulser ici. On peut se demander s'il n'a pas été influencé par Jacques Attali et son sa Brève histoire de l'avenir, sorti en octobre 2006, quant à la constititution de lois historionomiques. Comme Attali ne parle pas ouvertment de Fernand Braudel, on peut comprendre que Philippe Fabry ait saisi la démarche de faire mentir les lois de l'histoire sans en connaître la source ou la référence.

IV. Ses points forts.

1. Son machinisme politique, un point totalement gauchiste.

Il semble avoir repris les théories gauchistes des Political Machines comme lui-même les nomme, sans le savoir, pour expliquer la nécessaire croissance des villes et leur propension à absorber les population tout en abaissant leur fécondité. Il ne le sait pas mais ce n'est pas un mécanisme.

2. Sur le sinistrisme d'Albert Thibaudet

Voir ici. « ... Et ce qu'on explique, en fait, c'est que tout ça ce sont des tendances qui existent en permanence : c'est que ce qu'on appelle les sensibilités politiques. Par dessus cela viennent les idées politiques qui ne sont pas la même chose puisqu'en fait les idées politiques ne sont pas de droite ou de gauche. Les idées politiques apparaissent à gauche et elles dérivent lentement de la gauche vers la droite au fur et à mesure qu'elles sont intégrées par les réformateurs dans l'ordre établi. Une fois qu'elles sont intégrées dans l'ordre établi elles deviennent défendues par les conservateurs mais toujours critiqués par les réactionnaires et les réactionnaires se mettent à les défendre à leur tour quand elles commencent à être menacées. Un bon exemple est la laïcité qui était d'abord une revendication d'extrême gauche contre la religion installée, pour lutter contre le pouvoir de l'église, et qui est devenue aujourd'hui une laïcité de défense contre l'arrivée d'une nouvelle religion qui, elle, est est en pleine expansion. Donc, ça aussi, c'est un point important : la mentalité n'est pas la même sur la totalité du clivage. Au fur et à mesure qu'une idée se déplace dessus sa coloration change. Aussi le nationalisme quand il est de gauche c'est une sorte de nationalisme messianiste il y a l'idée qu'il faut porter un message à l'extérieur, c'est très expansionniste. Le nationalisme de droite optent souvent national de repli précisément et de repli est rarement expansionniste au contraire ce qu'il veut c'est d'abord protéger un ensemble qu'il estime menacé ... Le fait que les idées aillent de la gauche vers la droite était déjà mentionné par Albert Thibaudet dans son bouquin Les idées politiques en France » Parfois cela aide les archives.

3. Problème du désir d'enfant et du taux de fécondité

c'est le problème du désir d'enfant et de la volonté de les faire et de s'y consacrer en particulier parce que quand vous êtes dans une des sociétés qui ont développé une forme extrême d'histoire de vie longue le fait d'avoir un enfant vous savez que c'est quelque chose d'extrêmement engageant qui va vous coûter très cher pendant très longtemps et vous demandez beaucoup d'énergie alors que malgré tout, il faut bien se rendre compte de ça aussi dans l'histoire de vie courte si vous faites beaucoup d'enfants et sans trop difficulté c'est parce que vous savez que vous vous en occuperez pas ou que vous vous en occuperez à moitié vous les laisserez vivre enfin c'est c'est une une culturellement c'est une vision de l'enfant et de la parentalité qui est totalement différente et donc naturellement quelque chose qui vous engage à rien ou à pas grand-chose vous le faites beaucoup plus facilement que quelque chose qu'il faut planifier sur le très long terme en vous disant que vous en avez pour 25 ans 9 de 1:12:35 à 1:13:30

Certains diront qu'on butte sur les exigences du patriarcat, qui sont aussi les exigences de l'espèce. Alors que Philippe Fabry part de la phrase de Jean Bodin la richesse c'est les hommes qu'il tourne maladroitement en une théorie des ressources humaines, avec la dimension extractiviste de l'état civil apparue peu après c'est de l'état royal qui se substitue au double corps du roy.

4. Autres points à venir

Il y a d'autres points intéressants et nous espérons mettre à jour cet article.

