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Publié par BFM TV

Mardi, les représentants du parquet national financier ont demandé quatre ans d'emprisonnement dont deux ferme à l'encontre de Nicolas Sarkozy, au terme d'un réquisitoire de 4h30.

© Marie WILLIAMS © 2019 AFP Croquis d'audience représentant l'ancien président Nicolas Sarkozy devant le tribunal de Paris le 7 décembre 2020

© Marie WILLIAMS © 2019 AFP Croquis d'audience représentant l'ancien président Nicolas Sarkozy devant le tribunal de Paris le 7 décembre 2020

Au lendemain du réquisitoire du représentant du parquet national financier (PNF) dans l'affaire dite des écoutes, plusieurs voix s'élèvent pour dire que le quantum de la peine requis est sévère, particulièrement dans l'entourage de Nicolas Sarkozy.

Le procès, annexe de l'affaire portant sur les soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de 2007, était déjà une première en soi: jamais un ancien président de la République française n'avait comparu pour corruption devant un tribunal. La comparution en elle-même n'était pas inédite. En 2011, Jacques Chirac avait été jugé puis déclaré coupable de "détournement de fonds publics" et "abus de confiance" au terme du procès des emplois fictifs de la ville de Paris.

Lundi, le PNF a requis quatre ans d'emprisonnement, dont deux ferme, à l'égard de l'ancien chef de l'État et de ses deux coprévenus, son avocat historique Thierry Herzog et l'ancien haut magistrat Gilbert Azibert. Une première là aussi, car jamais une peine de prison ferme n'avait été requise à l'encontre d'un ancien président de la République.

Si ces réquisitions étaient suivies par les magistrats du siège, il faut souligner qu'elles seraient aménageables.

Un "acharnement" pour certains proches de Sarkozy

Le réquisitoire des deux représentants du parquet national financier a duré 4h30. Fait rare, le procureur national financier a formulé un propos liminaire aux réquisitions des deux parquetiers:

"On ne peut pas admettre d'un ancien président qu'il oublie la République et ce qu'elle porte depuis des décennies, un État de droit", a déclaré Jean-François Bohnert. "Ce procès n'est pas une vengeance institutionnelle (...). Personne ne cherche à se venger d'un ancien président de la République", a ajouté le magistrat, insistant: "Un ancien chef de l'État a des droits qu'il convient de respecter, mais il a aussi (...) l'impérieux devoir de respecter lui-même le droit car c'est bien cela, l'État de droit."

Une déclaration qui a constitué un angle d'attaque pour plusieurs personnalités proches de Nicolas Sarkozy:

"La dureté de ce réquisitoire et le fait qu'il se sente obligé de dire que ce n'est pas une affaire de vengeance à l'égard de Nicolas Sarkozy, ça en dit long", a estiméla députée européenne Nadine Morano (LR) sur le plateau de BFMTV mardi soir, ancienne ministre de Nicolas Sarkozy et proche de ce dernier.

La députée Les Républicains (LR) des Hauts-de-Seine Constance Le Grip dénonce également un "acharnement". "On a quelquefois l'impression que pour certains magistrats, tout doit être fait, tout doit être mis en œuvre pour abattre Nicolas Sarkozy." Ancienne conseillère parlementaire de l'ex-chef de l'État, elle juge elle aussi que "ce réquisitoire du parquet est particulièrement dur, particulièrement sévère".

"Je suis absolument stupéfait qu'on fasse de telles réquisitions, une peine de prison pour un ancien président de la République, à un point tel que je n'imagine pas qu'elles puissent être suivies d'effets", a dénoncé l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy Thierry Saussez sur BFMTV.

La défense dénonce des réquisitions "disproportionnées"

Des réquisitions commentées au-delà des personnalités politiques proches de Nicolas Sarkozy. "Il ne s'agit que des réquisitions du parquet, mais elles sont tout de même assez extravagantes, et on a bien vu que le président du parquet national financier est venu à la barre pour expliquer qu'il ne s'agissait pas d'une vengeance", a émis Hubert Coudurier, directeur de l'information du Télégramme et biographe de Nicolas Sarkozy.

Ce dernier va jusqu'à remettre en cause la légalité même des écoutes de conversations téléphoniques entre Nicolas Sarkozy et son avocat, Me Herzog, couvertes par le secret. Un avis que semble partager Géraldine Muhlmann, journaliste et professeure en science politique à l'université Paris 2 - Panthéon Assas.

"On ne peut pas dire que je sois du côté de Nicolas Sarkozy politiquement", a tenu à souligner l'enseignante, interrogée sur le plateau de BFMTV mardi soir, mais pour elle, "un procès fondé sur des écoutes entre un avocat et son client" est "inadmissible dans un État de droit", allant jusqu'à également dénoncer un "acharnement".

Ce point avait déjà été tranché en droit: la Cour de cassation, plus haute juridiction de l'ordre judiciaire, avait validé ces écoutes en mars 2016, alors que leur légalité avait été contestée par Nicolas Sarkozy.

Au sortir de l'audience mardi, l'avocate de Nicolas Sarkozy, Me Jacqueline Laffont, a estimé que ces réquisitions étaient "disproportionnées", jugeant que le parquet avait été absent "tout au cours de ces débats".

"Je dirais que le parquet a déserté l'accusation et qu'aujourd'hui il a parlé très fort", a déclaré la pénaliste, qui a assuré se sentir "en pleine confiance" pour la suite. "Je n'ai aucun doute, nous démonterons ces réquisitions (...), ce sera très facile pour nous de le faire."

La parole est désormais à la défense, qui a traditionnellement le dernier mot. L'audience reprend ce mercredi à 15 heures, et doit se terminer jeudi soir.

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