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La Garenne de philosophie

MYSTIQUE / Frère Laurent de la Resurrection

MYSTIQUE / Frère Laurent de la Resurrection

I. Présentation

Chez Frère Laurent de la Résurrection (1614–1691), la mystique se concentre sur une spiritualité simple et pratique, centrée sur la présence de Dieu dans le quotidien. Elle est constituée d'oraisons c'est-à-dire par un rapport à Dieu sans médiationSa mystique, qui n'est pas une pensée, mais une oraison et qui est exposée notamment dans ses Maximes spirituelles et ses lettres, peut être résumée en deux orientations ou étapes essentiellles :

  1. La pratique de la Présence de Dieu
  • Une attention simple, habituelle et amoureuse à Dieu, reconnu comme présent à chaque instant.
  • Elle se vit au milieu des tâches ordinaires; prier, travailler et aimer ne font qu’un.
  • Finalité: ancrer le cœur dans une mémoire de Dieu continuelle.
  1. L’abandon (ou conformité) à la volonté de Dieu par amour pur
  • Se remettre à Dieu sans réserve, accepter tout de sa main avec confiance.
  • Chercher non les consolations mais Dieu lui‑même; indifférence sainte aux états intérieurs.
  • Finalité: une union de plus en plus simple et paisible avec Dieu.

En bref: présence continuelle et abandon confiant — deux mouvements complémentaires qui structurent toute sa voie mystique.

1. La Pratique de la Présence de Dieu
  • Vivre en permanence dans la conscience de Dieu : Frère Laurent insiste sur l’importance de cultiver une présence continue à Dieu, non pas par des exercices spirituels compliqués, mais par une attention simple et amoureuse en toutes circonstances (travail, repas, prière, etc.).
  • Simplicité et humilité : Il rejette les méthodes ascétiques excessives pour privilégier une foi enfantine, une confiance totale en Dieu, et une soumission à Sa volonté sans recherche de consolation spirituelle.
  • Exemple concret : Même en lavant la vaisselle dans les cuisines du monastère (il était frère convers), il voyait cet acte comme un service rendu à Dieu.

« La présence de Dieu, c’est de s’accoutumer, par une simple attention et une générale et amoureuse regard sur Dieu, à Le trouver en toutes choses. » Frère Laurent atteste qu’en pratiquant la présence à Dieu « comme il faut, on devient spirituel en peu de temps. » « Je possède Dieu, affirme-t-il, aussi tranquillement dans le tracas de ma cuisine, où quelquefois plusieurs personnes me demandent en même temps des choses différentes, que si j’étais à genoux devant le Saint Sacrement. »

2. L’Abandon à la Volonté Divine
  • Confiance absolue en Dieu : La seconde étape est un abandon total à la Providence, sans crainte ni calcul. Frère Laurent enseigne que Dieu agit toujours pour notre bien, même dans les épreuves.
  • Détachement des résultats : Il invite à agir par amour de Dieu, sans s’attacher aux fruits de ses actions, en laissant Dieu disposer de tout.
  • Joie dans l’obéissance : Cet abandon ne doit pas être passif, mais actif et joyeux, car il repose sur l’amour et la certitude de l’amour de Dieu.

« Je ne m’inquiète de rien, et je m’abandonne simplement à Dieu, car Il me connaît mieux que je ne me connais moi-même. »

3. C'est une mystique du quotidien

Contrairement à d’autres mystiques (comme Thérèse d’Avila ou Jean de la Croix) qui décrivent des étapes ascétiques ou des "nuits" spirituelles, Frère Laurent propose une voie accessible à tous, fondée sur :

  • L’amour pur (sans intérêt égoïste).
  • La fidélité dans les petites choses.
  • La paix intérieure, fruit de la confiance en Dieu.

Sa spiritualité a influencé des auteurs comme Jean-Pierre de Caussade (L’Abandon à la Providence divine) et reste une référence pour une mystique pratique et incarnée. Madame Guyon le mentionne et c'est ainsi que Frédéric Midal en a eu connaissance.

 

Laurent de la Résurrection a expérimenté et enseigné un chemin mystique qui se structure autour de deux orientations majeures fondamentales[1][9][37]. La première est une phase d'effort actif et d'ascèse, caractérisée par la lutte consciente contre le péché et la pratique délibérée de la vertu, tandis que la seconde est une phase d'abandon contemplatif et de passivité mystique, où l'âme se repose progressivement dans la présence divine et laisse Dieu opérer sa transformation. Ces deux étapes ne sont pas strictement séquentielles mais représentent plutôt deux orientations complémentaires qui structurent l'ensemble de la vie spirituelle selon la mystique du Carmel. Le présent rapport examine en détail ces deux orientations, leur nature profonde, leur articulation théologique, leur manifestation dans la vie de Laurent lui-même, et leur portée universelle pour tous les chrétiens en quête de l'union avec Dieu.

II. La phase ascétique : l'habitude de la présence de Dieu (orientation vers l'action)

C'est l'aspect actif et méthodique de sa mystique. Il ne s'agit pas d'attendre une grâce extraordinaire, mais de cultiver délibérément et continuellement la conscience que Dieu est présent.

  • Le principe : S'habituer, par un effort doux et persistant, à se rendre présent à Dieu au milieu des activités les plus ordinaires. C'est une forme de prière continuelle.
  • La méthode : Il préconise de courts actes de foi et d'amour, de brèves prières intérieures, tout au long de la journée. Il ne s'agit pas de fuir le monde, mais de "le sacrer" en y restant uni à Dieu. Le travail manuel (il était frère "convers", chargé des cuisines) devient ainsi un lieu privilégié de cette présence.
  • L'objectif : Transformer l'ordinaire en sacré. Cette orientation est accessible à tous, du plus grand mystique au plus simple des fidèles.