 

HISTORIONOMIE / Les inepties de Philippe Fabry
V. Ses livres

Au centre du dispositif intellectuel de Philippe Fabry se trouve la notion d’« historionomie », élaborée d’abord dans Histoire du siècle à venir, puis réélaborée sous une forme plus systématique dans La Structure de l’Histoire. L’historionomie se présente comme une science des formes spéculatives historiques, visant à dégager des « lois de l’Histoire » par comparaison rigoureuse des trajectoires de plusieurs civilisations sur la longue durée, elle s'appuie sur les travaux de Polybe sur l'anacyclose, d'Albert Thibaudet sur le clivage politique et le sinistrisme, sur les cycles Kondratieff, sur les travaux Pierre Duverger et de Fernand Baudrel. Elle reprend Oscar Spengler et Alexandre Toynbee dans leurs volonté de tirer des lois de l'histoire sans y parvenir selon Philippe Fabry. . Dans Histoire du siècle à venir, Philippe Fabry propose un premier ensemble de cycles : un cycle A où la civilisation grecque antique sert de matrice à la civilisation européenne moderne, un cycle B où Rome est mise en parallèle avec les États‑Unis, un cycle C qui met en regard judaïsme antique et monde arabo‑musulman, et un cycle D qui associe empires assyro‑perses antiques et puissances turques médiévales et modernes. Chaque cycle dure environ quatorze siècles, ponctué de séquences récurrentes : phase de fondation, apogée hégémonique, crise idéologique et religieuse, puis déclin impérial. L’ouvrage ne se contente pas de juxtaposer des analogies : Philippe Fabry insiste sur la nécessité de « points de contrôle » multiples dans le temps, que ce soit pour les guerres médiques et les guerres mondiales, le principat d’Auguste et la suprématie américaine d’après 1945, ou encore les guerres de religion antiques et les conflits contemporains liés à l’islamisme, de manière à affirmer que l’on a bien affaire à des structures et non à des coïncidences. Sur cette base, Histoire du siècle à venir se risque à des anticipations : poursuite de la suprématie américaine jusqu’à une phase impériale explicite, reflux programmé de l’islamisme radical à la manière du messianisme juif écrasé par Rome, montée d’une Chine appelée à jouer dans un troisième âge cyclique un rôle analogue à celui de l’Europe pour la Grèce. La difficulté théorique centrale tient au degré de déterminisme revendiqué : Philippe Fabry soutient que la trajectoire globale est nécessaire, alors que les événements particuliers restent contingents et probabilistes. Ce balancement entre déterminisme structurel et aléa des conjonctures constitue le cœur du problème épistémologique de l’historionomie : jusqu’où peut‑on parler de lois historiques sans verser dans un fatalisme qui annulerait la liberté humaine ?

La Structure de l'Histoire : Déterminisme historique et liberté individuelle (préf. Jean-Louis Harouel), Jean-Cyrille Godefroy, , 256 p. (ISBN 978-2865533046) ; rééd. Scripta Manent, 2021

La Structure de l’Histoire radicalise et affine cette ambition en la ramenant à l’échelle, non plus des grandes civilisations seulement, mais des États‑nations. À partir d’une vaste comparaison portant sur l’Angleterre, la France, l’Allemagne, l’Espagne, la Russie, la Turquie, la Suède, le Danemark, l’Iran, mais aussi Florence, la Bohême médiévale, ou Athènes, Philippe Fabry soutient que tout grand État‑nation suit une trajectoire semblable d’environ six siècles : d’un espace féodal fragmenté, vivant surtout d’une économie de subsistance, il passe à un État territorial unifié, monarchique et autoritaire, puis, au terme d’un cycle révolutionnaire d’une quarantaine d’années, à une démocratie parlementaire stabilisée. Ce schéma lui permet d’avancer plusieurs « lois de l’Histoire » : constance approximative de la durée des grandes phases, caractère banal et non exceptionnel des révolutions politiques (la Révolution française devient la simple occurrence française d’un phénomène universel de passage à la représentation parlementaire), caractère transitoire des régimes autoritaires réputés « naturels » à certaines nations (la Russie n’aurait qu’un retard d’étape sur l’Europe occidentale) et, surtout, articulation entre déterminisme et liberté. Dans un passage central, Philippe Fabry insiste sur le fait que mesurer la part du nécessaire et de l’aléatoire dans l’Histoire est ce qui autorise une prédiction raisonnable : en isolant un canevas robuste (le cycle de six siècles) et en le distinguant des accidents idéologiques ou personnels, l’historien se donnerait des capacités prédictives proches de celles des sciences dites « exactes ». La thèse prête naturellement le flanc à la critique : d’une part, elle tend à rabattre des phénomènes profondément différents sur une même matrice étatique, au risque d’écraser les spécificités religieuses, sociales ou culturelles ; d’autre part, elle suppose que l’État‑nation constitue une forme presque naturelle et universelle, là où beaucoup y voient une construction européenne datée. Reste que la formulation explicite de ces lois, jointe plus tard à la diffusion anglophone sous le titre How Nations Arise, montre bien que Philippe Fabry ne se conçoit plus seulement comme essayiste, mais comme fondateur de paradigme.Structure de l’Histoire rassemble et explicite de manière théorique les intuitions éparses des ouvrages précédents. Il affronte de front une question philosophique classique : dans quelle mesure l’histoire obéit‑elle à des déterminismes ? Et quelle place demeure‑t‑il, au sein de ces contraintes, pour l’initiative individuelle ? L’historionomie y est définie comme la recherche de structures stables : cycles d’ascension et de déclin, corrélations entre régimes de propriété et formes de gouvernement, articulation entre cycles économiques longs, innovations technologiques et transformations politiques. L’auteur cherche à dégager des lois de type conditionnel : dans telles configurations de ressources, de croyances collectives, de formes familiales, telles issues deviennent probables. Il reprend ici des interrogations qui traversent l’historiographie moderne : l’idée de longue durée chère à Fernand Braudel, les cycles de Kondratiev en économie, les approches civilisatrices d’Arnold Toynbee. Pour autant, l’ouvrage refuse de réduire l’histoire à une mécanique impersonnelle : l’action de grands individus, de minorités organisées, de chefs charismatiques pèse sur la trajectoire, tout en restant enchâssée dans un champ de possibles limité par la structure. Le problème de la liberté est alors reformulé : être libre, ce n’est pas s’arracher à toute contrainte, c’est discerner lucidement les lignes de force du temps où l’on vit, pour y inscrire une action qui infléchisse les courbes sans prétendre les abolir. L’ouvrage fournit des concepts centraux : structure historique, cycle civilisateur, césarisme, empire, décomposition démocratique, qu’on retrouve ensuite dans les livres plus directement tournés vers l’actualité.

