Le plus gros site de philosophie de France ! ABONNEZ-VOUS ! 4051 Articles, 1522 abonné.e.s

La Garenne de philosophie

CORPS-ESPRIT / Les approches enactives et la cognition incarnée

< précédent   << début

Les approches enactives et la cognition incarnée

L'enaction c'est la la manière dont les organismes vivants et l'intelligence collective s'organisent eux-mêmes, en interaction avec l'environnement en cherchant à embrasser ce qui est important pour l'autre, ce qui a du sens pour lui. C'est le socle minimal aux illusions collectives nécessaires aux communautés saines et bienveillantes plutôt que dysfonctionnelles. Cette intelligence collective n'est pas forcément humaine (l'esprit est tout entier de domination), elle peut être animale, artificielle (les recoupements étant opérés par la machine).

Une nouvelle approche du problème corps-esprit a émergé dans les dernières décennies avec le développement des théories enactives de la cognition, principalement sous l'impulsion de Francisco Varela, Evan Thompson et Alva Noë. Cette perspective, héritière de la phénoménologie de Merleau-Ponty et de la tradition pragmatiste, propose de dépasser l'opposition traditionnelle entre représentations internes et monde externe en concevant la cognition comme un processus d'enaction, c'est-à-dire de co-spécification mutuelle entre l'organisme et son environnement à travers l'action. Dans cette optique, la perception n'est pas la construction d'une représentation interne du monde externe mais une activité sensori-motrice guidée par les affordances (possibilités d'action) offertes par l'environnement. La conscience perceptuelle émerge de la maîtrise sensori-motrice, c'est-à-dire de la connaissance pratique des lois de dépendance sensori-motrices qui régissent les variations des flux sensoriels en fonction des mouvements de l'organisme. Cette approche permet de naturaliser la conscience sans la réduire à des processus purement neuraux : la conscience est incarnée (elle dépend du corps) mais aussi énactée (elle émerge de l'interaction dynamique avec l'environnement). Les théories enactives trouvent un appui empirique dans les recherches sur la neuroplasticité qui montrent que la structure et le fonctionnement du cerveau sont constamment remodelés par l'expérience et l'action, ainsi que dans les études sur la suppléance perceptuelle (substitution sensorielle) qui révèlent la capacité du système nerveux à développer de nouvelles modalités perceptuelles à travers l'apprentissage sensori-moteur. Cette perspective permet également de jeter un éclairage nouveau sur des phénomènes comme les membres fantômes, la proprioception ou les illusions perceptuelles en les analysant comme des perturbations dans la dynamique sensori-motrice normale. Cependant, l'approche enactive doit faire face à des objections concernant sa capacité à rendre compte de la cognition hors-ligne (pensée, imagination, mémoire) qui semble se dérouler en l'absence d'interaction sensori-motrice directe avec l'environnement, ainsi qu'à des questions sur le statut ontologique de la conscience dans cette perspective : est-elle une propriété émergente de la dynamique organisme-environnement ou une dimension irréductible de l'expérience ?

suivant >

100 questions sur la vie >

100 questions sur la connaissance >

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article