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La Garenne de philosophie

PEDAGOGIE / André D. Robert et la défense de la philosophie

Dans ma relation aux élèves, je les ai toujours assurés – et je m’y suis, je crois, tenu – que je ne réduirais jamais leur personnalité globale à leur personnalité scolaire, notamment à leurs résultats pouvant être faibles en philosophie, ce qui m’a valu ultérieurement, de la part de certains, des témoignages de reconnaissance. Rejoignant ainsi Jeannette Colombel, professeure de philosophie ayant marqué de son empreinte la khâgne du lycée Edouard Herriot de Lyon, que j’avais croisée un temps4, j’estimais aussi que l’action d’un professeur – qui plus est de philosophie – ne peut se limiter aux limites étroites de la salle de classe. C’est pourquoi j’ai animé pendant quelques années, dans le lycée de centre-ville, un ciné-club. De cette façon, alors que je ne théorisais pas cela dans le moment – je ne parle pas ici des études et analyses cinématographiques savantes, bien sûr déjà existantes – j’anticipais en quelque sorte les rapprochements systématisés par la suite entre cinéma et philosophie proprement dite, voire allant jusqu’à faire du cinéma une enclave de la philosophie, comme on en trouve aujourd’hui la configuration chez Stanley Cavell et Sandra Laugier notamment.

[...]

Concernant spécifiquement la philosophie, si j’avais à l’enseigner aujourd’hui, je chercherais beaucoup plus à concilier les questions générales du programme, référant à la philosophie et aux philosophes consacrés, avec des éclairages empruntant largement à l’actualité sociale, au cinéma, au théâtre (ma passion depuis mon jeune âge), à des secteurs les plus divers de la culture, quitte à m’affranchir de la pression de « finir le programme ». Ce n’est pas une nouveauté, c’est ce que faisait par exemple Jeannette Colombel déjà citée (elle a professé jusqu’aux années 1980), et c’est ce que font des professeurs de philosophie (et d’autres, selon les spécificités propres à leur discipline). Je plaiderais pour une révision des programmes intégrant systématiquement les pensées autres qu’occidentales5, des conceptions autres que purement conceptuelles, ainsi que celles – propres à la post-modernité – incluant des formes non conventionnelles de pensée, qui expriment un besoin de philosophie ressenti en creux par la société à travers différents espaces (cafés philo, universités populaires, magazines, BD, éditions pour enfants, rapprochements philosophie-cinéma déjà évoqués). Ce besoin de philosophie prend corps au sein de configurations socio-économiques marquées par une dilution du sens profond de l’existence, et appelle à une conciliation entre la philosophie scolaire et cette expression sociale parfois fragmentaire. Encore une fois, je ne me cache pas la difficulté, d’ailleurs existante depuis longtemps, consistant à faire tenir ensemble pensée personnelle libre (tout en s’appuyant sur ceux qui ont pensé avant nous) et exercice scolaire, plaisir de la réflexion pour elle-même et côté incontournable de son évaluation dans un cadre scolaire.

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