Histoire du siècle à venir : Où va le monde selon les cycles de civilisation ?, Jean-Cyrille Godefroy, , 278 p. (ISBN 978-2865532704) ; rééd. Scripta Manent, 2022

Histoire du siècle à venir est une cartographie prévisionnelle des transformations géopolitiques selon une grille de lecture cyclique qui postule que les civilisations traversent des phases comparables de développement, d'apogée et de déclin. Philippe Fabry y développe l'hypothèse que l'histoire occidentale depuis la Renaissance répète à grande échelle le cycle de la civilisation gréco-romaine, et que nous nous situons actuellement dans une période comparable aux derniers siècles de la République romaine, annonçant l'avènement d'un nouvel empire universel succédant à l'ordre libéral multipolaire actuel. Les problèmes abordés concernent la prédictibilité des bouleversements politiques majeurs, la nature des tensions entre puissances montantes et puissances déclinantes, ainsi que les mécanismes par lesquels les systèmes démocratiques se transforment en régimes autoritaires lorsque les crises économiques et sociales dépassent la capacité des institutions républicaines à les résoudre. L'ouvrage formule une loi historionomique selon laquelle les cycles de civilisation suivent une durée approximative déterminée par la vitesse de circulation de l'information et des biens, si bien que la compression temporelle induite par les technologies modernes accélère considérablement les phases historiques qui nécessitaient plusieurs siècles dans l'Antiquité. La première partie expose les cycles A, B, C et D, la seconde s’efforce d’en déduire la forme du XXIᵉ siècle et de deux millénaires à venir. La question directrice est claire : où en est le couple Europe/États‑Unis dans le jeu des cycles A‑B, et que deviennent les mondes russe, musulman, chinois, dans un tel cadre ? Philippe Fabry notamment place l’Amérique dans une phase comparable au principat romain, marquée par une hégémonie indiscutée, une tendance à l’impérialisation du pouvoir et une contestation croissante de la part des périphéries. Il anticipe une confrontation dure avec la Chine, destinée selon son modèle à être vaincue et partiellement remodelée par l’emprise américaine, ce qui ferait de la Chine conquise la matrice du « nouvel Occident » du troisième âge cyclique. Il projette aussi l’évolution du monde musulman en s’appuyant sur l’analogie judaïsme antique / islam contemporain : à l’exaltation messianique actuelle répondrait, à terme, une séquence d’écrasement militaire puis de recomposition syncrétique, où un christianisme enrichi absorberait les autres traditions. La difficulté épistémologique saute aux yeux : dans quelle mesure un tel usage systématique de l’analogie n’introduit‑il pas un biais téléologique conduisant à « forcer » le présent pour l’ajuster à des séquences déjà connues ? L’ouvrage assume cette tension, puisqu’il consacre plusieurs sections à la discussion de la « nature profonde des cycles » et au rapport entre lois de l’Histoire, déterminisme et liberté individuelle ; la prétention à la prévision demeure toutefois hérissée d’obstacles, ce qui en fait l’un des points les plus discutables et les plus stimulants de la démarche.

