FICHE DE LECTURE / John Searle
13 Novembre 2025
Rédigé par La Philosophie et publié depuis
Overblog
Biographie et contexte général
Né en 1932 à Denver, Colorado
Formé à Oxford sous la direction de John Austin
Plus de cinquante ans d'enseignement
Professeur émérite à l'Université de Californie à Berkeley
Figure influente et controversée de la philosophie analytique (seconde moitié du XXe siècle)
Œuvre d'une remarquable cohérence théorique
Positionnement philosophique général
Conception naturaliste de l'esprit
Refus des dualismes traditionnels
Maintien de la spécificité du mental dans le monde naturel
Critique du behaviorisme et du fonctionnalisme
Approche réaliste accordant une place centrale à la conscience et l'intentionnalité
Quatre domaines principaux de contribution
1. Philosophie du langage
Théorie des actes de langage (Speech Acts, 1969)
Développée à partir des travaux d'Austin (son directeur de thèse)
Systématisation de la découverte austinienne
Tous les énoncés accomplissent des actes de langage (y compris les assertions)
Distinction énoncés constatifs vs performatifs
Taxonomie de cinq catégories d'actes illocutoires : assertifs, directifs, promissifs/commissifs, expressifs, déclaratifs
Structure intentionnelle : contenu propositionnel + force illocutoire
Dimension sociale et normative de l'agir humain
Concepts clés
Conditions de satisfaction
Direction d'ajustement (mots-vers-monde ou monde-vers-mots)
Implications institutionnelles et éthiques des obligations morales
Actes de langage possibles dans le cadre d'institutions sociales
Définition des rôles, statuts et pouvoirs
Actes institutionnels : promettre, commander, juger, nommer, marier, déclarer la guerre
Les actes de langage créent des engagements normatifs
Promettre → obligation de tenir sa promesse
Affirmer → responsabilité de justifier
Commander → implique l'autorité
Obligations non externes mais structure normative interne
Création de faits sociaux par accords collectifs
Règles constitutives définissant les institutions
Règles constitutives vs règles régulatives
Règles régulatives : gouvernent des activités préexistantes
Règles constitutives : créent la possibilité même de certaines activités
Forme : "X compte comme Y dans le contexte C"
X = phénomène brut
Y = statut institutionnel
C = contexte institutionnel approprié
Théorie de la métaphore (Expression and Meaning , 1979)
Approche pragmatique basée sur les intentions du locuteur
Violation délibérée des conditions de vérité littérales
Passage du descriptif au normatif
Critique de la barrière humienne (fait/valeur)
Passage naturel dans l'accomplissement des actes institutionnels
Création analytique d'obligations sans prémisses normatives supplémentaires
2. Philosophie de l'action
Exigences rationnelles
Certaines exigences rationnelles sont universelles car liées à la structure de l’agentivité :
Cohérence moyens/fins.
Non-contradiction des intentions.
Prise en compte des conséquences prévisibles.
Aspects constitutifs de l'action intentionnelle
Pas des lois logiques a priori, mais des conditions de possibilité de l’action intentionnelle.
3. Philosophie de l'esprit
Argument de la Chambre chinoise (1980)
Critique du fonctionnalisme et de l'IA forte
Distinction entre manipulation syntaxique et compréhension sémantique
L'intentionnalité genuine ne peut résulter de la seule manipulation de symboles
Naturalisme biologique
Les phénomènes mentaux sont biologiques et causalement émergents
Rejet du dualisme cartésien et du réductionnisme matérialiste
Théorie de l'intentionnalité (Intentionality, 1983)
L'intentionnalité comme :
caractéristique fondamentale du mental
propriété directionnelle de l'esprit permettant aux états mentaux de porter sur le monde
Réalisme biologique : enracinement dans les processus neurobiologiques
Structure : contenu propositionnel + mode psychologique
Conditions de satisfaction des états intentionnels
Propriétés émergentes de l'activité électrochimique des neurones
Position émergentiste : évite réductionnisme matérialiste et dualisme des substances
Propriétés mentales causalement efficaces et ontologiquement irréductibles
Directions d'ajustement :
Concept emprunté à Austin et systématisé
Esprit vers le monde : croyances (correspondre aux faits existants)
Monde vers l'esprit : désirs et intentions d'action (faire correspondre le monde au contenu mental)
Structure l'analyse de l'action et de la normativité éthique
Connexion esprit-langage
Primauté de l'intentionnalité mentale sur la signification linguistique
Position internaliste vs externaliste
Théorie de la conscience (The Rediscovery of the Mind, 1992)
Réalisme de la conscience
Phénomène biologique réel et irréductible
Dimension qualitative subjective (qualia)
Propriétés causales spécifiques
4. Philosophie et ontologie sociales
Positionnement éthique générale
Évite relativisme radical et absolutisme moral
Reconnaît la diversité des systèmes moraux historiques
Identifie des contraintes rationnelles universelles
Critique morale interculturelle possible
Certaines pratiques violant les conditions fondamentales de l'agentivité
Critique objective indépendante des traditions culturelles
Phénoménologie de la structure universelle de l'action intentionnelle
Position éthique : naturalisme entre relativisme et absolutisme
Rejet du relativisme radical :
Certaines pratiques (torture, esclavage, génocide) violent les conditions fondamentales de l’agentivité humaine → critiquables objectivement.