La première orientation de la mystique laurentienne est fondamentalement active et ascétique, reposant sur l'effort conscient de l'âme pour se convertir, renoncer au péché et pratiquer les vertus chrétiennes avec détermination[1][12][37]. Cette phase correspond à ce que la théologie spirituelle traditionnelle appelle la voie purgative, c'est-à-dire le processus de purification de l'âme de tout ce qui l'éloigne de Dieu. Laurent lui-même a traversé cette phase de manière particulièrement difficile et prolongée. Après son entrée en religion en tant que frère convers au couvent des Carmes de la rue de Vaugirard en 1640, il s'est engagé dans ce qui s'avérerait être une décennie de lutte intérieure intense[1][34][37]. Ses péchés passés, commis lors de sa jeunesse militaire, lui pesaient continuellement sur la conscience, et il se demandait même s'il n'était pas irrémédiablement damné[26][34]. Cet état de tourment psychologique et spirituel constitue ce que la tradition carmélitaine, d'après l'enseignement de Saint Jean de la Croix, appelle la nuit des sens et la nuit de l'esprit[14][44].

La caractéristique centrale de cette première phase est que tout dépend de la collaboration actuelle de l'âme avec la grâce divine[1][4][9]. Laurent n'a jamais présenté le chemin spirituel comme un processus purement passif où Dieu ferait tout. Au contraire, il insistait fortement sur la nécessité absolue d'une détermination ferme, d'une volonté résolue, et d'efforts constants pour se disposer à la rencontre avec Dieu[4][20]. Il déclarait ainsi que « le Frère Laurent disait qu'il fallait agir très simplement avec Dieu, et lui parler bonnement, en lui demandant secours dans les choses à mesure qu'elles arrivaient »[1][20]. Cette instruction révèle qu'il comprenait l'ascèse non comme une forme d'austérité compliquée ou d'artifices religieux, mais comme une simplicité radicale dans l'intention et l'effort. L'ascèse laurentienne ne consiste pas à multiplier les pratiques extérieures ou les méthodes complexes de méditation, mais plutôt à s'appliquer constamment à l'exercice fondamental de la présence de Dieu avec une volonté ferme de n'agir que pour l'amour divin[1][12].

Pendant ces dix années d'épreuve ascétique, Laurent accomplissait ses tâches quotidiennes dans la cuisine du couvent, où il était responsable de la préparation des repas pour environ cent frères, sans compter les pauvres et les ouvriers qui demandaient l'aumône[26][37]. Ce travail manuel et humble constituait justement le terrain de sa lutte ascétique. Il ne s'agissait pas pour lui de fuir le monde ou d'accumuler des pratiques spirituelles extraordinaires, mais de transformer sa conscience dans et par le travail ordinaire. Son effort ascétique consistait précisément à se rappeler la présence de Dieu à travers toutes les interruptions, tous les bruits, toutes les demandes contradictoires de ceux autour de lui[26]. Il expliquait ultérieurement : « Je possède Dieu aussi tranquillement dans le tracas de ma cuisine, où quelquefois plusieurs personnes me demandent en même temps des choses différentes, que si j'étais devant le St Sacrement »[26]. Cette affirmation montre que l'ascèse pour Laurent était intrinsèquement liée à la pratique de la présence de Dieu dans l'action, pas au retrait contemplatif ou au silence monastique.

La phase active comporte également un élément central de renoncement personnel et d'abandon du moi. Laurent expliquait à son biographe, l'abbé de Beaufort, que « Il ne faut pas se persuader qu'il suffise pour aimer Dieu de lui offrir ses œuvres, d'invoquer son secours et de produire des actes de son amour. Notre frère n'est arrivé par ces choses à la perfection de l'amour que parce qu'il avait été dès le commencement fort attentif à ne rien faire qui pût déplaire à Dieu ; qu'il avait renoncé à toute autre chose qu'à lui, et qu'il s'était entièrement oublié lui-même »[1][12][20]. Ce passage souligne que le renoncement chez Laurent n'est pas superficiel mais radical : il s'agit d'un oubli complet de soi-même, d'un détachement de toute autre fin que celle de plaire à Dieu. Cette ascèse du renoncement personnel crée l'espace intérieur où Dieu peut opérer sans obstacle.

La méthodologie concrète de cette première phase se résume dans ce que Laurent appelait l'effort de conversion continue. Il décrivait sa pratique dans ses entretiens : « Il s'adressait toujours à Dieu quand il se présentait quelque vertu à pratiquer, en lui disant : 'Mon Dieu, je ne saurais faire cela si vous ne me le faites faire' ; et il recevait aussitôt de la force, et au-delà »[2][27]. Quand il tombait dans le péché, son approche était également simple mais profonde : « Quand il avait péché, il ne faisait autre chose que d'avouer sa faute et de dire à Dieu : 'Je suis incapable d'agir mieux, si vous me laissez faire. Puisque je suis absolument décidé à vous suivre, empêchez-moi de tomber, je vous en prie, et corrigez en moi ce qui n'est pas bien' »[2]. Ce processus révèle que l'ascèse active chez Laurent comporte un triple mouvement : la reconnaissance humble de sa propre faiblesse, l'invocation de l'aide divine, et la confiance que Dieu répondra à cette invocation. Il n'y a aucun scrupule ou culpabilité prolongée, mais plutôt une acceptation sereine de ses limites et une remise immédiate du problème à la grâce de Dieu.