Rome, du libéralisme au socialisme : Leçon antique pour notre temps, Jean-Cyrille Godefroy, , 159 p. (ISBN 978-2865532490) ; rééd. Scripta Manent, 2022

Rome, du libéralisme au socialisme, premier essai publié, ouvre en réalité la séquence en posant d’emblée une articulation entre cycles historiques et philosophie politique. Philippe Fabry y soutient que la grandeur de Rome républicaine repose sur une « mentalité libérale » : respect étendu de la propriété, autonomie des acteurs économiques, faiblesse des prélèvements fiscaux, rôle prédominant des citoyens propriétaires dans la défense de la cité. Au fil des siècles, selon lui, s’installe une « mentalité socialiste » impériale : extension des distributions gratuites, étatisation croissante de pans entiers de l’économie, monétisation dévaluée, clientèles urbaines entretenues par l’impôt prélevé sur les provinces. Cette mutation serait le véritable moteur de la décadence romaine, plus encore que les invasions ou la corruption morale traditionnelle des récits classiques.(fr.fnac.ch) L’ouvrage se conclut sur un parallèle explicite entre Rome et les États‑Unis du XXIᵉ siècle : dans la mesure où la puissance américaine aurait été bâtie sur l’esprit d’entreprise et la modération fiscale, toute dérive vers un État‑providence jugé excessif annoncerait une phase de déclin comparable. La problématique est double : d’une part, l’ouvrage propose une généalogie idéologique de la chute de Rome qui rompt avec les lectures strictement institutionnelles ou militaires ; d’autre part, il témoigne de l’orientation normative de toute l’œuvre ultérieure, très favorable au libéralisme économique et opposée aux politiques redistributives. On peut discuter la légitimité d’un tel transcodage anachronique des institutions romaines en catégories contemporaines (libéralisme, socialisme), tout comme l’usage polémique assumé des analogies historiques dans le débat politique américain ; la force de la démonstration tient néanmoins à l’insistance sur les enchaînements économiques et fiscaux qui conditionnent à long terme la survie des puissances.se présente comme un laboratoire conceptuel où l’Antiquité sert de miroir aux conflits politiques modernes. L’ouvrage s’attaque à un problème majeur : comment les sociétés libres basculent‑elles, par degrés, vers des formes d’étatisme et de redistribution qui défont l’équilibre premier de la cité. L’auteur lit la Rome républicaine et impériale comme une trajectoire allant d’un ordre où la propriété des citoyens et les libertés politiques sont relativement protégées, vers un système où les clientèles, les distributions, l’extension des pouvoirs exceptionnels et le rôle croissant de l’armée ruinent progressivement l’édifice. L'apport conceptuel majeur réside dans l'identification d'une loi historique posant que toute république libérale connaît une phase d'expansion économique génératrice d'inégalités croissantes, laquelle provoque des demandes redistributives qui, une fois satisfaites par l'intervention étatique, aboutissent à la concentration du pouvoir entre les mains d'un homme providentiel incarnant la volonté populaire contre les élites traditionnelles. L’historionomie qui se dessine repose sur l’idée qu’une république, une fois l’expansion territoriale accomplie, affronte inévitablement la concentration de la richesse, le ressentiment social, puis la demande d’un arbitre suprême. Des lois historiques implicites apparaissent : plus l’Empire croît, plus le centre se militarise ; plus la plèbe urbaine dépend de l’annone, plus la liberté politique s’étiole ; plus les pouvoirs d’exception sont banalisés, plus le césarisme devient probable. Les concepts de libéralisme et de socialisme sont ici transposés à Rome comme deux pôles structurants : l’un valorisant la propriété, les corps intermédiaires et le droit, l’autre l’égalisation, les distributions, la puissance du prince. L’expérience romaine devient ainsi une matrice pour penser les démocraties contemporaines confrontées à l’endettement, à la demande infinie de protection sociale et à la tentation d’un chef sauveur. l'auteur établit un parallèle systématique entre la trajectoire de la République romaine et celle des démocraties libérales contemporaines, suggérant que la transformation progressive de Rome d'une société oligarchique et commerçante vers un système de redistribution massive préfigure l'évolution des États-providence modernes vers des formes toujours plus interventionnistes de gouvernement. La problématique de départ consiste à déterminer si les sociétés occidentales sont condamnées à reproduire le cycle romain conduisant de la république à l'empire autoritaire, et si les réformes agraires des Gracques, la concentration du pouvoir sous Marius et César, puis l'instauration du principat augustéen trouvent leurs équivalents contemporains dans l'extension des programmes sociaux, la personnalisation du pouvoir exécutif et l'érosion des libertés républicaines.

