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La Garenne de philosophie

THEOLOGIE / Le libre-arbitre

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La théologie du libre-arbitre

Le problème corps-esprit entretient des relations étroites avec la question du libre arbitre et de la responsabilité morale. Si l'esprit n'est qu'un épiphénomène sans efficacité causale réelle, ou si tous nos comportements sont déterminés par des processus neurochimiques échappant à notre contrôle conscient, dans quelle mesure peut-on nous tenir pour responsables de nos actes ? Les expériences célèbres de Benjamin Libet dans les années 1980 semblent montrer que l'activité cérébrale associée à une décision motrice (potentiel de préparation) précède de plusieurs centaines de millisecondes la prise de conscience de l'intention d'agir, suggérant que la conscience ne fait qu'enregistrer a posteriori des décisions déjà prises de manière inconsciente. Ces résultats ont été interprétés par certains comme une remise en cause radicale du libre arbitre, mais Benjamin Libet lui-même proposait une interprétation plus nuancée en suggérant que la conscience conserve un pouvoir de veto sur les actions initiées inconsciemment. Des expériences plus récentes utilisant des techniques d'imagerie plus sophistiquées ont confirmé et étendu les résultats de Benjamin Libet, montrant qu'il est possible de prédire certaines décisions humaines plusieurs secondes avant que le sujet en prenne conscience. Cependant, l'interprétation de ces résultats reste controversée : certains soutiennent qu'ils ne concernent que des décisions arbitraires et sans importance (comme décider de lever la main droite ou gauche) et ne remettent pas en cause le libre arbitre dans les choix moralement significatifs, d'autres qu'ils révèlent un processus de construction progressive de la décision plutôt qu'une détermination inconsciente stricte. Les compatibilistes comme Daniel Dennett et Harry Frankfurt soutiennent que le libre arbitre n'exige pas l'indéterminisme causal mais seulement que nos actions découlent de nos propres désirs et délibérations, même si ceux-ci sont déterminés par des causes antérieures. Les libertariens comme Robert Kane maintiennent au contraire que le libre arbitre authentique requiert une forme d'indéterminisme causal qui ménage un espace pour l'autodétermination de l'agent. Cette controverse illustre la manière dont le problème métaphysique de la relation corps-esprit se prolonge dans des questions pratiques fondamentales concernant l'organisation sociale et le système judiciaire.

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