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CORPS-ESPRIT / Le physicalisme non-réductif et l'émergence forte

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Le physicalisme non-réductif et l'émergence forte

Face aux difficultés des approches réductionnistes strictes et aux objections contre le dualisme des substances, plusieurs philosophes contemporains développent des positions physicalistes non-réductives qui tentent de préserver l'autonomie et l'efficacité causale du mental tout en maintenant l'unité ontologique du monde. Cette approche reconnaît que tout ce qui existe est physique en dernière analyse, mais soutient que les propriétés mentales, bien qu'étant réalisées par des processus physiques, ne peuvent être réduites à ces derniers sans perte d'information causalement pertinente. Donald Davidson proposa ainsi un "monisme anomal" selon lequel les événements mentaux sont identiques à des événements physiques (monisme ontologique) mais les lois psychologiques ne peuvent être traduites en lois physiques (autonomie nomologique). Cette position s'appuie sur le principe de holisme de la signification selon lequel les contenus propositionnels des états mentaux (croyances, désirs) ne peuvent être individualisés de manière atomiste mais dépendent de leur place dans un réseau global de relations logiques et sémantiques. Jerry Fodor défend une version différente du physicalisme non-réductif avec sa théorie de la "réalisabilité multiple" des états mentaux : même si chaque occurrence particulière d'un état mental est identique à un état physique spécifique, les types mentaux ne correspondent pas à des types physiques naturels mais coupent transversalement les taxonomies physiques. Cette situation justifie l'autonomie explicative des sciences spéciaux (psychologie, économie, sociologie) par rapport à la physique, car leurs généralisations capturent des régularités réelles qui ne sont pas visibles au niveau physique fondamental. L'émergentisme contemporain, développé par des philosophes comme Timothy O'Connor et Achim Stephan, pousse cette logique plus loin en soutenant que certaines propriétés émergentes possèdent de véritables pouvoirs causaux nouveaux qui ne peuvent être déduits des propriétés de leurs constituants microstructuraux. Cette "émergence forte" se distingue de la simple "émergence faible" (imprévisibilité épistémique due à la complexité) en postulant l'apparition de nouvelles lois causales au niveau macroscopique. Cependant, cette position doit faire face au défi de la fermeture causale du domaine physique : si tout événement physique a une cause physique suffisante, comment les propriétés émergentes peuvent-elles exercer une influence causale réelle sans violer les lois de conservation de l'énergie ?

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