Atlas des guerres à venir, Jean-Cyrille Godefroy, , 128 p. (ISBN 978-2865532872) ; rééd. Scripta Manent, 2022

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HISTORIONOMIE / Les inepties de Philippe Fabry

L'État royal : Normes, justice et gouvernement dans l'œuvre de Pierre Rebuffi (1487-1557), Presses de l’Université Toulouse 1 Capitole, 2018, 557 p. (ISBN 978-2379280559) (thèse de doctorat)

L’État royal : Normes, justice et gouvernement dans l’œuvre de Pierre Rebuffi (1487‑1557) constitue une pièce maîtresse pour comprendre l’enracinement doctrinal de l’analyse politique de l’auteur. L’étude porte sur un grand juriste de la Renaissance, Pierre Rebuffi, auteur de commentaires savants sur la pratique du droit monarchique en France. Le problème central tient ici à la nature de la souveraineté et à la manière dont elle se traduit dans l’architecture juridique du royaume. L’ouvrage explore la tension entre la loi naturelle, le droit romain redécouvert, les coutumes médiévales, et l’affirmation graduelle d’un pouvoir royal qui se prétend gardien de l’ordre général. L’historionomie y prend la forme d’une archéologie de l’État moderne : comment passe‑t‑on d’un monde de pluralité normative, où coexistent privilèges, juridictions seigneuriales, franchises urbaines, à un État royal qui concentre le pouvoir de dire le droit, puis de le fabriquer. Les lois historiques mises en lumière portent sur l’alliance entre juristes et prince, sur le rôle central des cours souveraines, sur la façon dont la notion de bien commun sert à légitimer l’emprise croissante de l’État. L’analyse détaillée des catégories de Rebuffi – souveraineté, police, justice, ordre public – prépare les réflexions ultérieures de l’auteur sur la Ve République, le césarisme et les métamorphoses contemporaines du pouvoir exécutif. Cette oeuvre lui permet au passage d'égratigner le juriste romain Ulpien.

Philippe Fabry et Léo Portal, Islamogauchisme, populisme et nouveau clivage gauche-droite, VA éditions, , 200 p. (ISBN 978-2360931613) ; rééd. VA éditions, 2024, (ISBN 978-2360933235)

à venir

Le Président absolu : La Ve République contre la démocratie, Scripta Manent, 2022, 120 p. (ISBN 979-8801274591)

à venir

La Chute de l'Empire européen, Scripta Manent , 160 p. (ISBN 979-8360588856)

à venir

Les impérialistes revanchards : Poutine, Hitler, Bonaparte et les autres..., Scripta Manent, , 230 p. (ISBN 979-8390654675)

à venir

Des Empires et des Hommes, Scripta Manent, , 344 p. (ISBN 979-8335626613)

Des Empires et des Hommes, roman d’anticipation historique, constitue une sorte de laboratoire narratif pour l’historionomie. L’ouvrage propose une fresque qui court du XXIᵉ au XXXVIIIᵉ siècle, mêlant épisodes de conquêtes, recompositions impériales, conflits sociaux et débats idéologiques, dans un univers explicitement façonné par les lois historiques mises au jour dans les essais. Le livre transpose ainsi dans la fiction les cycles et sous‑cycles, les phases d’hégémonie, de crise et de refondation, en mettant en scène des personnages confrontés aux contraintes impersonnelles de l’Histoire : empereurs hésitant entre répression et réforme, révolutionnaires pris entre idéal et réalités géopolitiques, peuples oscillant entre résignation et soulèvement. La démarche pose une question épistémologique intéressante : à quel moment la projection romanesque cesse‑t‑elle d’éclairer la théorie pour devenir simple illustration didactique de thèses déjà formées ? Certains lecteurs y verront un prolongement vivant des modèles, d’autres y liront au contraire un risque de circularité, la fiction ne faisant que confirmer ce que l’auteur attendait d’elle. D’un point de vue historionomique, l’intérêt du roman demeure de rendre sensibles, par l’imagination, les inerties de long terme auxquelles les individus sont confrontés, tout en montrant la part d’imprévu que conservent les trajectoires individuelles au sein d’un monde régi par des régularités. Philippe Fabry identifie les constantes structurelles des formations impériales à travers l'histoire : l'empire romain, l'empire chinois, l'empire ottoman, l'empire britannique, l'empire américain partagent des caractéristiques communes malgré leurs différences culturelles et chronologiques. Tous émergent après une période de guerres qui éliminent les concurrents, tous prétendent incarner une mission civilisatrice universelle, tous développent un droit impérial qui transcende les particularismes locaux, tous créent des infrastructures de communication et de transport qui unifient leur espace, tous connaissent une phase d'expansion conquérante suivie d'une phase de consolidation défensive, tous affrontent le problème de l'intégration des barbares qui finit par transformer leur nature, tous déclinent lorsque les coûts de maintien du système excèdent les ressources disponibles. Philippe Fabry réfute la vision négative de l'empire comme pure domination oppressive, il souligne les bénéfices de la paix impériale qui permet le développement économique et culturel, la sécurité juridique, la circulation des biens et des personnes. L'empire résout provisoirement le problème politique fondamental de l'humanité : comment organiser la coexistence pacifique de groupes humains naturellement rivaux ? Pour autant, cette solution demeure instable car elle repose sur un différentiel de puissance entre le centre et les périphéries qui tend à s'éroder avec le temps. L'auteur analyse les mécanismes de la décadence impériale : la dilution de l'identité du peuple fondateur par l'intégration massive de populations allogènes, la bureaucratisation croissante qui sclérose l'administration, la fiscalité confiscatoire nécessaire au maintien de l'appareil de pouvoir, la démonétisation de l'ethos guerrier au profit d'un hédonisme consumériste, le recours aux mercenaires qui dépossède le peuple de la fonction militaire, les guerres civiles entre prétendants au pouvoir suprême qui épuisent les ressources. Philippe Fabry soutient que l'Occident contemporain se trouve dans une phase analogue à celle de l'empire romain du IIIe siècle, moment de crise multiforme où l'édifice impérial vacille sans s'effondrer encore. Il envisage deux scénarios possibles : soit une restauration autoritaire comparable à celle de Dioclétien et Constantin qui prolonge l'existence du système au prix d'une transformation radicale de sa nature, soit une désintégration progressive comparable à celle du Ve siècle qui voit l'empire se fragmenter en royaumes barbares. L'ouvrage développe une réflexion sur le rapport entre empire et liberté : l'empire garantit la paix et la prospérité au prix de la soumission politique, il offre la sécurité en échange de l'obéissance, il propose l'ordre contre l'autonomie. Philippe Fabry analyse les différentes modalités de l'impérialisme : l'empire territorial qui annexe directement, l'empire hégémonique qui contrôle des États vassaux formellement indépendants, l'empire informel qui domine par l'influence économique et culturelle. Il montre que les empires modernes recourent moins à la conquête militaire directe qu'à des formes subtiles de contrôle : dépendance financière, intégration dans des institutions internationales dominées par la puissance impériale, conditionnalité de l'aide, soft power culturel. L'auteur consacre des développements substantiels à l'empire américain, formation originale qui nie sa propre nature impériale tout en exerçant une hégémonie mondiale. Les États-Unis ont construit après 1945 un système impérial fondé sur des alliances militaires, des institutions économiques internationales, la diffusion de leur modèle culturel, créant un ordre libéral qui servait leurs intérêts tout en bénéficiant aux autres participants. Pour autant, ce système entre en crise face à la montée de puissances révisionnistes, face à l'épuisement de la société américaine lassée de supporter les coûts de l'hégémonie, face à la contestation croissante de l'ordre libéral par des modèles autoritaires alternatifs. Philippe Fabry prédit une phase de transition hégémonique analogue à celle qui vit Rome succéder aux royaumes hellénistiques ou l'Angleterre succéder à la France napoléonienne, transition généralement belliqueuse car la puissance déclinante résiste à son déclassement tandis que la puissance montante teste les limites du système établi.

