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La Garenne de philosophie

FICHE DE LECTURE / Le sens allégorique

L’allégorie (du grec allos, « autre », et agoreuein, « parler ») est une figure de style où les éléments du récit (personnages, objets, actions) représentent une autre réalité, souvent abstraite ou morale.

Caractéristiques :

  • Correspondance systématique : chaque détail du texte renvoie à une idée (ex. : dans La Divine Comédie, la forêt sombre = l’égarement spirituel).
  • Structure souvent didactique : l’allégorie vise à enseigner (moralité, théologie, philosophie).
  • Double niveau de lecture : le sens littéral (la lettre) et le sens spirituel ou caché.

Exemples classiques :

  • La Bible :
    • Le Cantique des Cantiques lu comme allégorie de l’amour entre Dieu et Israël (interprétation juive) ou entre le Christ et l’Église (interprétation chrétienne).
    • La parabole du Bon Samaritain (Luc 10:25-37) comme allégorie de la charité.
  • La littérature médiévale :
    • Roman de la Rose (Guillaume de Lorris, Jean de Meun) = allégorie de l’amour courtois et de la quête spirituelle.
    • Le Roman de Fauvel (XIVe siècle) = satire allégorique des vices de la société.
  • La Renaissance :
    • L’Éloge de la Folie (Érasme) = la Folie personnifiée critique les abus de l’Église et des puissants.
    • Gargantua (Rabelais) = le géant et ses aventures symbolisent l’idéal humaniste (éducation, liberté, critique des dogmes).

Théoriciens de l’allégorie :

  • Origène (De Principiis, IIIe siècle) : distingue trois sens des Écritures (littéral, moral, spirituel).
  • Dante (Épître à Cangrande) : explique que sa Comédie a un sens littéral et un sens allégorique.
  • Paul Ricœur (La Métaphore vive) : l’allégorie est une « métaphore prolongée », un système de signes à déchiffrer.
  • Angelo Piovano (Le Sens caché) : montre comment l’allégorie médiévale structure la pensée théologique et politique.

Critiques de l’allégorie :

  • Les Lumières (Voltaire, Diderot) : rejettent l’allégorie comme obscurantisme (préfèrent la clarté rationaliste).
  • Les romantiques (Coleridge, Novalis) : lui préfèrent le symbole, plus ouvert et poétique.
  • Les formalistes russes (Jakobson) : voient dans l’allégorie un procédé mécanique, moins riche que la métaphore.
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