III. La phase passible : la smplification de l'oraison et la foi pur (la recpetivité, orientation vers la contemplation)

C'est l'action divine qui prend le pas par l'aspect contemplatif et abandonné de sa mystique. Une fois l'habitude de la présence prise, l'âme entre dans un état de foi simple, dépouillée des images et des réflexions compliquées.

  • Le principe : Se reposer en Dieu par la foi, au-delà des consolations sensibles ou des visions. C'est une démarche d'abandon et de confiance totale.
  • La méthode : Accepter de ne rien sentir, de ne rien voir, et de s'en remettre entièrement à Dieu dans la foi nue. C'est dans ce "dénuement" que la présence de Dieu devient la plus réelle et la plus profonde.
  • L'objectif : Atteindre une union à Dieu simple, paisible et constante, indépendante des états d'âme ou des circonstances extérieures.

La seconde grande orientation de la mystique laurentienne est la phase passive et contemplative, où progressivement l'action de Dieu prédomine dans l'âme et l'engagement humain se simplifie en une réceptivité confiante[1][17][37]. Cette phase correspond à ce qu'on appelle traditionnellement la voie unitiva, le chemin de l'union avec Dieu, où l'âme ayant traversé la purgation se trouve capable de recevoir directement le don de Dieu dans la contemplation. Après dix années de lutte acharnée, Laurent a connu le tournant décisif qui a marqué son entrée dans cette nouvelle phase. Il raconte que lors d'une moment de crise spirituelle extrême, il a posé un acte fondamental d'abandon : « Je me trouvai tout d'un coup changé. Et mon âme, qui jusqu'alors était toujours en trouble, se sentit dans une profonde paix intérieure, comme si elle était en son centre et en un lieu de repos »[34][42]. Ce moment n'a pas été le résultat d'une technique perfectionnable ou d'une multiplication des efforts, mais plutôt la fruition d'une détermination simple et radicale. Il avait décidé : « Je ne suis venu en religion que pour l'amour de Dieu, je n'ai tâché que d'agir pour lui. Damné ou sauvé, je veux toujours continuer à agir purement pour l'amour de Dieu et être uni à la volonté de Dieu »[26][34].

Ce qui caractérise profondément cette seconde phase est la transformation du rapport de Laurent à Dieu. Dans la phase active, il y avait beaucoup d'effort, d'inquiétude, d'attention rigoureuse à chaque action. Mais une fois qu'il s'était complètement remis entre les mains de Dieu, sa relation devint marquée par la familiarité, la tendresse, et même une forme de joie ludique. Il décrivait Dieu comme un ami intimate : « Il regarde alors Dieu comme un ami qui 'm'embrasse amoureusement, me fait manger à sa table, me sert de ses propres mains, me donne les clefs de ses trésors et me traite en tout comme son favori, s'entretient et se plaît sans cesse avec moi de mille manières, sans parler de son pardon' »[1][12][20]. Cette image ne suggère aucune distance formelle ou crainte servile, mais plutôt une intimité d'amoureux, une réciprocité d'affection où Dieu se complaît à choyer l'âme qui s'est donnée sans réserve à lui.

Le fondement théologique de cette phase passive repose sur une compréhension précise de ce qui appartient à Dieu et ce qui appartient à l'homme dans l'œuvre de la sanctification. Bien que Laurent ne se soit jamais explicitement référé aux catégories théologiques de Saint Jean de la Croix qu'il connaissait bien, sa pratique incarnait la doctrine carmélitaine de la distinction entre l'effort actif et l'infusion passive[25]. Une fois que l'âme a fait tout ce qui est en son pouvoir, renoncé à l'égoïsme et s'est disposée à recevoir, alors Dieu se met à opérer de manière prépondérante. La passivité ici ne signifie pas l'inertie ou l'indifférence, mais plutôt le consentement dynamique à laisser Dieu opérer en elle ce qui dépasse ses capacités naturelles[25]. Laurent pouvait donc affirmer : « Depuis, je ne songeais plus ni à Paradis ni enfer mais seulement à Dieu présent et aimé. Dieu ne s'éloigne jamais de nous si nous ne nous éloignons pas les premiers »[14][26]. Cette affirmation montre que la passivité contemplative n'enlève pas au croyant sa responsabilité morale ou sa conscience du bien et du mal, mais elle le libère de l'anxiété qui naît de la tentative de se sauver soi-même.

La transformation concrète de la vie de prière dans cette seconde phase est particulièrement instructive. Laurent avait d'abord cherché à pratiquer la méditation selon les méthodes en usage dans son noviciat au couvent, mais il les trouvait trop compliquées et inadaptées à sa nature spirituelle[4][44]. Ces méthodes reposaient sur l'effort intellectuel et imaginatif, requérant que l'âme soit très active dans la construction de pensées, d'images mentales et de raisonnements pieux. Mais Laurent découvrit progressivement qu'une approche différente lui convenait mieux et qu'elle produisait infiniment plus de fruits. Il abandonna les méthodes discursives et développa ce qui pourrait s'appeler une oraison simple, centrée non pas sur la multiplication des pensées mais sur un regard d'amour silencieux vers Dieu[4][44]. Il décrivait sa nouvelle pratique : « S'entretenir avec lui à tous moments, sans règle ni mesure, surtout dans le temps des peines, des aridités et même des infidélités et des péchés »[26]. Cette oraison sans règle ni mesure n'est pas le fruit du désordre mais plutôt de la liberté qui naît de la confiance absolue.

Le système de Laurent pour cette phase passive reposait sur trois moments coordonnés, qu'il expliquait concrètement : avant d'entamer un travail, il prenait soin de jeter un regard sur Dieu ; au cours du travail il renouvelait ce regard « de temps en temps » ; et toujours il terminait par ce même regard vers Dieu[42]. Ces trois moments ne sont pas des actes compliqués mais simplement une direction de l'intention du cœur vers le bien-aimé. Le regard initial prépare l'âme à faire l'action selon sa volonté. Les petits regards renouvellés pendant l'action maintiennent l'orientation de l'intention, même lors des interruptions ou des difficultés. Et le regard final rend grâces et unit tout ce qui a été fait à la gloire divine[17]. Cette pratique des trois regards constitue une sorte de fil conducteur qui structure toute la journée en une conversation continue avec Dieu sans qu'il soit nécessaire de quitter ses occupations.

Ce qui distingue fondamentalement cette phase passive est la simplification progressive de l'oraison. Laurent passait d'une oraison méditative complexe à ce qu'il appelait simplement « le simple regard »[9][37]. Il expliquait que cette simplification n'était pas une perte mais un progrès : « Ainsi l'âme est conduite 'insensiblement à ce simple regard, à cette vue amoureuse de Dieu partout qui est la plus sainte et la plus efficace manière d'oraison' »[9][37]. Le paradoxe de cette affirmation est que ce simple regard, bien que moins compliqué que la méditation discursive, est en réalité plus profond et plus transformateur. Contrairement à la méditation qui engage l'intellect et l'imagination, ce simple regard engage la pointe de l'âme, ce que Laurent appelait le fondement ou le centre de l'être. C'est pourquoi il affirmait avec conviction : « dans la voie de Dieu, les pensées sont comptées pour peu, l'amour fait tout »[9][37].

IV. L'Articulation Dynamique des Deux Orientations

En résumé, ces deux orientations ne sont pas des étapes chronologiques strictes, mais plutôt deux pôles qui s'alimentent mutuellement :

  • La première est le moyen actif et pratique pour se maintenir dans la présence.
  • La seconde est le fruit de cet effort et de la grâce, un état de repos et d'union dans la foi.

Ces deux orientations ne doivent pas être comprises comme deux phases hermétiquement séparées ou qui s'excluent mutuellement, mais plutôt comme deux dimensions qui s'interpénètrent et se complètent tout au long de la vie spirituelle[1][9][12][20][37]. Laurent lui-même ne cessait jamais complètement d'exercer l'effort actif, même après avoir atteint la paix contemplative. Simultanément, dès ses premières années au couvent, il cherchait déjà cette présence de Dieu qui caractérise la phase passive[1][12]. L'articulation dynamique entre ces deux orientations peut être comprise comme une spirale ascendante : à mesure que l'âme progresse dans l'ascèse active, elle devient progressivement davantage capable de recevoir les dons de la passivité mystique ; et à mesure qu'elle reçoit les dons de la passivité, elle est de plus en plus disposée à un détachement personnel plus profond et à un effort ascétique plus radical, non par crainte ou scrupule, mais par amour.

Pendant les dix années d'épreuve, Laurent n'était pas complètement stérile ou sans consolations. Même au cœur de sa souffrance, il persistait dans l'exercice de la présence de Dieu et expérimentait des moments où Dieu soutenait son âme. Après son tournant spirituel, il ne cessa jamais de mettre en pratique les vertus ou de s'efforcer de vivre de manière ascétique, mais cet effort était maintenant libéré de l'anxiété compulsive. Tous ses actes étaient maintenant intégrés dans le mouvement plus vaste de son union avec Dieu[26][34][37]. En ce sens, les deux orientations constituent une symphonie où chaque partie a sa beauté et son importance propres, mais où c'est leur harmonie qui crée la totalité du chef-d'œuvre.

Laurent exprimait cette articulation dans ses conseils pratiques. Il disait que l'ascèse active était nécessaire mais devait être ordonnée correctement : « Nous devons recourir à Dieu avec une entière confiance quand le combat fait rage, demeurer fermes en la présence de sa divine majesté, l'adorer humblement, lui confesser nos misères et nos faiblesses, lui demander amoureusement le secours de sa grâce »[27]. Remarquablement, même dans ce qui semble être une description du combat ascétique actif, l'action de Dieu est présupposée à chaque étape. On recourt à Dieu avec confiance, on demande son secours avec amour. La passivité n'anéantit pas l'effort actif ; elle le situe plutôt dans le contexte approprié de la dépendance envers la grâce divine[27].

1. Les implications ecclésiologiques : La mystique accessible à tou.te.s

Ces vertus théologales (foi, humilité, charité) prônées par Frère Laurent de la Résurrection sont accessibles à tous, par la simple habitude de la pratique.

Ce qui rend la conception laurentienne des deux orientations particulièrement révolutionnaire pour son époque est qu'elle n'était pas réservée aux moines contemplatifs ou aux ascètes extraordinaires[5][11][22]. Le rayonnement de Laurent s'étendait à différents états de vie, laïcs comme religieux[1][12][20][35]. La mystique du devoir d'état expliquée par Laurent de la Résurrection permettait à chacun de reconnaître son propre chemin en lui[1][12][20]. Ceci était extrêmement significatif au dix-septième siècle, quand la vie mystique était souvent réservée à une élite religieuse. Laurent enseignait que les deux orientations décrites—l'effort actif et la passivité contemplative—pouvaient être vécues par n'importe quel chrétien, qu'il soit simple laquais, cuisinier, cordonnier, mère de famille ou évêque[5][22][34][42].

Nous voyons cette inclusivité clairement exprimée dans ses écrits. Il déclarait que « Le chemin qu'a découvert frère Laurent de la Résurrection est un chemin accessible à tous »[22]. Plus spécifiquement, il affirmait : « Tout le monde en est capable ! Dieu ne demande pas grand-chose : un petit souvenir de temps en temps, une petite adoration, tantôt lui demander sa grâce, quelquefois lui offrir vos peines »[26]. Cette affirmation brise complètement le mythe selon lequel une vie spirituelle profonde demande des prouesses extraordinaires ou des conditions matérielles exceptionnelles. Laurent avait lui-même connu la vie du soldat, du valet de chambre, du cuisinier, et du cordonnier. Aucune de ces professions ne lui paraissait incompatible avec l'accomplissement des deux orientations fondamentales de la vie mystique. En vérité, l'ordinaire de la vie quotidienne constituait pour lui le meilleur terrain pour exercer à la fois l'ascèse active et pour recevoir les dons contemplatifs[5][34][42].

La pratique de la présence de Dieu, qu'il proposait comme le moyen concret de vivre les deux orientations, était elle aussi remarquablement accessible. Il décrivait cette pratique comme « la présence de Dieu, c'est de se plaire et de s'accoutumer en sa divine compagnie s'entretenant amoureusement avec lui en tout temps »[3][24][28]. Il n'y avait aucune condition de temps, de lieu ou d'état préalable. On pouvait la pratiquer dans la cuisine en pleine agitation, dans le jardinage, en marchant dans les rues, ou en accomplissant toute autre tâche. La seule condition était une intention simple : diriger son cœur vers Dieu à travers le souvenir, la petite adoration, la demande de grâce, l'offrande des peines[26][28].

2. Loin du quiétisme : la passibilité ou réceptivité

Il est important de noter que Laurent a mis un point d'honneur à clarifier que sa pratique n'avait rien à voir avec le quiétisme, une forme extrémiste de passivisme spirituel qui était très dangereuse sur le plan ecclésial à cette époque[7][9][37]. Le quiétisme enseignait une certaine forme d'extinction du moi qui conduisait à l'indifférence morale et à l'abandon complet de l'effort humain. Laurent, tout en enseignant une vraie passivité mystique, ne tombait jamais dans ce piège. Son abandon confiant s'inscrivait toujours « dans la collaboration de l'âme à l'œuvre divine et l'ascèse comme moyen de disposer le corps et l'esprit à la rencontre du Dieu vivant »[9][37]. Autrement dit, sa compréhension de la passivité comme passibilité en fait, n'éliminait jamais le rôle actif de l'âme dans la correspondance à la grâce. Le Dieu auquel Laurent s'abandonnait était un Dieu vivant et personnel, pas une force cosmique impersonnelle.

De même, Laurent distinguait clairement entre les véritables dévotions simples et le scrupulisme religieux compliqué. Il conseillait à une religieuse dont il assurait la direction spirituelle de se défaire de « quantité de dévotions particulières quoique très bonnes, mais dont on se charge souvent mal à propos, puisque enfin ses dévotions ne sont que des moyens pour arriver à la fin »[4][44]. Cette distinction était cruciale. Les pratiques religieuses externes ne sont jamais des fins en elles-mêmes mais des moyens pour arriver à l'union avec Dieu. Si on les confond avec la fin, elles deviennent des obstacles plutôt que des aides. Laurent avertissait que sans ce discernement, les dévotions peuvent « donner l'illusion d'une fausse piété, procurer un aimable contentement de soi, qui n'est que l'odieux simulacre de la sainteté »[4][44].

3. La continuité avec la tradition carmélitaine

Laurent reconnaissait explicitement son enracinement dans la tradition spirituelle plus vaste du Carmel et de l'Église catholique romaine[1][12][20][37]. S'il insistait sur les vertus théologales de foi, espérance et charité, c'était directement en continuation de l'enseignement de Saint Jean de la Croix[1][12][20][37]. De même, son approche de la présence de Dieu dans l'action et ses conseils pratiques portaient l'empreinte de Sainte Thérèse d'Avila et particulièrement de sa notion de l'oraison du recueillement[1][12][20][37]. Laurent n'était donc pas un innovateur capricieux, mais plutôt quelqu'un qui s'appropriait l'héritage carmélitain et l'exprimait de manière nouvelle et accessible pour son époque.

Cependant, ce qui était véritablement novateur chez Laurent, c'était de montrer concrètement comment ces grandes traditions pouvaient être vécues par une personne ordinaire dans les tâches ordinaires. Alors que Saint Jean de la Croix écrivait ses traités dans un style hautement systématique et parfois difficile d'accès, Laurent parlait simplement du cuisinier qui pouvait trouver Dieu entre ses pots et ses casseroles. Alors que Sainte Thérèse d'Avila avait écrit pour principalement pour les religieuses du Carmel réformé, Laurent communiquait avec des personnes de tous les états de vie et montrait que la vie spirituelle était compatible avec l'existence humaine la plus ordinaire.

4. La persistance malgré les difficultés

Un aspect crucial des deux orientations chez Laurent est qu'aucune d'elles n'est automatique ou facile. La phase active est caractérisée par la lutte, les chutes, et la reprise constante. Laurent y a passé dix années difficiles marquées par ce que la tradition appelle la « nuit des sens » et la « nuit de l'esprit »[14][44]. Pendant ces années, il sentait que « les créatures, la raison et Dieu même fussent contre moi, et que la foi seule fût pour moi »[44]. Aucun sentiment consolant ne venait le rassurer. Pourtant, il persistait simplement à se rappeler l'intention de son cœur, de se donner à Dieu et de faire tout pour lui.

Même la phase passive n'était pas dépourvue de difficultés. Bien qu'elle soit caractérisée par la paix et la joie intérieures, Laurent rencontrait des obstacles continents. Il insistait que « le commencement est difficile », qu'« on croit que c'est du temps perdu, mais il faut continuer à se résoudre d'y persévérer jusqu'à la mort et malgré toutes les difficultés »[4][44]. Pourquoi? Parce que même dans la passivité contemplative, l'âme doit maintenir son adhésion à Dieu à travers les sécheresses, les tentations et les incertitudes qui surgissent inévitablement[4][14][44]. La passivité mystique n'est donc pas une vacation aux responsabilités spirituelles mais une transformation de la manière dont on les assume.

IV. L'héritage continue

1. La Mort et le témoignage final

À la fin de sa vie, Laurent incarnait dans sa personne l'achèvement des deux orientations. Malade au début de 1691, à l'âge de 77 ans, il demeurait complètement pacifique et joyeux[1][9][37]. À un religieux qui lui demandait à quoi son esprit était occupé pendant sa maladie, il répondit : « je fais ce que je ferai dans toute l'éternité : je bénis Dieu, je loue Dieu, je l'adore et je l'aime de tout mon cœur ; c'est là tout notre métier, mes frères, d'adorer Dieu et de l'aimer, sans se soucier du reste »[9][26][37]. Ces paroles révèlent une continuité parfaite : ce qu'il avait pratiqué pendant des décennies—l'amour et l'adoration de Dieu à chaque moment, en tout état, en toute circonstance—constituait maintenant la réalité ultime de son existence. Les deux orientations qui avaient structuré sa vie spirituelle convergeaient maintenant dans une seule intention: la bénédiction, la louange et l'adoration éternelle de Dieu[26][34]. Un moment avant sa mort, il fit une affirmation remarquable : « Je ne crois plus mais je vois. J'expérimente ce que la foi nous enseigne »[26]. Cette parole synthétise magnifiquement le passage des deux orientations dans l'expérience de Laurent. La foi active qui structurait son effort ascétique, l'Espérance qui le soutenait à travers les nuits, la Charité qui inspirait chacun de ses actes—tout cela s'était progressivement transformé en une vision directe, une expérience immédiate de Dieu. Avec « la paix et la tranquillité de quelqu'un qui dort », frère Laurent mourait, ayant traversé avec succès et unité les deux grandes orientations de la vie mystique[1].

2. Transmission et transition

Les deux orientations de la mystique chez Laurent de la Résurrection—l'effort actif et l'ascèse d'une part, la passivité contemplative et la simplification de l'oraison d'autre part—continuent de fournir un cadre profondément pertinent pour les chercheurs de Dieu de tous les états de vie. La publication de ses Maximes spirituelles en 1692, suivie de ses Mœurs et entretiens en 1694, a assuré que cette sagesse pratique transcenderait l'époque de Laurent pour influencer d'innombrables générations[1][12][20][33]. Son message a dépassé les barrières confessionnelles et continue d'attirer des chrétiens protestants, anglicans et orthodoxes qui découvrent en Laurent un guide lumineux et un saint authentique[34][42]. Ce qui rend la compréhension laurentienne des deux orientations particulièrement importante aujourd'hui, c'est qu'elle propose un chemin de sainteté qui ne demande pas une rupture radicale avec la vie ordinaire, mais sa transformation de l'intérieur. Elle propose une ascèse qui n'est pas mortifiante ni délétère mais libératrice et joyeuse. Elle enseigne une contemplation qui n'est pas évasion du monde mais enracinement plus profond en Dieu à travers chaque action quotidienne

3. Sources principales :
  • Maximes spirituelles (recueillies par l’abbé de Beaufort).
  • Lettres de Frère Laurent de la Résurrection.
  • La Pratique de la présence de Dieu (éditions diverses).
 

V. Vie de Laurent de la Resurrection

1. chronologie détaillée

Voici une chronologie détaillée de la vie de Frère Laurent de la Résurrection (Nicholas Herman, 1614–1691), avec les dates connues ou estimées, basée sur les sources historiques disponibles (notamment ses écrits, les témoignages de ses contemporains et les travaux de l’abbé Joseph de Beaufort, son premier biographe : voir les notes).

  • Vers 1614 (date incertaine, probablement entre 1610 et 1615) — Naissance de Nicolas Herman à Hériménil, un petit village de Lorraine (duché indépendant à l’époque, aujourd’hui en France, près de Lunéville). Famille modeste : son père était paysan ou serviteur. Peu d’éducation formelle, mais il apprend à lire et écrire. (catalogue.bnf.fr)

  • 1625–1630 (adolescence) — Il travaille comme valet ou serviteur pour un riche parent ou un seigneur local. Une expérience marquante : un hiver, contemplant un arbre dénudé (symbolisant la mort spirituelle), il prend conscience de la puissance de Dieu et de la nécessité de se tourner vers Lui. Cette vision le marque profondément et déclenche sa conversion.

  • 1631–1635 — C'est aussi l'année où il s'enrôle comme soldat dans l'armée du duc de Lorraine, Charles IV, qui combat les envahisseurs français dans le contexte de la Guerre de Trente Ans.Il s’engage comme soldat dans l’armée française pendant la guerre de Trente Ans (1618–1648). Blessé (probablement en 16

  • Hiver 1632 — « Grâce de conversion ». « Première expérience mystique » vers ses 18 ans (date déduite de l’âge indiqué). (fr.wikipedia.org)

  • 1635 — Grièvement blessé à la jambe au siège de Rambervillers au passage des Suédois pendant la guerre de Trente Ans (fr.wikipedia.org) ; restera boiteux toute sa vie. Cette expérience de la violence et de la souffrance renforce son désir de vie spirituelle. Date probable

  • Années 1635-1640 — Période d’ermitage, puis laquais (traditionnellement chez un certain Fieubet/Fieubert sans doute M. Gaspard de Fieubet, conseiller ordinaire du roi Louis XIV et chancelier de la reine Marie-Thérèse d'Autriche), avant l’entrée au Carmel. (hozana.org)

  • Vers 1639 (environ 25 ans) : Il quitte la Lorraine pour Paris et tente d'entrer chez les Carmes déchaux (ordre réformé par Thérèse d'Avila et Jean de la Croix), mais sa demande est rejetée. La raison n'est pas clairement établie, il est sans doute refusé en raison de son manque d’éducation et de sa santé, boiterie, on ne sait.

  • Juin 1640 (à ~26 ans) — Il frappe une seconde foisn à la porte du Carmel de la rue de Vaugirard (couvent des Carmes déchaux de la rue de Vaugirard, aujourd’hui Saint‑Joseph‑des‑Carmes). (catalogue.bnf.fr). , il insiste et est finalement admis comme frère convers (frère laïc, chargé des tâches manuelles)

  • 1641–1642 — Noviciat au Carmel de Paris. Il est formé à la vie monastique (prière, obéissance, travail). On lui confie des tâches humbles : cuisine, jardinage, réparations.

  • 14 août 1642 — Profession religieuse solennelle (vœux définitifs de pauvreté, chasteté et obéissance). Il prend le nom de Frère Laurent de la Résurrection (catalogue.bnf.fr)  ;en référence à la résurrection du Christ, symbole de sa propre renaissance spirituelle) quant à Laurent ce serait le prénom de sa paroisse d'origine. Il reste frère convers toute sa vie, sans devenir prêtre.

  • 1642–1666 — Vie monastique ordinaire au Carmel de Paris. Il passe 15 ans aux cuisines, où il développe sa spiritualité de la présence de Dieu dans les tâches les plus simples. Il est connu pour sa joie, sa paix et son détachement.Il com mence à partager sa spiritualité avec certains moines et visiteurs.

  • Années 1640–1650 — Service comme cuisinier du couvent (puis, après des douleurs sciatiques/ulcères à la jambe, savetier). Période indiquée par les notices biographiques. (en.wikipedia.org)

  • Vers 1649 (environ 35 ans) : Tournant décisif. Après une dizaine d'années de difficultés, il prend une résolution qui changera tout : il décide de renoncer à tout ce qui n'était pas pour l'amour de Dieu et de faire toutes ses actions pour Son amour seul. C'est le début de sa « pratique de la présence de Dieu ». Il trouve la paix et la joie dans les tâches les plus humbles.

  • 1666 (environ 52 ans) — Le Père Joseph de Beaufort, prêtre et directeur spirituel, le rencontre et devient son confident. Frère Laurent lui confie ses expériences mystiques et ses conseils spirituels. Fréquenté assidûment par l’abbé Joseph de Beaufort pendant « près de vingt‑cinq ans » ; celui‑ci recueille lettres et entretiens. (Calculé à rebours depuis 1691.) (fr.wikipedia.org). L’abbé de Beaufort note ses paroles dans ce qui sera plus tard La Pratique de la présence de Dieu, publiée en 1692 et écrira une première biographie.
  • Vers 1665 — À cause d’une jambe ulcérée (sciatique chronique), reçoit une charge plus légère: savetier (réparateur de sandales) et commissions (vin). (carmelitesofboston.org)

  • 3 août 1666 — Premier entretien avec l’abbé Joseph de Beaufort (source majeure des « Entretiens »). (damnyankee.com)

  • 22 novembre 1666 — Troisième entretien. (damnyankee.com)

  • 25 novembre 1667 — Quatrième entretien. (damnyankee.com)

  • 1667–1691 — Frère Laurent devient un guide spirituel recherché, bien qu’il reste un simple frère convers. Il correspond avec des laïcs et des religieux (dont Mme Guyon, mystique controversée, qui le cite dans ses écrits). Il insiste sur :

    • La présence de Dieu dans l’instant présent.
    • L’abandon à la Providence.
    • La simplicité dans la prière (pas besoin de longues méditations).
    • Il est parfois sollicité pour des conseils ou des guérisons (on lui attribue des grâces mystiques).
  • 1680 — Le Carmel de Paris est transféré rue de Grenelle (dans l’actuel 7e arrondissement). Frère Laurent y poursuit ses tâches (cuisine, entretien) tout en accueillant des visiteurs.

  • 1682 : Mort de son grand ami et confident spirituel au couvent, le père Charles de la Conception.
  • 1er juin 1682 — Lettre 1 « à une religieuse », écrite de Paris. (carmelitequotes.blog)

  • 3 novembre 1685 — Lettre 4 (datée dans les éditions modernes). (damnyankee.com)

  • 12 octobre 1688 — Lettre 8. (damnyankee.com)

  • 28 mars 1689 — Lettre 10. (damnyankee.com)

  • 29 octobre 1689 — Lettre 11. (damnyankee.com)

  • 1690 — Sa santé décline (il a près de 80 ans). Il continue cependant à écrire des lettres spirituelles et à recevoir des disciples.

  • 17 novembre 1690 — Lettre 12. (damnyankee.com)

  • 28 novembre 1690 — Lettre 13. (damnyankee.com)

  • 22 janvier 1691 — Lettre 15. (damnyankee.com)

  • 6 février 1691 — Dernière lettre conservée (Lettre 16): « J’espère par la miséricorde… le voir dans peu de jours. » (damnyankee.com)

  • 12 février 1691 — Mort de Frère Laurent au couvent des Carmes, Carmel de Paris, à l’âge d’environ 77 ans. (catalogue.bnf.fr) Ses derniers mots auraient été : « Je vais à Dieu par le chemin de la confiance et de l’amour. » Il est enterré dans le cimetière du monastère.

  • 1692 — Première publication posthume: Maximes spirituelles fort utiles aux âmes pieuses… (Paris), (decitre.fr) qui deviendra un classique de la spiritualité chrétienne, sous le titre La Pratique de la présence de Dieu, traduit en plusieurs langues.

  • 1694 — Publication: Les Mœurs et entretiens du Frère Laurent de la Résurrection (Châlons, Jacques Seneuze). (ccfr.bnf.fr)

  • XVIIIe–XXIe siècles :

    • Son influence grandit, notamment grâce à des auteurs comme Jean-Pierre de Caussade (L’Abandon à la Providence divine).
    • Il est parfois appelé le « saint des cuisines » ou le « mystique de l’ordinaire ».
    • Bien qu’il n’ait jamais été canonisé, il est vénéré comme un maître de la vie spirituelle.
  • 1991 — Édition critique moderne des écrits (Conrad De Meester, éd.). (ccfr.bnf.fr)

2. Chronologie résumée
Date Événement
1614 Naissance à Hériménil (Lorraine).
1625–1630 Conversion après la vision de l’arbre dénudé.
1631–1635 Soldat dans la guerre de Trente Ans (blessé à la jambe).
1640 Entrée au Carmel de Paris comme frère convers.
1642 Profession solennelle (vœux définitifs).
1642–1666 15 ans aux cuisines du Carmel.
1666 Rencontre avec l’abbé de Beaufort.
1667–1691 Rayonnement spirituel (lettres, conseils).
12/02/1691 Mort au Carmel de Paris.
1692 Publication de La Pratique de la présence de Dieu.

3. Sources principales
  1. Laurent de la Resurrection, La Pratique de la présence de Dieu (1692). Publié par l’abbé de Beaufort.
  2. Lettres de Frère Laurent (éditées au XVIIIe siècle).
  3. Madame Guyon, Vie de Madame Guyon - mentionne Frère Laurent.
  4. Conrad De Meester, Frère Laurent de la Résurrection,1994.
4. Sources secondaires
  1. Wikipédia Laurent de la Résurrection.
  2. L001760-01s.pdf
  3. Madame Acarie : Vivre en présence de Dieu avec Marie de l’Incarnation, et le Frère Laurent de la Résurrection
  4.  
  1. Date de naissance exacte : Les archives paroissiales d’Hériménil ont été perdues, donc on retient généralement 1614 (mais certaines sources proposent 1611 ou 1615). L’année de naissance la plus solide en France est « 1614 » (BnF). On trouve ailleurs des variantes par exemple 1611 ou 1615, mais elles sont moins retenues aujourd’hui. (catalogue.bnf.fr)
  2. Détails militaires : Peu de documents sur son engagement exact dans l’armée.
  3. Blessure de 1635 à Rambervillers et service militaire: éléments rapportés par l’éloge de Beaufort, repris par les Carmes. (carmelitesofboston.org)
  4. Les dates d’entrée (1640) et de profession (14/08/1642) sont confirmées par la notice d’autorité BnF et par les Carmes. (catalogue.bnf.fr)
  5. Les dates précises des entretiens (1666–1667) proviennent des traditions textuelles des Entretiens; plusieurs éditions/transcriptions modernes donnent 3 août 1666 (1er), 22 novembre 1666 (3e), 25 novembre 1667 (4e). (damnyankee.com)
  6. Rencontres avec Mme Guyon : Leur relation est attestée, mais les dates précises des échanges sont floues.
  7. Les dates de lettres tardives (1685–1691) suivent des éditions imprimées modernes; la Lettre 1 est datée avec précision (1/06/1682) dans l’édition critique (De Meester) relayée par les Carmes. (carmelitequotes.blog)
MYSTIQUE / Frère Laurent de la Resurrection
6. Pont avec Madame Guyon sur l'oraison

«  En condamnant Madame Guyon, explique Fabrice Midal, on n'a plus du tout compris ce qu'était l'oraison. », assimiliée à de l'égocentrisme et au désintérêt de l'autre. Sa vision de l'oraison, « un rapport à Dieu sans médiation, met à mal le rôle de l'Eglise et des prêtres, on ne comprend plus cette dimension de présence, on l'accuse de quiétisme. ». Selon l'abbé Henri Bremond (1865-1933) qui a beaucoup travaillé sur la question, « c'est à ce moment-là que l'Occident ne comprend plus rien à ce qu'est la mystique et l'oraison. », pour Fabrice Midal.

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