Hail Caesars ! : Du césarisme en Amérique, Scripta Manent, , 200 p. (ISBN 979-8308202936)

Hail Caesars ! se concentre sur le césarisme américain comme manifestation contemporaine de la dérive du pouvoir personnel dans les démocraties libérales. Philippe Fabry y analyse les présidences récentes des États-Unis comme une évolution vers des formes de pouvoir qui transgressent les limites constitutionnelles traditionnelles et personnalisent excessivement l'exercice de l'autorité. Le titre évoque l'acclamation impériale romaine, suggérant que l'Amérique suit la trajectoire de la République romaine vers l'empire. Philippe Fabry identifie plusieurs facteurs structurels de cette mutation : la concentration progressive des pouvoirs dans l'exécutif au détriment du Congrès, l'usage extensif des ordres exécutifs qui permettent au président de légiférer sans approbation parlementaire, la militarisation de la politique étrangère qui place le commandant en chef au-dessus de tout contrôle effectif, la personnalisation des campagnes électorales qui transforment le scrutin en plébiscite pour un homme plutôt qu'en choix entre programmes, la polarisation extrême qui détruit les consensus centristes et favorise les figures radicales. Philippe Fabry analyse la figure de Donald Trump comme prototype du César américain : homme extérieur à l'establishment politique, personnalité charismatique qui court-circuite les médiations institutionnelles, rhétorique populiste qui oppose le peuple aux élites corrompues, transgression systématique des normes non écrites qui régulent la vie politique, utilisation des réseaux sociaux pour communiquer directement avec les masses, remise en cause de la légitimité des institutions judiciaires et médiatiques qui le contrarient. Pour autant, Philippe Fabry souligne que Donald Trump constitue un symptôme plutôt qu'une cause, que le césarisme américain précède et dépasse ce personnage particulier. Les présidents précédents avaient déjà étendu considérablement les prérogatives de leur fonction : les guerres menées sans déclaration formelle du Congrès, la surveillance massive de la population sous prétexte sécuritaire, les programmes d'assassinats ciblés sans procédure judiciaire, l'usage politique des agences fédérales contre les adversaires. Philippe Fabry inscrit cette évolution dans le cycle romain : lorsque les institutions républicaines se paralysent en raison de la polarisation excessive, lorsque les problèmes s'accumulent sans que le système politique puisse les résoudre, lorsque la classe dirigeante traditionnelle perd sa légitimité, alors émergent des hommes forts qui promettent de restaurer l'ordre et la grandeur nationale. Ces figures césariennes n'abolissent pas formellement les institutions républicaines, elles les vident de leur substance en concentrant le pouvoir réel dans leurs mains. L'auteur analyse les mécanismes psychologiques qui rendent le césarisme attrayant pour les masses : la simplification d'un monde devenu incompréhensible par son incarnation dans un chef, le sentiment de protection face aux menaces extérieures et intérieures, la satisfaction narcissique de s'identifier à un homme puissant, la promesse de solutions rapides à des problèmes complexes. Philippe Fabry examine les conditions structurelles qui favorisent l'émergence du césarisme : une crise économique ou militaire qui décrédibilise les élites dirigeantes, une immigration massive qui transforme la composition démographique et génère des tensions identitaires, une perte de confiance dans les institutions représentatives traditionnelles, une fragmentation médiatique qui détruit l'espace public commun, une judiciarisation excessive de la politique qui paralyse l'action gouvernementale. L'auteur souligne le paradoxe du césarisme démocratique : il se légitime par le suffrage universel tout en subvertissant les principes du gouvernement limité et de la séparation des pouvoirs. Le César moderne se présente comme le véritable représentant du peuple contre les institutions oligarchiques, comme le restaurateur de la souveraineté nationale contre les contraintes supranationales, comme le défenseur de l'identité collective contre le cosmopolitisme des élites. Philippe Fabry diagnostique un affaiblissement général des garde-fous constitutionnels qui limitaient traditionnellement le pouvoir présidentiel : le Congrès a renoncé à ses prérogatives notamment en matière de guerre et de budget, la Cour suprême valide généralement les extensions du pouvoir exécutif, les médias traditionnels ont perdu leur capacité de contrôle au profit d'une fragmentation partisan, les contre-pouvoirs sociaux se sont affaiblis avec le déclin des corps intermédiaires. L'auteur envisage la possibilité d'une crise constitutionnelle majeure où un président refuserait de reconnaître sa défaite électorale ou tenterait de se maintenir au pouvoir par la force, scénario qui transformerait définitivement la nature du régime. Pour autant, Philippe Fabry rappelle que le césarisme ne constitue pas nécessairement la fin de toute liberté, que l'empire romain connut des périodes de bon gouvernement sous des empereurs compétents, que la concentration du pouvoir peut permettre de résoudre des crises que la démocratie délibérative ne parvient pas à gérer. Il refuse le jugement moral simpliste pour privilégier l'analyse structurelle : le césarisme émerge lorsque les conditions objectives le rendent possible et désirable, il disparaît lorsque ces conditions changent, il constitue une phase du cycle politique plutôt qu'une aberration accidentelle.

Si l’on revient à l’ensemble du corpus, plusieurs problèmes structurants émergent, que l’on peut tenter de rassembler en une dernière synthèse. 1°) Le problème de la scientificité de l’historionomie : sur quelles bases empiriques peut‑on affirmer l’existence de cycles de 600 ou 1 400 ans, dotés d’un rythme interne constant ? Philippe Fabry avance ici une série de lois historiques : loi de trajectoire étatique (tout grand État‑nation suit un cheminement analogue de la féodalité à la démocratie parlementaire), loi de banalité des révolutions (tout État‑nation mûr connaît une phase révolutionnaire d’environ quarante ans qui achève sa construction), loi des cycles civilisationnels A‑B‑C‑D (les civilisations se succèdent en couples ou quadruples, avec des décalages de phase mais une structure partagée), loi d’effondrement impérial (les empires chutent lorsque s’additionnent crise financière et crise de légitimité), loi de transformation des clivages (les axes idéologiques dominants se recomposent selon des séquences récurrentes, le peuple/élites tendant à supplanter la gauche/droite à certaines phases), loi de césarisme (les républiques oligarchiques en crise tendent à produire un chef plébiscité qui s’appuie directement sur les masses contre l’establishment). 2°) Le problème de l’articulation entre ces lois et la liberté (si tant est que la liberté soit une valeur) : La Structure de l’Histoire insiste sur le fait que seule une part de la trajectoire est nécessaire, tandis que la contingence laisse ouvertes certaines bifurcations ; Pour autant, l’ensemble du dispositif dégage une forte impression de fatalité, qu’il s’agisse de La chute de l’Empire européen, du destin de la Ve République ou du devenir de l’hégémonie américaine. 3°) le problème du rapport entre science et normativité : de Rome, du libéralisme au socialisme à Les impérialistes revanchards, en passant par les essais politiques, l’ensemble véhicule une vision très critique des expériences socialistes et interventionnistes, et valorise les formes d’organisation politique libérales, parlementaires, pluralistes. La prétention à fonder des lois universelles de l’Histoire se trouve donc inséparable d’un projet normatif de réforme institutionnelle, assumé dans Le Président absolu et La Chute de l’Empire européen ; l’un des enjeux de la réception de Philippe Fabry réside dans la capacité à distinguer, ou non, la robustesse du diagnostic historique et la portée prescriptive de ces propositions. Enfin 4°) un dernier problème, plus discret mais important, touche à la mise en récit : le recours à la prospection (Histoire du siècle à venir, Atlas des guerres à venir), à la fiction (Des Empires et des Hommes) et désormais à l’écriture en langue anglaise (Hail Caesars !) témoigne d’un désir de peser sur la représentation que les contemporains se font de leur propre temps. Dans cette mesure, l’historionomie ne se situe pas seulement dans l’horizon d’une science de l’Histoire, elle entend devenir, pour les citoyens, une pédagogie des empires et des républiques, une école de lucidité qui voudrait armer les sociétés contre les dérives qu’elle diagnostique. L'ensemble de la production intellectuelle de Philippe Fabry depuis 2014 s'ordonne autour d'une ambition théorique centrale qui consiste à démontrer l'existence de lois cycliques gouvernant l'évolution des civilisations et à fonder ce qu'il nomme l'historionomie, discipline qu'il prétend scientifique et qui tend par ses catégories (modèles-schémas des cycles de civilisation et des trajectoires de construction nationale) à identifier des structures récurrentes dans le devenir historique permettant d'anticiper les transformations futures des sociétés humaines.

 

V. Sources

1. Podcast du 6 novembre 2022 de l'Entretien par Pierre Schweitzer du 24 sptembre 2022 pour la revue Contrepoint (de Jean-Baptiste Noé).
2. Institut polybe sur l'Étude historique association Histoire philippe fabry Tarbes
3. Philippe Fabry, article sur osn ancien blog, Socialisme, libéralisme, étiquettes et gilets jaunes, 24 novembre 2018.
4. Philippe Fabry, article sur son ancien blog, Prospective pour l'année 2019, 31 décembre 2018.
5. Qu'est-ce que le poutinisme ?, Revue libérale-conservatrice Contrepoint, 26 février 2015
6. Une nouvelle Révolution française va éclater selon les modèles historiques version plus courte de la vidéo suivante.
7. Pourquoi une nouvelle révolution arrive en France ?
8. L'unité nationale c'est mieux sans état, Contrepoint, 10 janvier 2015.
9. Effondrement démographique et prochain moyen-âge
10. Maurice Duverger, La Monarchie républicaine, ou comment les démocraties se donnent des rois, 1974. 

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