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La Garenne de philosophie

AUGUSTIN BERQUE / Hitler et le « jardin à venir »

Tel fut le cas de l’idéologie du kommende Garten (le « jardin à venir ») dans l’Allemagne hitlérienne. Il s’agissait de diffuser un certain type de jardins, libéré de l’influence néfaste des peuples du sud, et qui fût authentiquement allemand. Comment ? En traduisant la véritable nature de la terre allemande ; notamment par l’expulsion des plantes exotiques. Cette idéologie avait des racines anciennes (dans Herder, par exemple). Elle s’est plus particulièrement constituée vers le tournant du siècle dans l’œuvre écrite et jardinière de l’architecte-paysagiste Willy Lange. Celui-ci, notamment dans son traité Gartenpläne (Plans de jardins, 1927), liait ouvertement l’esthétique jardinière à la race. L’introduction du livre interprète ainsi la diffusion du jardin à la française comme un engloutissement de l’humanité nordique dans le marais des races du sud. Le kommende Garten était donc ressenti comme l’expression nécessaire d’une authenticité biologique, à la fois raciale et écologique. Blut und Boden, le Sang et la Terre… Cet idéal relève-t-il seulement du passé ? On en doutera en appréciant la conviction avec laquelle certains Verts allemands d’aujourd’hui relisent Lange, recommandent d’expulser les (plantes) allogènes, rendent le judéo-christianisme responsable des malheurs de l’environnement, etc. « Reisst die Rhododendren raus ! » (Arrachez-les ! Dehors les rhododendrons !) [Reinhard Witt, Kosmos n°5, 1986] : point n’est besoin d’être botaniste pour déchiffrer la motivation profonde de l’auteur…

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