Rejet de l’absolutisme moral :
Pas de modèle moral unique ; reconnaissance de la diversité culturelle.
Naturalisme non réductionniste :
La normativité émerge de la structure de l’action intentionnelle, pas de principes transcendants.
Traits méthodologiques distinctifs
Réalisme externe (existence d'un monde indépendant de nos représentations)
Méthode phénoménologique (partir de l'expérience consciente)
Naturalisme scientifique sans réductionnisme
Examen critique des intuitions du sens commun
Influence et réception
Domaines impactés
Pragmatique linguistique
Intelligence artificielle
Anthropologie sociale
Économie institutionnelle (Douglass North)
Théorie du droit (nature normative des systèmes juridiques)
Philosophie morale (éthique des vertus contemporaine)
Pragmatique linguistique :
Impact sur l’intelligence artificielle (critique de l’IA forte via la Chambre chinoise).
Théorie du droit : distinction règles constitutives/régulatives pour comprendre les systèmes juridiques.
Économie institutionnelle :
Douglass North (Prix Nobel) utilise l’ontologie sociale de Searle pour analyser le rôle des institutions.
Éthique des vertus :
Inspiration pour les approches néo-aristotéliciennes (ex. : Philippa Foot, John McDowell).
Naturalisme éthique : ancrage de la normativité dans la nature humaine.
Philosophes influencés
John McDowell
Philippa Foot
Michael Thompson
Approches néo-aristotéliciennes
Naturalisme éthique non-réducteur
Débats contemporains
Naturalisme éthique
Objectivité morale
Critique de la dichotomie fait/valeur
Éthique appliquée (responsabilité morale, critique sociale).
Philosophie de l’action (agentivité, libre arbitre).
Théorie des institutions (droit, économie, politique).
Critiques reçues
En philosophie du langage : mentalisme excessif, négligence des dimensions sociales
Sur la Chambre chinoise : critique du "système", critique du "robot"
Sur la conscience : tension entre naturalisme et irréductibilité
Approches externalistes : sous-estimation du rôle de l'environnement
Intentionnalité collective
Problématique et ambiguë
Oscillation/Ambiguïté entre :
Approche individualiste (réduction aux intentions individuelles).
Approche holiste (phénomène émergent irréductible).
Affecte la théorie des institutions sociales.
Limite la portée de l'ontologie sociale
Problème de la causation mentale :
Certains philosophes (ex. : Jaegwon Kim) remettent en cause l’efficacité causale des propriétés mentales irréductibles dans un monde physique clos.
Critique du relativisme moral
Vulnérable à l'objection
Les contraintes rationnelles identifiées par Searle sont jugées trop faibles
D'où difficulté à fonder une critique morale substantielle des pratiques culturelles controversées (ex. : polygamie, euthanasie).
Contribution générale
Contribution majeure à la compréhension philosophique de l'action humaine
Articulation intentionnalité-action-normativité dans un cadre naturaliste non-réducteur
Évitement des dualismes traditionnels
Ressources conceptuelles pour l'éthique appliquée
Outils pour penser la responsabilité morale
Perspective pour la critique sociale dans les sociétés complexes et pluralistes
Révolution de la pragmatique linguistique
Impact en linguistique, philosophie du langage et sciences cognitives
Structuration des débats sur l'IA et la nature de l'esprit
Nouvelles perspectives sur les institutions humaines
Alternative au naturalisme réductionniste
Conciliation entre rigueur scientifique et phénomènes de l'expérience consciente
Alternative aux dualismes : Évite à la fois le physicalisme éliminativiste (négation du mental) et le dualisme cartésien (séparation corps/esprit).
Partager cet article
S'inscrire à la newsletter
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :